Archive for the ‘Révolution française’ Category

« Charlotte Corday » sur France 3

Lundi, mai 19th, 2008

C’est donc jeudi soir (et non ce soir ou demain) que France3 diffuse le téléfilm « Charlotte Corday » avec Emilie Dequenne dans le rôle titre. Cette production française de 2008 appuie son récit sur le livre de Jean-Denis Bredin (avocat et académicien) intitulé « On ne meurt qu’une fois ». Charlotte Corday, et qui revient sur un personnage célèbre mais en réalité mal connu. Car si beaucoup savent que Marie Anne Charlotte Corday  d’Armont a assassiné Jean-Paul Marat, l’Ami du peuple, le 13 juillet 1793 alors que le député montagnard prenait son bain, peu savent qui était réellement cette « Ravaillac en jupons ». Il faut dire qu’elle ne quitte sa Normandie natale (elle est issue de la noblesse de Caen) que deux jours avant son attentat, qu’elle projetait initialement de faire à la Convention!

Emilie Dequenne incarne Charlotte Corday, jeudi 22 mai à 20h45 sur France3

Charlotte Corday n’était ni fanatique ni contre-révolutionnaire, elle était même une républicaine convaincue, sympathisante des Girondins: c’est au nom des principes républicains, d’égalité et de justice, qu’elle prémédita son geste contre celui qu’elle considérait comme un fou sanguinaire (il faut dire que Marat joua un rôle actif dans la politique de la Terreur). Pourtant l’Histoire semblait avoir oublié cette femme (comme beaucoup d’autres actrices de la Révolution) que l’on faisait souvent passer pour une « fanatique » (ce qui pose la question de la place des femmes dans l’histoire…).

 

Charlotte Corday devant le tribunal révolutionnaire par James GILLRAY (un anglais), 1793 

Cet épisode a marqué l’inconscient collectif et ce grâce aux peintres qui ont reproduit la scène de la baignoire (cliquez sur les tableaux pour en savoir plus, surtout pour le deuxième):

 

Jacques-Louis DAVID, La  Mort de Marat, 1793

 

Jean-Jospeh WEERTS, Marat assassiné!, 1880

 

 

Paul Jacques Aimé BAUDRY, L’assassinat de Marat, 1860

 Sans oublier le portrait de la citoyenne Corday dont il est question dans le  film: commencé au tribunal par Jean-Jacques Hauer et achevé en prison quelques heures avant son exécution, le 17 juillet 1793.

Musée Lambinet, Versailles

D’autres liens pour tout savoir sur Charlotte Corday:

La page wikipedia qui lui est consacrée

Charlotte Corday sur www.histoire-en-ligne.com

Critique du livre de Jean-Denis Bredin par le magazine Lire

– Présentation de la thèse de Guillaume Mazeau consacrée à Charlotte Corday et l’assassinat de Marat, dans la Revue d’Histoire du XIXème siècle

Un article du journal L’Humanité qui présente les coulisses du téléfilm

Bonus: la scène de l’assassinat par Robert Enrico dans La Révolution Française (âmes sensibles s’abstenir)

Le procès et la mort de Louis XVI (11 décembre 1792-21 janvier 1793)

Mercredi, mai 7th, 2008

Je propose aux élèves de 4ème de revenir sur le procès et l’exécution de Louis « le Serrurier » à travers des extraits tirés du Quatrevingt-treize de Victor Hugo (l’un de ces derniers romans, publié en 1874) et de La Révolution française, film de Robert Enrico sorti en 1989 (à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution).

