le jardin des retours

Milton Friedman: mondialisation, monétarisme et libre-échange

milton-friedman-1.jpg Dans la lignée des billets de ce blog consacrés à la mondialisation , la presse vient d'annoncer la mort du "pape" du libre-échange et du monétarisme , l'économiste états-unien Milton Friedman.

Né à New York en 1912 ce fils d'immigrés ukrainiens s'est vite fait un nom dans l'univers des économistes. Face aux théories de la monnaie faible et de l'intervention de l'Etat de John Maynard Keynes il pousse à l'inverse: désengagement de l'Etat dans l'économie, limitation des dépenses publiques notamment dans l'Etat-providence (éducation, santé, logement), le Welfare State mis en place par le New Deal de Roosevelt.

Fondateur de l'école de Chicago , un mouvement d'économistes très libéraux, proche de Hayek, ses idées vont influencer les doctrines de certains gouvernements: les Etats sud-américains, les Etats-Unis de Ronald Reagan dont il sera un des conseillers, le Royaume-Uni de Margaret Thatcher,… ses recherches lui valent de recevoir le "Prix de la Banque de Suède en sciences économiques à la mémoire d'Alfred Nobel", le "Nobel" de l'économie, en 1976.

Ses idées ont influencé une bonne partie des théories de la dérégulation et du libre-échange qui organisent en partie la mondialisation des échanges et la globalisation financière d'aujourd'hui. D'ailleurs la mondialisation est-elle terminée ?

Les idées de Friedman sont très utiles à la réflexion des étudiants des classes préparatoires dans leur étude de la mondialisation et de l'histoire intellectuelle du XX° siècle. Les Terminales y trouveront des éléments pour leurs cours sur le même thème et sur l'histoire économique du monde contemporain. Les Premières y trouveront des réponses aux idées de Keynes et du Welfare State qu'ils étudient dans le cours sur "l'âge industriel". 

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 17 novembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Un tunnel entre l’Europe et l’Afrique

gibraltar.jpgAlors que le journal El Pais en parlait dès le 19 octobre , la nouvelle vient seulement de faire le tour des médias généralistes: le projet de tunnel ferroviaire entre l'Espagne (Paloma) et le Maroc (Malabata) est à l'étude, en phase d'accélération. Si les financements sont bouclés, il y aura, dans 15/20 ans, un tunnel ferroviaire sous le détroit de Gibraltar. Comme le rappellait hier Robert Solé dans Le Monde, "la mode en ce moment étant plutôt aux murs de séparation, l'idée de relier l'Afrique à l'Europe mérite d'être saluée".

2gibraltar.jpg Ce projet a déjà un site internet officiel (mais pas d'images de synthèse, dommage). Le site Marine Marchande raconte l'histoire du projet: proposé en 1980 par le roi Juan Carlos et le roi du Maroc Hassan II, le projet de tunnel est lancé en 1996 puis abandonné faute d'argent (il était alors estimé à près de 5 milliards d'euros). S'il est aujourd'hui repris c'est parce que les deux sociétés publiques espagnole (SECEG) et marocaine (SNED) ont créé un consortium d'entreprises pour développer le projet (une espagnole, une marocaine, une italienne, une suisse); Ont été associés des spécialistes de la construction des tunnels comme Giovanni Lombardi, le constructeur de celui du Saint-Gothard (17 km). Tous ont comme objectif l'année 2025 pour l'achèvement de ce tunnel. Il a fallu 10 ans et 16 milliards d'euros pour construire les 50 km (dont 39 km sous la mer et jusqu'à 107 m de profondeur) du Tunnel sous la Manche (1984-1994). Celui du détroit de Gibraltar est prévu pour durer 18 ans, devrait coûter entre 5 et 10 milliards d'euros, et serait long de 38.7 km dont 28 km sous la mer et s'enfoncerait jusqu'à 400 m sous la mer.

