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Œuvres étudiées avec les 3B et 3D

Paul ELUARD, Comprenne qui voudra, 1945Paul ELUARD, Comprenne qui voudra, extrait de « Au rendez-vous allemand », 1945

BRASSAÏ, Paul Eluard en 1944Paul ELUARD photographié par BRASSAÏ en 1944

BIOGRAPHIE

Paul ELUARD est né à Saint-Denis en 1895. Pour l’Etat civil, Eugène GRINDEL, il prend le pseudonyme d’ELUARD à la publication de son premier recueil, en souvenir du nom de sa grand mère maternelle. ELUARD gardera toujours à l’esprit la mélancolie des paysages de banlieue.

A 17 ans en décembre 1912, malade de la tuberculose, il est contraint d’abandonner ses études pour se faire soigner en Suisse. Il y fait comme Lamartine avec Elvire, la rencontre d’une jeune femme russe, Helena Dmitrievna Diakonava, dont il tombe amoureux. Il la surnomme Gala et l’épouse 4 ans plus tard en 1916.

Durant la première guerre mondiale 1914-1918, il est mobilisé, et est envoyé sur le front comme infirmier. Témoin d’horribles hécatombes, il publie Le Devoir, qui exprime son horreur de la guerre qui ne le quittera plus.

1920, naissance du Surréalisme qui séduit ELUARD à la recherche d’un langage dont le surréalisme va lui fournir les techniques de rénovation verbale qu’il recherche. Il se consacre à l’étude de la poésie involontaire ou la sémantique du proverbe et du lieu commun. Il se lie à André BRETON, Louis ARAGON et SOUPAULT. A la création du groupe surréaliste, il en est l’une des figures les plus marquantes, il côtoie les grands peintres de son époque, DALI, PICASSO, CHIRICO et Max ERNST. ELUARD participe au mouvement dada fondé en 1916 par le poète roumain Tristan TZARA installé à Paris depuis 1919. En 1924, c’est la rupture brutale, il disparaît pendant sept mois sans laisser de traces avant la publication de Mourir pour ne pas mourir, ayant embarqué à Marseille pour un voyage autour du monde. Alors que tout le monde le croit mort, il réapparait.

1926, Capitale de la douleur, son premier recueil important
1929, L’amour la poésie, période surréaliste, l’amour est le thème poétique par excellence, images, mots, rythmes s’accordent pour suggérer l’évidence intérieure, évidence d’un paradis d’amour tranquille.
En 1930, c’est le premier drame sentimental de sa vie : Gala qu’il avait épousée en 1916 le quitte pour Dali après 14 ans de vie commune. Eluard se console avec Maria Benz, à qui il donne le surnom de Nusch, qu’il épousera en 1934, c’est sa nouvelle muse, une nouvelle histoire d’amour.
En 1926, Eluard adhère au parti communiste avec d’autres surréalistes. Il sera enterré au Père Lachaise face au mur des fédérés, lieu de repos des gloires de ce parti. Pourtant il en fut exclu en 1933.
1932, La Vie immédiate, livre de rupture d’avec Gala
1934, La Rose publique, fin de la période surréaliste
1936, Les Yeux fertiles, retour à la simplicité concrète du langage, sans que le songe ou l’imaginaire y perde ses droits. Par la poésie, il retrouve le contact avec l’humanité commune. Le temps est venu pour ELUARD où tous les poètes ont le droit et le devoir de soutenir qu’ils sont profondément enfoncés dans la vie des autres hommes, dans la vie commune. C’est le début d’une politique plus engagée.
1938, Cours Naturel vient illustrer la phrase précédente, le poète s’engage. La guerre, la guerre civile espagnole pousse ELUARD encore plus loin. La Victoire de Guernica, poème célèbre est inspiré du célèbre tableau de PICASSO reproduisant le bombardement de Guernica en Espagne par l’armée allemande.

Pendant la seconde guerre mondiale, ELUARD est l’un des grands poètes de la Résistance. Il publie, dans la France occupée, de nombreux textes de réconfort et de lutte, les résistants connaissent par cœur nombre de ses vers. Le 1er septembre 1939, Paul ELUARD est mobilisé dans le Loiret comme lieutenant dans l’Intendance. Il intervient auprès du président de la République pour faire libérer le peintre Max ERNST, interné comme « ressortissant allemand ». Démobilisé après l’armistice de 1940, l’exode l’entraîne dans le Tarn, puis il revient à Paris auprès de son épouse. Entré dans la Résistance en 1942, il rencontre le fondateur des Éditions de Minuit, Pierre de Lescure, avec qui il collabore. Le recueil Poésie et Vérité (1942), publié semi-clandestinement, sans visa de censure, rassemble des poèmes s’élevant nettement contre le nazisme et la collaboration, dont le plus célèbre, « liberté », traduit en dix langues, fut parachuté par la Royal Air Force sur les contrées occupées. Paul ELUARD y expose son « but poursuivi : retrouver, pour nuire à l’occupant, la liberté d’expression ». Il continue le combat armé d’une plume : il écrit Sept Poèmes d’amour en guerre (1943) et publie Au rendez-vous allemand (1945), composé de poèmes écrits dans la clandestinité, sous les pseudonymes de Jean du Haut ou de Maurice Hervent.

