La tapisserie de Bayeux

3 04 2011

 

Introduction :

L’art roman est le premier grand style de l’Occident Chrétien. Il est notamment caractérisé par la construction de multiples églises sur la route des pèlerinages. La foi chrétienne en est donc le principal thème. Pourtant, les œuvres d’inspiration laïque, comme la tapisserie de Bayeux, constituent un apport remarquable au patrimoine du XIème siècle. En effet, le monde cultivé ne se limite plus aux seuls clercs. Il s’ouvre à l’élite du monde féodal qui codifie alors les règles de la chevalerie.

 

Quel est-elle réellement ?

La tapisserie remonte à la plus haute antiquité mais s’impose pour la décoration murale, à l’égal des fresques, à l’époque romane, avant de connaître son apogée au XIVème et XVème siècle. Cependant la tapisserie de Bayeux induit en erreur par son nom, car il s’agit en fait d’une broderie.

De quoi est-elle composée ?

La Tapisserie est longue d’environ 68,30 m et large de 50 cm (image 1).

Elle est constituée de neufs panneaux en lin reliés les uns aux autres par de fines coutures.

Le thème occupe le centre de la toile sur 33 à 34 cm, ou l’on peut observer des scènes de l’histoire racontée et les inscriptions qui les décrivent en latin. Il est encadré de deux bordures chacune mesurant 7 à 8 cm.

Celles-ci sont, à la manière des chapiteaux romans (image 3), animées d’un étonnant bestiaire (coqs, paons, béliers, cerfs, ours, poissons, lions, chameaux…), de monstres mythologiques (centaures, dragons, oiseaux fabuleux…). On y trouve également des personnages isolés, des scènes de la vie quotidienne, des représentations de fables moralisatrices.

Une bande de toile à laquelle la Tapisserie est suspendue porte 58 numéros permettant d’identifier les scènes du récit. Elles sont présentées chronologiquement et couvrent une période de trois ans, entre 1064 et 1066.

 

Que raconte la tapisserie ?

La question de la succession au trône d’Angleterre va se poser en 1064. Le roi Edouard le Confesseur vieillissant s’inquiète de se savoir sans enfant. Comme prétendant au trône, le choix se porte alors sur trois personnages :

–          Harold Godwinson, frère d’Edith, l’épouse du roi Edouard

–          le jeune Edgar Atheling, petit neveu d’Edouard

–          et le duc Guillaume de Normandie, petit cousin de ce même roi.

Après un long exil en Normandie, ayant rapporté à la cour d’Angleterre la langue et des habitudes normandes ainsi qu’un entourage normand, le roi Edouard choisit logiquement Guillaume, pour lui succéder. Il désigne Harold Godwinson pour aller en avertir ce dernier. Harold accepte et s’embarque pour la Normandie.

Mais le navire d’Harold dérive. Et ils se retrouvent sur les terres inhospitalières du comte Guy de Ponthieu qui le retient prisonnier. Le duc de Normandie est contraint de négocier la libération d’Harold, retenu au château de Beaurain dans la région d’Abbeville, contre une rançon : un beau château en bordure du duché.

Harold est maintenant l’hôte du duc de Normandie, qui l’invite dans son château de Brionne. Il lui accorde une audience solennelle très animée. Harold raconte peut-être son naufrage et parle de la mission dont l’a chargé le roi Edouard. Quant à Guillaume, on imagine qu’il lui fait part de sa décision d’accepter la couronne d’Angleterre. Pour compenser la déception d’Harold qui aurait voulu être choisi, Guillaume lui offrit sa fille aînée en mariage.

Après avoir combattu vaillamment à ses côtés, Guillaume le fait Nouveau Chevalier Normand (voir images 2a et 6).

Lié par le fatal serment de fidélité, Harold regagne l’Angleterre où il rencontre le vieux roi Edouard, qui, fatigué par la maladie, décède dans la nuit du 4 au 5 janvier 1066.