La difficulté est triple: trouver de l'argent, assurer la pérennité politique du projet, répondre aux défis techniques. L'argent devrait provenir des Etats, des régions et de l'Union européenne. Même si cette dernière se méfie des grands projets depuis l'abandon récent du projet de pont qui devait relier la Sicile et la Calabre. La pérennité politique du projet devrait suivre, les enjeux économiques étant très importants, et même si reste grande la tentation d'élever des murailles à chaque sortie du tunnel… émigration Sud/Nord oblige.

Le gros problème est technique: le détroit de Gibraltar est une zone sismique forte (l'Afrique se rapproche de l'Europe à vitesse lente mais suffisante pour créer sur le long terme des fissures dans le béton), il faudra enfoncer le tunnel jusqu'à 400 mètres de profondeur et les études géologiques sont encore imparfaites, et enfin le choix d'un seul tunnel uniquement ferroviaire pose des problèmes de sécurité à résoudre. L'idée d'un tunnel double à la fois ferroviaire et routier a été abandonné parce qu'impossible à ventiler correctement.

4gibraltar.gif Quel est l'intérêt du projet? Immense: relier l'Afrique à l'Europe et créer ainsi une nouvelle route commerciale entre deux espaces très différents. Cette construction reflète aussi le réchauffement de relations entre deux pays que le statut des enclaves de Ceuta et Melilla, l'affaire de l'îlot Persil et le mur de la frontière avaient rendu exécrable. Enfin elle est un joli pied de nez à tous ceux qui affirment que le choc des civilisations est en marche, que les terres d'Islam sont monolithes et irréductibles à la modernité, et que l'Europe doit s'enfermer comme une forteresse assiégée. 5gibraltar.jpg Le Canal de Panama a ouvert le Pacifique aux échanges atlantiques; le canal de Suez a ouvert l'Europe à l'Asie; le Tunnel du Détroit sera-t-il la première étape d'un développement attendu de l'Afrique? Un moyen à très long terme de concurrencer l'influence grandissante de la Chine en Afrique? Un premier pas vers un partenariat entre tous les Etats riverains de la Méditerranée?

Seul l'avenir le dira, mais comme disait Guillaume le Taciturne: "Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour perséverer".

Les étudiants des classes préparatoires trouveront dans ce projet un enjeu des relations Nord/Sud et un élément d'avenir pour la mondialisation des échanges. Les élèves de Terminale y trouveront un exemple à développer dans leurs cours sur la mondialisation et sur la géographie de la Méditerranée comme interface Nord/Sud.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 16 novembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Ich bin Ein Berliner – Kennedy à Berlin, 26 juin 1963

 Pour compléter l’article précédent , à la demande de François Madeuf, quelques sources à propos du grand discours prononcé par le président Kennedy à Berlin le 26 juin 1963 dans lequel il s’exclame, in fine « Ich bin Ein Berliner ». Intitulé « Remarks in the Rudolph Wilde Platz, 06.26.1963« , il est prononcé, à la suite du discours du bourgmestre de Berlin Willy Brandt, en face de la Porte de Brandenbourg que cache le mur construit deux années auparavant.

Pour écouter (en anglais avec sous-titres) le discours du « Ich Bin Ein Berliner » enregistré lors de l’allocution (avec bruits et applaudissements de la foule): constater les moments où la foule applaudit est un indice des préoccupations du moment: grand succès quand Kennedy parle du « mur ».

Pour lire le document d’origine du discours, celui que Kennedy avait sous les yeux; il comporte 11 pages petit format, la 11e montre deux choses: 1) le discours a été en partie modifié en dernière minute et aussi partiellement improvisé; 2) le « ich bin Ein Berliner » est effectivement écrit en phonétique (Ish bin ein Bearleener).

Pour comprendre les réactions des Allemands de l’Ouest, lire l’article du journal ouest-allemand Süddeutsche Zeitung du 27 juin 1963, au titre révélateur: « Kennedy devant la ligne de craie ».