1946, 28 novembre, Nusch meurt prématurément. ELUARD est réduit au désespoir et son lyrisme semble tari.
1946, Poésie ininterrompue, l’engagement politique n’exclut pas la recherche parallèle de la perfection du langage.
1948, Poèmes politiques, une poésie de circonstance
1949, rencontre au Mexique de la journaliste Dominique, de son vrai nom Odette Lemort.
1951, Le phénix, retour au lyrisme amoureux avec sa troisième compagne. C’est le réveil de l’amour, Dominique a 16 ans de moins qu’ELUARD, « Tu es venue le feu s’est alors ranimé », « Tu es venue la solitude était vaincue ». On remarquera dans cet exemple qu’il n’y a dans dans la poésie d’ELUARD généralement aucune ponctuation.
1952, ELUARD meurt d’une crise cardiaque, il est enterré au père Lachaise à Paris.

Robert CAPA, Femme tondue pour avoir eu un enfant d’un soldat allemand, 1944Robert CAPA, Femme tondue pour avoir eu un enfant d’un soldat allemand, 1944

Les Lettres françaises, texte paru le 29 novembre 1944Les Lettres françaises, texte paru le 29 novembre 1944

Fabrice VIRGILI, La France des années noires, 2010Fabrice VIRGILI, La France des années noires, 2010

Pour aller plus loin :

http://www.histoire-image.org/pleincadre/index.php?i=1319

http://expositions.bnf.fr/capa/arret/1/

Œuvre étudiée avec les 3A et 3C

Annie ERNAUXAnnie ERNAUX, extrait de La Place, 1983

Annie Emaux évoque sa jeunesse et rend hommage à son père. Cet ancien ouvrier, devenu petit commerçant dans un village normand, espérait pour sa fille une « bonne situation».

Il n’osait plus me raconter des histoires de son enfance. Je ne lui parlais plus de mes études. Sauf le latin, parce qu’il avait servi la messe, elles lui étaient incompréhensibles et il refusait de faire mine de s’y intéresser, à la différence de ma mère. Il se fâchait quand je me plaignais du travail ou critiquais les cours. Le mot « prof » lui déplaisait, ou « dirlo », même « bouquin ». Et toujours la peur OU PEUT-ÊTRE LE DÉSIR que je n’y arrive pas.

Il s’énervait de me voir à longueur de journée dans les livres, mettant sur leur compte mon visage fermé et ma mauvaise humeur. La lumière sous la porte de ma chambre le soir lui faisait dire que je m’usais la santé. Les études, une souffrance obligée pour obtenir une bonne situation et ne pas prendre un ouvrier*. Mais que j’aime me casser la tête lui paraissait sus­pect. Une absence de vie à la fleur de l’âge. Il avait parfois l’air de penser que j’étais malheureuse.

Devant la famille, les clients, de la gêne, presque de la honte que je ne gagne pas encore ma vie à dix-sept ans, autour de nous toutes les filles de cet âge allaient au bureau, à l’usine ou servaient derrière le comptoir de leurs parents. Il craignait qu’on ne me prenne pour une paresseuse et lui pour un crâneur. Comme une excuse : « On ne l’a jamais poussée, elle avait ça dans elle. » Il disait que j’apprenais bien, jamais que je travaillais bien. Travailler, c’était seulement travailler de ses mains.

Les études n’avaient pas pour lui de rapport avec la vie ordinaire. Il lavait la salade dans une seule eau, aussi restait-il souvent des limaces. Il a été scandalisé quand, forte des principes de désinfection reçus en troisième, j’ai proposé qu’on la lave dans plusieurs eaux. Une autre fois, sa stupéfaction a été sans bornes, de me voir parler anglais avec un auto-stoppeur qu’un client avait pris dans son camion. Que j’aie appris une langue étrangère en classe, sans aller dans le pays, le laissait incrédule.

*Prendre : prendre pour époux.

Extrait de La Place d’Annie ERNAUX

La Place est un court roman autobiographique publié en 1983 qui a reçu le prix Renaudot en 1984.

Annie ERNAUX est née en 1940. Ses parents ouvriers étaient devenus commerçants et avaient acheté un café-épicerie dans une petite ville de Normandie. Elle a poursuivi des études supérieures qui lui ont permis d’obtenir le Capes puis l’ Agrégation de lettres et de devenir professeur.

Elle a écrit son premier roman en 1974. Elle a reçu plusieurs prix littéraires et notamment en 2008 le prix de la langue française pour l’ensemble de son oeuvre. Ses romans sont tous autobiographiques mais ont tous une portée sociologique.

L’un parle de son avortement, un autre de son cancer du sein, un autre encore de la maladie d’Alzheimer de sa mère. Tous parlent de problèmes auxquels une femme peut être confrontée.

Annie ERNAUX se détache de l’autobiographie traditionnelle.

