le jardin des retours

Sarkozy et l’Afrique, entre ADN et mémoire

En pleine polémique sur l’usage possible de l’ADN dans la politique d’immigration de notre pays, je me suis lancé dans la lecture du discours que Nicolas Sarkozy a prononcé à Dakar le 26 juillet dernier. Vous pouvez aussi le voir en trois vidéos (une, deux, trois).

Ce discours fait polémique. Bernard-Henri Lévy, en pleine promotion de son dernier livre, accuse l’auteur du discours, Henri Guaino, de racisme. Celui-ci se défend en considérant son accusateur comme un « petit con prétentieux ». Pas vraiment au niveau, tout ça.

Derrière ces polémiques sans intérêt, il y a un texte. Et une vision de l’histoire des relations entre la France et l’Afrique. Une vision de l’histoire de l’Afrique qui est remise en cause par Nathalie et Sophie Kourouma dans Libération. Et une vision de l’homme assez peu libérale: l’homme prisonnier de la nature, identifié par son origine, que l’imitation de l’Occident permet de mener vers le progrès, et qui peut ainsi manifester l’Afrique comme une civilisation homogène. Bernard Girard a mis en exergue cet aspect dans un article qui vaut le coup d’être lu.

Seulement l’Afrique n’est pas homogène, pas plus que l’Europe, l’Amérique ou l’Asie. Le généticien Thomas Heams, dans Libération, fait fi de ces a priori que l’on pensait dater de Jules Ferry et Clemenceau. Henri Guaino se défend de tout racisme. Le Figaro reprend les arguments du président dans un article : aider l’Afrique en la responsabilisant, pousser les Africains à contribuer, en restant chez eux, au développement du continent. A chacun de s’en faire une opinion EN LISANT LE DISCOURS.

Pour aller plus loin que les polémiques ou les procès d’intention, il faut comprendre la géographie de ce continent: Sylvie Brunel a publié il y a quelques années ce que je considère comme le meilleur livre de géographie de ces 10 dernières années: L’Afrique, un continent en réserve de développement (Editions Bréal, 240 p., 17 euros). Quelque soit son niveau de compétence en géographie, on y comprend tout. Il faut également comprendre l’histoire de l’Afrique et de ses relations avec l’Occident. Il faut lire Les traites négrières d’Olivier Pétré-Grenouilleau, qui est un très grand livre d’histoire intelligent et nuancé, aujourd’hui en poche, et qui a souffert de ses analyses. Daniel Letouzey propose sur le site Clioweb une biblio-webographie sur l’histoire des esclavages et sur l’histoire coloniale.

Il y a quelques jours a ouvert la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI). Ouverte, pas inaugurée. Ce qui en dit long sur les affres officiels vis-à-vis de l’apport des migrants à l’histoire de France. Pour aller plus loin voir les liens proposés par Daniel Letouzey sur Clioweb. Je vous conseille aussi de regarder le film proposé sur la page d’accueil du site du CNHI, deux siècles d’histoire des migrants en France. Le Webzine a expliqué il y a quelques jours l’origine de cette Cité et a donné la parole à Gérard Noiriel, un des historiens créateurs et démissionnaires du Conseil Scientifique de la Cité. A lire. D’autant que Gérard Noiriel a publié il y a quelques mois une très belle étude, Immigration, antisémitisme et racisme en France, XIX°-XX° siècles (chez Fayard). A prendre le temps de lire, notamment cet article de Noiriel sur « les usages de l’histoire dans le discours public de Nicolas Sarkozy ».

Lire aussi ce qu’écrit Adeline Besson sur la scénographie de l’art contemporain de cette Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

A bientôt

Hugo Billard


Publié par Hugo Billard le 13 octobre 2007 dans Actualité,Comprendre,Lire
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2 réactions à “Sarkozy et l’Afrique, entre ADN et mémoire”

  1. frankoismadouf
    14 octobre 2007

    On ne peut en effet pas nier que la répartie de Guaino laisse un peu a désirer, ni qu’il n’ait pas tout a fait tort.
    Cet article montre bien que les problématiques du thème de l’immigration abordent des notions plus complexes que « ils vont nous voler notre boulot » ou « ils vont mettre le bordel dans les cités ». Et tout cela avec une foule de titres, de liens et de références. C’est pas génial ça?
    Décidément, pas besoin d’être hypokhâgneux pour trouver que Meaux manque perceptiblement d’une bibliothèque universitaire. La médiatheque est sympa, mais pas vraiment qualifiée pour des études au dela du bac.

  2. ADN : le débat
    14 février 2008

    […] Sarkozy et l’Afrique, entre ADN et mémoire […]

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