Après Aimé Césaire, poète de la négritude et de l’engagement, Germaine Tillion, ethnologue notamment de l’Algérie, résistante déportée, femme engagée. C’est un pan de la culture française qui entre dans l’histoire.
Quelques mots de la résistante, notamment pour mes Terminales qui bûchent sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Germaine Tillion a fondé en 1941 le réseau de Résistance du musée de l’Homme, avec Boris Vildé, Michel Leiris et Pierre Brossolette entre autres. Son nom vient de l’origine professionnelle de la plupart des membres fondateurs. Dénoncée, comme beaucoup de membres du réseau, en 1942, elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück.
Avec Geneviève De Gaulle-Anthonioz et Simone Veil, elle appartient à ce groupe rare de femmes d’exceptions qui ont su mener, sorties des camps, après la guerre, une triple carrière: un engagement professionnel de grande qualité (l’ethnologie), un militantisme sans concessions (gaulliste, contre la torture en Algérie, et dernièrement pour les sans-papiers), et un engagement au service de la cause des femmes sans dogmatisme.
En 1997 des entretiens entre Germaine Tillion et Jean Lacouture ont été publiés sous le titre « la traversée du Mal ». En voici les derniers mots: « On peut libérer les bons côtés de notre espèce mais seulement par l’information et l’instruction, et cela ne signifie pas uniquement lutter contre l’analphabétisme d’une classe d’âge – car ce sont les parents (père et mère) qui doivent élever les enfants, et non pas l’inverse). Et comment vont-ils le faire quand l’un d’eux est infériorisé dès sa naissance? Les informations et repères doivent être offerts à la société globale, et la société globale commence par les femmes, car elles en sont la base stable. C’est pourquoi les sociétés qui écrasent les femmes, qui gênent leurs informations, qui bloquent leur avenir se condamnent elles-mêmes à la clochardisation. » (pp.124-125).
Dans le même ouvrage, Geneviève De Gaulle-Anthonioz livre une lettre en guise de préface. Germaine Tillion et elle se sont connues dans le camp de concentration de Ravensbrück. En voici quelques mots: « Je t’ai regardée: ton visage ferme et serein était déjà un réconfort, alors que nous avions été saisies d’effroi par l’aspect inhumain de tant de nos malheureuses camarades. Ce que tu nous as alors communiqué, avec le ton mesuré qui a toujours été le tien, n’était rien de moins que ta connaissance du système concentrationnaire. Exactement ce qu’il nous fallait pour ne pas être détruites par son apparente absurdité: le cycle du génocide, l’extermination par le travail, la raison d’être des « transports noirs » [convois vers la chambre à gaz] (l’un d’eux avait quitté le camp au moment de notre arrivée), les prix de revient des prisonniers, les bénéfices personnels de Himmler. En t’écoutant, nous n’étions plus des Stücks [pièce, morceau, élément du système industriel qu’est le système concentrationnaire], mais des personnes; nous pouvions lutter, puisque nous pouvions comprendre. »
A bientôt
Hugo Billard
Publié le 20 avril 2008 par Hugo Billard dans
Actualité,
Comprendre,
Lire