La presse, l’opinion publique et les crises politiques depuis 1898

Le 13 janvier 1898, l’article fondateur de Zola, « J’Accuse », publié dans l’Aurore à 300 000 exemplaires dévoile la réalité de l’Affaire Dreyfus à une opinion publique peu informée mais très majoritairement antidreyfusarde. Le débat devient public et la presse reprend tout autant qu’elle entretient les clivages idéologiques de la société française. Jusqu’au « choc » d’avril 2002, et malgré son lent déclin séculaire, la presse écrite exerce sa fonction tribunitienne dans l’expression et la formation de l’opinion publique notamment lors des crises politiques

Pourquoi et comment la presse exerce une influence sur l’opinion publique? En quoi témoigne-t-elle autant qu’elle les alimente, des clivages qui parcourent l’opinion publique et qui se manifestent plus particulièrement lors des crises politiques?

Sous la IIIème République, la presse domine les médias et relaye les grands débats qui divisent la société française en particulier lors de l’Affaire Dreyfus et de la crise du 6 février 1934. La guerre marque une rupture. Jusqu’en 1968, la presse, qui cherche à jouer un rôle de contre-pouvoir,  subit le poids d’un contrôle étatique de plus en plus pesant malgré des tentatives de rénovation dans les années 50. Depuis les années 70, le déclin de la presse écrite semble inexorable face au développement des médias audio-visuels et à l’émiettement de l’opinion publique comme l’illustre le « choc » d’avril 2002.

1/ 1898-1939

 a/1898-1914

  a1/ Etat des lieux / contextualisation : la presse à l’époque de l’Affaire Dreyfus

– Rappel des facteurs du développement de la presse écrite : Instruction (Loi Ferry de 1881 et 1882)/ Loi sur la liberté de la presse (1881) / progrès des imprimeries (rotatives), des transports, des communications => prix /2 entre 1870 et 1914 et tirage des journaux x 3 entre 1880 et 1914 (de 3 à 9 millions).

– Qlques expls de journaux d’informations : Le Petit Parisien (70 000 exemplaires en 1883 et 1.4 millions en 1910), Le Petit Journal (850 000 ex. en 1912). Développt. de la presse d’opinion : l’Aurore, la Libre Parole, la Croix.

 a2/ La presse et l’Affaire Dreyfus

– Rappel des faits : 1894 : condamnation du capitaine Dreyfus pour haute trahison et déportation au bagne. En janvier 1898, le cdt. Esterhazy, dont l’entourage de Dreyfus a prouvé qu’il était coupable du bordereau ayant fait condamné Dreyfus, est acquitté. En 1899, nouveau procès de Dreyfus condamné à 10 ans mais finalement grâce du président Loubet  et réintégration de Dreyfus en 1906.

– L’affaire de trahison est révélée à l’opinion publique par le Figaro en nov. 1894 mais c’est La Libre Parole de Drumont qui la place sur le terrain de l’antisémitisme. C’est cependant l’article « J’Accuse » de Zola publié par Clemenceau dans l’Aurore du 13/1/1898 qui déclenche l' »Affaire ».

La presse s’engage très majoritairement dans le camp antidreyfusard.: Le Petit Journal, Le Petit Parisien, Le Figaro, l’Echo de Paris mais surtout les journaux nationalistes et antisémites : L’Intransigeant, La Libre Parole. x° des caricatures antisémites : Pstt…, de Forain et Caran d’Ache qui contribuent à enraciner les stéréotypes antisémites. La presse favorise  les divisions de l’opinion publique .

b/ 1914-1939

  b1/ Les mutations de la  presse pdt la 1er GM et l’entre-deux-guerres

– rétablissement de la censure/ »bourrage de crâne »/ propagande. Beaucoup de journaux de tranchées/ Le Canard Enchaîné (1915).

– En 1918 : près de 50% des journaux ont disparu => réorganisation : syndicat nat. des journalistes en 1918/ école de journalisme à Lille en 1924/ statut des journalistes en 1935.

