Paroles (1946) de Jacques Prévert : lecture analytique n° 9 : « Barbara »

Barbara

Le poème dit par Jean-Louis Trintignant :

Une analyse du poème par votre professeur :

Barbara Pre?vert tableau vierge

préparation lecture analytique Barbara Prévert


Rappelle-toi Barbara
Il
pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et
tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie //
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et
jet’ai croisée rue de Siam
Tusouriais
Et moi
jesouriais de même //
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas //
Rappelle-toi
Rappelle-toiquand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui
sous la pluie
Ruisselante
ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras //
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas //
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant //
Oh Barbara
Quelle
connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous
cette pluie de fer
De feu d’acier de
sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Est-il
mort disparu ou bien encore vivant //
Oh Barbara
Il
pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’
est plus pareil et tout est abimé
C’
estune pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’
est même plus l’orage
De fer d’acier de sang

Tout simplement des nuages
Qui
crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest //
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert, Paroles

Idées essentielles :

– A première vue, il s’agit d’un poème amoureux : le tutoiement, utilisé très largement par le poète, semble révéler une relation intime entre les deux protagonistes : ils ont l’air de se connaître

– Le poète s’adresse à la femme pour réveiller un souvenir, qui correspond à une période heureuse.

– On découvre aux vers 24 à 28 que le poète ne connaissait pas Barbara.

– Le poète associe de façon surprenante un état d’âme (l’amour) et un paysage qui lui est contraire (la pluie).

– Quelques éléments parsemés, avant l’évocation directe de la guerre, au vers 38, annonçaient déjà la dernière partie du poème.

– Le poème change radicalement de ton à partir du vers 37 : le refrain est différent, il est surtout exclamatif. Le vocabulaire familier est là pour exprimer la colère du poète. Deux périodes s’opposent : la période du bonheur, avant la guerre, et « maintenant » (v. 39).

– La pluie de la première partie est en réalité un bombardement.

Problématiques :

– En quoi ce poème est-il un poème d’amour ?

– Que dénonce Prévert dans ce poème ?

– Distinguez les deux moments évoqués dans ce poème : le présent et le passé.

Axe Outils Relevé Interprétation
Anaphores v. 1, 6, 11, 23, etc. / v. 25-28 / et 32, 33, 34, 35v. 25-28 : il aime ceux qui s’aiment. C’est une autre conception de l’amour.v. 32-35 : le poète ne s’intéresse pas qu’au visage de B., mais aussi à tout ce qui se passe autour. Elle rythme le poème, sépare les différentes parties : on croit au départ qu’il la connaît et qu’ils s’aiment ; on apprend progresssivement qu’il ne l’a vue qu’une fois et ne lui a pas parlé.On découvre aux vers 24 à 28 que le poète ne connaissait pas Barbara. La scène décrite dans les vers précédents n’est pas une scène observée par un homme jaloux qui épierait la femme qu’il aime, mais par un homme (le poète) qui aime les autres (définition de la poésie ?). OUVERTURE
Pronom personnel « je »

Au début du poème, les pronoms de la 1ère et de la 2ème personnes alternent : cela renforce l’impression qu’il s’agit d’un poème d’amour.

 

 

 

Pronom personnel « tu », adjectifs possessifs de la deuxième personne Le tutoiement, utilisé très largement par le poète, semble révéler une relation intime entre les deux protagonistes.A la fin, il n’y a plus ni « je » ni « tu » : il utilise la troisième personne, parce qu’il généralise.
répétition du prénom Barbara cf. anaphore
symétries (« Tu souriais »/  « Je souriais de même », v. 9-10 ; « Toi que je ne connais pas »/ « Toi qui ne me connaissais pas », v. 12-13). Au début du poème, le texte insiste sur les ressemblances. Là encore, pour renforcer l’impression qu’il s’agit d’un poème d’amour. 
Impératif présent Le poète s’adresse à la femme pour réveiller un souvenir, qui correspond à une période heureuse. A première vue, il s’agit d’un poème amoureux, dans la tradition des poèmes du XVIème siècle (Ronsard, par exemple). Ou alors « Un hémisphère dans une chevelure ».
Temps du passé (imparfait, passé composé « pleuvait » Le texte est majoritairement au passé : le poète évoque un souvenir…
Champ lexical de la pluie La pluie de la première partie est en réalité un bombardement. On se perd un peu dans le texte, parce que le poète nous induit en erreur volontairement : « sous cette pluie/Ruisselante ravie épanouie »
Repères spatio-temporels Ce poème semble raconter une première rencontre. On s’attend à un coup de foudre amoureux. La scène se passe à Brest. Certains éléments sont suspects, après lecture : Brest est un grand port militaire français (c’est l’arsenal qui est bombardé). 

