A quoi pourrait ressembler un redécoupage de la France ?

26 01 2014

Qu’est-ce qu’une région?

«Ce qui fait « région », analyse le géographe, ce n’est pas l’institution régionale mais les relations (économiques, sociales, culturelles) entre la capitale régionale et les territoires environnants. Ce sont en fait les grandes villes qui organisent le territoire régional et qui, de plus en plus, tendent à le fédérer.» La proposition de faire évoluer le périmètre et le nombre des régions prolonge donc logiquement la création de treize métropoles françaises au 1er janvier 2015, considérées dans le cadre de la mondialisation comme les centres économiques qui organisent le territoire et produisent la plus grande part de sa richesse:

Pour Jacques Lévy, professeur à l’Ecole polytechnique de Lausanne, directeur du Laboratoire Chôros et auteur de Réinventer la France, le découpage actuel des régions est problématique : «Au-delà des économies liées à des fusions d’institutions, c’est vrai que ces régions ne sont pas cohérentes par rapport à leurs missions, elles devraient coïncider avec ce qu’il appelle un «espace biographique», c’est-à-dire «qui offre des opportunités à l’échelle de la vie d’un individu, pour qu’il puisse développer sa vie individuelle sans avoir besoin de la quitter».

Pour lui, un grand «Bassin parisien» tiré par l’économie de la capitale pourrait intégrer les deux Normandie, la Picardie, une partie des Pays de la Loire, la Champagne-Ardenne, la Bourgogne –moins la Saône-et-Loire, qui rejoindrait plutôt la région Rhône Alpes– et s’étendre jusqu’au Centre. Une grande région Sud-Ouest regrouperait Poitou-Charentes, Limousin et Aquitaine, avec Bordeaux comme capitale, grignotant l’Aude et les Pyrénées-Orientales à la région Languedoc-Roussillon, tandis que l’Auvergne serait rattachée au territoire rhône-alpin. La Lorraine et la Franche Comté fusionneraient, Rennes et Nantes se retrouvent dans une grande région «Ouest Bretagne».

PACA et l’Est de Languedoc-Roussillon pourraient former une grande région Méditerranée, à la condition qu’Aix-en-Provence et Marseille se constituent déjà en métropole. Mais, avertit Jacques Lévy, remanier les limites des territoires est un art qui exige de respecter l’histoire et les identités régionales: «La Corse a peu de ressources, mais une forte identité. Le Nord-Pas-de-Calais, l’Alsace, la Bretagne, sont aussi des régions où la question de l’identité ne peut être ignorée.» Pour Philippe Estèbe, le fait d’agrandir les régions actuelles pose la question de la disparité du territoire: «Des périmètres très larges seraient en même temps peu denses, et gouverner un espace vide ne procure pas de véritable capacité à agir. La question pour moi est moins le périmètre que la ou les fonctions des régions dans le paysage politique. En réalité, on n’a pas besoin de régions partout, de la même façon qu’on n’a pas besoin de départements partout.»

Les départements pourraient se substituer aux régions dans les territoires peu denses et, inversement, ces départements disparaîtraient au profit de métropoles dans les zones très denses, comme dans le Grand Lyon.

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Le géographe Christophe Guilluy, considère lui aussi que «la question n’est pas de supprimer des échelons ou de faire ou non des regroupements, mais de savoir quelle est la pertinence de l’échelle de l’action publique en fonction des réalités économiques et sociales locales ». «La région Île-de-France doit se transformer en « région-métropole » susceptible de rivaliser avec les grandes métropoles mondiales et, inversement, le département apparait comme une échelle pertinente de l’action publique dans bon nombre de territoires ruraux et/ou industriels. En fonction du contexte, l’échelle sera donc la région, le département ou la métropole.»

«Je ne suis pas pour l’idée de supprimer systématiquement les départements. Sur certains territoires, ils restent la seule armature présente», renchérit Béatrice Giblin. C’est le cas, par exemple, dans des petits départements comme la Haute-Marne ou la Haute-Saône, mais aussi dans des territoires denses comme le Nord qui, bien qu’ayant sa métropole avec Lille, conserverait des compétences utiles à la population.

Au final, tous les géographes interrogés sont d’accord sur au moins deux points : l’ère de l’organisation territoriale à la carte est ouverte car les questions doivent être traitées en fonction des spécificités du territoire, et surtout, il ne faut pas, ou plus, découper en comité restreint mais bien partir des aspirations des habitants.

D’après Slate.fr




Samsung, un Etat dans l’Etat

26 01 2014

Souvent on parle de la Corée du Sud comme de la « République de  Samsung ». Le puissant chaebol – conglomérat – occupe une place centrale dans son pays, pour le meilleur mais également pour le pire. Car si le succès de ses produits nourrit la fierté nationale, son fonctionnement comme le comportement de ses dirigeants alimentent une défiance réelle.

L’annonce, vendredi 24 janvier, par Samsung Electronics, fleuron d’un groupe qui emploie aujourd’hui plus de 400 000 personnes dans le monde, de ses performances pour 2013 en est l’illustration. De fait, Samsung est présent dans des activités aussi diverses que l’électronique, les services financiers, l’industrie lourde, l’hôtellerie, voire les parcs d’attractions. Ses revenus équivalent à 23 % du produit intérieur brut (PIB) de la Corée du Sud. Et les 89 sociétés incluses dans sa complexe structure capitalistique assurent 13 % des exportations du pays. Enfin, sa capitalisation à la Bourse de Séoul représente 28,5 % de la composition du principal indice boursier Kospi… Quand Samsung tremble, c’est toute l’économie du pays du Matin-Calme qui risque de vaciller. Samsung fascine par sa capacité à s’imposer dans les secteurs les plus innovants.

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Le dirigeant actuel, Lee Kun-hee, 72 ans, successeur, en 1987, du fondateur, son père, Lee Byung-chul, a réussi à faire sortir le groupe de sa logique de production massive de produits de qualité moyenne. « Changez tout, sauf votre femme et vos enfants », avait-il lancé en 1993 au personnel du chaebol, ouvrant la porte à l’internationalisation de l’entreprise. En 2011, il a dévoilé les nouveaux objectifs du groupe pour 2020. « La majorité de nos produits d’aujourd’hui auront disparu dans dix ans », affirmait-il, soulignant l’importance de se lancer dans de nouvelles activités axées sur les technologies environnementales et médicales. Certains jugent que le fonctionnement de Samsung, devenu en quelques années le principal rival d »Apple dans la high-tech, reste archaïque. Trop hiérarchisé, avec quelques chefs décidant ce qu’une armée d’exécutants applique avec rigueur. Un « Etat » qui, au final, évoque plus une monarchie qu’une république.

D’après Le Monde.