D’Otto Dix à Frankenstein, l’art des gueules cassées

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En quoi Lost Landscape 10 est-elle représentative de Peter Klasen, membre de la figuration narrative ?

Lost Landscape 10, 2010, Klasen Photographie personnelle

Introduction :

Peter Klasen est un artiste d’origine allemande né le 18 août 1935 à Lübeck. Il est très bouleversé par la seconde guerre mondiale en partie à cause du bombardement de Lübeck qui lui donne l’impression d’avoir perdu quelque chose, mais aussi car pendant la guerre ses deux frères sont sur le front russe, son père est porté disparu et son oncle, ancien élève d’Otto Dix, est déchiqueté par une grenade. Il ressent aussi un grand étonnement lors de l’arrivée des Alliés à Lübeck. Il éprouve donc une certaine difficulté à se réadapter à une vie plus équilibrée. Il étudie au Gymnasium de Lübeck et apprend l’art par son grand-père qui est antiquaire, ensuite, il intègre l’école supérieure des Beaux-arts de Berlin puis obtient une bourse d’étude pour étudier à l’étranger, il choisit la France. En France, il est choqué par la représentation de la femme des affiches publicitaires dans le métro, comme le montrent un grand nombre de ses œuvres qui font parties de la figuration narrative. En 2009, une rétrospective à Lille est faite dont une partie des œuvres est ensuite exposée à Sens dont Lost Landscape 10 réalisée dernièrement (2010) et faisant partie d’une série se nommant Life Is Beautiful. On peut alors se demander en quoi Lost Landscape 10 est représentative de Klasen, membre du mouvement de la figuration narrative. Pour cela nous allons voir que cette œuvre reprend des thèmes récurrents chez Klasen, puis que cette œuvre contient des matériaux souvent utilisés dans la réalisation des œuvres de Klasen et enfin que cette œuvre fait partie de la figuration narrative.

Lost Landscape 10 est représentative de Klasen par les thèmes abordés.


Composition générale


Le tableau est une immense toile composée de plusieurs panneaux. Dans cette toile, nrte regard se perd et ne perçois que les couleurs dominante qui sont le rouge et le gris. Puis, notre regard est attiré par un détail, un néon bleu.


La présence d’une femme…



Détail de Lost Landscape 10

Sur cette immense œuvre de Klasen qui fait partie d’une série portant le même nom faisant allusion à Lost Paradise du poète John Milton, on constate, que l’artiste a cherché à faire ressortir le visage d’une femme. Ce visage est en effet mis en valeur car il est entouré d’un néon bleu.

Dans la plupart des œuvres de Klasen surtout au début de sa carrière il utilise le corps de la femme, mais jamais de manière entière puisque ce dernier est toujours découpé, comme dans cette œuvre, puis ce thème disparaît pour revenir plus tard comme dans plusieurs des séries de Klasen appartenant elles-mêmes à une série nommé Life is Beautiful.

Ainsi, par la présence d’un visage de femme, on peut dire que cette œuvre est représentative de Klasen.


… Perdue dans un décor mi industriel, mi déchet

Détail de Lost Landscape 10

On remarque, effectivement, que hormis ce visage de femme, Lost Landscape 10 est uniquement composé d’un décor mélangeant l’industrie et les déchets. Klasen veut faire ressortir la capacité que l’Homme a de « créer l’horrible à travers toutes les civilisations ». Cette volonté est très présente dans la seconde partie des œuvres de Klasen où il évoque l’enferment.

Lost Landscape 10 représente donc tout l’univers de l’artiste où se heurtent la femme et l’univers mi-industriel, mi-déchet. Klasen reprend donc des thèmes récurants rencontrés dans de nombreuses compositions et vient y créer une nouvelle dimension.


Lost Landscape 10 est représentative de Klasen par les matériaux abordés


Une œuvre peinte…


Comme dans la plupart de ses œuvres, Klasen utilise l’aérographe qu’il découvre en 1955 à l’école supérieure des Beaux-arts de Berlin qui lui est propre car de nombreuses œuvres sont réalisées avec, permettant de mélanger différentes idées, mais il utilise aussi une technique qu’il a inventée, l’impression de photographie à la peinture ce qui lui permet de les retravailler ensuite avec l’aérographe qui lui offre une grande précision. On peut aussi se demander s’il n’utilise pas le collage sur cette œuvre constituée de plusieurs panneaux mais cela ne nous est pas précisé.


… La présence de néon


Dans de nombreuses œuvres récentes de Klasen, on peut observer la présence de néons bleus et rouges comme dans celle-ci permettant ainsi à l’artiste d’insister sur un détail, ici la femme, dans d’autres œuvres une réalité aux lieux représentés… Ce néon est collé sur Lost Landscape 10 comme il colle dans la première partie de son œuvre des seringues, stéthoscopes… Cela est, en partie, du à son apprentissage car son professeur utilisait lui aussi le collage mais pas d’objet directement.


Lost Landscape 10 appartient à la figuration narrative.



Qu’est ce que la figuration narrative ?


La figuration narrative est un mouvement artistique qui apparaît dans les années 1960 en France. Ce mouvement s’oppose à l’abstraction et au Nouveau Réalisme. Généralement, on rattache la figuration narrative à la nouvelle figuration ou au pop art, cependant ce mouvement est moins idéologique et traite d’avantage l’anecdote. Il n’est pas structuré par un manifeste. Parmi les inspirations de la figuration narrative on compte la bande dessinée, la photographie, la publicité, le cinéma, soit l’ensemble des images du quotidien. Les thèmes des œuvres sont rattachés généralement aux scènes du quotidien et à des revendications sociales ou politiques. Parmi les membres de la figuration narrative on compte : Jacque Monory, Peter Klasen, Hervé Télémaque…


Que nous «narre » Lost Landscape 10 ?


Pour Peter Klasen, Lost Landscape 10 représente « la capacité de créer l’horrible à travers toutes les civilisations. Ces histoires de meurtres font parties des dérives de l’humain et de la banalité du quotidien ». On peut donc dire que cette femme perdue dans un décor mi-industriel, mi-déchet représente la capacité que l’Homme a de créer de l’horrible en ne se rendant peut-être plus compte de ce qui l’entoure, l’Homme disparaît sous l’industrie et les déchets…

Dans ses œuvres, Peter Klasen nous raconte donc une histoire, il cherche à nous choquer….


Conclusion :


Cette œuvre est donc représentative de Klasen et rentre dans la figuration narrative, en premier lieu par les thèmes abordés et plus précisément de la présence de la femme dans un décor mi-industriel, mi-déchet, en second lieu par les techniques utilisées, d’une part celle de l’aérographe d’autre part du collage, en dernier lieu car Lost Landscape 10 rentre dans la définition de figuration narrative. Peter Klasen est membre de la figuration narrative mais il décore aussi des voitures et réalise des bâches pour les bâtiments en construction, qui raconte aussi des histoires.