le jardin des retours

Anna Politkovskaia (suite)

Pour compléter l'article précédent sur la journaliste russe Anna Politkovskaia assassinée samedi, une caricature de Haddad, dans le journal Al-Hayat de Londres, reprise sur le site du Courrier international.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 10 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Anna Politkovskaïa

 La journaliste russe Anna Politkovskaïa est morte, assassinée dans le hall de son immeuble, samedi, à Moscou. Depuis les médias du monde entier la présentent comme une icône de la liberté de la presse, et les critiques contre le président russe Vladimir Poutine n'ont jamais été aussi cinglantes. Pourquoi?

Anna Politkovskaia était une journaliste d'investigation, c'est-à-dire que l'essentiel de son travail consistait à se rendre sur le terrain, à constater et confronter des phénomènes et des témoignages, à les comprendre, à les expliquer à ses lecteurs et au besoin à dénoncer des situations. Bref, elle menait son travail comme Albert Londres: pour "porter la plume dans la plaie".

Son principal champ d'enquête, la politique russe, l'a menée à effectuer une série de reportages sur les actions politiques et militaires de Moscou dans la petite république de Tchétchénie . La Russie est une fédération de Républiques, la Tchétchénie est une des plus petites d'entre elles. Un mouvement séparatiste avait proclamé en 1991 l'indépendance de cette petite républiques voisine de la Géorgie et de la Mer Caspienne. Une série de guerres s'en est suivie (1994-1995, 1999-2001) entre la Fédération de Russie et ces séparatistes liés à des groupes terroristes et islamistes. Ces guerres successives ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et ont déplacé près de 350 000 personnes. La "pacification" de la Tchétchénie a donné lieu à un grand nombre d'exactions, d'emprisonnements, d'actes de torture, de trafics, de corruption à grand échelle, dans un mépris généralisé des droits humains, mêlant les autorités locales, les responsables militaires et économiques tchétchènes, et les responsables politiques et militaires de Moscou. C'est au moment où devait paraître dans le journal Novaïa Gazeta une grande enquête d'Anna Politkovskaïa sur les réseaux de corruption en Russie qu'elle a été assassinée.

Ses enquêtes de terrain et son statut d'ovni dans une presse russe plutôt apathique, pratiquant l'autocensure, en ont fait, de son vivant, une journaliste reconnue et saluée à l'étranger. En Russie elle avait échappé à deux tentatives d'empoisonnement, notamment parce qu'elle avait cherché à servir d'intermédiaire lors de négociations avec des preneurs d'otages (en 2002 à Moscou au théâtre de la Doubrovka et en 2004 à Beslan dans une école). Elle gênait les réseaux de corruption et les pouvoirs en place. Les réactions des organes de presse et des gouvernements de beaucoup des grands pays du monde ont poussé le gouvernement russe à promettre une enquête. Mais le classement de Reporters Sans Frontières sur l'état de la liberté de la presse place la Russie à la 138e place des Etats les plus dangereux pour les journalistes (sur 167; le 167e est la Corée du Nord). La liberté d'investigation des journalistes donc les libertés individuelles des citoyens ne semblent ne pas être une priorité du pouvoir de Vladimir Poutine.

Anna Politkovskaia avait publié plusieurs livres en français, dont "Douloureuse Russie. Journal d'une femme en colère " dans lequel elle répondait à la question "Ai-je peur?": "L'Etat liquidera ou empoisonnera tous ceux qui ne sont pas "les nôtres" (…) Je refuse de me cacher et d'attendre dans ma cuisine des jours meilleurs, comme le font les autres" (phrase reprise dans l'article que Le Monde lui a consacré aujourd'hui).  Le Monde daté du 11 octobre 2006 publie des extraits frappants de "Douloureuse Russie" (lire notamment le dialogue surréaliste entre elle et Ramzan Kadyrov, l'homme fort de Tchétchénie, un homme brutal contrôlé par Moscou… ça en dit long sur les risques qu'elle prenait dans son travail de journaliste).

Pour aller plus loin – notamment pour les Terminales qui ont la Russie dans leurs programmes d'histoire et de géographie – le site Géoconfluences propose un dossier clair et complet sur la géographie de la Russie et un numéro de l'excellent émission Le Dessous des Cartes était en 2000 consacré à la Russie : Jean-Christophe Victor y revenait longuement, à l'aide de cartes, sur la guerre en Tchétchénie.

