le jardin des retours

Staline: un dictateur très actuel

Joseph Vissarionovitch Dougatchvili dit Staline (« l’homme de fer » même si stal signifie acier) est aussi qualifié du surnom à objectif de propagande de « petit père des peuples ». Depuis quelques jours, journaux et magazines abondent en articles de synthèse, dossiers photographiques et critiques d’ouvrages sur ce dirigeant du troisième grand totalitarisme de l’époque de la dernière guerre mondiale. Quelques éléments accessibles.

Dans le magazine L’Histoire d’octobre (attention site en cours de reconstruction selon Daniel Letouzey toujours tb informé), l’historien du communisme Nicolas Werth revient sur la Grande Terreur organisée par Staline. Ses livres La terreur et le désarroi. Staline et son système (Perrin, 2007) et L’Ile aux cannibales (Perrin 2006) reviennent sur les dernières recherches en histoire du Stalinisme et histoire soviétique. Les chiffres sont brutaux : entre 1929 et 1953, 7 millions de déportés, 7 millions de morts de famine (essentiellement en Ukraine en 1931-1933), 1.8 million de morts en camp et 1 million de fusillés dont les trois quart en 1937-1938.

L’Ukraine vit aujourd’hui difficilement la mémoire de ces événements, et la campagne électorale actuelle en est emplie.

A Boutovo, dans la banlieue de Moscou, 20700 opposants sont exécutés en masse. Nicolas Werth revient longuement sur un document, « l’ordre n°00477 », par lequel Staline ordonne le secret pour l’arrestation de 767000 personnes; la moitié est fusillée. La comparaison avec le nazisme vient naturellement à l’esprit, et les historiens s’interrogent encore sur sa légitimité (Bravo au site des Clionautes pour la richesse des compte-rendus).

Le magazine L’Express du 20 septembre, sous un titre racoleur, « le vrai visage de Staline », rappelle la biographie de l’homme, sa prise de pouvoir malgré les craintes de Lénine, son antisémitisme et l’aveuglement de nombre d’intellectuels occidentaux, comme Henri Barbusse, Louis Aragon, Paul Eluard, y compris ceux qui se sont rendus en Union Soviétique. Pour aller plus loin il faudra suivre les animations, conférences et publications du Rendez-vous de l’histoire de Blois dont le sujet cette année est « L’Opinion. Information, rumeur, propagande » (Anne, je ne pourrai pas en être, bois un verre à la santé des absents!).

Mais Staline est un sujet encore actif aujourd’hui en Russie : Vladimir Poutine surfe sur un regain de « noStalgine » (c’est de moi) qui secoue la Russie du XXI° siècle. Il rejoint une information donnée par Lyonel Kaufmann sur son blog: l’Académie des Sciences de Russie a autorisé la publication et l’usage en classe d’un manuel scolaire qui considère les massacres de 1937 comme un « mal nécessaire » et Staline comme « l’un des plus grands leaders de l’époque soviétique ». L’Express en rajoute contre cette Histoire contemporaine de la Russie (1945-2006) en pointant qu’on y lit que l’Union Soviétique était « non pas une démocratie, mais un exemple de société juste », et qu’y est inscrit le poutinisme en filiation du stalinisme pour le glorifier…

En avril 2008 paraîtra en français la biographie du Jeune Staline par Simon Sebag Montefiore, chez Calmann-Lévy. Un Staline semble-t-il plus complexe que l’opposition entre le « leader mondial » ou la « brute épaisse ». Nous en reparlerons à sa parution.

Bruno Sentier a, sur son blog « les échos d’une heure » dressé le portrait intime d’un Staline étonnant.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 1 octobre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,Lire,Réviser le bac,sur le net

Un Français à la tête du Fonds Monétaire International (liens)

Dominique Strauss-KahnLe Français Dominique Strauss-Kahn est devenu vendredi le président du Fonds Monétaire International, après une campagne très active relayée sur internet.

Il rejoint la cohorte des Français qui président des institutions internationales (Pascal Lamy à l’OMC, Jean-Claude Trichet à la BCE). Dans le même temps les Français sont les champions du monde de l’altermondialisme. Paradoxe, paradoxe…

Pour savoir ce qu’est le FMI: le site officiel est aussi en français, on peut y trouver la carte d’identité du FMI. Le Monde nous explique tout. Afrik.com aussi.

