La gouvernance économique mondiale depuis 1975 (TS)

 

Introduction

 A partir des 70’s, la gouvernance économique mondiale cherche un nouveau souffle : les Trente Glorieuses s’épuisent alors que les Etats-Unis mettent fin au système de Bretton-Woods. Les différents chocs pétroliers et la mondialisation  de l’économie redistribuent les cartes. De nouveaux acteurs s’affirment de plus en plus tels les FTN et les pays émergents alors que la révolution de l’information et l’explosion des flux posent la question d’une nouvelle régulation des Etats sur l’économie.

Comment se manifeste la gouvernance économique mondiale depuis 1975 et quelle est l’efficacité de son action dans la recherche d’une régulation internationale de l’économie? Quelles oppositions rencontre-t-elle ?

 

1/ Le tournant des 70’s et 80’s

11/ L’effondrement du SMI 

    111/ le nouveau contexte de crise

La croissance dans les PDEM (Pays développés d’économie de marché) est ralentie depuis la fin des 60’s : leur compétitivité est en recul face à l’émergence des pays ateliers (NPI d’Asie) et le système fordiste s’épuise. Par ailleurs, le système de Bretton Wood est remis en cause car le stock d’or américain se réduit ( il est passé de 65% en 1945 à 40% en 1970 du total mondial) et la convertibilité or-$ n’est plus assurée si les autres pays continuent d’échanger auprès de la Banque centrale américaine leurs $ contre de l’or. Le problème est d’autant plus aigu que les EU dépensent énormément pour la guerre du Vietnam. Finalement, en 1971, unilatéralement, le président Nixon décide de suspendre la convertibilité du $ en or. Les difficultés financières se prolongent car entre octobre 1973 et janvier 1974, le 1er choc pétrolier entraine la multiplication par 4 du prix du pétrole. Les coûts de P° plus élevés => une forte  inflation => montée des taux d ‘intérêt.  Le déséquilibre des balances commerciales des pays fortement importateurs s’aggrave => déficit.  C’est la fin du cycle des Trente Glorieuses.

Le prix du pétrole depuis 1945

http://www.ina.fr/video/DVC7908131501/l-origine-du-conflit-video.html

112/ l’abandon des changes fixes :

Lors de la Conférence de la Jamaïque (Accords de Kingston) en 1976, les EU obtiennent de changer les règles de Bretton Woods : l’or n’est plus la valeur étalon et son cours varie en fonction de l’offre et de la demande. Chaque monnaie peut désormais fluctuer, chaque État membre du FMI est libre de décider de sa politique monétaire (c.à.d. agir sur les taux d’intérêt pour stabiliser les prix). Désormais, la valeur des monnaies est décidée par les marchés. On entre ainsi dans le système dit des changes flottants. Ce flottement monétaire est marqué par un baisse de la valeur du $ ( dont la convertibilité en or avait été suspendue depuis 1971) et des très fortes variations des changes (envolée du mark et du yen par expl.).

     113/ Vers une nouvelle définition de la gouvernance

Dès 1975, les pays industrialisés avaient réagi à l’initiative du président français  V.GISCARD D’ESTAING (1974-1981): le G6 (Groupe des 6 pays les plus industrialisés) est créé à Rambouillet avec  les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l’Italie (1/370). Le Canada, le rejoint en 1976  pour former  le G7. Il défend le principe selon  lequel  « l’interdépendance  croissante  des économies,  au  moment  où  la  mondialisation s’accélère,  rend  impossible  toute  sortie  de  crise individuelle et impose une coordination des efforts ».

De leurs côtés, les pays de la Communauté économique européenne (CEE, 1957) mettent  au point en 1979 le  Système Monétaire Européen  (SME) avec une monnaie de compte commune : l’ECU (European Currency unit) qui évite de trop fortes fluctuations entre leurs monnaies et tente de limiter les difficultés commerciales liées de l’abandon des parités fixes.

12/ l’offensive néolibérale des 80’s

    121/ la remise en cause de l’Etat providence

Dans les 70’s et 80’s, les économistes néolibéraux (influencé par l’économiste MILTON FRIEDMAN, fondateur de l’Ecole de Chicago et Prix Nobel d’Economie en 1976),  dénoncent le mode de gouvernance et en particulier  le modèle de l’Etat-providence générateur d’excès de fiscalité et de réglementation. Aux EU (R.REAGAN, 1980-198Smilie: 8) et au R.U (M.THATCHER, 1979-1990) la régulation publique recule avec la libéralisation des mouvements de capitaux, la privatisation des entreprises publiques et la déréglementation. Ce néolibéralisme s’étend de façon plus ou moins importante à la plupart des PDEM, notamment ceux du G7: (en Allemagne avec H.KOHL comme Chancelier de 1982 à 1998 et en France avec l’alternance libérale de J.CHIRAC, Premier Ministre de 1986 à 198Smilie: 8). Ces politiques de rigueur ou d’austérité permettent en partie de faire reculer l’inflation mais leurs conséquences sociales sont souvent lourdes.