La liberté de la presse est une des libertés fondamentales. La liberté du travail des journalistes une des garanties de la liberté d'opinion des citoyens. La presse doit sans cesse lutter contre les censures extérieures et aussi contre les autocensures. Au rédacteur en chef qui lui reprochait qu'un de ses articles sur les industries de la Ruhr n'était pas "dans la ligne du journal", Albert Londres aurait répondu "Un reporter, Monsieur, ne connaît qu'une ligne: celle du chemin de fer"

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 10 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

1973 Dumézil et l’hypothèse indo-européenne

 L’idée indo-européenne repose d’abord sur une hypothèse, celle de la parenté entre nombre de langues dans une aire géographique qui s’étend d’Europe de l’Ouest jusqu’en Inde.

Le linguiste et philologue Georges Dumézil en a été le théoricien. La publication en 1973 du 3e tome de son Mythe et Epopée, une immense fresque comparative des mythes, contes et légendes européennes et asiatiques (1500 pages!), relance l’idée d’une origine indo-européenne de la civilisation européenne ; cette idée a été placée en opposition partielle à l’héritage biblico-gréco-romain, même si Dumézil n’a jamais été jusque-là.

Pour aller plus loin, lire la « Chronique de la France  » consacrée au sujet.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 8 octobre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire

Bob Woodward: vers un Irakgate?

 Le grand journaliste états-unien Bob Woodward vient de publier State of denial. Bush at war, part III, dans lequel il dissèque le fonctionnement, les rivalités et l'impréparation technique et intellectuelle de l'administration Bush dans la guerre irakienne (depuis 2003). Voir ici le compte-rendu du livre dans le New York Times. Woodward avait publié en 2002 deux livres plutôt magnanimes sur l'administration Bush dans lequel le président était plus à son avantage. Celui-ci présente le président Bush comme un homme incompétent, sans idées, influencé par un entourage qui se tire dans les pattes et dont les objectifs tiennent plus de la psychanalyse et du règlement de compte que de la géopolitique. Le livre sera sans doute abondamment commenté lors d'une traduction en français. La première impression aux Etats-Unis a semble-t-il dépassé les 750 000 exemplaires.

Qui est Bob Woodward ?

Aux Etats-Unis, une légende. On lui doit, avec Carl Berstein la révélation du scandale du Watergate . Une monumentale enquête en 1972 dans le Washington Post qui a révélé l'espionnage pratiqué sur ordre du président républicain Richard Nixon contre le bâtiment nommé Watergate, à Washington, abritant les bureaux de campagne du parti démocrate au moment des élections présidentielles. A partir d'une affaire banale – l'arrestion d'hommes en possession de matériel d'écoute le 17 juin 1972 – Woodward et Berstein vont remonter jusqu'à la Maison Blanche. Disparition de preuves, pressions politiques, commission d'enquête, corruption; jusqu'à la démission de Richard Nixon avant qu'une procédure d'impeachment (destitution) soit enclenchée. Les journalistes ont été aidés par un membre de l'équipe de Nixon auquel ils ont donné le surnom de Deep Throat, "Gorge Profonde", jusqu'à ce que lui-même se révèle l'année dernière : l'informateur était W Mark Felt , alors directeur adjoint du FBI.

L'enquête de Woodward et Berstein est une des grandes de l'histoire du journalisme d'investigation et a eu des conséquences politiques majeures. Pour chaque scandale d'envergure depuis lors, le suffixe -gate est accolé comme une marque infâmante (Irangate, Monicagate…).

Pourquoi le livre qu'il publie aujourd'hui est important. 

Le nouveau livre de Woodward n'est pas seulement important pour ce qu'il révèle – les compte-rendus de lecture le décrivent comme une succession d'anecdotes et d'analyses par témoignages croisés – mais pour ce qu'il montre de l'évolution de la presse américaine depuis 3 ans, passée d'une patriotique obéissance à une distance critique face aux actions militaires et politiques de l'administration Bush.