Le site European Navigator est un site qui cherche à conserver et diffuser des documents historiques concernant l’histoire de l’Europe. Il regorge de beaux moments comme ceux-ci, à utiliser pour soi ou en classe…

Voir aussi ce qu’en écrit Françoise dans son blog « Qui a peur de l’Allemand? »

Bonne écoute, bonne lecture et à bientôt

Hugo Billard


Publié le 11 novembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,sur le net

9 novembre 1989, chute du mur de Berlin

berlin-wall-dancing.jpg La journée du 9 novembre a dans l'histoire allemande une résonance importante.

Excusez du peu: 9 novembre 1918 proclamation de la République de Weimar; 9 novembre 1923 Adolf Hitler fomente le "putsch de la Brasserie" à Munich; 9 novembre 1938 Nuit de Cristal; 9 novembre 1989 chute du mur de Berlin (construit le 13 août 1961). Autant d'événements qui résonnent autant dans l'histoire européenne que dans l'histoire allemande.

Le mur de Berlin a été construit le 13 août 1961; il ceinturait de fils de fer barbelés puis par un mur en béton 225 km de frontière entre Berlin-Ouest (RFA) et Berlin-Est (RDA). Pourquoi a-t-il été construit? En 1945 l'Allemagne a été divisée en quatre zones d'occupation, et Berlin en quatre secteurs (le futur Berlin Ouest est composé des zones américaine, britannique et française; le futur Berlin-Est est la zone d'occupation soviétique). La création des démocraties populaires en Europe de l'Est (1947-1949), la première crise de Berlin (1948-1949) et la révolte de Berlin-Est matée dans le sang (1953) avaient poussé à un fort mouvement d'émigration de l'Est de l'Allemagne vers l'Ouest. Entre 1949 et 1961 2.6 millions d'Allemands ont fui l'Est. Sans compter que la proximité entre Berlin Est et Ouest permettait à de nombreux Tchècoslovaques, Polonais et Hongrois de passer ainsi à l'Ouest. Ces migrants étaient le plus souvent des jeunes actifs instruits: une véritable hémorragie des élites des pays communistes. 

conrad_schumann.jpg Une rencontre entre Ulbricht (Secrétaire général du parti communiste de RDA) et Krouchtchev (secrétaire général du parti communiste soviétique) aboutit le 5 août 1961 à la décision secrète "d'assurer autour de Berlin-Ouest une surveillance fiable et un contrôle efficace".  Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 14500 soldats bloquent rues, voies ferrées, métros et se massent aux postes frontières (les Check-point, comme CheckPointCharlie). 85 soldats, comme Conrad Schumann (photo), 216 civils, passent immédiatement à l'Ouest. A la fin de la journée, Berlin-Ouest est physiquement isolée du reste du monde.

murdeberlin.jpg Le chancelier Ouest-Allemand Adenauer appelle au calme – la guerre froide bat son plein, et si la détente est de rigueur depuis 1956, il s'agit plus d'une "coexistence pacifique": chacun garde son bloc, pas d'intervention extérieure au sein des blocs: l'échec de la révolte de Budapest et l'échec de Suez en 1956 ont été les premières étapes de cette doctrine de la "coexistence pacifique". Malgré tout, Adenauer craint les chars soviétiques.   Le bourgmestre de Berlin, Willy Brandt, ne décolère pas, et 300 000 Berlinois le suivent dans une immense manifestation impuissante. Kennedy qualifie la construction du mur de "solution peu élégante, mais mille fois préférable à la guerre". Le premier ministre anglais MacMillan n'y voit "rien d'illégal". En visite à Berlin-Ouest en juin 1963, Kennedy se rattrapera aux yeux des Berlinois en s'écriant "Ich bin ein Berliner " (Je suis un Berlinois). 27n_kennedy.jpg Mais la crise de Cuba était passée par là… Au début des années 1970 l'Ostpolitik du chancelier Willy Brandt ouvre un peu la frontière, les autorisations de voyage à l'Ouest sont simplifiées par la RDA. Le mur se dresse néanmoins, aux tours et no man's lands orientés vers l'intérieur de la RDA: l'objectif est bien d'enfermer les habitants de l'Est en RDA. "Imaginez la Seine devenue un mur hermétique avec ordre de tirer" écrira Gisela Thiele-Knobloch pour expliquer la situation à ses amis parisiens.