Pour comprendre les enjeux que DSK va devoir affronter dans les semaines qui viennent, notamment la réforme du FMI, l’excellent Frédéric Lemaître fait le point pour nous.

Pour constater l’influence française aujourd’hui dans le monde, le journal Le Monde a proposé un portrait des Français les plus puissants du monde. Qui a dit que la France était à la traîne dans la mondialisation?

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 30 septembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le Grenelle de l’Environnement, c’est quoi?

Depuis début juillet a commencé en France un marathon de négociations comme notre pays les aime: du monde, des idées, des confrontations, du consensus, et peut-être des avancées. La préservation de l’environnement est un des enjeux majeurs de la survie de notre modèle de société, le gouvernement a donc choisi l’association des compétences (presque toutes) pour parvenir à des idées et des lois qui vont concerner notre vie quotidienne pour les décennies à venir.

Participent à cette grand’messe syndicats, patronat, universitaires, hauts fonctionnaires, associations écologistes (pas toutes, notamment pas « sortir du nucléaire » car le nucléaire et l’EPR ont été retirés du champ des réflexions et négociations) mais peu de politiques car c’est à eux, au Parlement, que reviendront les décisions finales.

On parle d’un « Grenelle » par référence aux négociations de Grenelle qui avaient permis de mettre fin à la crise de mai 1968, même si les réunions d’aujourd’hui ne se déroulent pas dans la rue parisienne du même nom.

Voici le calendrier: du 6 juillet au 27 septembre première phase, celle des négociations-propositions, qui vient de s’achever. En octobre débats publics à Paris et en régions, puis en novembre grand raout final et décisions ultimes sous la forme de propositions de lois. L’an prochain une commission devrait en surveiller l’application.

Voir le lien vers le dossier de presse qui présente les intentions (et un peu plus).

Voici les liens vers les groupes de travail (mazette, quel panel!).

Voici le lien vers les propositions des groupes de travail sur le bâtiment, les déchets, les voitures, les énergies, les OGM, l’école, la santé et la biodiversité, annoncées hier.

Et pour calmer toutes les ardeurs et revenir aux fondamentaux, lire absolument ce qu’écrit Marlène sur le blog « Environnement » ici sur le développement du fret pour réduire le nombre de camions sur les routes.

Nous donnerons ici, régulièrement, un aperçu des propositions et réactions de ces travaux.

Bonne lecture et à bientôt

Hugo Billard


Publié le 28 septembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,sur le net

Birmanie sur le web (liens)

Après la répression des manifestations et les premières sanctions internationales, une revue de webs birmans que propose le Monde montre comment Internet peut être un outil: angoisses, rumeurs, appels et actions, tout y est.

Comme l’écrit un de ces blogueurs: « Le monde entier vous regarde, tenez un jour de plus« .

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 28 septembre 2007 par Hugo Billard dans Comprendre,Vidéos

Les larmes d’Aung San Suu Kyi

Depuis quelques jours nos médias occidentaux commencent à montrer une actualité que l’on avait pu croire fossilisée. La Birmanie manifeste. Et cette contestation est menée par des bonzes (moines) bouddhistes. Et depuis lors se pose la question de la survie de la junte birmane.

Quelques éléments d’explications.

La Birmanie a été une colonie britannique. George Orwell, l’auteur de « 1984 », a écrit de très belles pages sur la prise de conscience des dérives de la colonisation dans « Une histoire birmane » (en poche chez 10/18). Après l’indépendance de 1948 et quelques années d’expérience démocratique, la Birmanie est sous le contrôle d’une junte militaire depuis 1962 (ce qui n’empêche pas un Birman, U Thant, de diriger l’ONU de 1966 à 1971). Le 08.08.88 (8 août 1988), une manifestation est réprimée dans le sang: 3000 morts. Si elle pousse la junte à changer le nom du pays en Myanmar, elle l’oblige à organiser des élections libres, qui donnent en 1990 la victoire à la Ligue Nationale pour la Démocratie d’Aung San Suu Kyi. Les élections sont annulées et Aung San Suu Kyi, fille d’un militaire anticolonialiste, est emprisonnée.

Aung San Suu Kyi salue les manifestantsEn 1991 le combat pour la liberté des Birmans permet à Aung San Suu Kyi de recevoir le prix Nobel de la Paix (le discours, en anglais, retrace sa vie et son travail). Elle alterne depuis entre semi-liberté et résidence surveillée. Depuis 2003 elle est en résidence surveillée, et c’est pour passer devant chez elle que les 20 000 bonzes ont fait un détour sur le chemin de leur manifestation il y a quelques jours.