Il est important aussi parce qu'il est rassurant pour l'état actuel des Etats-Unis : on peut enquêter sur des acteurs majeurs du pouvoir en place, révéler les tensions, présenter ses sources, refaire l'histoire derrière la propagande médiatique, sans être taxé d'anti-patriotisme. L'ambiance n'était pas la même il y a encore trois ans. Signe de la fin d'un règne ? 

Pour aller plus loin : le scandale du Watergate a été le sujet d'une abondante littérature. Lire en français Les fous du Président, un livre de Woodward et Bernstein qui revient sur le Watergate et ses conséquences depuis trente ans. Le cinéma s'en est aussi emparé : les Hommes du Président d'Allan J. Pakula (1976) octroie la célébrité mondiale aux deux journalistes en racontant l'histoire de leur enquête.

Les élèves de Terminale trouveront dans les liens de cet article (souvent en anglais) de nombreuses informations pour leurs cours sur le modèle américain (en lien les épisodes de la chaîne Histoire sur l'affaire du Watergate).  

Merci à Anne d'Angély d'avoir sur son blog levé le lièvre de l'Affaire 😉

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 3 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Génocide arménien de 1915

 Le président Jacques Chirac a effectué ce week-end la première visite d'Etat d'un Chef d'Etat français depuis que ce petit pays est devenu indépendant en 1991. Lors d'un discours sur la Place de France puis au cours d'une conférence de presse, Jacques Chirac a jugé, samedi 30 septembre, à Erevan, que la Turquie devait reconnaître le génocide arménien avant de pouvoir adhérer à l'Union européenne .

Interrogé lors d'une conférence de presse sur le fait de savoir si la Turquie devait reconnaître un caractère de génocide aux massacres d'Arméniens perpétrés entre 1915 et 1916 dans l'Empire Ottoman, il a répondu : "honnêtement je le crois". "Tout pays se grandit en reconnaissant ses drames et ses erreurs", a-t-il ajouté.

Qu'est-ce que le génocide arménien?

 Entre mars 1915 et la fin de l'année 1916, le gouvernement des Jeunes-Turcs (nationalistes turcs ayant pris le pouvoir en 1914 à Constantinople-Istanbul) a planifié, mis en place et réalisé l'extermination de 1.5 millions d'Arméniens. L'idéologie nationaliste turque visait à l'exclusion des éléments non-turcs en Asie mineure; la propagande, en pleine première guerre mondiale, a présenté les Arméniens comme des "ennemis de l'intérieur". Les arrestations, déportations et massacres commencèrent à Istanbul en 1915 puis s'étendirent aux vilayets (provinces) de l'est anatolien où les Arméniens étaient majoritaires. Les Arméniens furent déportés massivement vers la frontière turco-syrienne actuelle (80-90% de morts au cours de la déportation), et 800 000 déportés furent internés dans 25 camps de concentration. En 1916 une deuxième phase a visé à tuer 500 000 survivants dans les déserts de Syrie et Mésopotamie. Le dernier camp de concentration, à Deir-Zor, sur l'Euphrate (en Syrie) a fait, selon les chiffres officiels ottomans, 192 500 morts en été et automne 1916. Les Arméniens nomment ce génocide "Medz Yeghern" (la Grande Catastrophe), comme les Juifs ont nommé "Shoah" celui des 6 millions de morts des camps nazis.

Le terme de génocide désigne toute entreprise planifiée visant à l'arrestation, la déportation, le massacre de masse et la destruction d'une population civile. C'est un terme de droit. Les historiens et les juristes reconnaissent au moins trois génocides au XX° siècle: en 1915 celui des Arméniens par les jeunes-Turcs, en 1939-1945 celui des Juifs et des Tsiganes par les Nazis, en 1994 celui des Tutsis par les milices hutues (Rwanda). Les deux derniers ont donné lieu à des procès internationaux. En 1919 un procès contre les militaires Jeunes-Turcs responsables du génocide a eu lieu, sans effets réels. La question de la reconnaissance reste en suspens.

En quoi ces paroles du président français sont-elles importantes?

