Comment les sites de commerce nous manipulent

13 04 2014

Tout a commencé avec une géniale invention, celle du cookie. Une simple ligne de code – par exemple MC1:UID = 6daa554691bd4 f9089dc9d92e5cdadf4 – déposée sur votre navigateur par les sites Web que vous visitez, et des publicités ciblées s’affichent sur votre écran.
Le cookie apparaît dès 1994, l’année où le Web s’ouvre au public. Vingt ans plus tard, il reste le socle de la publicité en ligne, une industrie qui a réalisé en 2013 un chiffre d’affaires mondial de 102 milliards de dollars. Les cookies sont gérés par des sociétés spécialisées qui les déposent, les récoltent, les classent, les analysent, les agrègent et les revendent. Ils servent à vous identifier, à vous pister de site en site, à retenir vos mots de passe, à gérer vos paniers d’achat, à déterminer si votre navigation est lente ou rapide, hésitante ou déterminée, systématique ou superficielle…
L’objectif est de vous « profiler », c’est-à-dire de créer des fichiers personnalisés, stockés dans des bases de données. Certains cookies ont la vie dure : ceux que dépose Amazon aujourd’hui sont conçus pour durer jusqu’en 2037.
coo

Un exemple : dès la page d’accueil du site de e-commerce Priceminister, votre navigateur reçoit d’un coup 44 cookies provenant de 14 agences spécialisées. Rendez-vous à la rubrique « Téléphonie mobile », vous récoltez 22 nouveaux cookies. Afin d’affiner le ciblage, les publicitaires croisent les cookies avec d’autres données récoltées sur Internet : votre adresse IP, votre langue usuelle, vos requêtes sur les moteurs de recherche, le modèle de votre ordinateur et de votre navigateur, le type de votre carte de crédit. Parfois, vos données Internet seront croisées avec d’autres, provenant du monde réel – relevés de cartes bancaires, tickets de caisse, déplacements de votre téléphone…
Un fichier de mille personnes contenant des données de base est vendu en moyenne 60 centimes, mais le prix peut grimper à 250 euros pour des profils détaillés – comme, pour un laboratoire pharmaceutique, une liste d’adultes obèses ayant déjà acheté des produits amincissants. Le ciblage va jusqu’à modifier le prix d’un produit en fonction du profil. Quand un site de voyage voit que vous venez de consulter un comparateur de prix, il baisse ses prix pour s’aligner sur ceux de ses concurrents, quitte à se rattraper sur les « frais de dossier ». Si vous vous connectez avec un ordinateur à 3 900 euros, le site affichera des chambres d’hôtel plus chères que si vous utilisez un portable à 300 euros.
La dernière mode est à « l’analyse prédictive » : au lieu de réagir au comportement des internautes, les publicitaires veulent les prévoir afin d’agir par anticipation. Si un soir, vers 18 heures, le programme détecte que les Parisiens utilisent moins Internet que d’habitude, il modulera les affichages publicitaires en conséquence. Mieux : bientôt, le système pourra constater, en consultant un site de trafic routier, qu’un gros embouteillage bloque la capitale, et en déduire que les Parisiens arriveront chez eux en retard, ce qui décalera leur usage d’Internet. L’analyse prédictive envahit tous les secteurs d’activité. Des start-up se créent pour faciliter la migration de ces nouvelles compétences vers les industries traditionnelles. En France, la société Dataiku a mis au point une suite logicielle qui permettra à des cadres sans formation informatique pointue de se lancer dans la gestion de bases de données et l’analyse prédictive.

D’après Le Monde.


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