le jardin des retours

Les larmes d’Aung San Suu Kyi

Depuis quelques jours nos médias occidentaux commencent à montrer une actualité que l’on avait pu croire fossilisée. La Birmanie manifeste. Et cette contestation est menée par des bonzes (moines) bouddhistes. Et depuis lors se pose la question de la survie de la junte birmane.

Quelques éléments d’explications.

La Birmanie a été une colonie britannique. George Orwell, l’auteur de « 1984 », a écrit de très belles pages sur la prise de conscience des dérives de la colonisation dans « Une histoire birmane » (en poche chez 10/18). Après l’indépendance de 1948 et quelques années d’expérience démocratique, la Birmanie est sous le contrôle d’une junte militaire depuis 1962 (ce qui n’empêche pas un Birman, U Thant, de diriger l’ONU de 1966 à 1971). Le 08.08.88 (8 août 1988), une manifestation est réprimée dans le sang: 3000 morts. Si elle pousse la junte à changer le nom du pays en Myanmar, elle l’oblige à organiser des élections libres, qui donnent en 1990 la victoire à la Ligue Nationale pour la Démocratie d’Aung San Suu Kyi. Les élections sont annulées et Aung San Suu Kyi, fille d’un militaire anticolonialiste, est emprisonnée.

Aung San Suu Kyi salue les manifestantsEn 1991 le combat pour la liberté des Birmans permet à Aung San Suu Kyi de recevoir le prix Nobel de la Paix (le discours, en anglais, retrace sa vie et son travail). Elle alterne depuis entre semi-liberté et résidence surveillée. Depuis 2003 elle est en résidence surveillée, et c’est pour passer devant chez elle que les 20 000 bonzes ont fait un détour sur le chemin de leur manifestation il y a quelques jours.

Elle est plus que jamais le symbole des libertés birmanes détruites par une junte qui utilise pour l’armée 30% du budget de l’Etat et qui contrôle directement 50% du PNB birman. Beaucoup de l’économie birmane dépend des relations avec le voisin chinois. Depuis longtemps la Birmanie figure sur la liste des Etats-voyous (Rogue State) de l’administration américaine. Point de risque nucléaire, mais un pays riche de gaz et de pétrole dont la junte profite.

Parmi d’autres compagnies, Total a été accusée de favoriser la junte et de profiter d’une population presque esclave. La compagnie Total s’en défend sur son site et avait demandé à Bernard Kouchner en 2003 un rapport dont le titre était « relation d’un voyage et de la découverte d’une industrie muette (après l’arrestation d’Aung San Suu Kyi) ». La polémique a été forte en Occident. En 2005 la capitale a été transférée de Rangoon vers le centre du pays, pour héberger la junte et l’administration loin de la majorité de la population.

Les manifestations semblent aux observateurs bien plus intenses, longues et violentes que lors des précédents mouvements. Ce qui laisse penser que si la Chine cède aux pressions internationales et coupe les vivres à la junte, le régime pourrait tomber et une démocratie revenir en Birmanie. L’avenir le dira: soit la fin de la junte soit un massacre immense de manifestants. La junte a montré qu’elle savait tirer sur les foules. Le risque est grand. Pourtant les enjeux liés à une ouverture de la Birmanie sont considérables: la liberté pour les Birmans permettrait une ouverture politique et économique nouvelle d’un pays riche en réserves naturelles entre l’Inde et Singapour.

Et Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, pourrait sécher les larmes des Birmans. Mais l’avenir est bien sombre…

A bientôt, ouvrez l’oeil.

Hugo Billard – le 25 septembre 2007.

P.S.: pour compléter lisez le beau billet de Bruno Sentier sur son blog « les échos d’une heure. Le 26 septembre, couvre-feu, arrestations et répression ne succèdent en Birmanie. Mais la communauté internationale semble hausser la voix. Le 27 septembre,  au moins 9 morts, des centaines d’arrestation, l’armée a tiré sur la foule et la communauté internationale prend ses premières grandes sanctions contre le régime. On parle désormais de la REBELLION SAFRAN (en lien: un portfolio du Monde).


Publié par Hugo Billard le 25 septembre 2007 dans Actualité,Comprendre
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3 réactions à “Les larmes d’Aung San Suu Kyi”

  1. Aziliz
    28 septembre 2007

    Bonjour monsieur billard! J’ai beaucoup aimé votre article, et ça m’a fait penser: j’aimerais bien que vous fassiez un article sur le tibet et ce qui s’y passe actuellement, car c’est, je pense que vous l’avez compris pendant les 3 années précédentes ;), un sujet qui me tient très à coeur. Et même si il ne fait pas parti des sujets « brulants » dont traitent les médias, il s’y passe encore actuellement des faits qui méritent qu’on en parle (ce ne sera donc pas trop HS, j’espère 🙂 ).
    En tout cas je vous remercie pour vos articles, ils m’aident quand j’ai du mal à comprendre ce qui se raconte dans les médias.
    A bientôt j’espère
    PS: Je suis bien installé à rennes et la médecine c’est dur, mais très interressant. Mon prof d’histoire de la médecine me fait beaucoup penser à vous, on le sent passionné et passionnant! 🙂

  2. Hugo Billard
    29 septembre 2007

    Bonjour Aziliz,
    Je suis très heureux de vous lire!
    Promis, un billet sur le Tibet suivra dans quelques jours.
    Bon courage pour vos études de médecine, et c’est avec émotion que je pense à votre professeur d’histoire de la médecine qui a la chance de vous compter dans son amphithéâtre!
    A bientôt!
    H. Billard

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