Au lendemain même des funérailles, le Witangemot, l’assemblée des notables, décide d’offrir à Harold la couronne d’Angleterre. En dépit de son serment, il accepte et règne sous le nom d’Harold II.

Mais bientôt, un signe de mauvais présage apparaît dans le ciel : le passage d’une étrange étoile à la chevelure étincelante. Il s’agit de la comète de Halley visible une semaine entière du 24 avril au 1er mai 1066 (voir image 5).

Apprenant la nouvelle, le duc de Normandie sollicite les conseils de son demi-frère Odon de Conteville, évêque de Bayeux, qui lui suggère de préparer une flotte et de se rendre en Angleterre afin de punir ce parjure.

Au matin du 14 octobre 1066, la bataille décisive s’engage.

Précédés par des archers, les cavaliers normands galopent en une longue chevauchée et fondent sur les fantassins anglais protégés par un mur de boucliers. Les morts sont si nombreux qu’ils envahissent la bordure inférieure de la Tapisserie (voir image 4). Mais la lourde cavalerie normande s’effondre au pied d’une colline entourée d’un marécage renforcé de pieux pointus. Ce ravin sanglant sera prénommé plus tard la Malfosse.

C’est sur cette colline que se sont regroupés les Anglais. Les Normands se replient dans le désordre. L’issue du combat reste indécise. Afin de rassurer les siens, le duc Guillaume est contraint de relever son casque et de se faire reconnaître de ses soldats. Auprès de lui, Eustache de Boulogne confirme qu’il s’agit bien du duc Guillaume en le désignant du doigt. Les Normands reprennent alors courage et se lancent dans un assaut final. Malgré la protection de ses troupes d’élite, Harold est atteint mortellement d’une flèche dans l’œil droit.

La retraite des troupes anglaises prend alors la forme d’une véritable débandade.

Ainsi s’achève brutalement le récit brodé sur la Tapisserie, au soir du 14 octobre 1066.

A quoi servait-elle ?

Les tentures narratives, qui comme la Tapisserie de Bayeux étaient occasionnellement visibles de tous les fidèles, n’étaient pas seulement destinées à décorer les églises.

Elles narraient une histoire aux nombreux analphabètes de l’époque.

La Tapisserie a elle aussi sa morale : l’homme qui trahit un serment sacré a commis un péché, et pour ce péché il n’est qu’une issue possible : la mort !

 

Comment sont représentées les figures ?

L’histoire nous est racontée de manière extrêmement vivante.

Sur l’image 2b, un homme sur un balcon assiste, protégeant ses yeux de la main, à l’arrivée du vaisseau d’Harold. Certes, son bras et ses doigts sont gauchement dessinés et tous les personnages sont de drôles de petits mannequins.

Lorsque l’artiste, aux siècles du haut moyen-âge, n’avait pas de modèle à copier, il dessinait d’une façon très enfantine. L’histoire est racontée peut-être avec moins de réalisme, car l’artiste concentre son attention sur ce qu’il juge important, c’est-à-dire l’histoire, et la forte expression des personnages et des actions.

Dico_____________________________________________________________

Pèlerinage : voyage de dévotion vers un lieu saint

Les clercs : personne étudiant pour passer de l’état laïque à l’état ecclésiastique

Le lin : plante dont la tige fournit un fil très fin qui peut servir à faire du tissu.

Un chapiteau : partie supérieur d’une colonne en architecture.

Moralisatrice : qui fait la morale

Duché : terres d’un duc

Comète : astre à noyau très solide, dégageant à proximité du soleil des gaz et des poussières qui forment un nuage ressemblant à une chevelure

Parjure : personne qui ne respecte pas son serment ou qui fait un faux serment.

Un fantassin : soldat

Analphabète : personne ne sachant ni lire ni écrire.

Pour aller plus loin___________________________________________________

 

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