Elle est plus que jamais le symbole des libertés birmanes détruites par une junte qui utilise pour l’armée 30% du budget de l’Etat et qui contrôle directement 50% du PNB birman. Beaucoup de l’économie birmane dépend des relations avec le voisin chinois. Depuis longtemps la Birmanie figure sur la liste des Etats-voyous (Rogue State) de l’administration américaine. Point de risque nucléaire, mais un pays riche de gaz et de pétrole dont la junte profite.

Parmi d’autres compagnies, Total a été accusée de favoriser la junte et de profiter d’une population presque esclave. La compagnie Total s’en défend sur son site et avait demandé à Bernard Kouchner en 2003 un rapport dont le titre était « relation d’un voyage et de la découverte d’une industrie muette (après l’arrestation d’Aung San Suu Kyi) ». La polémique a été forte en Occident. En 2005 la capitale a été transférée de Rangoon vers le centre du pays, pour héberger la junte et l’administration loin de la majorité de la population.

Les manifestations semblent aux observateurs bien plus intenses, longues et violentes que lors des précédents mouvements. Ce qui laisse penser que si la Chine cède aux pressions internationales et coupe les vivres à la junte, le régime pourrait tomber et une démocratie revenir en Birmanie. L’avenir le dira: soit la fin de la junte soit un massacre immense de manifestants. La junte a montré qu’elle savait tirer sur les foules. Le risque est grand. Pourtant les enjeux liés à une ouverture de la Birmanie sont considérables: la liberté pour les Birmans permettrait une ouverture politique et économique nouvelle d’un pays riche en réserves naturelles entre l’Inde et Singapour.

Et Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, pourrait sécher les larmes des Birmans. Mais l’avenir est bien sombre…

A bientôt, ouvrez l’oeil.

Hugo Billard – le 25 septembre 2007.

P.S.: pour compléter lisez le beau billet de Bruno Sentier sur son blog « les échos d’une heure. Le 26 septembre, couvre-feu, arrestations et répression ne succèdent en Birmanie. Mais la communauté internationale semble hausser la voix. Le 27 septembre,  au moins 9 morts, des centaines d’arrestation, l’armée a tiré sur la foule et la communauté internationale prend ses premières grandes sanctions contre le régime. On parle désormais de la REBELLION SAFRAN (en lien: un portfolio du Monde).


Publié le 25 septembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Albert Camus, édito de « Combat » après Hiroshima (liens)

Pour lire les 165 éditos de Camus à CombatDès la nouvelle de l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, les journaux se sont généralement félicités de l’impact qu’elle ne manquerait pas d’avoir sur le gouvernement japonais. Un des rares à s’inquiéter des conséquences de la bombe est Albert Camus (bio en lien) dans un éditorial du journal Combat, le 8 août 1945.

Le texte de l’éditorial est à compléter avec les documents sur le contexte de l’époque que propose Cliotexte, sans oublier les sons et vidéos du site de France 5, et notamment un infographie sur la bombe atomique tombée sur Hiroshima.

Le webcamus donne des indications sur les activités de journaliste de Camus, à l’Alger républicain puis à Combat.

Camus a reçu le prix Nobel de Littérature en 1957. Son discours, que l’on peut lire et dont on peut écouter le début (avec Realplayer), explique pourquoi il a choisi l’écriture comme mode d’expression, et éclaire son parcours d’intellectuel actif dans les journaux.

Et pour aller plus loin, en 2002 les 165 éditoriaux de Camus dans Combat ont fait l’objet d’une édition présentée par Jacqueline Lévi-Valensi (Gallimard, Cahiers Albert Camus).

Bon travail à mes TES1 pour l’étude de ce document…

A bientôt

Hugo Billard

P.S.: pour mes TES1 la correction est là


Publié le 9 septembre 2007 par Hugo Billard dans Comprendre,Réviser le bac

Nouvelle rentrée, nouvelle école?

