Comment les espèces invasives débarquent en masse dans les ports

30 05 2013

Les porte-conteneurs géants qui parcourent le monde de port en port ne transportent pas seulement des fruits et légumes, vêtements ou voitures. Ils acheminent également des espèces invasives, l’une des principales menaces pour la biodiversité maritime. Pour la première fois, des scientifiques ont établi un modèle mondial permettant d’analyser les routes empruntées par ces organismes et de déterminer les points les plus vulnérables. Si certains de ces spécimens – des cellules d’algues microscopiques, des œufs de poissons ou encore des crustacés – se déplacent accrochés aux coques des bateaux, la plupart flottent dans les milliers de tonnes d’eau des ballasts, ces réservoirs qui équipent les grands navires pour assurer leur stabilité. Quand les bateaux déversent leurs eaux de ballast dans le port – ce que l’on appelle le déballastage –, les espèces peuvent s’implanter dans des eaux étrangères.

Dans la région des Grands Lacs, ces organismes, comme la moule zébrée, ont perturbé les écosystèmes lacustres, pollué les plages ou encore déplacé les plantes natives qui accueillaient la faune et évitaient l’érosion. Or, depuis plusieurs décennies, ces espèces invasives sont plus nombreuses sous l’effet de l’augmentation du trafic maritime. L’Organisation maritime internationale (OMI) de l’ONU soutient que les eaux de ballast sont responsables du transfert d’environ 7 000 à 10 000 espèces différentes dans le monde tous les jours. Pour comprendre les trajets de ces passagers clandestins, une équipe de scientifiques a analysé plus de 2,9 millions de voyages réalisés par 33 000 navires dans 1 500 ports en 2007 et 2008. Les chercheurs ont ensuite combiné ces routes de transport maritime à d’autres facteurs (tels que la taille des bateaux, la salinité de l’eau ou encore sa température) pour déterminer dans quelle mesure les espèces sont susceptibles de survivre aux différents trajets.

Résultats : les distances intermédiaires, à savoir les routes commerciales de 8 000à 10 000 km, constituent la plus grande menace. A des plus petites distances, la probabilité d’introduction d’espèces est faible dans la mesure où les organismes diffèrent peu. Et à des distances plus grandes, leur chance de survie se révèle trop faible pour entraîner un réel risque d’invasion. L’étude a par ailleurs permis d’établir une liste de vingt points chauds, essentiellement localisés en Asie du Sud-Est (8 ports), au Moyen-Orient (5) et aux Etats-Unis (3). L’importance du trafic maritime dans ces lieux n’explique pas tout : ainsi, a contrario, les principaux ports d’Europe du Nord, comme Anvers ou Hambourg, sont plus épargnés, leurs eaux étant trop froides pour permettre aux espèces tropicales de survivre.

Le nettoyage d’un quart de l’eau de tous les navires dans les dix ports les plus à risque permettrait ainsi de réduire de 25 % le risque d’invasion sur l’ensemble des routes maritimes. Mais aujourd’hui, ces efforts ne sont pas réalisés pour des raisons économiques.

A l’avenir, les scientifiques projettent d’étudier les maladies qui pourraient être transportées dans les eaux de ballast, telles que le choléra.

C’est à découvrir ici.

D’après Le Monde.


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