wall.jpg Le jeudi 9 novembre 1989, les habitants de Berlin-Est cassent les points de passage et détruisent le mur avec l'aide des Berlinois de l'Ouest. Cet événement, que les médias rendent immédiatement planétaire, va provoquer la chute progressive des régimes communistes du bloc de l'Est, la réunification allemande (3 octobre 1990) et la fin de la guerre froide (fin de l'URSS le 25 décembre 1991). Comment en sont-ils arrivés là? Depuis le début des années 1980 une série de contestations des régimes communistes se sont développés (arrestation d'opposants comme Havel en Tchécoslovaquie, climat insurrectionnel en Pologne par le syndicat Solidarnosc de Walesa aidé par le clergé catholique, multiplication des dissidents comme Sakharov en URSS), et en 1985 l'arrivée de Gorbatchev à la tête de l'URSS a laissé entrevoir un début d'ouverture ("Perestroïka" et "Glasnost"). La crise économique des pays du bloc de l'Est et de l'URSS, la répression permanente contre les opposants, les incitations fortes de l'Ouest à destination des contestataires obligent le gouvernement de RDA à lâcher un peu de lest.

rostropovich-2-480x736.jpg La déclaration d'un membre du bureau politique du PC de la RDA annonçant un assouplissement des conditions de passage à l'Ouest va provoquer un afflux gigantesque de populations vers les points de passage frontaliers, que vont relayer les médias de Berlin-Ouest. La rumeur court: "le mur est ouvert!" A 23h un point de passage est ouvert, puis plusieurs (sans autorisation officielle). Berlinois de l'Ouest et de l'Est se retrouvent devant le mur de Berlin et commencent à casser le mur avec marteaux et pioches. Le violoncelliste Mislav Rostropovitch , dissident soviétique, encourage les BErlinois en jouant une suite de BAch (voir photo). A l'annonce de la chute du Mur, les députés allemands de l'Ouest, à Bonn, se lèvent et chantent l'hymne national.

Moins d'un an plus tard, l'Allemagne est réunifiée. Tous les régimes communistes d'Europe de l'Est vont progressivement s'effondrer. La guerre froide est terminée.

Les programmes d'histoire des élèves de Terminales et des classes préparatoires font directement référence au Mur de Berlin et au contexte historique qui a présidé à son existence. 

A bientôt

Hugo Billard 


Publié le 7 novembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre

Raison, foi et religions aujourd’hui

sans-titre2.jpg J'aimerais revenir d'une manière dépassionnée sur les sujets liés à la polémique engendrée par le discours de Benoît XVI à Ratisbonne (pour ceux qui n'ont pas suivi, lire d'abord le billet consacré à l'affaire).

Dans le dernier numéro de l'excellente revue Le Monde des Religions , le philosophe Edgar Morin revient sur les étapes historiques de la relation entre raison et foi.

Pour Paul de Tarse, la foi est un "scandale" pour la raison; je crois parce que c'est absurde et je crois parce que les vérités du coeur (l'amour) sont inaccessibles à la raison. Pour Augustin, la foi est irréductiblement inaccessible à la raison: cette idée va mener à l'idée d'abandon de soi en Dieu (la grâce) que les jansénistes (XVII° siècle) reprendront. Aux XII°-XIII° siècles le musulman Averroès, le juif Maïmonide et le chrétien Thomas d'Aquin ont tenté de réconcilier foi et raison par le biais de discours dans lesquels ils présentent des essais de preuves de l'existence de Dieu à partir d'expériences sensibles. Les progrès de la science, à la Renaissance, avec Galilée et Copernic, font trembler sur leurs bases les fondements de la foi classique. Pic de la Mirandole invoque le "Grand Architecte de l'Univers" comme moteur de toute création (et non plus un dieu immanent, hors de toute perception sensible); Copernic puis Galilée, par leurs découvertes astronomiques, remettent en cause la "naïve vision du monde donnée par la Bible".