Helen Levitt, New York, vers 1940Chaque rentrée scolaire s’exprime en moi par des sentiments mélancoliques et joyeux. Mélancoliques face au temps qui passe, aux élèves qui partent vers d’autres horizons intellectuels, que l’on a porté sans savoir ce qui grandira. Je me souviens alors qu’en 1883, dans sa lettre aux instituteurs, Jules Ferry rappelait: « ce n’est pas dans l’école, c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger ce qu’a valu votre enseignement ». Comme un cuisinier aux fourneaux qui ne verrait pas les pupilles gourmandes et les papilles affolées des gastronomes. Joyeux parce qu’à nouvelles têtes nouvelles humeurs et à nouveaux programmes nouvelles approches, et que chaque année est un prétexte à être heureux en éveillant au monde tel qu’il va ceux qui veulent y comprendre quelque chose.

Donc lorsque dans sa « lettre aux éducateurs » Nicolas Sarkozy appelle à « remettre la culture générale au coeur de notre ambition éducative », à cultiver « l’interdisciplinarité », à confronter « les grandes oeuvres de l’esprit humain » à tous, y compris dans ma chère banlieue, j’applaudis des deux mains. Lorsqu’il écrit qu’ « à un enfant qui ne sera jamais musicien, il ne faut pas renoncer à donner le goût de la musique », qu’ « il ne faut pas que les enfants restent enfermés dans leur classe », que nous pourrons « choisir la pédagogie » la mieux adaptée aux élèves dans des établissements qui « auront une plus grande autonomie dans le choix de leur projet et de leur organisation », je dis oui, mais comment? Pourquoi avoir supprimé les travaux interdisciplinaires au collège et réduit ceux des lycées à la portion congrue? L’école aura pour objectif de faire « mieux comprendre la nature du fait religieux », d’empêcher que s’étiole « la culture humaniste » et que régresse « la culture scientifique ». Mais que met-on derrière ces termes? Ils sont pourtant présents dans les programmes! J’enseigne la diffusion du christianisme, l’Islam d’Avicenne et le Judaïsme de Maïmonide en classe de Seconde, le développement des Sciences et la séparation des Eglises et de l’Etat en Première, les religions dans le monde aujourd’hui en Terminale… tout est dans les programmes, alors pourquoi insister dans cette lettre sur ces inquiétudes, que j’approuve? Parce que l’Etat (Jules Ferry autant que Nicolas Sarkozy) a de l’institution scolaire une image inféodée. Jules Ferry sans l’affirmer clairement: il suggère aux instituteurs de se référer aux conseils des programmes. Nicolas Sarkozy en l’affirmant sans nuances.

Les annonces de la rentrée sont intéressantes. Aider à l’insertion des handicapés à l’école, bravo! Limiter les rigidités de la carte scolaire, pourquoi pas si l’on donne plus de moyens humains aux établissements lésés. Un grand service public de l’orientation? Il existe déjà, à l’état parcellaire, enfoui sous les décombres d’un décentralisation très mal gérée depuis quelques années. Multiplier les passerelles entre les filières? Excellent, et développer les VAE et les GRETA aussi, s’ils en reçoivent les moyens humains et matériels. Développer la formation des professeurs, très bien! Les jeunes profs seront un peu moins des bouche-trous pour classes difficiles! Redéfinir, en concertation, le mêtier d’enseignant, pourquoi pas, même si l’usine à gaz est une tentation facile… Toutes ces annonces sont, comme les années précédentes, de bonnes idées. Le tout est de savoir si elles sont des effets d’annonce pour un Etat-média ou si les réalisations suivront. Nous verrons, et je prendrai ma part à ce qui sera possible.

Guy Môquet ou la mémoire instrumentalisée par l'EtatEn revanche, il me faudra lire en classe, le 22 octobre, la jolie lettre de Guy Môquet à ses parents.

Je m’y refuse.

En l’écrivant je ne prends pas grand risque. Il faudra que ce jour-là les lycées organisent les modalités de lecture et d’analyse à fin d’édification exemplaire de cette lettre. Il n’y est pas ordonné que les professeurs d’histoire en seront les instruments. Mais pourquoi ce refus? Parce que je suis, depuis toujours, rétif aux oukases de ceux qui considèrent détenir la vérité. J’avais, sur ce blog, exprimé un avis nuancé mais non hostile à l’idée de lire, un jour, dans les programmes, cette lettre de Guy Môquet. Elle fait partie des textes souvent étudié en classe de Première, lorsque s’impose le cours sur la France dans la Seconde Guerre mondiale.

