Le premier cargo qui a osé le passage du Nord-Ouest

23 10 2013

Un bateau transportant du charbon est arrivé en Finlande en traversant les eaux arctiques du nord du Canada libérées par le réchauffement climatique. C’est une première. Le Nordic Orion est le premier cargo de gros tonnage à avoir emprunté une route mythique pleine d’icebergs, mal cartographiée et loin de tout poste de sauvetage : le passage du Nord-Ouest. Ce bateau de 225 mètres est parti il y a un mois de Vancouver, au Canada, avec à bord 15 000 tonnes de charbon canadien destiné à une compagnie finlandaise de métallurgie. Le réchauffement climatique faisant fondre la banquise, le passage du Nord-Ouest, franchi pour la première fois par l’expédition du Norvégien Roald Amundsen entre 1903 et 1906, devient navigable durant l’été arctique, quoique l’entreprise demeure très risquée.

Cette route n’est pas un désert de glace pour autant. Entre les bateaux de tourisme, les brise-glace, les cargos de petit tonnage, les bateaux qui desservent les villages des communautés qui vivent dans la région, les navires d’exploration et les navires de pêche, on y compte tout de même 600 navires par an en moyenne. Mais jamais un gros cargo de transit comme le Nordic Orion, dont la coque a été renforcée, n’avait passé le Nord-Ouest. Pour le Nordic Orion, le passage du Nord-Ouest est un sacré raccourci. S’il avait dû passer par la route classique du canal de Panama, il aurait navigué 1000 miles nautiques supplémentaires et dépensé 80 000 dollars de mazout en plus. D’où l’intérêt grandissant de l’industrie du transport maritime et des pays du cercle polaire pour ces eaux arctiques, plus risquées mais plus économiques en temps de transport et coût de carburant.

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Le passage du Nordic Orion préfigure-t-il une future autoroute maritime polaire ? Frédéric Lasserre, géographe à l’Université Laval au Québec, spécialiste de la géopolitique de l’Arctique, est sceptique. «Passer par le Nord-Ouest est certes plus facile qu’autrefois pour les navires qui n’ont pas une coque renforcée, mais ça ne veut pas dire que c’est facile. Cela exige un équipement spécifique, un équipage qui connaisse l’Arctique et un coût d’assurance accru.» Surtout, le rapport coût-bénéfice n’est pas si évident pour les transporteurs. «Comme la fenêtre de navigabilité est difficile à prévoir et que la glace bouge, il y a une grosse part d’incertitude dans le temps de transport. Si, comme le Nordic Orion, on transporte du charbon, ce n’est pas bien grave. Mais pour les conteneurs, les transporteurs vendent aussi une date précise de livraison. Ils ne peuvent pas se permettre d’aléas.» L’épisode du Nordic Orion pourrait réveiller un vieux contentieux entre les Etats-Unis et le Canada sur le statut de la voie du Nord-Ouest. Les Américains, comme l’Union européenne d’ailleurs, estiment qu’il s’agit d’un couloir navigable international que tout le monde devrait pouvoir emprunter. Le Canada considère, lui, qu’il s’agit d’un passage maritime intérieur soumis à sa juridiction et justifie sa souveraineté par les risques environnementaux que lui feraient courir une navigation accrue. «Pour cette année, on peut estimer à 250 le nombre de navires commerciaux qui vont l’emprunter, précise Frédéric Lasserre. C’est dérisoire par rapport aux 18 000 bateaux annuels du canal de Suez, mais le mouvement d’expansion est rapide.»

D’après Libération.