D’abord en images avec une scène de la première partie de la fresque (5h34 pour la version cinéma!) réalisée par Robert Enrico et Richard Heffron pour célébrer le bicentenaire de l’année sans pareil: 1789. La Révolution française est une superproduction européenne (la production et le casting réunissent la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, la Grande-Bretagne et le Canada) en deux parties: Les Années Lumières (de 1789 au 10 aout 1792) et Les Années Terribles (de 1792 à la mort de Robespierre, le 28 juillet 1794). La qualité historique et dramatique de cette oeuvre est indéniable, les décors et l’objectivité des faits relatés en font un film incontournable, qui a pourtant été boudé par le public à sa sortie et ne fait toujours pas, aujourd’hui, l’objet d’attentions particulières de la part des éditeurs de DVD ou des chaînes de télévision…

La scène du procès et de l’exécution de Louis XVI, comme si vous y étiez:

 » Je ne croirai à la république que lorsque la tête de Louis ne sera plus sur ses épaules », a déclaré Marat. Depuis plusieurs semaines, le sort du roi se discute à la Convention. Si les modérés et certains Girondins souhaitent sauver le prisonnier, les Montagnards désirent sa mort, seule façon de rompre avec le passé.
Après la découverte aux Tuileries des documents de « l’armoire de fer » (qui prouvaient la trahison de Louis XVI), la Convention décide de juger le roi. Les débats s’ouvrent le 15 janvier 1793. Ce jour-là, la grande majorité des députés déclare Louis Capet coupable. Reste maintenant à fixer la peine. Le vote doit se faire nominalement et à haute voix à la tribune.

La suite, la suite….

L’exécution du roi, place de la Concorde, le 21 janvier 1793. Le bourreau, Sanson, est joué par Christopher Lee, connu pour ses interprétations de Dracula.


Les scénarios (ainsi que ceux d’autres films ayant la Révolution française comme sujet principal) sont disponibles ici.

 

Quatrevingt-treize (l’orthographe est bel et bien correcte) est sans doute bien plus qu’un simple roman; c’est le fruit de la réflexion de toute une vie, celle de Victor Hugo, acteur important de la vie politique du XIXème siècle, sur cet évènement majeur et fondateur pour la République française que fut la Révolution dans son ensemble, l’épisode (ou le chapitre) de la Convention en particulier. C’est en effet au coeur de la Terreur que nous plonge cette histoire d’une mère errante et démunie recherchant désespérément ses trois jeunes enfants devenus malgré eux les symboles de la guerre civile qui opposait alors les Républicains de Paris (les Bleus) et les Royalistes de Vendée, soutenus par les monarchies européennes (les Blancs). L’action se déroule essentiellement en Vendée et en Bretagne mais Hugo se permet aussi quelques détours par Paris (la deuxième partie du livre) pour faire revivre au plus près, dans un style historico-romanesque de haute volée, l’ambiance de ce Paris révolutionnaire et les débats politiques entre les grands acteurs de la période: quel bonheur cette rencontre secrète entre Marat, Danton et Robespierre dans le Cabaret de la rue du Paon, mise en dialogue par Hugo pour une approche quasiment psychologique des ces hommes et de leurs actions! (l’extrait en question sur ILV, des pages 169 à 208).

 

C’est dans ces pages consacrées aux premiers mois de la première république de l’histoire de la France que Victor Hugo, républicain passionné (en 1854 il écrivait: « Moi, si je faisais l’histoire de la Révolution (et je la ferai), je dirais tous les crimes des révolutionnaires, seulement je dirais quels sont les vrais coupables, ce sont les crimes de la monarchie« ) évoque le procès et de Louis XVI dont il fait l’un des évènements les plus terribles et les plus nécessaires à la fois:

La révolution française,
C’est le salut, d’horreur mêlée.
De la tête de Louis seize,
Hélas, la lumière a coulé.

(X, 843)

Pour résumer, Victor Hugo fait de la violence extrême du régicide (assassinat du roi par ses propres sujets) un mal nécessaire à la réalisation définitive des progrès portés par la révolution et par l’année 1793, perçue par beaucoup comme l’année à la fois la plus terrible (la guerre civile, la guillotine et les exactions diverses de la part de l’Etat incarné par la Convention, son Comité de Salut Public et son Tribunal Révolutionnaire) et la plus lumineuse (au sens d’esprit des philosophes des Lumières avec les idées d’Etre Suprême et d’Homme nouveau (trop) chères à Roberspierre) de la période révolutionnaire (1789-1799).