D'abord elles confirment plusieurs actes juridiques et législatifs français dont la loi du 29 janvier 2001 qui stipule que "la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915" (article unique). Ensuite elles sont des paroles attendues par l'Arménie et les Arméniens de la diaspora (personnes d'origine vivant à l'étranger) de la part du représentant d'un grand pays qui considère que ses valeurs sont universalistes. Enfin parce que dans le contexte de l'élargissement éventuel de l'Union européenne à la Turquie, la question du génocide arménien n'a jamais été explicitement affirmée par un chef d'Etat européen comme un critère important pour l'adhésion même si tous y pensaient. 

Et la Turquie là-dedans? Elle ne se reconnaît pas comme responsable de la déportation et du massacre des 1.5 millions d'Arméniens par l'armée de l'Empire ottoman en 1915-1916, parce que la Turquie actuelle est née en 1923. Elle refuse de considérer la question du génocide des Arméniens comme liée à celle de son entrée dans l'Union européenne parce que ce critère n'a jamais été imposé lors des négociations. Enfin la question du génocide arménien reste taboue dans la société turque parce qu'elle oblige à s'interroger sur les fondements historiques de l'Etat turc et ses liens avec l'Empire ottoman, notamment la question de la confiscation des biens des Arméniens. C'est la raison pour laquelle le président Chirac a fait un parallèle avec le regard porté par l'Allemagne sur la Shoah: l'Allemagne a effectué depuis 1945 un très important travail d'histoire, d'éducation et de mémoire, que la Turquie peine à entamer.

Pour mieux comprendre, Le Monde a organisé un chat entre l'historien Yves Ternon et ses lecteurs. Tout y est expliqué, notamment le négationnisme turc et ses causes .

Pour aller plus loin, le livre d'Yves Ternon, Les Arméniens, histoire d'un génocide (1996) apportera beaucoup à ceux qui veulent lire sur le sujet – c'est LA référence.

L'Année de l'Arménie en France (21 septembre 2006-14 juillet 2007) sera l'occasion d'expositions, de conférences, de films, de festivals, de concerts: voir le calendrier de l'Année de l'Arménie ici (en .pdf).

DERNIERE MINUTE: dans le Monde du 09 octobre 2006, lire une tribune de plusieurs avocats français qui réclament une pénalisation de la négation du génocide arménien, avec un argumentaire qui vaut le coup d'être lu: "dénier la réalité d'un génocide n'équivaut pas simplement à mal interpréter un crime politique. C'est y participer". A lire, et en discuter ici. 

Bonne lecture

Hugo Billard 


Publié le 2 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Brésil et frontières

 Alors que s'approchent les élections présidentielles au Brésil, l'occasion est belle de s'interroger sur ce grand pays.

L'excellent hebdomadaire Courrier International n° 830 , sorti aujourd'hui, lui consacre un dossier illustré par trois cartes très utiles: celle du développement urbain par communes (municipios), qui met largement en tête le Sud-Est des grandes villes, celle des ressources énergétiques, très parlante sur la frontière Sud-Est/reste du territoire (le Brésil est quasi autosuffisant en hydrocarbures), celle des intentions de vote aux élections présidentielles prochaines qui placent le président Lula da Silva (Parti des Travailleurs) en tête avec un vote quasi semblable dans toutes les régions et les appartenances sociales, et celle de la pauvreté urbaine à Rio de Janeiro.

Chacune de ses cartes, à leur manière, reflète les tensions du territoire brésilien, entre un sud-est riche mais qui maintient des poches d'inégalité, un nord-est en plein développement mais resté attaché à ses traditions ouvrières, et l'évolution d'un grand front pionnier amazonien – à propos, si un éditeur lit cet article, par pitié, changez les cartes du Brésil dans les manuels scolaires, qui reprennent trop souvent le front pionnier à partir de Brasilia, ce sont des cartes en retard de 20 ans…

Pour aller plus loin, je conseille la lecture du Brésil: une géohistoire, de Martine Droulers (PUF Géographies, 2001), notamment pour le chap 5, "l'aquarelle de la Brésilianité", dans laquelle l'auteur brosse un tableau des tensions originelles de la culture brésilienne (conscience nationale, nation métisse, lieux de la brésilianité) dans laquelle elle reprend et réinterroge la conception d'un Brésil en trois territoires: le riche (Sud-Est), le pauvre (Nord-Est) et le vide (Amazonie). Cette distinction est aujourd'hui en pleine transformation, les frontières brésiliennes sont en mutation, d'où le titre "les deux Brésil" du CI.