Alors quoi penser et comment penser la foi?

ancient.jpg Pascal innove: "faute de pouvoir démontrer rationnellement l'existence de Dieu, il fait le pari de cette existence": Dieu n'est plus une idée tombée du ciel mais un choix fait par l'homme dans sa relation à l'au-delà.  Il remet en mode l'idée de Paul de Tarse de la foi par l'absurde: c'est incompréhensible pour la raison (expérience sensible) donc je suppose que ça existe (théorie découlant de l'expérience sensible); Pascal est un homme du XVII° siècle, il utilise la logique scientifique mais en pointe les limites: seul le coeur, finalement, reste le vecteur de la foi. Quelques années plus tard, Spinoza "élimine le Dieu créateur extérieur au monde, estimant que la créativité est dans la nature qui s'autocrée, s'autodéveloppe": Dieu est dans la nature, la connaissance rationnelle est donc apte à connaître Dieu, en-dehors des dogmes. Un des best-sellers clandestins de l'époque est d'ailleurs le "traité des trois imposteurs", attribué faussement à Spinoza, dans lequel il considère Moïse, Jésus et Mahomet comme les instruments d'une domination du religieux sur le politique.

Et aujourd'hui?

"Dans une conception laïcisée de l'humanité et du monde, on peut vivre une foi dans les valeurs, de franternité, d'amour, sans support des religions révélées". En France, 8% des habitants sont pratiquants (toutes religions confondues) mais plus de 60% considèrent qu'ils sont culturellement proche d'une religion (majoritairement chrétienne catholique).

expo-venise-img.jpg Morin termine par une expression qui aurait pu lui servir d'introduction : "la foi dans la raison ne peut être totalement assumée, dans le sens où la raison ne peut pas tout expliquer". Le discours du pape Benoît XVI  comme les réactions qui s'en sont suivies s'inscrivent dans ces oscillations de la pensée, mais dans un contexte géopolitique tendu: aujourd'hui politique, foi et identité semblent inextricablement mêlés, et la passion sert de liant entre ces trois faux amis. Tous les ingrédients d'une explosion identitaire sont présents.

L'exemplarité personnelle (écoute et introspection) semble être vue comme un instrument de pacification: sans doute le succès autrefois du New Age, aujourd'hui des bouddhismes, du soufisme en Islam, des sagesses séculières comme les franc-maçonneries, mais aussi l'essor de sectes de tous poils dans l'Occident d'aujourd'hui, viennent-ils en partie de ces besoins nouveaux. Le dossier du Monde des Religions où écrit Morin est consacré à "la Sagesse" et reprend tous ces thèmes. Une entrevue éclairante sur l'athéisme avec le philosophe André Comte-Sponville accompagne le dossier.

Pour un panorama actuel des religions, voir la carte des religions dans le monde et les dossiers de Régine Levrat (Université Lyon-II, en .pdf). 

Ces éléments peuvent servir à la fois aux Secondes qui travaillent sur la Méditerranée au XII° siècle, et la Renaissance, aux Premières qui travaillent sur les évolutions de la culture à l'ère industrielle, et les Terminales sur les évolutions culturelles contemporaines. Les étudiants des classes préparatoires y trouveront des éléments de compréhension des enjeux culturels liés à la mondialisation.

A bientôt et bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 5 novembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire

La mondialisation est-elle terminée ?

 Le site des Cafés Géo revient sur l’idée de mondialisation à partir de nombreux écrits récents sur le fonctionnement du système-monde. J’ai déjà abordé le thème ici (le principe) et (le fonctionnement).

Gilles Fumey écrit: « La première mondialisation qui avait vu au 19e siècle les capitaux, l’information et les réseaux se multiplier considérablement a connu une euphorie à la Belle Époque. Avant que la guerre et la Grande dépression des années trente sonnent le repli sur soi et le protectionnisme jusque dans les années soixante-dix. Aujourd’hui, les conflits localisés entament la mondialisation actuelle. Le protectionnisme refait surface. La Chine et le Brésil apprennent à se passer des pays riches. Le moteur de la Triade est en panne. La mondialisation pourrait bien être terminée. »

Pour comprendre que la mondialisation pourrait être terminée – provocation dont on peut discuter ici – le mieux est de lire le papier de Gilles Fumey , et de compléter par la lecture du dossier Mondialisation (aller en bas de la page en lien) du site des Cafés Géo.

