Méthode : étudier un poème

elements de versification vierge

e?le?ments de versification comple?te?

  1. Longueur des vers : le mètre est le nombre de syllabes dans un vers
  2. Comment compter les syllabes ?
  1. Prononcer ou non le ?

L’élision est le fait de ne pas compter un son qu’on ne prononce pas :

« Pré/ten/dai/t a/rri/ver// san/s en/com/br[e] à/ la/ vill[e] » (La Fontaine) = 12 : 6 // 6

« J’im/plo/re/ ta/ pi/tié//, Toi,// l’u/ni/que/ que/ j’aim[e] » (Baudelaire) = 12 6 // 1 / 5

Règles :

L’e muet + consonne se prononce toujours

L’e muet + voyelle et en fin de vers ne se prononce jamais

  1. Quand il y a un hiatus (i + voyelle) : passion, lion, dieu, etc., on peut compter une ou deux syllabes :

« Sa/ bu/r[e] /je/ voy/ais // des /cons/tel/la/ti/ons » (Hugo)

« On/ n’est /pas /sé/ri/ieux // quand on a dix-sept ans » (« Roman » d’A. Rimbaud)

diérèse = on compte deux syllabes pour le hiatus : le mot est allongé, donc mis en valeur

synérèse = on compte une syllabe

  1. Vers pairs et impairs

Les différents types de vers peuvent être classés en fonction du nombre de syllabes qu’ils comportent. La longueur des vers leur donne leur nom.

Nom Longueur

Octosyllabe

8 syllabes

Décasyllabe

10 syllabes

Alexandrin

12 syllabes

Les vers impairs sont moins fréquents. Verlaine préconise l’usage des vers impairs dans son « Art poétique » (écrit en 1874, publié en 1882, et finalement inclus dans le recueil Jadis et Naguère, 1884) :

« De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l’Impair

Plus vague et plus soluble dans l’air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. »

Le vers régulier : il repose sur le compte des syllabes (de une à douze) qui fixe son rythme ; c’est le vers français classique, qui obéit de plus aux règles de la rime et de la césure.

Le vers irrégulier  : le vers moderne est libre ; on se libère à partir de la fin du XIX° des contraintes des vers de même longueur et l’on fait se succéder des vers de longueurs différentes, mais on abandonne aussi les contraintes de la rime, voire la ponctuation.

Rimbaud, dans « les Effarés », emploie des vers irréguliers/ hétérométriques (c’est-à-dire de longueurs différentes), mêlant octosyllabes et tétrasyllabes (4 syllabes) :

Noirs /dans /la / nei/ge et /dans/ la /brume,
Au /grand /sou/pi/rail /qui /s’al/lume,
Leurs/ culs /en /rond

Le vers libre s’affranchit du décompte des syllabes et assemble des vers de longueurs variées à la fin du XIX°; cette pratique se généralisera après avoir été mise en œuvre par Arthur Rimbaud dans les Illuminations (1874).

Le verset désigne un vers plus long, irrégulier, employé au XX° par Paul Claudel ou Saint-John Perse.

  1. Le rythme du vers

La coupe principale s’appelle la césure (du latin : couper) et sépare les deux moitiés du vers que l’on nomme les hémistiches (qui signifie : demi-vers). La règle classique, définie par Boileau dans son Art poétique, veut que la césure survienne après un mot, et non à l’intérieur :

« Que toujours dans vos vers//le sens coupant les mots

Suspende l’hémistiche,//en marque le repos »

Dans l’alexandrin romantique se sont développées parfois, au détriment de la césure, deux coupes secondaires qui en font un trimètre romantique

Il est un Dieu qui rit// aux/ nappes damassées
Des autels, //à l’encens, //aux grands calices d’or
(« Le Mal » d’A. Rimbaud)

  1. L’enjambement indique que la phrase n’est pas contenue dans la limite du vers, qu’elle dépasse, et dont elle déborde sur le vers suivant,

« Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :»
(Rimbaud)

  1. Si un élément qui dépend d’un vers ne peut y trouver place et est rejeté dans le vers suivant, il y a un rejet

« C’est un trou de verdure// où chante une rivière

Accrochant follement// aux herbes des haillons

D’argent ; // où le soleil, // de la montagne fière,

Luit ; c’est un petit val qui mousse de rayons. » (Rimbaud)

