le jardin des retours

Bronislaw Geremek (1932-2008)

Bronislaw GEREMEK (1932-2008)

L’Europe a perdu une de ces figures dont l’histoire s’étonne toujours ensuite qu’elle n’ait pas été plus célébrée de son vivant.

Bronislaw Geremek a été enterré aujourd’hui en Pologne. Polonais et Européen, historien des marginaux dans la France médiévale, ancien professeur au Collège de France, opposant courageux au régime communiste, ministre polonais qui a assuré la sécurité de son pays en la faisant entrer dans l’OTAN et amorcé son entrée dans l’UE, courageux député européen victime des usages politiciens de la mémoire dans son pays, il était une des consciences de l’Europe et un homme d’Etat écouté.

Permettez quelques souvenirs. Plus jeune, j’avais lu « La potence et la pitié. L’Europe et ses pauvres du Moyen Age à nos jours » (éd. Gallimard, chez Pierre Nora). J’ai découvert que l’on pouvait aborder tous les sujets en écrivant bien, même en suivant une grille de lecture inspirée du marxisme. Puis étudiant engagé j’avais découvert l’homme Geremek dans un livre d’entretien, l’historien et le politique, et dans ce que son ami Jacques Le Goff écrit de lui dans un autre livre d’entretien, Une vie pour l’histoire.

Là j’ai découvert que l’on pouvait faire de l’histoire comme savant, penser l’histoire comme intellectuel, agir sur l’histoire comme politique, sans circonvolutions théoriques mais en cherchant dans la longue durée ce qui s’appelle le sens de l’intérêt général.

Autant dire qu’il n’est pas inconnu pour toute une génération d’historiens qui l’a découvert à la fois comme historien médiéviste mais aussi comme acteur de l’histoire, à Solidarnosc auprès de Lech Walesa dans les années 1980, comme acteur politique, comme ministre des Affaires étrangères de la Pologne et député européen, comme citoyen courageux à la fois contre le communisme dans les années 1980 et contre la tyrannie de la mémoire manipulée par la loi de lustration il y a quelques mois. Dans le florilège des hommages qui lui sont rendus depuis sa mort accidentelle le 13 juillet, le plus émouvant et le plus révélateur de cette place particulière de Geremek dans l’histoire politique et intellectuelle de l’Europe est ce qu’a écrit le grand journaliste polonais Adam Michnik dans sa Gazeta Wyborcza: « J’écris ces mots tout en sachant qu’ils ne rendent pas la richesse spirituelle, l’intelligence clairvoyante et la bonté de Bronislaw Geremek. Ce n’était pas un homme superficiel. (…) Adieu mon Bronek bien-aimé. Heureusement que tu as été. »

C’est Daniel Vernet dans Le Monde qui peut avoir le dernier mot: « Comme historien et homme politique, Geremek défendait la mémoire, pas la vengeance ».

  • L’article d’Adam Michnik dans Gazeta Wyborcza (traduit par Courrier International)
  • L’hommage de Jean Quatremer dans ses Coulisses de Bruxelles
  • L’hommage d’Antoine Perraud dans Mediapart
  • La biographie intellectuelle et politique de Geremek par Daniel Vernet dans Le Monde

A bientôt

Hugo Billard


Publié par Hugo Billard le 21 juillet 2008 dans Actualité,Comprendre,Lire
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