     122/ La poursuite de la déréglementation

Le mouvement de réduction des obstacles au commerce international se poursuit : après les négociations du Tokyo Round (1973-1979, 102 pays qui réduisent d’ 1/3 les droits de douanes sur les marchandises), s’ouvre en 1986 l’Uruguay Round, le plus grand cycle de négociation du GATT (Général Agreement on tariffs and Trade signé en 1947, 117 puis 123  pays). Il vise toutes les formes de protectionnisme (quotas, normes). Cette libéralisation conduit à la globalisation financière c.à.d. la création d’un marché financier mondial dans lequel circulent les capitaux en fonction des opportunités des variations des taux d’intérêts ou de la valeur des monnaies.

13/ Les nouvelles missions du FMI

Incapables de rembourser leurs emprunts (la dette passe de 50 milliards de $ en 1968 à 1400 milliards à la fin des 80’s) les pays du Sud font appel au FMI et à la Banque Mondiale qui, en échange d’une aide, leur impose une politique d’ajustement structurel (privatisation des entreprises, réduction des dépenses publiques, ouverture de l’économie à la concurrence et aux investissements étrangers , hausse des impôts, lutte contre la corruption, la fraude et l’évasion fiscale, politique d’austérité, dévaluation de la monnaie pour faciliter les exportations. Les conséquences sont souvent dramatiques pour les populations, voc. /372). Expl du Mexique en 1982.

2/ Vers une nouvelle gouvernance économique depuis les 90’s

21/ Un nouvel ordre économique multipolaire

    211/ Mondialisation et libre-échange

L’effondrement  du  communisme  en  Europe  de  l’Est  (1989)  puis  de l’URSS (1991) met fin à l’ organisation bipolaire du monde. Les anciennes démocraties populaires amorcent une transition vers l’économie de marché, la Russie entre au FMI (1992), la Chine poursuit son ouverture commencée en 1978 (ZES) et l’Inde entame la sienne (1991). Les pays émergents jouent un rôle de plus en plus important. Dans le même temps la mondialisation de l’économie s’accélère (exportations mondiales x 4 entre la fin des 70’s et le milieu des 80’s, x 7 de 1985 jusqu’à 2010).

Les EU restent cependant les leaders de la libéralisation de l’économie : en 1994, 124 pays signent les Accords de Marrakech (fin de l’Uruguay round) sur la réduction de tarifs douaniers, la libéralisation des services et la concurrence dans le domaine agricole.

En 1995 l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) remplace le GATT : son domaine s’étend de l’industrie à l’agriculture mais aussi aux services et à la propriété intellectuelle, à la culture et aux services publics. A la différence du GATT, l’OMC dispose d’un organe judiciaire qui peut sanctionner les Etats et chaque membre (113 en 1995) a droit à 1 voix.

Cependant les progrès du libre-échange rencontrent des difficultés : le nouveau cycle de négociation qui s’ouvre à Doha en 2001 se heurte aux divergences des PED  et des puissances agricoles du Nord (EU et UE) sur la libéralisation du commerce agricole et sur les règles d’unanimité difficile à obtenir avec 159 Etats en 2014. Il n’est toujours pas conclu.

Par ailleurs, les 90’s voir la création et le renforcement des grands blocs régionaux (Mercosur en 1991, ALENA en 1994, Traité de Maastricht en 1992) qui privilégient les accords internes.

    212/ Crises et interventions du FMI

Mexique (1994-1995) : entré au GATT en 1986, le pays s’engage dans une politique d’ouverture (abandon du protectionnisme, privatisation massive, développement des Maquiladoras dans le cadre de l’ALENA et réception de nombreux IDE). Mais la révolte du Chiapas entraine un reflux des placements et une brusque dévaluation du peso mexicain. Le FMI et les EU déboursèrent 50 milliards de $ afin de garantir tous les créanciers étrangers. Mais le Mexique se voit imposé un P.A.S (Plan d’ajustement structurel).

La crise asiatique (1997-199Smilie: 8) : les capitaux affluent vers les émergents d’Asie et les banques asiatiques multiplient les prêts entrainant une flambée des cours boursiers et de l’immobilier (« bulle spéculative ») et un endettement massif des entreprises et des particuliers. En juillet 1997, la Thaïlande, dont les déficits se creusent annonce le flottement de sa monnaie (le Bath) jusque là arrimée au $ => fuite des devises et des investisseurs.  La panique financière s’étend aux pays de la zone et la fuite des capitaux entraine l’effondrement des cours boursiers (explosion de la bulle financière).Le FMI lance un plan d’aide de 120 milliards de $ dont 50% pour la seul Corée du Sud.