Les élèves de Terminale et des classes préparatoires y trouveront ample matière à réflexions, à cogitations cérébrales intenses… et à rêveries.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 25 octobre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,sur le net

Budapest 1956, « première révolution antitotalitaire »

budapest1956.jpg La Hongrie commémore ces jours-ci la révolte anticommuniste de 1956, dans des conditions troublées.
La révolte des Hongrois, et principalement des habitants de Budapest, contre leur régime communiste, s'inscrit dans un contexte précis: communiste depuis 1948, la Hongrie a vécu la mort de Staline en 1953 avec l'espoir d'un retour à une liberté politique et économique perdue. Mais les dirigeants communistes hongrois ont écarté les dirigeants prônant l'ouverture, comme Imre Nagy, et les ont remplacé par des staliniens. Le pays a adhéré en 1955 au Pacte de Varsovie (union des armées d'Europe de l'Est sous direction de l'URSS) et se trouve officiellement sous "protection militaire" de l'Armée Rouge. En février 1956 le dirigeant soviétique Nikita Krouchtchev appelle à une déstalinisation des institutions et des comportements. L'été 1956 voit une grève générale manquer emporter le régime communiste en Pologne. La contagion gagne en Hongrie. 

 Entre le 23 octobre et le 5 novembre 1956 vont se développer à Budapest des manifestations antigouvernementales massives venues du monde étudiant, ouvrier, militaire, puis intellectuel, sont lancés des appels au calme, puis se succèdent retour des manifestants, changement de gouvernement, retour d'Imre Nagy au pouvoir, appel à la fin du communisme en Hongrie, entrée, retrait puis retour de l'Armée Rouge dans le ville le 4 novembre. Pendant ce temps les médias du monde entier sont occupés à suivre la crise de Suez et les Etats-Unis ne veulent pas intervenir en Hongrie à cause de la doctrine de la "coexistence pacifique" qui se formalise à ce moment-là (chacun des deux Grands fait dans son bloc ce qu'il entend faire sans réaction directe de l'autre Grand).

Résultat: après les 2000 morts et 13000 blessés hongrois de la bataille du 4 novembre (contre 285 blindés incendiés et 7000 morts dans l'Armée Rouge), la répression sera féroce: 16000 déportations dans les goulags soviétiques, 300 condamnations à mort (dont Imre Nagy), 160000 Hongrois fuient le pays vers Vienne, dont 100000 habitants de Budapest.

Le site celebratingfreedom1956.org reprend de nombreuses photographies de l'époque (à écouter autant qu'à regarder).

La secousse sera forte à l'Ouest; une grande partie des intellectuels "compagnons de route" des partis communistes, comme Jean-Paul Sartre en France, quittent avec fracas un parti qu'ils qualifient de "totalitaire". Sartre rompt avec le Parti communiste mais ne rompt pas avec le marxisme, mais d'autres le feront dès ce moment, comme François Furet, Emmanuel Le Roy Ladurie, Annie Kriegel, qui deviendront des grands historiens des comportements politiques.

Alors pourquoi la commémoration qui a lieu ces jours-ci en Hongrie se déroule-t-elle dans une atmosphère tendue alors qu'elle devrait unifier les Hongrois? Il y a quelques semaines, le premier ministre hongrois a avoué dans une réunion semi-publique avoir menti lors de la campagne électorale sur l'état économique et social réel du pays. Ce mensonge avoué a été la première étape d'un grand mouvement antigouvernemental de l'opposition, qui a organisé de grandes manifestations tendues à Budapest, en faisant référence aux mensonges des gouvernements communistes qui avaient précédé 1956. Ou comment utiliser le passé à des fins politiques…

 Pour revenir sur l'histoire de l'insurrection de Budapest, qualifiée par le philosophe Raymond Aron et l'historien François Fejtö comme la "première révolution antitotalitaire", un certain nombre d'articles ont paru dans la presse pour rappeller les faits: Jean Sévillia dans Le Figaro, raconte et donne une chronologie des faits; Jenö Sujanszky raconte comment, petit hongrois, il a vécu les événements.