– Dévlppt de la presse d’opinion  hebdomadaire Gringoire ou Je suis partout à droite et Marianne ou Vendredi à gauche.

– Virulence de la presse d’extrême droite: cf. Maurras à propos de  Léon Blum, dans L’Action Française en  1935 : « C’est un homme à fusiller, mais dans le dos ». Salengro, ministre de l’intérieur se suicide en 1936 à la suite de la campagne de diffamation dont il fait l’objet par  Gringoire .

   b2/ La crise du 6/2/1934 :

1933:la presse révèle l’escroquerie orchestrée par Stavisky et ses relations dans le monde politique. Lorsqu’il est découvert mort en janvier 1934, la presse dénonce la corruption et l’indignité du gouvernement Chautemps qui doit démissionner: l’AF titre  » A bas les voleurs, a bas les assassins », l’Humanité : » Le gouvernement se débarrasse de Stavisky en le faisant abattre ». L’OP est alors fortement influencée par l’antiparlementarisme (cf. les caricatures de Vox dans Le Témoin). Après le limogeage du préfet Chiappe, la presse d’extrême droite relaye l’appel des ligues pour la manifestation du 6 février. Après l’émeute (17 morts, 1400 blessés), la presse de gauche dénonce « le coup de force fasciste » (Le Populaire de la SFIO) et la presse nationaliste  vitupère la corruption généralisée et la violence du gouvernement : l’A.F: » Après les voleurs, les assassins ». la presse témoigne des clivages idéologiques dans l’OP et contribue à leurs radicalisations par des « Unes » empruntées aux registres dramatiques ou  même séditieux..

 

 Après un âge d’or d’un demi-siècle, la presse connait un premier reflux durant la seconde guerre mondiale et son rôle est remis en cause dans les années 50 et 60 par la concurrence de la radio et de la télévision qui imposent progressivement leurs popularité ainsi que par les ambitions interventionnistes de l’Etat sur les médias.

2/ 1939- 1968

 a/1939 -1945

– Retour de la censure : interdiction de l’Humanité et des publications communistes depuis le pacte germano-soviétique d’août 1939/ création d’un Commissariat gal. à l’information en sept.

– De juin 1940  -> nov. 1942 : en zone occupée : contrôle de la presse par les Allemands => des journaux cessent de paraître (Le Canard Enchaîné), repli en zone sud (Le Temps, Le Figaro) mais aussi parution maintenue et collaboration (Le Matin, JSP) ou création (Au Pilori, La Gerbe)/ impact modéré sur l’OP de la presse collaborationniste.

– Journaux résistants: + de 1000 titres entre 1940 et 1944 (Combat : 40000 ex. en 1942 et 250 000 ex. en 1944, Franc-tireur).

– Réorganisation en 1944-45: ordonnances du 30 /9/1944 interdisent les journaux ayant continué à paraître durant l’Occupation et une épuration des journalistes (700 suspensions, 99 exécutions dont Brasillach)/ nvx. titres issus de la résistance: Combat, France Soir, Libération. Le Monde est créé en récupérant Le Temps./ Création de l’A.F.P sous tutelle de l’Etat.

 b/ 1945-1968

– un certain déclin de la presse quotidienne dans les 50’s et 60’s: 6 à 3.4 millions d’ex. vendus entre 1946 et 1952 mais maintien dans les 60’s.( concurrence de la radio et surtout de la TV: 1er JT en 1949 / dévippt. de la presse hebdo: Paris-Match (1949) l’Express (1953) et France-Observateur (1954)

-Pdt la guerre d’Algérie (1954-1962) renforcement du contrôle de l’Etat sur la presse => L’Humanité, Le Monde, L’Express et France Observateur font l’objet de saisies et de censure (69 saisies de journaux par an en moyenne entre juin 1958 et 1962 contre 39 entre 1954 et mai 195Smilie: 8)/ encadrement des journalistes par l’armée en Algérie. Une partie de la presse exerce un contrepoids /OP face à la présence dans les médias de DG (59 fois entre 1958 et 1969).

 c/ La crise de 1968

Rappel des faits ( cf. cours).