 

Champ lexical du bonheur La première partie du poème évoque une scène heureuse : une femme est rejointe sous un porche par un homme qui semble être son amant. La scène devient plus pathétique à la fin, quand on comprend qu’ils ont été victimes d’un bombardement. 

 

Gradations Souriante Epanouie ravie ruisselanteDe fer de feu d’acier de sang Insiste sur le bonheur de la femme (et de la pluie ?)Insiste sur l’horreur du bombardement (métaphore ou périphrase)
Champ lexical de l’amour L’histoire d’amour racontée n’unit pas le poète et Barbara, mais celle-ci et un autre homme. L’adverbe « amoureusement » est mis en valeur : il occupe à lui seul tout un vers, de même que l’adjectif « heureux », répété en position forte, à la rime (v. 31-33). La simplicité du style (répétitions, absence de ponctuation et registre courant) évoque un bonheur tranquille.
Personnification « Cette pluie sage et heureuse / Sur ton visage heureux »(« souriante / Epanouie, ravie », v. 3-4) Le poète associe de façon surprenante un état d’âme (l’amour) et un paysage qui lui est contraire (la pluie). Les termes évoquant la présence de l’eau (« ruisselante » , v. 3, et « Sous la pluie », v. 4) s’associent aux termes qui marquent le bonheur de Barbara (« souriante / Epanouie, ravie », v. 3-4). La présence de Barbara transforme cette grisaille brestoise. Sa joie illumine la pluie, qui se charge alors d’adjectifs destinés à qualifier le visage de Barbara : « Cette pluie sage et heureuse / Sur ton visage heureux », v. 31-32).
Interjection « oh » Le poème change radicalement de ton à partir du vers 37 : le refrain est différent, il est surtout exclamatif. Le vocabulaire familier est là pour exprimer la colère du poète. Deux périodes s’opposent : la période du bonheur, avant la guerre, et « maintenant » (v. 39).
Registre familier : « connerie », « crèvent »
Champ lexical de la guerre et de la mort Ils apparaissent dans la deuxième partie, mais le mot « arsenal », présent dans la première partie, évoquait déjà la guerre : l’arsenal est un dépôt de munitions, d’armes… 
Présent de l’indicatif A la fin du poème seulement, on comprend que le poète se trouve à Brest, seul, sous la pluie, et que cette pluie réveille chez lui le souvenir d’une autre pluie, une pluie de bombes. Il a en face de lui une ville détruite (nous sommes en 46). 

 

Allitérations en (d) v. 40-41 Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Cette allitération insiste sur la brutalité du bombardement.
Assonance en (i) v. 3-4, v. 20-21 Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Souligne la bonne humeur de la femme.
Comparaison Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Evoque la brutalité : associer les nuages aux chiens en train de mourir choque.
Déshumanisation A partir du vers 46, plus aucun être humain n’est cité.
Métaphore Il n’utilise pas le mot « bombe » : pour faire réfléchir et pour faire un rapprochement entre les deux pluies.

« Barbara » de Jacques Prévert, Paroles (1946).

Introduction. Prévert. Paroles. Ce poème. Problématique. Lecture expressive. Annonce des axes.

Plan

Outils d’analyse

I. Un poème adressé.

Idée directrice.

1. Les marques de l’énonciation.

Pronom personnel « je » (douze occurrences) + répétition du prénom Barbara (huit fois)

? Le tutoiement, utilisé très largement par le poète, semble révéler une relation intime entre les deux protagonistes. Cette idée est d’ailleurs soulignée par des symétries (« Tu souriais »/  « Je souriais de même », v. 9-10 ; « Toi que je ne connais pas »/ « Toi qui ne me connaissais pas », v. 12-13).

