Les Aventures de Tintin : On a marché sur la Lune (Hergé, 1954)

  ART DU VISUEL / BANDE DESSINÉE 

Les Aventures de Tintin : On a marché sur la Lune (extrait, planche n°8) (Hergé, 1954, 
Impression quadrichromique, 17cm x 26cm, Éditions Casterman.

Courte biographie d’Hergé :

Georges Remi, dit Hergé, né le 22 mai 1907 à Etterbeek (Belgique) et mort le 3 mars 1983, est un auteur belge de bande dessinée. Il est notamment l’auteur des Aventures de Tintin qu’il signe avec le pseudonyme « Hergé » formé à partir de ses initiales « RG ».

Présentation de l’album « On a marché sur la Lune » :

L’album « On a marché sur la Lune » a été publié en 1954, en pleine guerre froide entre les États-Unis et l’URSS. Il est le 17e album de la série « Les Aventures de Tintin » et raconte, avec l’album précédent « Objectif Lune », le déroulement de la mission ayant pour objectif d’aller poser le pied sur la Lune.

Le récit commence quelques minutes après le lancement de la fusée, au moment où les passagers reprennent doucement connaissance, mais une surprise de taille les attends ! En effet les deux policiers, Dupond et Dupont, sont à bord de la fusée car ils se sont trompés d’heure.

Le voyage va ensuite se poursuivre vers la Lune mais d’autres rebondissements ne vont pas tarder à arriver et la question des réserves d’oxygène va très rapidement se poser…

La bande dessinée :

Une bande dessinée, ou « BD », est une succession d’images organisées pour raconter une histoire comique ou réaliste en suivant un scénario précis. La bande dessinée est souvent désignée comme le « neuvième art ».

Un album de BD est constitué de plusieurs planches. Chaque planche est composée de plusieurs bandes organisées de gauche à droite en vignettes.

Vocabulaire de la bande dessinée :

  • Une planche est un ensemble d’images et de textes contenu dans une page.

  • Une bande est une succession horizontale de plusieurs images, généralement entre 1 à 6.

  • Une vignette est une image d’une bande dessinée délimitée par un cadre.

  • Un cartouche contient des informations permettant de situer l’histoire dans le temps et l’espace. Il est souvent en forme de rectangle et situé dans une vignette.

  • Une bulle contient les dialogues ou les pensées d’un personnage. Elle est située dans une vignette et peut être de forme variable.

  • Un idéogramme est un symbole exprimant la pensée ou le sentiment d’un personnage.

La réalité scientifique des aventures de Tintin :

Pour préparer ces albums, Hergé s’est beaucoup documenté. Il a notamment utilisé le livre « L’Astronautique » d’Alexandre Ananoff, un pionnier du voyage spatial en France. Hergé va même réaliser une maquette extrêmement détaillée de la fusée afin de vérifier que l’ensemble des paramètres indispensables à la vie quotidienne dans la fusée sont réunis.

On peut considérer Hergé comme un véritable visionnaire car son récit envoie Tintin et ses camarades sur la Lune en 1954, 15 ans avant que Neil Armstrong pose réellement le pied sur la Lune le 21 juillet 1969. Il est intéressant de noter que le premier satellite, appelé « Spoutnik 1 » ne sera envoyé dans l’espace que le 4 octobre 1957, c’est à dire quelques années après la publication de l’album « On a marché sur la Lune ».

De nombreuses situations du scénario sont scientifiquement et physiquement correctes. On peut notamment retenir la rencontre de la fusée avec l’astéroïde « Adonis » qui reprend les caractéristiques principales de la force gravitationnelle responsable, notamment, du mouvement des planètes autour du soleil. Un autre exemple est la scène où le Capitaine Haddock observe son whisky s’échapper de son verre sous la forme d’une boule, phénomène toujours observé avec amusement par les astronautes de la station spatiale internationale (ISS).

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TINTIN : On a marché sur la Lune (Hergé, 1954) (M. L'HÔTE)

La Fête des Morts (Dia de los Muertos)

  ART DU SPECTACLE  / FÊTE NATIONALE 

La fe?te des morts est une fe?te d’une grande importance au Mexique. Elle se de?roule en effet, pendant 2 jours, le 1er et 2 novembre juste apre?s la fe?te de Halloween qui n’a aucun rapport. C’est aussi une occasion pour se retrouver en famille. Lors du Di?a de Muertos, la visite rituelle est tre?s festive, avec des offrandes de bonbons, de te?tes de mort en sucre ou de tequila. Les Mexicains vont dans les cimetie?res, mangent sur les tombes, dansent, chantent. Ce n’est pas un jour triste pour eux. Ils confectionnent des autels dans leurs maisons et mettent des bougies dans leurs habitations !

