le jardin des retours

Le Nobel de la Paix pour l’inventeur du micro-crédit

 Mohammed Yunus et sa Grameen Bank (Bangladesh) ont obtenu vendredi le prix Nobel de la paix pour avoir "créé du développement économique et social en partant de peu" (lien en anglais).

Le professeur d'économie bengladais Mohammed Yunus a utilisé à partir de 1976 le système du micro-crédit en prêtant à de très faibles taux d'intérêt de petites sommes d'argent à des tresseurs de panier pour les aider à monter leurs entreprises. Il fonde en 1983 la Grameen Bank dont la vocation est le micro-crédit pour des gens qui n'ont pas de comptes bancaires ou que la pauvreté coupe du système de prêt bancaire classique. Aujourd'hui sa banque emploie 12000 personnes et possède 1400 succursales. 

Les banques de micro-crédit se développent dans les pays du Sud depuis une quinzaine d'années, sur le modèle de la Grameen Bank (grameen signifie "village"). Leurs prêts varient entre 25 et 10000 dollars, profitent aujourd'hui à plus de 60 millions de personnes dans le monde. Mais les besoins sont énormes: près d'un demi-milliard de personnes sont en attente de micro-financement , et la moitié de la population mondiale n'a pas accès aux services bancaires classiques.

Ces micro-prêts sont utiles d'abord parce qu'ils permettent à des gens pauvres de créer ou de développer une petite entreprise, un commerce, un artisanat, à l'aide de ces petites sommes d'argent prêtées à 2% de taux d'intérêt (au marché noir les prêts ont des taux frôlant les 175%). Ils nécessitent néanmoins des garanties collectives: les emprunts sont souvent faits à plusieurs – entre 3 et 10 personnes au Brésil où le CrédiAmigo de Fortaleza prête ainsi en obtenant un taux de remboursement de 99% (la pression du groupe pousse au respect des règles). Plus de 80% des emprunts dans cette institution brésilienne sont de moins de 370 euros, pour un remboursement effectué en moins de 6 mois. Les besoins sont immenses: le gouvernement brésilien pousse les grandes banques à s'intéresser au micro-crédit, sans grand succès pour l'instant.

Ils sont utiles ensuite parce qu'ils contribuent à un assainissement de la circulation de l'argent: moins de marché noir, moins de criminalité, plus d'intégration dans les circuits commerciaux légaux. Enfin, 95% des emprunteurs sont des emprunteuses : l'amélioration des conditions de vie des femmes a ainsi des conséquences directes sur la qualité de l'alimentation et le niveau de scolarisation des enfants. Emprunter pour acheter une machine à coudre, un bac à shampooing, une machine à écrire, une mobylette de livraison, permet d'assurer l'essentiel d'une petite entreprise.

Les conditions du développement sont permises. 

On a appelé Mohammed Yunus le "banquier des pauvres". Si ce système de micro-crédit se développe, il permet aussi de donner une nouvelle image du capitalisme mondialisé: "le monde occidental a une définition très étroite du capitalisme. Dans le système actuel, il faut être très avide pour être bien positionné. (…) Il ne s'agit pas d'être contre, mais de proposer des solutions. Je ne suis pas contre la mondialisation. Je crois en la liberté du marché. Celui-ci n'est pas sale. Je suis persuadé qu'il peut favoriser l'émergence d'une génération d'entrepreneurs sociaux, plus intéressés par le bien-être collectif que par un jeu très personnel" (interview au Monde, 28 février 2004 ).

Ces idées rejoignent celles de l'Indo-britannique Amartya Sen , prix Nobel d'économie en 1998, qui développe l'idée que le capitalisme a une dimension philosophique (la liberté des échanges implique une responsabilité sociale), et que le marché peut être un facteur d'intégration et d'enrichissement des pauvres si son fonctionnement s'inspire des idées de tous (lire L'économie est une science morale ). Le succès du micro-crédit paraît lui donner raison.

Bonne lecture

Hugo Billard 


Publié par Hugo Billard le 15 octobre 2006 dans Actualité,Comprendre
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3 réactions à “Le Nobel de la Paix pour l’inventeur du micro-crédit”

  1. gb
    15 octobre 2006

    La preuve que l’economie n’est pas l’ apanage des grosses sociétes financieres. Il serait bon de regarder et d’analyser ce qui semble moins médiatique mais qui constitue souvent l’essentiel de l’activité humaine.

  2. Hugo Billard
    15 octobre 2006

    Je suis complètement d’accord. D’où l’intérêt de ce choix du comité Nobel.
    H. Billard

  3. […] Lire cet article sur le blog Histoire “Le jardin des retours” […]

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