Sur la notion de frontière, lire ce qu'en dit le site de Géoconfluences : "Limites séparant deux entités territoriales différentes, les frontières, coupures et/ou coutures, peuvent être plus ou moins fermées, plus ou moins perméables." Le livre de Michel Foucher, Fronts et frontières , permet d'aller plus loin avec de nombreux exemples intelligemment expliqués, notamment à propos des frontières européennes.

 A écouter aussi, jusqu'à dimanche, les émissions qu'Emmanuel Laurentin a consacrée aux frontières dans son émission "La Fabrique de l'Histoire". La Documentation photographique a consacré un numéro très bien illustré au Brésil. Le cas brésilien avait déjà été abordé dans ce blog à propos de sa géohistoire.

Pour ceux qui lisent le brésilien, le blog de Catatau revient sur la définition du citoyen au Brésil telle qu'elle se vit au quotidien, c'est amusant, intelligent, et sans concession: "On dit du Brésil qu'il est un pays démocratique. Nous sommes ou pensons être maîtres de nos pensées et opinions, particulièrement au moment des élections. Car enfin, nous sommes citoyens, n'est-ce pas? Mais ce goût de la citoyenneté, pour qui s'arrête pour le déguster un peu, et ne l'engloutit pas sans hésiter, apporte son lot de surprises. Surtout si l'on considère qu'un citoyen déguste davantage son repas plus qu'il ne l'avale, contrairement à l'esclave." (article "le B-A-BA de la politique et le Brésil" ). Une réflexion universelle…

Bonne lecture et bonne écoute

Hugo Billard


Publié le 28 septembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,sur le net

1975 Michel Foucault publie « Surveiller et punir. Naissance de la prison »

Michel Foucault est un des grands penseurs du XX° siècle. Aux frontières de la philosophie, de la sociologie, de l’histoire, de la psychologie et de l’anthropologie, ses travaux suivent une ligne : démonter et démontrer les mécanismes du pouvoir. Il fait paraître Surveiller et punir en 1975 pour expliquer comment s’organisent et se légitiment l’encadrement et le contrôle des corps du XVIII° au XIX° siècle.

Ce livre est un des ouvrages majeurs de la pensée contemporaine.

Dans quel contexte ce livre est-il conçu? Quelles idées y sont développées? Quelle a été son influence ?

Pour lire plus loin, cliquez ici. Les Terminales notamment y trouveront des idées utiles à leurs réflexions en histoire comme en philosophie.

Bonne lecture – j’attends vos commentaires.

Hugo Billard

 


Publié le 26 septembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire

Cinquantenaire du Congrès des écrivains et artistes noirs

Affiche du Premier Congrès international des écrivains et artistes noirs (1956) Dans le mouvement actuel de reconnaissance et de nouvelle connaissance de la culture non-occidentale, un événement d'importance n'a pas eu l'audience médiatique qu'il aurait mérité. En 1956 s'est réuni à Paris le Premier Congrès international des écrivains et artistes noirs. Ses promoteurs n'étaient autres qu' Aimé Césaire , Léopold Sédar Senghor , Alioune Diop (de la revue Présence Africaine), avec le soutien de grands intellectuels comme JP Sartre, Michel Leiris, Théodore Monod, Albert Camus, André Gide, pour ne compter que les plus connus.

Pour Alioune Diop, ce Congrès avait pour la culture l'importance qu'avait eu la conférence de Bandoung (l'année précédente) pour la politique internationale. Une immense prise de conscience collective.

La semaine dernière l'UNESCO a commémoré ce cinquantenaire avec la Sorbonne et l'Université de Harvard, en reposant la question posée un demi-siècle plus tôt: comment créer les conditions nécessaires à l'épanouissement des cultures noires? Aujourd'hui reprennent le flambeau Wole Soyinka (Nigéria), Edouard Glissant (France, Martinique), ou encore Nathan Davis (Etats-Unis).

Leurs actions sont relayées, ou plus souvent provoquées, par des associations d'étude et de promotion des cultures noires. Parmi celles-ci je signale la dynamique association et le blog Histoire et Société des 3 A (Afrique, Amériques, Asie) , qui se donne pour objectif de comprendre les relations entre l'Europe et ces trois continents, sans la victimisation contre-productive que l'on voit parfois s'afficher dans les médias. Il s'agit ici de comprendre l'histoire et les cultures.