Dénonciation par les étudiants de la main mise du pouvoir sur les médias mais la presse écrite  est peu concernée (cf. les slogans contre l’ORTF, « la voix de son maître »).

Multiplication de titres alternatifs : L’Enragé, Action ,affiches  dénonçant la censure et le contrôle gouvernemental sur les médias, la société de consommation, l’autoritarisme gaullien réalisées notamment par l’École des beaux-arts. Bcp de caricatures (Sine). Cependant, l’OP est bcp plus influencée par les médias audio-visuel et notamment les radios périphériques.

 

 Libérée de plus en plus de la tutelle de l’Etat après les années 60, la presse, malgré de nouvelles directions éditoriales, peine cependant à conserver son lectorat et ne joue plus qu’un rôle secondaire auprès d’ une opinion publique de plus en plus émiettée et sollicitée par un nombre croissant de médias. La crise d’avril 2002 vient comme une confirmation de ce décalage. 

 

3/ Depuis 1968

a/ Déclin des  quotidiens, progrès des hebdos.

– Entre 1950 et 2000: chute d’1/3 du nbre de lecteurs (surtout à partir des 70’s)/ La presse populaire (France-Soir, le Parisien) est la plus touchée mais aussi la presse plus « intellectuelle » (Le Monde: 550 000 en 1974 contre  320 000 en 2011). Seule la presse de province résiste : Ouest-France : 750 000 ex. mais beaucoup de concentrations de titres./ dépdce aux subventions de l’Etat.

– Les hebdos progressent: le Point, L’Express, le Nouvel Obs. ou le Canard Enchaîné: investigations et reportages en forme de feuilleton sur les « Affaires » (Mazarine, Rainbow Warrior, les financements de partis politiques, emplois fictifs de la mairie de Paris) => une OP de plus en plus détachée, voire suspicieuse,  à l’égard de la classe politique.

 b/ Nouvelles tendances:

– entre 2000 et 2011 : de 8,5 millions à 45 millions d’internautes => les médias écrits créent des sites de journaux (Le Monde, Le Figaro, Libération,…) en ligne et de nouveaux « journaux en ligne » » apparaissent : Rue 89,  Médiapart.

– x° des sondages => évolution vers une « démocratie d’opinion »: les sondages guident l’action des gvts/ l’OP agit en amont de la décision et les hos. po s’y réfèrent dans leur campagnes (111 sondages pour l’élection présidentielle de 1981, 293 en 2007.).Influence aussi des sondages sur la presse qui les commande et les commente.

 c/ La « choc » d’avril 2002:

– le 21 avril 2002, JM le Pen, candidat du Front National arrive en 2nd position lors du 1er tour des élections présidentielles et devance le candidat du PS, Lionel Jospin.

– Les journaux titrent sur « le Choc »(Le Parisien), « le séisme » ( Le Figaro) ou prennent clairement position: « Non » (L’Huma., Libé.).Les « Unes » expriment l’aveu d’une surprise et donc du décalage de la presse et de l’OP. Certains titres sont de vrais slogans à la mobilisation.

– Remise en cause du rôle des médias / OP : les sondages publiés et les éditoriaux montraient comme une évidence le duel Jospin/Chirac au 2nd tour/ surexploitation du thème du « sentiment d’insécurité ».

 

Conclusion:

Presse écrite depuis l’Affaire Dreyfus joue un rôle de relais et de formation de l’OP. Tjrs présente dans les grands débats mais perd progressivement son poids/ aux médias audio-visuels.

Aujourd’hui, la multiplication des sources d’informations (internet, radios, TV et presse écrite) favorise une individualisation de l’information et un émiettement de l’opinion publique collective en une multitude d’opinions individuelles.

 

 

 

 

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