Pour aller plus loin, les éditions Biro ont publié un très beau livre de photographies d'Erich Lessing (voir à droite), reprises sur le site du Monde et commentées notamment par le grand historien de la Hongrie qu'est François Fejtö. Le Nouvel Observateur a publié une entrevue avec lui dans laquelle il revient sur les événements comme témoin et comme historien. On peut lire de lui 1956, Budapest, l'insurrection (quelques euros, éditions Complexe). Un livre précis, efficace et clair sur le sujet.

 En 1959 le journaliste français Pierre Desgraupes avait réalisé un reportage sur le sort des réfugiés hongrois à la frontière autrichienne; il y revient sur l'insurrection de 1956. L'INA permet sur son site de visualiser ce reportage (durée: 4 minutes gratuites sur un reportage de 15 minutes).

Bonne lecture

Hugo Billard 


Publié le 24 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le canal de Panama est-il français?

 Aujourd'hui les Panaméens votent par référendum pour ou contre l'élargissement des 80 km du canal qui coupe leur pays en deux et qui est leur principale source de richesse. Ce canal permet aux navires en provenance de l'Atlantique ou du Pacifique de ne pas passer par Ushuaïa et le cap Horn pour se rendre de l'autre côté. Si le référendum est adopté, la capacité du canal doublerait d'ici 2014.

Si le canal de Panama est panaméen aujourd'hui, son projet est d'origine française! Après le succès de la construction du Canal de Suez, Ferdinand de Lesseps voulait faire encore plus fort. Le projet est initié en 1880 mais abandonné 9 ans plus tard à la suite d'un immense scandale politico-financier qui a fait trembler sur ses bases la III° République. Les Américains ont pris le relais en 1904. Achevé en 1913, le chantier a finalement coûté 375 millions de dollars et a fait 25000 morts; les conditions de travail, dans la jungle et dans les marais, étaient très éprouvantes (litote). Les Américains ont rendu aux Panaméens l'exploitation du canal en 1999.

Pour en savoir plus, voir le plan en coupe du Canal sur le site du Monde, des photos historiques disponibles sur le site officiel du Canal de Panama (en anglais ou en espagnol ).

DERNIERE MINUTE: Les Panaméens ont approuvé à 79% le projet d'élargissement du canal. Mais seuls 44% des électeurs ont voté. Ce qui promet de belles oppositions, notamment écologistes, dans les années qui viennent.  

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 22 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le Nobel de la Paix pour l’inventeur du micro-crédit

 Mohammed Yunus et sa Grameen Bank (Bangladesh) ont obtenu vendredi le prix Nobel de la paix pour avoir "créé du développement économique et social en partant de peu" (lien en anglais).

Le professeur d'économie bengladais Mohammed Yunus a utilisé à partir de 1976 le système du micro-crédit en prêtant à de très faibles taux d'intérêt de petites sommes d'argent à des tresseurs de panier pour les aider à monter leurs entreprises. Il fonde en 1983 la Grameen Bank dont la vocation est le micro-crédit pour des gens qui n'ont pas de comptes bancaires ou que la pauvreté coupe du système de prêt bancaire classique. Aujourd'hui sa banque emploie 12000 personnes et possède 1400 succursales. 

Les banques de micro-crédit se développent dans les pays du Sud depuis une quinzaine d'années, sur le modèle de la Grameen Bank (grameen signifie "village"). Leurs prêts varient entre 25 et 10000 dollars, profitent aujourd'hui à plus de 60 millions de personnes dans le monde. Mais les besoins sont énormes: près d'un demi-milliard de personnes sont en attente de micro-financement , et la moitié de la population mondiale n'a pas accès aux services bancaires classiques.