2. L’invocation d’un souvenir heureux.

Impératif présent ( ) + temps du passé ( ) + champ lexical du bonheur ( )

? Le poète s’adresse à la femme pour réveiller un souvenir, qui correspond à une période heureuse. A première vue, il s’agit d’un poème amoureux, dans la tradition des poèmes du XVIème siècle (Ronsard, par exemple).

3. L’empathie du poète.

Anaphores v. 25-28 ( )

? On découvre aux vers 24 à 28 que le poète ne connaissait pas Barbara. La scène décrite dans les vers précédents n’est pas une scène observée par un homme jaloux qui épierait la femme qu’il aime, mais par un homme (le poète) qui aime les autres (définition de la poésie ?).

Transition.

II. Un poème d’amour.

1. Le récit d’une rencontre amoureuse.

Repères spatio-temporels ( ) + alternance de pronoms personnels « je »/ « tu »

? Ce poème semble raconter une première rencontre. On s’attend à un coup de foudre amoureux.

2. Une histoire d’amour dont le poète est témoin.

Champ lexical de l’amour ( )

? L’histoire d’amour racontée n’unit pas la poète et Barbara, mais celle-ci et un autre homme. L’adverbe « amoureusement » est mis en valeur : il occupe à lui seul tout un vers, de même que l’adjectif « heureux », répété en position forte, à la rime (v. 31-33). La simplicité du style (répétitions, absence de ponctuation et registre courant) évoque un bonheur tranquille.

3. Pluie et amour ne s’opposent pas.

Isotopie de la pluie ( ) + gradation ( ) +personnification ( )

? Le poète associe de façon surprenante un état d’âme (l’amour) et un paysage qui lui est contraire (la pluie). Les termes évoquant la présence de l’eau (« ruisselante » , v. 3, et « Sous la pluie », v. 4) s’associent aux termes qui marquent le bonheur de Barbara (« souriante / Epanouie, ravie », v. 3-4). La présence de Barbara transforme cette grisaille brestoise. Sa joie illumine la pluie, qui se charge alors d’adjectifs destinés à qualifier le visage de Barbara : « Cette pluie sage et heureuse / Sur ton visage heureux », v. 31-32).

Transition : le bonheur et l’harmonie du couple font ressortir, par contraste, l’horreur et la stupidité de la guerre…

III. Les horreurs de la guerre.

1. L’annonce du danger.

Lexique : « Brest » (port militaire), l’arsenal, pluie (tristesse), « s’abritait (évocation d’un danger).

? Quelques éléments parsemés, avant l’évocation directe de la guerre, au vers 38, annonçaient déjà la dernière partie du poème.

2. La rupture brutale du bonheur.

Interjection ( ) + vocabulaire familier ( ) + présent ( )

? Le poème change radicalement de ton à partir du vers 37 : le refrain est différent, il est surtout exclamatif. Le vocabulaire familier est là pour exprimer la colère du poète. Deux périodes s’opposent : la période du bonheur, avant la guerre, et « maintenant » (v. 39).

3. L’expression de l’horreur.

Isotopie de la pluie ( ) + champ lexical de la guerre et de la mort ( ) + allitération en (d) (v. 40-41) + déshumanisation

? La pluie de la première partie est en réalité un bombardement. A partir du vers 46, plus aucun être humain n’est cité.

  • Anaphores : v. 1, 6, 11, 23, etc. / v. 25-28 / et 32, 33, 34, 35)
  • Impératif présent
  • Temps du passé (imparfait, passé composé
  • Isotopie de la pluie
  • Repères spatio-temporels
  • Champ lexical du bonheur
  • Gradation
  • Symétrie (v. 9-10, v. 12-13)
  • Pronoms personnels « je » et « tu »
  • Champ lexical de l’amour
  • Personnification
  • Interjection « oh »
  • Registre familier : « connerie », « crèvent »
  • Champ lexical de la guerre et de la mort
  • Présent de l’indicatif
  • Allitérations en (d) v. 40-41
  • Assonance en (i) v. 3-4, v. 20-21
  • Comparaison

Conclusion. Rappel des axes. Une idée non exploitée (par exemple, le prénom Barbara, choisi par Prévert parce qu’il pouvait évoquer n’importe quelle nationalité). Ouverture.

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