Le rituel et les ce?le?brations

Ce jour de la fe?te des morts, les familles vont rendre visite aux tombes de leurs ance?tres et les nettoient, les de?corent, leurs mettent des fleurs (spe?cialement des fleurs oranges appele?es zempaxuchitl, ci contre) ainsi que des bougies. Les a?mes des de?funts reviennent sur Terre suivant un certain ordre. Il convient alors de leur donner les offrandes approprie?es.

Les personnes de?ce?dant durant le mois pre?ce?dent ne rec?oivent pas d’offrande car elles n’ont pas eu le temps de demander la permission de retourner sur Terre. Pour les enfants morts avant d’avoir e?te? baptise?s, on offre des fleurs blanches et des cierges. Pour les autres, on apporte des jouets. Pour les adultes, on apporte des bouteilles de tequila. Des offrandes sont aussi faites dans chaque maison sur des autels situe?s dans les chambres des de?funts, plus ou moins de?core?s et remplis selon les familles. On y trouve: du copal dans son encensoir, des fleurs porte-bonheur, des cierges allume?s, des photos repre?sentants le de?funt de son vivant, des te?tes de morts en sucre ou en chocolat, des fruits, le pain des morts, des bonbons, de la nourriture que le de?funt appre?ciait le plus, des boissons, de l’eau be?nite et diverses offrandes particulie?res au de?funt (tabac, poteries...).

Les te?tes de morts portent sur le front les pre?noms des morts. Bien qu’elles soient ge?ne?ralement repre?sentatives du de?funt, elles peuvent se de?guster. Les Azte?ques et autres civilisations gardaient comme trophe?e les cra?nes des vaincus et les rassemblaient lors de la fe?te des morts. Ces cra?nes symbolisent le mort et la renaissance.

Pour guider les a?mes, un chemin de pe?tales de fleurs est re?alise? de la rue jusqu’a? l’autel. Des prie?res sont re?cite?es et de la musique est joue?e. Les Mexicains, qui sont presque tous catholiques, de?butent leur journe?e en priant les de?funts, et la terminent en buvant a? leur sante?. Le mexicain n’a pas peur de la mort, il se moque d’elle, joue avec, et me?me cohabite. C’est une coutume qui pour nous, nous semble choquante voire provocante car la mort est traite?e comme un personnage quasi humain avec familiarite? et de?rision...Ne serait-ce pas tout simplement une autre manie?re d’aborder la vie et par la? me?me d’inte?grer plus naturellement et sans honte cette mort qui nous fait peur et nous fascine ?

 

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La Fête des Morts (El Dia de los Muertos) (Mme LIEBART)

Antoni GAUDI, architecte du « Modernisme »

  ART DE L’ESPACE / ARCHITECTURE 

Antoni GAUDI est l’architecte qui a le plus marque? le visage de la capitale catalane.

Il est le principal repre?sentant du MODERNISME, mouvement artistique qui se manifeste en Catalogne a? la fin du 19ie?me et au de?but du 20ie?me sie?cle, alors que la ville de Barcelone profite de l’essor e?conomique, s’agrandit et se modernise.

Le MODERNISME catalan peut e?tre conside?re? comme une facette originale de l’ART NOUVEAU qui se de?veloppa a? la me?me e?poque dans tous les pays europe?ens.

Ce courant artistique du tournant du sie?cle vise a? marier les nouveaux mate?riaux issus du progre?s industriel (acier, verre, ce?ramique) avec les e?le?ments traditionnels (pierre, bois), dans une recherche ornementale et esthe?tique inspire?e de la nature qui s’inscrit en re?action contre la banalite? de l’industrialisation.

C’est ainsi que les pa?tes de verres multicouches, les rampes d’escalier a? entrelacs de ferronneries, les meubles aux ondulations de bois ont permis de mettre l’art a? disposition de tous pour un cou?t abordable tout en gardant une volonte? d’innovation formelle, inspire?e de la nature.