Ces micro-prêts sont utiles d'abord parce qu'ils permettent à des gens pauvres de créer ou de développer une petite entreprise, un commerce, un artisanat, à l'aide de ces petites sommes d'argent prêtées à 2% de taux d'intérêt (au marché noir les prêts ont des taux frôlant les 175%). Ils nécessitent néanmoins des garanties collectives: les emprunts sont souvent faits à plusieurs – entre 3 et 10 personnes au Brésil où le CrédiAmigo de Fortaleza prête ainsi en obtenant un taux de remboursement de 99% (la pression du groupe pousse au respect des règles). Plus de 80% des emprunts dans cette institution brésilienne sont de moins de 370 euros, pour un remboursement effectué en moins de 6 mois. Les besoins sont immenses: le gouvernement brésilien pousse les grandes banques à s'intéresser au micro-crédit, sans grand succès pour l'instant.

Ils sont utiles ensuite parce qu'ils contribuent à un assainissement de la circulation de l'argent: moins de marché noir, moins de criminalité, plus d'intégration dans les circuits commerciaux légaux. Enfin, 95% des emprunteurs sont des emprunteuses : l'amélioration des conditions de vie des femmes a ainsi des conséquences directes sur la qualité de l'alimentation et le niveau de scolarisation des enfants. Emprunter pour acheter une machine à coudre, un bac à shampooing, une machine à écrire, une mobylette de livraison, permet d'assurer l'essentiel d'une petite entreprise.

Les conditions du développement sont permises. 

On a appelé Mohammed Yunus le "banquier des pauvres". Si ce système de micro-crédit se développe, il permet aussi de donner une nouvelle image du capitalisme mondialisé: "le monde occidental a une définition très étroite du capitalisme. Dans le système actuel, il faut être très avide pour être bien positionné. (…) Il ne s'agit pas d'être contre, mais de proposer des solutions. Je ne suis pas contre la mondialisation. Je crois en la liberté du marché. Celui-ci n'est pas sale. Je suis persuadé qu'il peut favoriser l'émergence d'une génération d'entrepreneurs sociaux, plus intéressés par le bien-être collectif que par un jeu très personnel" (interview au Monde, 28 février 2004 ).

Ces idées rejoignent celles de l'Indo-britannique Amartya Sen , prix Nobel d'économie en 1998, qui développe l'idée que le capitalisme a une dimension philosophique (la liberté des échanges implique une responsabilité sociale), et que le marché peut être un facteur d'intégration et d'enrichissement des pauvres si son fonctionnement s'inspire des idées de tous (lire L'économie est une science morale ). Le succès du micro-crédit paraît lui donner raison.

Bonne lecture

Hugo Billard 


Publié le 15 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le prix Nobel de littérature pour l’écrivain turc Orhan Pamuk

 Le prix Nobel de littérature vient d'être décerné à l'écrivain turc Orhan Pamuk."qui dans sa quête de l'âme mélancolique de sa ville natale a découvert de nouveaux moyens d'exprimer l'affrontement et l'interpénétration entre les cultures".

Orhan Pamuk est un écrivain qui a eu pour obsession la question de la mémoire de la Turquie, notamment à propos du génocide arménien . Un procès contre ses écrits et déclarations, en Turquie, a été abandonné en février 2006 après que l'UE a fait pression sur la Turquie. Lire Neige, publié par Gallimard, son dernier roman paru en français (prix Médicis étranger en 2006), mais aussi Mon nom est rouge ou Le livre noir.

Le contexte en France – la loi votée cette nuit qui réprime le négationnisme du génocide arménien – donne à ce prix un poids supplémentaire en Turquie.

Nous en reparlerons. En attendant, pour un regard incisif, attachant et drôle sur Pamuk, la Turquie, l'UE et la littérature, lire le billet de Pierre Assouline "Orhan Pamuk, ambassadeur de sa Turquie" (sur son blog, à la date du 12 octobre 2006). Je suis d'accord avec tout ce qu'il a écrit.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 12 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre