« Charlotte Corday » sur France 3

C’est donc jeudi soir (et non ce soir ou demain) que France3 diffuse le téléfilm « Charlotte Corday » avec Emilie Dequenne dans le rôle titre. Cette production française de 2008 appuie son récit sur le livre de Jean-Denis Bredin (avocat et académicien) intitulé « On ne meurt qu’une fois ». Charlotte Corday, et qui revient sur un personnage célèbre mais en réalité mal connu. Car si beaucoup savent que Marie Anne Charlotte Corday  d’Armont a assassiné Jean-Paul Marat, l’Ami du peuple, le 13 juillet 1793 alors que le député montagnard prenait son bain, peu savent qui était réellement cette « Ravaillac en jupons ». Il faut dire qu’elle ne quitte sa Normandie natale (elle est issue de la noblesse de Caen) que deux jours avant son attentat, qu’elle projetait initialement de faire à la Convention!

Emilie Dequenne incarne Charlotte Corday, jeudi 22 mai à 20h45 sur France3

Charlotte Corday n’était ni fanatique ni contre-révolutionnaire, elle était même une républicaine convaincue, sympathisante des Girondins: c’est au nom des principes républicains, d’égalité et de justice, qu’elle prémédita son geste contre celui qu’elle considérait comme un fou sanguinaire (il faut dire que Marat joua un rôle actif dans la politique de la Terreur). Pourtant l’Histoire semblait avoir oublié cette femme (comme beaucoup d’autres actrices de la Révolution) que l’on faisait souvent passer pour une « fanatique » (ce qui pose la question de la place des femmes dans l’histoire…).

 

Charlotte Corday devant le tribunal révolutionnaire par James GILLRAY (un anglais), 1793 

Cet épisode a marqué l’inconscient collectif et ce grâce aux peintres qui ont reproduit la scène de la baignoire (cliquez sur les tableaux pour en savoir plus, surtout pour le deuxième):

 

Jacques-Louis DAVID, La  Mort de Marat, 1793

 

Jean-Jospeh WEERTS, Marat assassiné!, 1880

 

 

Paul Jacques Aimé BAUDRY, L’assassinat de Marat, 1860

 Sans oublier le portrait de la citoyenne Corday dont il est question dans le  film: commencé au tribunal par Jean-Jacques Hauer et achevé en prison quelques heures avant son exécution, le 17 juillet 1793.

Musée Lambinet, Versailles

D’autres liens pour tout savoir sur Charlotte Corday:

La page wikipedia qui lui est consacrée

Charlotte Corday sur www.histoire-en-ligne.com

Critique du livre de Jean-Denis Bredin par le magazine Lire

– Présentation de la thèse de Guillaume Mazeau consacrée à Charlotte Corday et l’assassinat de Marat, dans la Revue d’Histoire du XIXème siècle

Un article du journal L’Humanité qui présente les coulisses du téléfilm

Bonus: la scène de l’assassinat par Robert Enrico dans La Révolution Française (âmes sensibles s’abstenir)

One Response to “« Charlotte Corday » sur France 3”

  1. Ce téléfilm est très plaisant à suivre et surtout se prête très bien à une utilisation en classe par la qualité et la richesse des thèmes abordés (même si le parti pris de faire de Charlotte Corday une sorte de Jeanne d’Arc républicaine peut parfois ennuyer).
    Le téléfilm, une fiction donc, est très fidèle à la « vérité » historique quant aux faits, aux décors du Paris révolutionnaire (la vue de Notre-Dame est tout de même un peu kitch) et aux costumes (les pantalons, les coiffes, les cocardes, et la fameuse chemise rouge réservée aux condamnés).
    La psychologie des personnages est peut-être plus sujette à caution (le trait est un peu forcé pour Fouquier, l’accusateur public, ou les apparitions trop effacées de Robespierre) mais, dans l’ensemble, on comprend bien ce que représentent ces évènements que sont la mort de Marat et le procès (très bien filmé) de Charlotte Corday qui caractérisent bien la beauté et la violence de l’année 1793 dont nous avons déjà parlé (voir le billet consacré au procès de Louis XVI).
    Charlotte Corday, au prix de sa vie, voulait tuer Marat pour sauver la République des Droits de l’Homme; Marat, au prix de la dictature, voulait tuer tous les traitres (ou supposés traitres) pour sauver la Révolution. Les moyens utilisés par Marat et le Comité de Salut public pour sauver la « patrie en danger » était incompatibles avec les principes nés en 1789, ceux défendus par Corday et quelques députés girondins. Privations de libertés et notamment de la liberté d’opinion, régime autoritaire et violent, justice arbitraire, peuple soumis aux ordres de l’Etat: la Terreur ressemblait davantage à un retour à l’absolutisme qu’à un progrès de la Révolution. C’est donc la Terreur que Charlotte Corday voulait assassiner et non la Révolution comme le titre du tableau de J.-L. David l’indique.
    C’est d’ailleurs ainsi qu’elle se défend lors de son procès devant le tribunal révolutionnaire, vraiment très bien représenté avec l’avocat de la défense, le jury populaire, le juge de paix (Montané celui qui est accusé par Fouquier d’avoir voulu sauver la tête de Corday), les témoins…On est là face à l’ancêtre de la cour d’assise d’aujourd’hui, à la différence près que la justice de 1793 n’était ni indépendante ni objective…et encore moins après le procès de Charlotte Corday.
    En effet, les conséquences de la mort de Marat sont contraires aux attentes de Corday: la Terreur s’accélère, les arrestations arbitraires (notamment contre les opposants politiques..comme Camille Desmoulins mis en garde par l’accusateur public et exécuté le 5 avril 1794 après avoir été condamné par ce même Fouquier) et les massacres (les terribles « mariages républicains » orchestrés par Carrier à Nantes pendant l’hiver 1793-1794).

    En résumé: un très bon téléfilm pour lequel la qualité de la reconstitution historique compense les envolées dramaturgiques, à voir et à utiliser en classe (en plus cela permet de parler de la place des femmes dans l’histoire, ce qui n’est pas toujours simple!)

    J’attends les réactions ou questions de ceux qui l’ont vu ou le verront!

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