Mais l’idée d’étudier un texte dans un but moral, donc politique, en quelques minutes, sans son contexte, un jour donné, est une absurdité pour qui est attaché bec et ongles à la neutralité de l’historien. On ne s’est pas battu contre les orientations marxistes de l’histoire pour se retrouver dans le même cas de figure de l’autre côté de l’échiquier politique. Il y a encore une autre raison. L’instrumentalisation de l’histoire est un fait politique ancien. L’histoire a toujours, peu ou prou, été utilisée par le pouvoir ou par certains historiens, dans un but politique. Est-ce pour cela qu’il faut l’accepter? Faut-il accepter que l’Etat dise à l’historien ce qu’il faut penser d’un événement historique et lui imposer une analyse morale de ce phénomène? Que l’Etat propose une commémoration, soit! C’est son rôle, c’est sa fonction, et le Panthéon est utilisé pour cela. Que l’Etat dicte comment enseigner un phénomène historique, là non! Je refuse cette « caporalisation mémorielle ».

Jean-Pierre Azéma, dans le magazine L’histoire de ce mois n’écrit pas autre chose: « Laissons donc les enseignants organiser leurs cours comme ils l’entendent, et, s’ils font le choix de cette lettre, ils sauront la lire au bon moment, mis en perspective par les travaux qui l’éclairent« . Le ministre de l’Education nationale a, semble-t-il, anticipé ce genre de réactions: dans le dossier qui accompagne, au bulletin officiel, l’annonce de la journée du 22 octobre, une dizaine d’autres textes accompagnent la lettre de Guy Môquet. Le problème reste.

A bientôt, et bonne rentrée à tous!

Hugo Billard


Publié le 6 septembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité

Raul Hilberg, l’histoire au quotidien

hilberg.1186429118.jpgLe titre de ce billet peut sembler étrange à qui n’a pas lu ou parcouru « La Destruction des Juifs d’Europe ». Raul Hilberg est un historien américain qui a consacré sa vie à la reconstitution historique des actes quotidiens qui ont organisé la destruction des Juifs d’Europe. La Shoah.

Peu de journaux aujourd’hui pour parler de lui. Peu de réactions. Entre Lustiger et Amouroux, il forme un trio ces jours-ci macabre qui a pour point commun la Seconde guerre mondiale. Lustiger par sa conversion et les relations qui a su créer ensuite entre le monde juif d’où il est né, et le monde chrétien qu’il a vécu comme l’accomplissement du judaïsme. Amouroux par sa quête passionnée du témoignage, de la complexité de la France pendant la guerre, qui ne lui a pas valu que des amis.

Un exemple de cette complexité, lu entre hier et aujourd’hui: le « C’était François Mitterrand » de Jacques Attali, Fayard 2005, une mine d’informations sur l’homme Mitterrand, la période 1981-1991, et la relation de l’ancien président à l’Histoire et à l’Allemagne. Il y revient longuement sur l’attitude de Mitterrand face à sa propre biographie pendant la guerre, sur la complexité des hommes et des situations, et les réactions de Mitterrand face à cette période, entre les années 1970 et les années 1990, entre Bousquet et le livre de Pierre Péan. Où Mitterrand épouse la complexité de son siècle et celle de la mémoire de la France. Au passage, quel écrivain cet Attali!

La destruction des Juifs d'Europe : Tome 1Hilberg est à la fois l’historien de la vie quotidienne venue des témoignages et des archives, et celui, progressivement, de la construction de la mémoire de la Shoah. Voir ses interviews dans « Shoah » de Lanzmann.

Lire son conférence de 2006 au Centre Pompidou sur « Interpréter l’holocauste, erreurs et omissions« .

Lire le billet pudique et ému de Pierre Assouline sur son blog: il y raconte l’itinéraire de Raul Hilberg, bien mieux que les quelques lignes du Monde.

Lire, essayer, feuilleter en tout cas si l’on n’a pas ce courage (je ne l’ai pas encore eu), la monumentale « Destruction des Juifs d’Europe« , dont la version complétée est parue en poche l’an dernier.

A bientôt

Hugo Billard… pas facile cet été de garder la mémoire…


Publié le 7 août 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Mgr Lustiger, un itinéraire dans le siècle

Les disparitions sont l’occasion de bilans historiques. Mgr Lustiger, ancien archevêque de Paris, est mort d’un cancer il y a quelques heures, les journaux commencent à raconter sa vie et les historiens sont invités dans les radios et les télévisions pour mettre en perspective la vie et l’oeuvre de Jean-Marie Lustiger. Il est ainsi utilement découvert ou redécouvert par ceux qui ne le connaissaient que de loin.