Merci à Ambre Troizat pour ses suggestions.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 26 septembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le Pape et l’Islam

Caricature de Bertrams dans Het Parool, Amsterdam A la suite de nombreuses demandes, un peu de retours sur l'actualité. Mardi 12 septembre 2006, le pape Benoît XVI (Joseph Ratzinger) a prononcé à Ratisbonne un discours qui a enflammé les rues d'une partie du Moyen-Orient, du Pakistan et d'Indonésie. Après avoir exprimé ses regrets pour la manière dont son discours a été interprété, il appelle aujourd'hui à un dialogue constructif et permanent entre les religions.

Les faits: le discours de Ratisbonne

Le document lui-même a l'air plutôt inoffensif. Joseph Ratzinger y réfléchit aux relations entre la foi religieuse et l'usage de la raison, en dressant un tableau des liens philosophiques entre le Christianisme et la Grèce. Il en conclut que le monde occidental est frappé depuis la fin du Moyen Age par une progressive deshellénisation qui touche aussi le rapport à la foi. Il termine en appelant à un dialogue entre les cultures pour redonner à la raison toute sa place, ce qui permettrait un usage modéré et plus authentique de la foi religieuse. Un texte académique et philosophique, très éloigné d'une encyclique (un texte d'orientation générale) ou d'une bulle (un décret religieux). Gageons que si le discours avait été prononcé par quelqu'un d'autre, personne n'en aurait entendu parler.

L'objet de la polémique.

Dans la première partie de son exposé , le pape prend un exemple pour expliquer comment on peut utiliser la raison pour réfléchir sur la foi religieuse, à partir d'une réflexion sur la nature de la volonté divine. En contextualisant avec un luxe de détails académiques il cite un dialogue entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue et un savant persan (= iranien) à propos de la notion de guerre sainte en Christianisme et en Islam. Reprenant le texte de la sourate 2 verset 256 du Coran ("Pas de contrainte en matière de foi"), l'empereur en vient à condamner l'idée de propager la vérité religieuse par la violence. Il résume la position de l'empereur ainsi: "Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu". Pour le savant persan, "Dieu est absolument transcendant", sa volonté n'a donc que faire de celle des hommes. Tous les deux s'accordent pour condamner l'usage de la violence pour propager la foi, mais pas pour les mêmes raisons: pour l'empereur parce que la nature de Dieu est liée à la raison, pour le savant persan parce que Dieu est au-delà de toutes les catégories humaines.

Quelles conséquences?

Le Vatican cherche l'apaisement Pourquoi de telles protestations? Il y a parmi d'autres trois explications majeures. La première est liée au contexte géopolitique: après la guerre au Sud-Liban et la victoire morale apparente du Hezbollah chiite auprès des populations musulmanes du Moyen-Orient (lire le billet d'Anne-Cécile), les Etats sunnites (le Maroc notamment) voulaient reprendre la main pour ne pas laisser la rue aux intégristes. la comparaison papale a été un beau prétexte. La deuxième raison est une question de légitimité théologique: Joseph Ratzinger est philosophe et théologien, il a donc l'habitude des rencontres académiques et des discussions de haut vol; mais en tant que Pape sa voix et son image ne lui appartiennent pas: en racontant l'histoire d'un chrétien qui combat et vainc par la parole un savant musulman, c'est comme si le Pape appelait à une lutte de légitimité entre Islam et Christianisme. C'est la raison pour laquelle l'appel au calme venu des Frères Musulmans et surtout de l'Université Al-Azhar du Caire, après les premiers regrets du Pape, ont été si importants: ce sont eux qui détiennent, pour une partie des musulmans, la légitimité pour interpréter le Coran. La troisième raison est médiatique et plus occidentale: depuis sa prise de fonction en 2005 il est sans cesse rappelé que Joseph Ratzinger a été le cardinal des postures morales strictes (pas de contraception, pas de remariage des divorcés, pas de femmes prêtres, etc.) et une partie de la presse a pour habitude de taper sur ce qu'il peut affirmer sans toujours lire de quoi il s'agit. Quoi qu'on pense d'ailleurs de ses positions.