 

(Le roman existe en version abrégé pour les plus jeunes ou les moins courageux…)

Voici donc l’extrait que je n’ai pas eu le temps de vous lire en cours et qui a l’immense avantage de présenter assez rapidement les différentes opinions des députés de la Convention (les 749 députés ont, à tour de rôle, donné leur verdict quand au sort réservé au roi, souvent appelé Capet, son nom de citoyen), y compris ceux qui ne demande pas la mort (et leur justification sont intéressantes), tout en expliquant la portée de la décision finale: La mort!

« On se montrait le repli du couloir de gauche où Robespierre avait dit bas à l’oreille de Garat, l’ami de Clavière, ce mot redoutable : Clavière a conspiré partout où il a respiré. Dans ce même recoin, commode aux apartés et aux colères à demi-voix, Fabre d’Eglantine avait querellé Romme, et lui avait reproché de défigurer son calendrier par le changement de Fervidor en Thermidor. On se montrait l’angle où siégeaient, se touchant le coude, les sept représentants de la Haute-Garonne qui, appelés les premiers à prononcer leur verdict sur Louis XVI, avaient ainsi répondu l’un après l’autre : Mailhe: la mort. – Delmas : la mort. – Projean : la mort. – Calès : la mort. – Ayral : la mort. – Julien : la mort. – Desaby : la mort. Eternelle répercussion qui emplit toute l’histoire, et qui, depuis que la justice humaine existe, a toujours mis l’écho du sépulcre sur le mur du tribunal. On désignait du doigt, dans la tumultueuse mêlée des visages, tous ces hommes d’où était sorti le brouhaha des votes tragiques ; Paganel, qui avait dit : La mort. Un roi n’est utile que par sa mort ; Millaud, qui avait dit : Aujourd’hui, si la mort n’existait pas, il faudrait l’inventer ; le vieux Raffron du Trouillet, qui avait dit : La mort vite ! Goupilleau, qui avait crié : L’échafaud tout de suite. La lenteur aggrave la mort ; Sieyès, qui avait eu cette concision funèbre : La mort ; Thuriot, qui avait rejeté l’appel au peuple proposé par Buzot : Quoi ! les assemblées primaires ! quoi ! quarante-quatre mille tribunaux ! Procès sans terme. La tête de Louis XVI aurait le temps de blanchir avant de tomber ; Augustin-Bon Robespierre, qui, après son frère, s’était écrié : Je ne connais point l’humanité qui égorge les peuples, et qui pardonne aux despotes. La mort ! demander un sursis c’est substituer à l’appel au peuple un appel aux tyrans ; Foussedoire, le remplaçant de Bernardin de Saint-Pierre, qui avait dit : J’ai en horreur l’effusion du sang humain, mais le sang d’un roi n’est pas le sang d’un homme. La mort ; Jean-Bon-Saint-André, qui avait dit : Pas de peuple libre sans le tyran mort ; Lavicomterie, qui avait proclamé cette formule : Tant que le tyran respire, la liberté étouffe. La mort. Chateauneuf-Randon, qui avait jeté ce cri : La mort de Louis le Dernier ! Guyardin, qui avait émis ce voeu : Qu’on l’exécute Barrière-Renversée ! la Barrière-Renversée c’était la barrière du Trône ; Tellier, qui avait dit : Qu’on forge, pour tirer contre l’ennemi, un canon du calibre de la tête de Louis XVI. Et les indulgents : Gentil, qui avait dit : Je vote la réclusion. Faire un Charles Ier, c’est faire un Cromwell ; Bancal, qui avait dit : L’exil. Je veux voir le premier roi de l’univers condamné à faire un métier pour gagner sa vie ; Albouys, qui avait dit : Le bannissement. Que ce spectre vivant aille errer autour des trônes ; Zangiacomi, qui avait dit : La détention. Gardons Capet vivant comme épouvantail ; Chaillon, qui avait dit : Qu’il vive. Je ne veux par faire un mort dont Rome fera un saint. Pendant que ces sentences tombaient de ces lèvres sévères et, l’une après l’autre, se dispersaient dans l’histoire, dans les tribunes des femmes décolletées et parées comptaient les voix, une liste à la main, et piquaient des épingles sous chaque vote.
Où est entrée la tragédie, l’horreur et la pitié restent.
Voir la Convention, à quelque époque de son règne que ce fût, c’était revoir le jugement du dernier Capet ; la légende du 21 janvier semblait mêlée à tous ses actes ; la redoutable assemblée était pleine de ces haleines fatales qui avaient passé sur le vieux flambeau monarchique allumé depuis dix-huit siècles, et l’avaient éteint ; le décisif procès de tous les rois dans un roi était comme le point de départ de la grande guerre qu’elle faisait au passé ; quelle que fût la séance de la Convention à laquelle on assistât, on voyait s’y projeter l’ombre portée de l’échafaud de Louis XVI ; les spectateurs se racontaient les uns aux autres la démission de Kersaint, la démission de Roland, Duchâtel le député des Deux-Sèvres, qui se fit apporter malade sur son lit, et, mourant, vota la vie, ce qui fit rire Marat ; et l’on cherchait des yeux le représentant, oublié par l’histoire aujourd’hui, qui, après cette séance de trente-sept heures, tombé de lassitude et de sommeil sur son banc, et réveillé par l’huissier quand ce fut son tour de voter, entr’ouvrit les yeux, dit :
La mort ! et se rendormit. Au moment où ils condamnèrent à mort Louis XVI, Robespierre avait encore dix-huit mois à vivre, Danton quinze mois, Vergniaud neuf mois, Marat cinq mois et trois semaines, Lepelletier-Saint-Fargeau un jour. Court et terrible souffle des bouches humaines !« 

