Staline: un dictateur très actuel
Joseph Vissarionovitch Dougatchvili dit Staline (« l’homme de fer » même si stal signifie acier) est aussi qualifié du surnom à objectif de propagande de « petit père des peuples ». Depuis quelques jours, journaux et magazines abondent en articles de synthèse, dossiers photographiques et critiques d’ouvrages sur ce dirigeant du troisième grand totalitarisme de l’époque de la dernière guerre mondiale. Quelques éléments accessibles.
Dans le magazine L’Histoire d’octobre (attention site en cours de reconstruction selon Daniel Letouzey toujours tb informé), l’historien du communisme Nicolas Werth revient sur la Grande Terreur organisée par Staline. Ses livres La terreur et le désarroi. Staline et son système (Perrin, 2007) et L’Ile aux cannibales (Perrin 2006) reviennent sur les dernières recherches en histoire du Stalinisme et histoire soviétique. Les chiffres sont brutaux : entre 1929 et 1953, 7 millions de déportés, 7 millions de morts de famine (essentiellement en Ukraine en 1931-1933), 1.8 million de morts en camp et 1 million de fusillés dont les trois quart en 1937-1938.
L’Ukraine vit aujourd’hui difficilement la mémoire de ces événements, et la campagne électorale actuelle en est emplie.
A Boutovo, dans la banlieue de Moscou, 20700 opposants sont exécutés en masse. Nicolas Werth revient longuement sur un document, « l’ordre n°00477 », par lequel Staline ordonne le secret pour l’arrestation de 767000 personnes; la moitié est fusillée. La comparaison avec le nazisme vient naturellement à l’esprit, et les historiens s’interrogent encore sur sa légitimité (Bravo au site des Clionautes pour la richesse des compte-rendus).
Le magazine L’Express du 20 septembre, sous un titre racoleur, « le vrai visage de Staline », rappelle la biographie de l’homme, sa prise de pouvoir malgré les craintes de Lénine, son antisémitisme et l’aveuglement de nombre d’intellectuels occidentaux, comme Henri Barbusse, Louis Aragon, Paul Eluard, y compris ceux qui se sont rendus en Union Soviétique. Pour aller plus loin il faudra suivre les animations, conférences et publications du Rendez-vous de l’histoire de Blois dont le sujet cette année est « L’Opinion. Information, rumeur, propagande » (Anne, je ne pourrai pas en être, bois un verre à la santé des absents!).
Mais Staline est un sujet encore actif aujourd’hui en Russie : Vladimir Poutine surfe sur un regain de « noStalgine » (c’est de moi) qui secoue la Russie du XXI° siècle. Il rejoint une information donnée par Lyonel Kaufmann sur son blog: l’Académie des Sciences de Russie a autorisé la publication et l’usage en classe d’un manuel scolaire qui considère les massacres de 1937 comme un « mal nécessaire » et Staline comme « l’un des plus grands leaders de l’époque soviétique ». L’Express en rajoute contre cette Histoire contemporaine de la Russie (1945-2006) en pointant qu’on y lit que l’Union Soviétique était « non pas une démocratie, mais un exemple de société juste », et qu’y est inscrit le poutinisme en filiation du stalinisme pour le glorifier…
En avril 2008 paraîtra en français la biographie du Jeune Staline par Simon Sebag Montefiore, chez Calmann-Lévy. Un Staline semble-t-il plus complexe que l’opposition entre le « leader mondial » ou la « brute épaisse ». Nous en reparlerons à sa parution.
Bruno Sentier a, sur son blog « les échos d’une heure » dressé le portrait intime d’un Staline étonnant.
A bientôt
Hugo Billard
Publié le 1 octobre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,Lire,Réviser le bac,sur le net








Le titre de ce billet peut sembler étrange à qui n’a pas lu ou parcouru « La Destruction des Juifs d’Europe ». Raul Hilberg est un historien américain qui a consacré sa vie à la reconstitution historique des actes quotidiens qui ont organisé la destruction des Juifs d’Europe. La Shoah.