Les motifs habituellement repre?sente?s sont des fleurs, des plantes, des arbres, des insectes ou des animaux, ce qui permet non seulement de faire entrer le beau dans les habitations mais aussi de faire prendre conscience de l’esthe?tique dans la nature.

Diplo?me? de l’Ecole d’Architecture de Barcelone, Gaudi de?veloppa un style architectural original pour la re?alisation d’immeubles commande?s par de riches familles barcelonnaises : le PALAIS GU?ELL (1886-1891), la CASA BATTLO (1904-1907), la CASA MILA (1906-1910).

De?s 1883, il commenc?a a? travailler sur le projet de la Cathe?drale de la SAGRADA FAMILIA (la « Sainte Famille ») auquel il consacrera les 8 dernie?res anne?es de sa vie. A sa mort en 1926, seules la crypte, l’abside et la fac?ade de la Nativite? sont acheve?es. Ce projet sera repris apre?s lui et continue encore aujourd’hui et pour les 20 anne?es a? venir, a? partir de donations.

 

LA CASA MILA (« LA PEDRERA »)

La Casa Mila est surnomme?e « La Pedrera » (« La Carrie?re ») pour de?signer les blocs de pierre apparents constituant sa fac?ade

Gaudi construisit cet immeuble dans le nouveau quartier de l’Eixample sur le Passeig de Gracia, l’e?tage le plus e?leve? e?tant destine? a? la famille Mila, les autres re?serve?s a? la location

 

Antoni GAUDI est enterre? dans la crypte de la Sagrada Familia, son projet insense? de?bute? en 1882,auquel il consacra une partie de sa vie, et qui pour des anne?es a? venir encore est en chantier.

Cet architecte re?volutionnaire a laisse? sur la ville de Barcelone une sacre?e empreinte ! En te?moigne plus d’un sie?cle plus tard la station de me?tro « Sagrada Familia ».

Merci Monsieur Gaudi pour le re?ve que vous nous avez apporte?.

 

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Antoni GAUDI, architecte du "Modernisme" (Mme LIEBART)

EL SUPLICIO (Jose? Asuncio?n ARTEAGA JIMENEZ, 2004)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

El Suplicio (Jose? Asuncio?n ARTEAGA JIMENEZ, 2004 
Peinture à l'huile sur toile, 100cm x 81cm, Pérou).

Cette œuvre s’inscrit dans le courant du re?alisme magique

!courant litte?raire, poe?tique et artistique sud ame?ricain du XXe?me sie?cle qui met en œuvre des e?le?ments surnaturels ou merveilleux dans des univers qualifie?s de re?alistes.

Asuncio?n Arteaga est pe?ruvien, ne? en 1984, il grandit dans un milieu rural tre?s proche de la nature.

Ses œuvres sont toutes relie?es a? la the?matique de l’environnement. Cela s’explique par son he?ritage culturel ; en effet, dans la tradition inca, la terre et chaque e?le?ment qui la compose sont conside?re?s comme Le bienfaiteur, a? l’origine toute vie humaine, ve?ge?tale ou animale : la « pachamama » pour laquelle il fallait proce?der a? des sacrifices.

Son œuvre est donc une œuvre engage?e au sens ou? elle vise a? faire prendre conscience au plus grand nombre de l’importance du respect de la plane?te, comme notre terre nourricie?re.

Dans ce tableau pre?cise?ment, on observe une personnification de la fore?t puisqu’a? travers le trompe l’œil des branchages et des arbres se dessine un visage humain (yeux, bouche, oreilles, gorge, nez, e?paule)

Jose? Asuncio?n Arteaga, 2004, El suplicio 100 cm par 81 cm, peinture a? l’huile sur toile

C’est comme si la nature prenait vie sous forme humaine pour s’exprimer, pour se plaindre du traitement qui lui est fait puisqu’ici elle se redresse pour chercher l’air pur et respirer. Symboliquement, la nature est asphyxie?e par les de?gradations qu’elle subit, ici la gorge symbolise?e par des feuilles mortes couleur rouge- marron peut faire penser a? des brulures cause?es par l’absorption de la pollution de l’air.

La couleur dominante est le vert puisqu’il s’agit de la the?matique de la nature, le bleu du ciel, qui apparai?t en petite quantite? en haut du tableau e?voque l’air pur, l’espoir en l’avenir puisqu’il est temps pour les hommes de re?agir.