Osons l’écrire: pour l’avoir rencontré il y a quelques années, j’ai un faible pour cet homme. Certes il était un « traditionnaliste moderne », peu progressiste en matière de moeurs et de société, connu pour ses colères et ses mauvaises humeurs. Mais peu autant que lui ont dans leur itinéraire personnel épousé les soubresauts de l’Eglise et du siècle. Né dans une famille juive, converti au catholicisme, aumônier des étudiants, évêque d’Orléans, archevêque de Paris, cardinal, membre de l’Académie française, « papabile » l’an dernier quelques temps avant l’élection de Benoît XVI, son itinéraire est celui d’un cursus honorum de très grande qualité au sein de l’Eglise.

Il a dû affronter deux écueils dans sa vie publique: son origine religieuse juive, qui l’a fait voir des antisémites comme un faux catholique (comme étaient considérés les conversos en Espagne aux temps de l’Inquisition), et ainsi haïr de l’extrême-droite, et ses positions traditionnelles et fermes sur les moeurs et les bouleversements sociaux (notamment sa méfiance vis-à-vis de mai 68 et ses conséquences) qui l’ont fait moquer des autres. L’homme ne laissait indifférent personne.

Pour aller plus loin, le journal chrétien La Croix a composé un dossier très complet sur l’homme, sa mission apostolique et son itinéraire intellectuel.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 6 août 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

André Chouraqui, passeur entre les mondes

André Chouraqui, passeur entre les culturesJean-Louis Turbet l’annonce sur son blog: André Chouraqui est mort, en Israël, à presque 90 ans.

Je me souviens de sa traduction du Coran, en 1990, qui accompagnait les 26 tomes de la traduction poétique de la Bible, livre à livre, depuis 40 années. Je me souviens d’avoir alors découvert son rôle comme juriste, auprès de René Cassin (l’auteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Hommes). Je me souviens de ma surprise de le découvrir conseiller de Ben Gourion, le fondateur de l’Etat d’Israël, de le savoir maire-adjoint de Jérusalem, centre terrible du Moyen-Orient, entre la guerre des Six-Jours (1967) et la guerre de Kippour (1973), et du souci constant qu’il a eu de maintenir le dialogue entre juifs israëliens, musulmans palestiniens, et chrétiens des deux peuples.

Sa biographie est disponible sur le site de la République des Lettres, du journal La Croix, et sur le site personnel d’André Chouraqui.

André Chouraqui était un passeur. Passeur entre les trois religions du livre, dont il a traduit les textes sacrés. Passeur entre les peuples d’Orient et d’Occident, contre l’idée absurde d’un »choc des civilisations » (comme si elles étaient homogènes… encore un mythe forgé au XIX° siècle). Passeur d’idées au plus au niveau: auprès de Pie XII et Paul VI, auprès de l’ONU et de l’Alliance Israëlite Universelle, qu’il a longuement présidé, et surtout entre les textes religieux et ses lecteurs, qu’il a contribué à élever au-delà des textes mêmes. Si les textes existent, ce n’est pas pour que leurs idées soient imposées mais pour que leur substance soit imposée (le « aimez-vous les uns les autres » du Nouveau Testament est au fondement de la Torah et du Coran).

Dernier passage: en mars dernier André Chouraqui a publié sa correspondance avec cinq grands personnages de la pensée au XX° siècle: l’historien français penseur de l’antisémitisme Jules Isaac, le philosophe et penseur de la modernité Jacques Ellul, le philosophe de l’humanisme moderne Jacques Maritain, l’artiste chrétien Marc Chagall, et le dramaturge et diplomate Paul Claudel. On retrouve dans ce choix tous les axes de la pensée de Chouraqui: la place du Judaïsme dans l’histoire, la relation entre progrès et fraternité, la relation au christianisme et son expression symbolique et artistique.

En 1999, recevant le prix Agnelli du dialogue entre les cultures, il a écrit un discours à lire et faire lire sur la parole, le silence, les 3 cultures du livre… sur la puissance du spirituel contre les âneries qui voudraient séparer les cultures religieuses entre elles.

Un grand monsieur, présent sur tous les fronts. Un passeur entre des mondes liés que l’on voudrait aujourd’hui voir séparés.

On peut lire sur Internet toute sa traduction de la Bible et du Coran.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 12 juillet 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,Lire