Il a déjà un nom : l’homme de Tourville-la-Rivière. Une équipe de scientifiques de l’Institut national d’archéologie préventive et du CNRS a annoncé la découverte des « vestiges d’un pré-Néandertalien » : les trois os longs (humérus, radius, cubitus) du bras gauche d’un individu adulte (ou « vieil adolescent »), de sexe encore indéterminé, vieux de quelque 200 000 ans. Ces ossements ont été mis au jour de la cadre d’une campagne en bord de Seine, à 15 km en amont de Rouen, préalable à l’exploitation du site par l’industrie gravière.
La découverte est « majeure », a insisté, jeudi, Jean-Philippe Faivre, chargé de recherche au CNRS et premier signataire de l’article publié le même jour dans la revue américaine PlOS One. « Elle va permettre de faire avancer la compréhension de la dynamique du peuplement des Néandertaliens, de leur apparition il y a 450 000 ans à leur disparition, il y a environ 30 000 ans », poursuit le paléontologue. Le site de Tourville-la-Rivière était déjà connu. Dans ce méandre, deux précédentes campagnes avaient mis en évidence une grande variété d’animaux, carnivores (ours, loups), grands herbivores (aurochs, chevaux, cerfs, chevreuils) et plus petits mammifères (chats, lièvres, castors). Ils y avaient également retrouvé un important site de taille de silex. Et c’était jusqu’ici la grande particularité des lieux. « Les pré-Néandertaliens venaient recueillir les carcasses animales rejetées par la rivière », détaille l’archéozoologue Céline Bemilli. Ils y confectionnaient leurs lames et débitaient la viande -peut-être- les peaux, les tendons et les os, plus probablement.
La provenance, d’abord. L’homme de Tourville-la-Rivière n’est pas mort sur place. Comme les cadavres d’animaux, le bras est arrivé par la rivière. Comme eux, les alluvions du fleuve l’ont rapidement recouverts, permettant de le protéger. Etait-il déjà séparé du reste du corps? Le membre supérieur avait-il été arraché du corps par un animal ? Là encore, l’examen de l’os n’a pas permis de s’en assurer. Les articulations auraient pu aider à le savoir mais elles n’ont pas été récupérées. Les scienfiques soulignent cependant l’absence de traces de morsure sur les os, malgré les nombreuses études d’imagerie réalisées en laboratoire.L’examen osseux a toutefois été particulièrement fécond. La datation, réalisée en Australie et en Espagne par deux techniques différentes a confirmé l’âge : environ 200 000 ans. Surtout, l’étude anatomique a permis de retrouver sur l’humerus (bras) comme sur le radius (avant-bras) des caractéristiques propres à la lignée néandertalienne.

Enfin, les techniques d’imagerie et la reconstruction topographique ont mis en évidence, sur la crête de l’humérus, un relief osseux de 4 cm jusqu’ici inconnu. Du moins chez Néandertal. Dans la littérature scientifique, pareille anomalie est courante… parmi les joueurs de baseball. Les paléontologues n’en ont rien conclu sur la nationalité américaine du squelette ou son amour du sport. « Notre hypothèse est que cette anomalie est la conséquence de mouvements répétés d’extension du bras avec éloignement du reste du corps, a indiqué Bruno Maureille. Peut-être un lancer. »
L’équipe entend dorénavant poursuivre l’étude morphologique des trois os, les comparer notamment plus systématiquement aux différents vestiges de pré-Néandertaliens retrouvés en Europe et au Proche-orient. Elle souhaite également lancer une recherche d’ADN ancien. Depuis dix ans, les techniciens sont parvenus à retrouver du matériel génétique sur des ossements encore plus anciens. Une telle découverte permettrait de situer plus précisément le squelette dans la longue lignée néandertalienne. Et de voir si, par hasard, l’homme de Tourville-la-Rivière ne serait pas une femme.
d’après Le Monde.
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