Mais la crise se répercute en Russie en 1998 dont les exportations de pétrole chutent. Le FMI lui accorde un prêt de 22,6 milliards de $. Puis la crise gagne l’Amérique latine, le Brésil et surtout l’Argentine (chute des Bourses de Sao Paulo (- 40 %) et Buenos Aires (- 38 %) mise sous tutelle par le FMI jusqu’en 2002, (4/373).

22/ Les nouveaux acteurs de la gouvernance.

    221/ Les mouvements anti et altermondialistes

En 1999, le sommet de l’OMC de Seattle (2/381, voc. /374) est l’occasion de la 1ère grande manifestation des antimondialistes qui s’opposent à la « dictature des marchés financiers ». Les manifestations se poursuivent  lors des réunions du FMI, de l’UE et du G8 et regroupe 200 000 personnes à Gènes en 2001 (GSmilie: 8). La même année le 1er Forum Social Mondial est crée à Porto Alegre au Brésil contre celui de Davos sous le slogan « un autre monde est possible ». En 2002, les anti- mondialistes se transforment en alter – mondialistes et définissent en 2005 un programme alternatif : annulation de la dette des pays du Sud, taxe Tobin sur les transactions financières internationales, démantèlement des paradis fiscaux, promotion du commerce équitable et du développement durable voire de la décroissance.

Cependant Le  mouvement  altermondialiste  est  une  véritable nébuleuse (2/374) rassemblant des acteurs aux intérêts très divers et parfois contradictoires qui empêche  une  véritable coordination et structuration du mouvement. Par ailleurs, les violences qui accompagnent les manifestations (carte/367) et les objectifs divergents ont progressivement érodé l’audience des altermondialistes dont le discours et l’action se retrouvent cependant dans les mouvements des « Indignés ».

    222/ La crise de 2008

Depuis 2000, les banques américaines ont accordé des crédits hypothécaires à taux variables (alors très bas), les « subprimes », et permit à des milliers de familles modestes d’acheter un logement. Mais l’augmentation des taux en 2007 empêche les emprunteurs de rembourser leur crédit. Ils sont expulsés et les banques se retrouvent à la tête d’un énorme patrimoine foncier (500 milliards de $) qui perd sa valeur  (effondrement des prix de l’immobilier). Les « subprimes » deviennent des créances insolvables. Les banques qui en détenaient au travers des produits financiers dérivés voient fondre leurs actifs. La crise devient mondiale avec la faillite de la banque LEHMAN BROTHERS en septembre 2008. Le risque d’un effondrement du système bancaire contraint les Etats à intervenir (700 milliards de $ pour les EU, 1700 milliards d’euros pour l’UE). Mais ces plans d’urgence aggravent la dette des pays développés (leurs notes sont dégradées par les agences de notation => emprunts à des taux plus élevés)  qui doivent alors mettre en place des plans de rigueur (Islande, Grèce, Espagne, Italie…). Mais cette crise a imposé l’idée d’une nécessaire régulation mondiale de l’économie.

    223/ Du G8 au G20

 En 1998, la Russie rejoint le G7 qui devient le G8 puis en 1999, il s’ouvre à 12 pays émergents (2/370, 4/371). Le G20 n’est cependant encore qu’un forum de discussion eco et financier. La  1ère réunion officielle  date de  2009 (sommet de Pittsburgh) qui a  institutionnalisé le G20 dont les Etats membres représentent quelque 90% du PIB de la planète (carte/367). Il s’agit de réguler la finance internationale  (taxation et contrôle des transactions financières) et lutte contre les paradis fiscaux

http://www.ina.fr/video/3770721001027/crise-economique-et-prochain-g20-video.html

Dossier INA : http://sites.ina.fr/images-de-crises/

Pour tenir compte des nouvelles puissances émergentes, le G20 réuni à Séoul en 2010 modifie les droits vote (la Chine passe au 3ème rang par expl.) et x 2  des fonds alloués au FMI. Cependant, cette gouvernance peine à s’imposer : elle est perçue comme un club de privilégiés (20 pays sur 193), et se trouve en concurrence avec les organisations régionales (Alena, U.E, Mercosur…).

Conclusion:

Aujourd’hui la régulation économique à l’échelle mondiale apparait nécessaire mais la gouvernance mondiale n’a toujours pas trouvé sa forme consensuelle : entre les institutions héritées de Bretton Woods (FMI, OMC), les « clubs » (G8, G20), les organisations régionales (UE, ALENA) ou les mouvements de citoyens, les relations tiennent le plus souvent du rapport de force que de la coopération. Pourtant, les enjeux de la gouvernance mondiale se diversifient et se font plus pressants en particulier dans le domaine  des biens publics mondiaux  (eau, air, ressources naturelles). C’est l’enjeu de ceux qui évoquent la « global governance ».

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