Victor HUGO, Quatrevingt-treize, Folio classique, 2003, p:210 à 212.

L’ouvrage est disponible dans son intégralité et gratuitement ici.

Pour tout savoir, dans les moindres détails sur le procès et l’éxécution de Louis XVI je vous conseille la lectures des pages de ce site un peu étrange à première vue, puisqu’il s’agit de psychanalyse (!), mais très bien documenté et surtout richement illustré: http://www.diagnopsy.com/Revolution

Louis XVI interrogé à la Convention le 26 décembre 1792 – gravure du temps

 

Certains se demandaient ce matin si Marie-Antoinette avait subi le même sort que son mari:

La reine Marie-Antoinette est guillotinée le 16 octobre 1793, dix mois après son mari, Louis XVI.
Le procès expéditif de la reine (38 ans) ne s’explique par aucun motif politique mais par la Terreur qui, de septembre 1793 à juillet 1794, jette un voile sanglant sur la Révolution.
Du temps de sa splendeur, Marie-Antoinette, fille de l’impératrice Marie-Thérèse, était surnommée avec dédain l’«Autrichienne».
Après la chute de la royauté, le 10 août 1792, elle est jetée en prison avec son mari, sa belle-soeur, Madame Élisabeth, et ses deux enfants, le Dauphin et Madame Royale.
Après l’exécution du roi, elle est séparée de son fils. Le petit Louis XVII (8 ans) est confié à un cordonnier, le citoyen Simon, pour être élevé en domestique et en sans-culotte. Il mourra peu après dans des conditions sordides.
Prodigue et légère du temps de sa splendeur, Marie-Antoinette témoigne de courage et de fermeté devant le Tribunal révolutionnaire. Elle fait face avec dignité à d’infâmes accusations d’inceste sur la personne de son fils, présentées par le substitut du procureur général, Jacques Hébert.
Le public ne manque pas d’être ému par son apostrophe : «J’en appelle à toutes les mères…» Robespierre lui-même déplore ces accusations et ce procès qui affectent l’image de la Révolution.

source: dailymotion

 

Attention: certaines pages wikipedia sont sujettes à caution, il faut donc croiser les sources (un dictionnaire ou une encyclopédie devraient suffire) pour obtenir plus d’informations.