  1. Si à l’inverse un élément anticipe sur la phrase qui se développe dans le vers suivant, on parle de contre-rejet

« Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,

Haine, frisson, horreur, labeur dur et forcé, » (Baudelaire)

« Ils atteindront le fond de l’Asturie, avant

Que la nuit ait couvert la sierra de ses ombres » (Hugo)

  1. La musicalité du vers. Elle repose essentiellement sur la répétition de sons dans le but de créer un effet. La répétition significative d’un son consonne est une allitération la répétition significative d’un son voyelle est une assonance

? L’harmonie imitative consiste à évoquer par le son ce dont parle le vers :

« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »

 Dans ce vers de Racine, l’allitération en [s] renvoie au son de la première lettre du mot « serpent » mais aussi au sifflement du reptile.

  1. Les strophes
  1. Les strophes sont des groupements de vers séparés par un blanc typographique qui constituent une unité sonore et sémantique. Leur nom vient du nombre de vers qu’elles contiennent.

Nom Longueur Nom Longueur

monostiche

1 vers

septain

7 vers

distique

2 vers

huitain

8 vers

tercet

3 vers

neuvain

9 vers

quatrain

4 vers

dizain

10 vers

quintil

5 vers

onzain

11 vers

sizain

6 vers

douzain

12 vers
  1. . Comment étudier les rimes ?

1. Définir une rime

  1. Elle obéit à des règles dans la poésie classique et régulière, qui alterne rimes féminines (le vers s’achève sur un e muet, par exemple : aile/ éternelle ou joue/ loue) et rimes masculines (le vers s’achève sur un autre son que e muet, par exemple : îlot/ flot).

    Heureux qui, comme Ulysse

    Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
    Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
    Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
    Vivre entre ses parents le reste de son âge !
    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
    Fumer la cheminée, et en quelle saison
    Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
    Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
    Que des palais Romains le front audacieux,
    Plus que le marbre dur// me plaît l’ardoise fine :Plus mon Loir gaulois,// que le Tibre latin,
    Plus mon petit Liré, // que le mont Palatin,
    Et plus que l’air marin// la doulceur angevine.
  2. Une rime interne indique que le mot situé en fin de vers fait écho à un terme placé à l’intérieur du vers. Elle crée un effet de sens en rapprochant ces deux termes sur le plan sonore.

Cet alexandrin de Ronsard présente une rime interne :

« Cueillez dès aujourd’hui // les roses de la vie »

  1. Si deux voyelles identiques sont suivies de consonnes différentes, il n’y a pas de rime mais une ………………

A /la /fin /tu /es /las // de /ce /mon/de an/ci/ien
Ber/gè/re ô /tour /Eif/fel /le /trou/peau /des /ponts /bê/le /ce /ma/tin
Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n’es pas antique ô Christianisme
L’Européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D’entrer dans une église et de t’y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d’aventure policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J’ai vu ce matin une jolie rue dont j’ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J’aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thieville et l’avenue des Ternes

Guillaume Apollinaire, « Zone », Alcools (1913)

2. La qualité des rimes

Rimes pauvres un son en commun Exemple : aim/ons – pard/on 
rimes suffisantes deux sons en commun Exemple : v/e/rts – m/e/ rs
rimes riches trois sons ou plus en commun Exemple : « Où, rimant au milieu des ombres fant/a/s/t/i/ques,

Comme des lyres, je tirais les él/a/s/t/i/ques » (Rimbaud)

3. La disposition des rimes

  1. Une rime plate ou suivie fait se suivre deux vers terminés par le même son. On peut faire se succéder plusieurs rimes plates. Le modèle est alors aabb, chaque lettre correspondant au son rencontré à la fin d’un vers.

  2. Dans le vieux parc solitaire et glacé

    Deux formes ont tout à l’heure passé.

    Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles

    Et l’on entend à peine leurs paroles.

  3. Deux rimes croisées se mêlent en combinant quatre vers selon le modèle abab :

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

  1. Deux rimes embrassées entourent de deux vers les deux autres vers selon le modèle abba :
Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.