Attention à bien comprendre: il ne s'agit pas ici de défendre la position papale – qui n'a pas à être défendue ou attaquée ici – ni d'attaquer le travail quotidien des journalistes – que l'on est libre d'écouter et de lire ou pas, et la plupart ont bien mis les faits en perspective. Les médias occidentaux raisonnent souvent plus à partir des perceptions et non des idées ; l'erreur du Pape, resté un pur intellectuel, et de ne pas l'avoir compris aussi bien que son prédécesseur Jean-Paul II.

Le dernier numéro de Philosophie magazine: Islam et Occident Revenir à la source des événements est toujours la meilleure manière de comprendre.

Pour aller plus loin: vient de paraître le n°4 de l'excellente revue Philosophie magazine , qui revient sur les relations intellectuelles et philosophiques entre Islam et Occident. A signaler aussi le dernier numéro du Monde des Religions sur le Coran (histoire de son écriture et de son interprétation). Enfin le dernier numéro du Courrier International reprend l'essentiel des réactions parues dans la presse internationale. A consulter malgré son titre racoleur (Violence et Islam. Le débat après le discours de Benoît XVI). En kiosque pour les trois. 

Pour une analyse des conséquences géopolitiques du discours de Benoît XVI, lire le billet d'Anne-Cécile.

Lire aussi le grand entretien que Le Monde a réalisé avec deux intellectuels franco-égyptiens dans leur édition du 25 septembre 2006. Ils reviennent sur le discours du Pape et appellent les musulmans à une lecture/interprétation personnelle du Coran (ce qui n'existe que peu dans le Christianisme).

N'hésitez pas à compléter et commenter ce billet.

Bonne lecture et à bientôt

Hugo Billard


Publié le 21 septembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le Structuralisme, qu’est-ce que c’est?

Foucault, Lacan, Lévi-Strauss et Barthes

Cette caricature montre le philosophe Michel Foucault, le psychanalyste Jacques Lacan, l'ethnologue Claude Lévi-Strauss et le sémiologue Roland Barthes devisant, pagne autour des côtes, comme feraient les Amazoniens étudiés par Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques (1955).

Le structuralisme a été, dans les années 1950/1960, à la fois une philosophie, une méthode sociologique et une mode. Mais elle est d'abord une méthode pour penser. Le fondateur de cette méthode sociologique est l'anthropologue et ethnologue Claude Lévi-Strauss . Dans ses Structures élémentaires de la parenté (1949), il étudie les relations entre membres d'un même groupe par les relations de dépendance, d'interdépendance et d'hérédité, relations codées inconscientes mais appliquées strictement. Le philosophe Michel Foucault, dans Les mots et les choses (1966), considère que l'homme ne donne pas du sens à ce qui l'entoure et l'angoisse parce qu'il est libre, mais parce qu'il cherche à se mouvoir dans son environnement à l'intérieur de cadres et de possibilités prévues par l'hérédité sociale, les règles implicites ou enseignées, l'encadrement politique et social. Jacques Lacan relisait dans le même temps les ouvrages de Freud et de Jung pour appliquer à la psychanalyse les méthodes structuralistes. Roland Barthes , dans Système de la mode (1967), considère que la mode est un système et s'y plier démontre obéir à ses règles. A ce propos, à la fois pour se faire plaisir et se décomplexer, lisez l'intelligent et drôle Petite philosophie du shopping de Frédérique Pernin.

Le structuralisme a été vécu, dans les années 1960, comme une alternative au marxisme, proposant une vision nouvelle de l'homme et du monde, même si Lévi-Strauss refusait l'idée qu'il propose un message et que Foucault raisonnait en philosophe sur les sciences humaines, et non l'inverse. Mai 1968 verra ses fondements méthodologiques et son influence intellectuelle décliner, mais il reste un moment majeur de l'histoire intellectuelle du XX° siècle.

Pour aller plus loin, le petit Que sais-je de Jean Piaget sur le Structuralisme est à lire et conserver dans sa bibliothèque. 

Les Terminales, lors du chapitre sur « Economie, culture et société en France depuis 1945 » s'y réfèreront parfois.

Bonne lecture !

Hugo Billard


Publié le 19 septembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire