le jardin des retours

Arto Paasilinna: un éléphant dans une brocante luthérienne

Arto PaasilinnaArto Paasilinna est un écrivain finlandais. Il est le père du Lièvre de Vatanen, adapté au cinéma, et d’une trentaine de romans. Une dizaine ont été traduits en français dont cette année Le Bestial serviteur du pasteur Huuskonen, l’histoire folle d’un pasteur luthérien embarqué sur un ours à la découverte du monde (chez Denoël). Nuit d’insomnie, j’ouvre Le fils du dieu de l’orage. C’est Rabelais au pays du Père Noël.

Voici l’histoire.

Sampsa Ronkainen est un petit propriétaire terrien, antiquaire-brocanteur par nécessité, plutôt lâche, luthérien comme tout le monde. Autour de lui tournent une série de personnages dont l’espérance de vie dépend de leur capacité à vivre à ses crochets: une sœur hystérique, une amie dépressive, un voisin vorace, une employée incompétente. Dans une petite ville proche d’Helsinki dont le sport favori est le commérage. Comme ailleurs. Lâche, veule, gentil, Sampsa est aussi en secret un des derniers croyants de la religion païenne. Dans les cieux les dieux s’énervent. Les Finlandais ne croient plus en eux. Plus de sacrifices, plus de processions, plus rien. Ukko Ylijumala, dieu de l’Orage, le plus grand des dieux, s’en agace. Réunis en assemblée générale ils décident d’envoyer Rutja, fils du dieu de l’Orage, convertir les Finlandais. En échange il épousera la belle Ajattara, dont les formes savoureuses font tourner de l’œil les dieux concupiscents.

Les étapes de la possible conversion des Finlandais sont à hurler de rire. Le dieu Rutja prend l’enveloppe charnelle du mou Sampsa. Son œil terrible et sa maîtrise des orages vont bouleverser la vie de ce groupe dépressif et hystérique. Mais il faudra apprendre à vivre en humain : la découverte du vin blanc, les décolletés d’une inspectrice des impôts, les plans foireux d’un publicitaire avide, la conversion d’un pasteur chenu, permettent à Arto Paasilinna de brosser un portrait attachant et cruel de la société finlandaise, avec un humour détaché, sans fioritures, tout dans le style : « (arrêté par la police pour avoir pris à l’envers une rue en sens unique) Rutja faillit d’abord dire – comme c’était le cas – qu’il était un dieu, mais se rappela que ce n’était pas un métier actuellement reconnu en Finlande. » (p.105). Rutja-Sampsa et ses disciples parviendront-ils à convaincre les Finlandais de revenir aux dieux de leurs ancêtres ? L’idée avait déjà agité l’assemblée des dieux, provoquant, à coup de tonnerres, une jolie désorganisation des services météo finlandais. Et puis « ce n’était pas en distribuant du pain que l’on propagerait la religion néo-ancestrale, le niveau de vie des Finnois était trop élevé pour cela » (p.196).

Balzac et Woody Allen au pays des lacs. Autoflagellation finnoise, plaisir des sens, jamais là où on l’attend. Un style, une écriture, autant qu’une histoire. Alors si vous voulez savoir si Rutja-Sampsa a converti les Finlandais à la vraie foi, vous saurez aussi ce qu’Arto Paasilinna pense de ses concitoyens, de la neutralité militaire, des luthériens de province, de l’eau de vie des dieux et du charme troublant des sylphides. Comme il le dit souvent « Les Finlandais ne sont pas pires que les autres, mais suffisamment mauvais pour que j’aie de quoi écrire jusqu’à la fin de mes jours ».

Arto Paasilinna, Le fils du dieu de l’Orage, en Folio (n°2771), 296 pages de jubilation.

(photo: Esther Berelowitsch, d.r.)


Publié par Hugo Billard le 21 août 2008 dans Lire
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Une réaction à “Arto Paasilinna: un éléphant dans une brocante luthérienne”

  1. G.Delehelle
    1 septembre 2008

    Ah mon cher,
    Accro de Paasilinna, le conteur fou, je suis contente de ton billet et de ta découverte.
    Si le fils deu dieu de l’orage est un exemple de la littérature finnoise rabelaisienne, lis « la foret des renards pendus » et « petits suicides entre amis », humour doux-amer et jovialité, burlesque au rdv!

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