En effet le « je » de La Place ne représente pas seulement l’auteur mais aussi toutes les jeunes filles de son époque se trouvant dans la même situation qu’elle. A savoir, les jeunes filles issues « du peuple » qui cherchaient à échapper, grâce aux études, à leur condition.

Dans les années 50/60, non seulement les inégalités sociales étaient importantes mais la femme était encore considérée inférieure à l’homme; beaucoup d’entre elles étaient femmes au foyer ou exerçaient une profession peu valorisante. Faire des études et les réussir étaient donc un moyen de se valoriser par rapport aux hommes.

Pour aboutir à une analyse sociologique, l’auteur utilise un ton neutre, elle essaye de décrire les faits le plus froidement possible. Elle écrit sans porter de jugement, sans employer de métaphore ni de comparaison, elle veut raconter de façon objective comme s’il s’agissait d’un document sociologique.

Ainsi le lecteur n’a pas l’impression de lire l’histoire d’Annie ERNAUX mais l’histoire d’une jeune fille des années 50.

Ce roman peut donc être perçu comme un constat du statut de la femme à la fin de la IV république et du début de la Vème (1958).

Dans cet extrait l’auteur décrit les relations qu’elle entretient, à l’âge de 17 ans, avec ses parents et plus particulièrement avec son père. Elle est fille unique, sa sueur est morte deux ans avant sa naissance, à l’âge de six ans.

Poussée par ses parents, Annie va poursuivre ses études alors qu’à cette époque, l’école étant obligatoire jusqu’à 14 ans, la plupart des jeunes filles issues de milieu modeste ne poursuivaient pas d’études au-delà de l’école primaire.

« autour de nous toutes les filles de cet âge allaient au bureau, à l’usine ou servaient derrière le comptoir de leurs parents »

Ses parents voulaient qu’elles puissent échapper à son milieu social, qu’elle puisse avoir un bon métier et qu’elle ne soit pas obligée par manque de culture personnelle d’épouser un homme de son milieu.

« Les études, une souffrance obligée pour obtenir une bonne situation et ne pas prendre un ouvrier »

Comme Annie était une excellente élève, ils étaient prêts à faire des sacrifices financiers et à braver les critiques de leur entourage qui ne comprenaient pas pourquoi elle ne travaillait pas.

« Devant la famille, les clients de la gêne presque de la honte que je ne gagne pas encore ma vie a dix-sept ans »

« Il craignait qu’on ne nie prenne pour une paresseuse et lui pour un crâneur »

Annie nous montre que si la situation n’est pas facile pour ses parents, elle ne l’est pas non plus pour elle. En effet, plus elle grandit moins ses parents ne la comprennent. Annie a la volonté de réussir et par conséquent consacre tout son temps à ses études mais son père qui n’en a pas suivies ne comprend pas ce comportement.

« Il s’énervait de, me voir à longueur de journée dans les livres… mais que j’aime me casser la tête lui paraissait suspect. Une absence de vie a la fleur de l’âge. »

Il ne comprend pas ce qu’elle étudie et ne cherche même pas à s’y intéresser; il est parfois même en désaccord, ainsi il est scandalisé par les principes d’hygiène que sa fille veut lui inculquer.

« il lavait la salade dans une seule eau, aussi restait-il souvent des limaces. il a été scandalisé quand, forte des principes de désinfection reçus en troisième, l’ai proposé qu’on la lave dans plusieurs eaux »

Sa mère, en revanche admire les livres, la littérature, elle, s’intéresse aux études de sa fille, la pousse à lire. Elle est tout aussi inculte que son mari mais elle est totalement consciente que les études lui permettront de s’affirmer en tant que femme.

Ici on peut percevoir la volonté de revanche du sexe féminin sur le sexe masculin.

Malheureusement cette réussite éloigne au fil des années Annie de ses parents. Annie a très souvent honte de son père, de son manque d’hygiène, de ses manières paysannes.

Ils ne se parlent presque plus et parfois Annie se demande s’il ne souhaiterait pas son échec pour qu’elle revienne à ses origines.

« Et toujours peur OU PEUT-ÊTRE LE DESIR qui je n’y arrive pas. »

Annie réussira son CAPES et cette réussite symbolisera la rupture totale avec ses parents et donc avec ses origines.

Elle se mariera avec un étudiant de Sciences Po, ce qui lui permettra d’accéder au milieu bourgeois puis elle obtiendra l’agrégation. Il faut souligner qu’à cette époque peu de femmes obtenaient ces diplômes et celles qui les obtenaient étaient principalement issues de milieux favorisés.

C’est alors une consécration totale pour « cette enfant du peuple ».

Ce livre, loin de n’être qu’une autobiographie est une analyse sociologique qui décrit l’ascension d’une femme issue d’une famille modeste.

Il faut noter qu’au XXème siècle, les femmes de lettres ne représentent que 30% des gens de lettres et que celles issues de milieux modestes sont extrêmement rares.

Annie ERNAUX a su prouver qu’une femme pouvait brillamment réussir, quelques soient ses origines et son sexe.

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