Préparation de la venue d’Ida Grinspan

17 01 2014

Lundi prochain, vous rencontrerez Ida Grinspan qui vous racontera son histoire.

Proposez vos questions autour des thèmes suivants : » sa vie en France avant son arrestation » / « la vie dans le camp » /  » la libération et le retour à la vie normale » sur le pad :http://titanpad.com/l6r2BJQHVh

Pour préparer cette rencontre, quelques extraits due son livre témoignage écrit avec Bertrand Poirot-Delpech, « J’ai pas pleuré » Robert Laffont, Paris, 2002.

L’arrestation par les gendarmes français le 30 janvier 1944Alice(1) a ouvert la porte sur la cour. Les gendarmes (2) disent qu’ils ont ordre de m’arrêter. Elle proteste : « Vous n’allez pas emmener cette gamine, c’est impossible. L’un des gendarmes insiste : « On a des ordres, et si on ne la trouve pas on prend votre mari ! » Alice arrive dans ma chambre. Elle me dit: «Les gendarmes sont là, on vient t’arrêter ! » Pendant une fraction de seconde, j’ai pensé que je pourrai me sauver en sautant par la fenêtre de la cour que les voisins m’auraient tous recueillie. Mais Alice a ajouté: «Ils disent que s’ils ne te trouvent pas, ils prendront Paul». Je n’avais plus qu’à me préparer. Je devais emporter quelques affaires de rechange et des provisions pour trois jours. (…)Avez-vous alors un vague pressentiment de ce qui vous attend?Je ne sais pas. J’imagine quand même la déportation, puisque ma mère n’a pas donné de nouvelles après son arrestation un an et demi plus tôt. Mais on n’a pas idée des camps. C’est seulement à Drancy(3) qu’on me fera espérer que je vais retrouver ma mère. Tout ce que je sais, c’est qu’on m’arrête alors que je n’ai rien fait, uniquement parce que je suis juive. (…) J’ai pas pleuré. Je suis terrifiée, bien sûr, mais je garde ma peur pour moi. Pas question de leur faire cadeau de mes larmes.

(1)Alice a pris Ida en pension au début de la guerre, quand les parents de Be-ci ont voulu la mettre à l’abri des bombardements et des privations.

2)Les autorités françaises ont collaboré avec les nazis en organisant des fies et des déportations.

(3)Drancy est une ville de la banlieue parisienne où les Juifs étaient détenus dans un camp avant leur départ pour Auschwitz.

Le « transport » vers AuschwitzCelui-ci a eu lieu le 10 février 1944. Tôt le matin, les mille cinq cents détenus désignés pour le convoi 68 ont été regroupés, comptés, et poussés par les gendarmes dans les autobus de la TCRP(1). Nous sommes conduits à la gare de Bobigny et livrés aux Allemands qui nous précipitent brutalement dans les wagons à bestiaux. (…)Nous sommes le 13 février 1944. On est dimanche. C’était l’habitude : départ de Drancy le jeudi et arrivée le dimanche. Quand le train s’arrête, c’est une délivrance. « Enfin ! » soupire-t-on. J’ajoute intérieurement : « Ça y est, je vais voir maman ! ».(…) Première sensation : un vacarme d’enfer, où se mêlaient le verrouillage des portes, les ordres hurlés – Schnell ! Raus (2) les aboiements des chiens, les cris des familles séparées. (…)

Le SS a ordonné dans un mauvais français que celles qui ne pouvaient pas marcher montent dans les camions et que les autres attendent sur le quai. (…) Je me suis tout de suite jointe à celles qui allaient continuer à pied. Le SS ne m’a pas questionnée sur mon âge, et il ne l’a pas deviné. Je faisais plutôt seize ans (…). Heureusement, car à quatorze ans, j’aurais dû suivre ceux que l’on supprimait dès l’arrivée.

Je fais donc partie des soixante et une femmes sélectionnées pour entrer dans le camp. Vingt-quatre d’entre nous survivront. Cela s’explique par le fait que nous étions en 1944. (…) Les sept cent cinquante-quatre femmes montées dans les camions ont été gazées tout de suite avec les enfants.

1. Transports en commun de la région parisienne.
2. «Vite! Dehors!»

 

Une tentative d’évasionUn soir d’août 1944, l’appel s’éternise. Les surveillantes SS n’en finissent pas de compter et recompter nos rangs. Une panique s’est emparée d’elles. La raison de cet affolement nous est enfin connue : « C’est Mala qui manque ! » Nous exultons. Il nous semble que si Mala a réussi à s’évader, elle avertira le monde entier de ce que nous subissons, et on viendra nous délivrer ! Nous n’imaginions pas que les grands de ce monde «savaient». (…) Trois ou quatre semaines après son évasion, toujours à l’appel du soir, nous découvrons qu’une potence a été dressée sur la place. Un SS est posté à côté. Des gardiens amènent Mala. Cette apparition nous apprend qu’elle a été reprise. Mala sort une lame dissimulée dans ses vêtements et commence à s’entailler l’arrière du poignet. Le SS essaie de lui arracher la lame. Elle le gifle et s’adresse à nous en criant : « Courage, c’est bientôt la fin ! » Aussitôt, d’autres gardes accourent et la rouent de coups. Mala mourra dans la charrette qui l’emportera vers le crématoire. (…)Les derniers instants de Mala sont restés dans toutes les mémoires comme un symbole de courage.
(…)
Autre drame dans le drame : tandis qu’arrivaient en masse les Juifs hongrois, en juillet-août 1944, les Tsiganes parqués en famille près des crématoires de Birkenau (plus de vingt mille) ont tous été gazés en une nuit !

 

 

Ida Grinspan montrant des photographies d’elle avant son arrestation et à sa libération


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