Ruée vers le quinoa

17 03 2013

A voir les champs de quinoa qui s’étendent à perte de vue sous le soleil des hauts plateaux boliviens, à plus de 3 700 mètres d’altitude, on comprend mieux pourquoi les peuples andins l’ont surnommé « graine d’or ». Connu pour résister depuis des millénaires aux difficiles conditions climatiques, le quinoa a toujours fait partie de cette région proche du désert de sel d’Uyuni. Longtemps confinée dans les Andes, la graine d’or fait aujourd’hui le bonheur des tables bio du monde entier. Le quinoa est riche en protéines, acides aminés, oligoéléments, vitamines et sans gluten.

Très prisé aux Etats-Unis, en Europe du Nord, en France ou encore en Australie, le quinoa et ses qualités nutritives vont bien au-delà d’une simple mode écolo. La plante pourrait résoudre les problèmes mondiaux de sécurité alimentaire et de dénutrition. Un argument de plus pour justifier un engouement, né à la fin des années 1980, et qui bénéficie aujourd’hui à la Bolivie, premier exportateur, devant le Pérou. Ayant exporté plus de 26 000 tonnes en 2012, le pays andin fournit 46 % du quinoa consommé dans le monde. « Quelque 52 % de la production va vers les Etats-Unis, 12,5 % vers la France ».

En janvier, le quinoa royal atteignait 2 450 euros la tonne sur les marchés internationaux, un prix multiplié par trois en six ans. « Les revenus du quinoa depuis 2005 nous ont permis de construire une petite maison en ville et d’envoyer nos enfants étudier. C’était impossible avant », raconte l’agriculteur de 67 ans, conscient que « la hausse des prix a tout changé dans les campagnes. »Des milliers de Boliviens ont ainsi repris la route de leur village d’origine. Aux alentours de Challapata, le quinoa prolifère désormais. « En six ans, la superficie semée de quinoa a doublé dans le pays.

L’intensification des cultures, avec l’usage des tracteurs, a préoccupé chercheurs et autorités. Après quatre années d’étude, l’IRD n’a pas trouvé traces d’épuisement des sols dus au quinoa. « Les rendements sont faibles, mais c’est surtout dû au climat et à un mauvais semis », estime M. Winkel, qui se félicite de l’attitude des producteurs qui ont peu à peu corrigé les pratiques menaçant les sols.

Ce faisant, ils suivent les recommandations de l’Association nationale des producteurs de quinoa (Anapqui) qui conseille, par exemple, de  reprendre la mise en jachère, une technique qu’ils avaient abandonnée. L’Anapqui oblige aussi ses producteurs à avoir un minimum de bétail par hectare cultivé. Selon les agriculteurs, une terre des hauts plateaux recevant un bon fumier peut produire jusqu’à 30 quintaux par hectare, contre 10 en cas contraire.

« Nous restons vigilants afin d’éviter que l’essor de la production de quinoa n’affecte pas les sols et l’environnement », insiste Lucio Tito, qui assure que l’Etat va limiter l’emploi de produits chimiques et l’usage excessif de tracteurs dans les grandes propriétés. L’INIAF est aussi conscient que la surface de quinoa va continuer de croître, au détriment d’autres cultures, ce qu’il faudra surveiller. « En plus de la hausse du prix, le quinoa a la particularité de résister au changement climatique qui affecte actuellement certaines variétés de pommes de terre », explique l’ingénieur agronome, rappelant que la graine supporte des températures de -4 oC à 38 oC.

On le cultive désormais aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre, aux Pays-Bas mais aussi dans le val de Loire, en France, depuis 2006, bien loin des hauts plateaux andins.

Une concurrence qui inquiète les producteurs boliviens ? « Toutes ces variétés ne pourront rivaliser avec notre quinoa royal, qui ne pousse qu’autour du désert de sel d’Uyuni », assure le président d’Anapqui, qui travaille à l’obtention d’une appellation d’origine.

D’après Le Monde.