le jardin des retours

La mondialisation, suite

Un certain nombre de commentaires et de mails m'incitent à compléter l'article précédent sur la mondialisation.

Le livre de Laurent Ferri Le livre de Laurent Ferri a pour avantage de présenter une anthologie de documents qui reflètent selon les cas l'enthousiasme ou le refus nostalgique face à un espace dont les frontières s'étendent. Sénèque et Ibn Battuta se font l'écho d'un effacement des frontières du monde dans lequel ils avaient été éduqués, l'un pour regretter les valeurs du temps passé, l'autre pour s'émerveiller des contrées nouvelles qu'il visite. Mais à l'échelle géographique, on passe au maximum du régional au continental…

Mais qu'entend-t'on AUJOURD'HUI, et singulièrement dans les lycées, par mondialisation?

Dans son annuaire de sites commentés Clioweb, Daniel Letouzey amène à un lien qui y répond. L'émission Planète Terre, à podcaster, sur France Culture: les géographes Laurent Carroué et Christian Grataloup y refont l'histoire de l'idée de mondialisation: ils réservent le terme de mondialisation aux aspects économiques, politiques et géopolitiques sur l'étendue de la planète, et celui de globalisation (anglicisme) à "l'étude et l'analyse des phénomènes affectant le fonctionnement du globe dans une interrelation entre le milieu et les sociétés humaines" (gestion de l'eau, de la pêche, du bois, des minerais, etc.). On peut en discuter… l'utilisation du terme "globalisation financière" est-il alors un abus de langage?

Un article du même Ch. Grataloup dans les cafés géo rend hommage à Olivier Dollfus, et définit son concept de système-monde, c'est-à-dire "un méta-système géographique, un système de systèmes. On peut comprendre la formule comme un emboîtement de systèmes socio-économiques de niveaux inférieurs mais inter-reliés", un système qui constate une interdépendance accrue entre acteurs spatiaux à différentes échelles.

Enfin un brin de surf nous mène à un autre concept lié à la mondialisation, celui de "village planétaire", qui connaît aujourd'hui ses variantes de "village global", "village mondial", etc. Ce concept a été forgé en 1971 par le sociologue canadien et théoricien des usages médiatiques Herbert Marshall McLuhan, dans son Guerre et Paix dans le village planétaire. Il est devenu une star dans son pays quand dans le même temps nous érigions en idoles intellectuelles un Jean-Paul Sartre ou un Michel Foucault. Pour lui, les médias sont les premiers vecteurs de l'interdépendance en temps d'accélération des échanges d'information; il appelle donc (déjà?) à prêter attention à quelques tendances médiatiques: le plus développé techniquement d'entre eux entraîne tous les autres (l'imitation est la règle, l'innovation l'exception), le contenant et l'apparence sont à prendre en compte au moins autant que le contenu (marketing médiatique), l'économique a tendance à faire cavalier seul… autant d'idées encore d'actualité si l'on décortique nos médias contemporains. Le concept de "village mondial" est donc à réserver aux aspects médiatiques de l'accélération des échanges à l'échelle de la planète.

Pour finir et achever là, dans sa Géographie de la mondialisation, Laurent CARROUE définit le terme comme "le processus historique d'extension progressive du système capitaliste dans l'espace géographique mondial" (p.4). Echelle mondiale, thème économique, tout va bien. Mais le processus historique? Deux étapes: "Cette dynamique historique et géographique (…) apparaît au XV° siècle avec les Grandes Découvertes et traverse des phases successives de développement (deuxième vague entre 1840 et 1914) puis de crise et de repli (dans l'entre-deux-guerres). (…) Dans la seconde moitié du XX° siècle, la principale rupture historique consiste en la fusion progressive des économies-monde en une seule économie-monde de plus en plus intégrée qui développe ses structures sur l'ensemble de l'espace planétaire." (p.5) Et c'est là que l'on commence à parler de globalisation… et c'est là que les historiens commencent à s'étriper…

Ouf! A compléter et affiner, j'attends vos commentaires!

Hugo Billard


Publié par Hugo Billard le 14 septembre 2006 dans Comprendre,Lire
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3 réactions à “La mondialisation, suite”

  1. Justin Rouxel
    17 septembre 2006

    Et bien je dois dire que la monsieur, votre définition est très complète et ej epnse désormais explorer un peu plus ce sujet… Merci. « Dans la seconde moitié du XX° siècle, la principale rupture historique » c’est bien la Guerre Froide, qui avec ce conflit des super puissances, s’est terminé on va dire en paix, est cela a donc fait avancé cette mondialisation je pense, si je ne me trompe pas.
    Merci encore Monsieur
    Amitiés

    Justin

  2. Hugo Billard
    17 septembre 2006

    Bonjour Justin,
    La mondialisation telle qu’on l’entend aujourd’hui s’est développée en parallèle avec la guerre froide; la rupture de 1989-1991 a ouvert a nouveaux terrains d’échanges (espaces, structures, populations) pour son développement. Mais le vrai moteur de son développement reste d’abord la technologie (le net) et l’adaptation des techniques de transport aux besoins (ports industriels, multiplication des plate-formes multimodales). La rupture de 1989-1991 a donc ouvert de nouveaux terrains et créé de nouveaux besoins.
    A bientôt
    H. Billard

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