Asuncio?n Arteaga se sent concerne? par la de?forestation de l’Amazonie comme nous devons tous l’e?tre, en effet, la fore?t amazonienne disparai?t de plus en plus rapidement par les actions de l’homme qui y installe une agriculture intensive et des e?levages d’animaux, or, cet espace ve?ge?tal est fondamental dans cette zone ge?ographique ainsi que pour l’ensemble de la plane?te car il contribue a? absorber le CO2 tout comme a? la re?gulation des rivie?res de cette zone.

 

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EL SUPLICIO (José Asunción Arteaga Jiménez, 2004) (Mme LIEBART)

LA COLONNE BRISÉE (Frida KAHLO, 1944)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

La Colonne Brisée (Frida KAHLO, 1944, 
Huile sur bois aggloméré, 40cm x 30,5cm, Musée Dolores Olmedo, Mexico, Mexique).

« Attendant l’angoisse contenue, la colonne brise?e et le regard profond, sans pouvoir marcher sur le grand chemin, continuant ma vie, cerne?e dans de l’acier…si seulement il me caressait comme l’air touche la terre »

Contexte de l’œuvre :

Peint en 1944, cette toile correspond a? l’e?poque ou? la sante? de l’artiste se de?grade. Depuis l’accident de bus dans lequel elle fut tre?s gravement blesse?e en 1925, Frida souffre de nombreuses se?quelles. Son bassin, ses co?tes et sa colonne verte?brale on e?te? casse?s. Ni ses longues pe?riodes d’alitement, ni ses diffe?rentes interventions chirurgicales qu’elle a subies, ne la soulagent durablement de ses douleurs. A 37 ans elle a dore?navant besoin de porter a? nouveau un corset orthope?dique pour soulager sa colonne et ce pendant 5 mois. C’est son e?nie?me corset…cette fois il est en me?tal et non en pla?tre. Il lui reste 10 ans de souffrances insoutenables a? endurer avant sa mort.

En plus de cette souffrance physique, Frida Kahlo souffre moralement depuis son mariage en 1929 des infide?lite?s re?pe?te?es de son e?poux Diego Rivera. Marie?, divorce? puis marie? a? nouveau, le couple se de?chire.

C’est un autoportrait de Frida Kahlo. Au 1er plan, l’artiste se repre?sente debout au milieu du tableau face au spectateur. Derrie?re elle s’e?tend un paysage de?sertique et infertile pre?sentant de nombreuses failles. Elle est nue de la te?te aux hanches avec un corset de me?tal ajoure?, laissant voir son corps et sa poitrine. Le bas de son corps est enveloppe? d’un drap blanc. Le tissu et sa peau sont transperce?s par une multitude de clous. Le corps de l’artiste est ouvert en deux dans son milieu et laisse apparai?tre a? la place de sa colonne verte?brale une colonne de pierre antique de style ionique, brise?e en multiples parties. Le haut de la colonne soutient le menton de l’artiste, dont le visage statique, ferme? et digne n’exprime aucun sentiment. Des larmes sortent de ses yeux et semblent « pleuvoir » sur son visage. Le corset orthope?dique retient les deux parties du corps qu’elle emprisonne telle une cage.

Analyse de « La colonne brise?e » :

Frida Kahlo pre?sente dans ce tableau une ve?ritable mise a? nu de ses souffrances et de ses sentiments. Elle de?voile les blessures de son corps en me?me temps qu’elle de?voile celles de son a?me. « La colonne brise?e » te?moigne e?videmment de l’accident qu’elle subit a? 18 ans et des souffrances qu’elle endure depuis, mais le tableau pre?sente e?galement l’artiste blesse?e par les nombreuses infide?lite?s de son e?poux. La peau de Frida est transperce?e par de multiples clous, autant de clous que de blessures d’un amour bafoue?. Elle apparai?t crucifie?e, tout comme le Christ de Gru?newald au 15eme sie?cle. L’aventure que son mari Diego a entretenue avec la sœur de l’artiste l’a finalement ane?antie. Ses larmes coulent silencieusement. Malgre? ses souffrances physiques et morales, Frida, sacrifie?e, reste digne, la te?te droite, le regard fier. Soutenue par son corset elle traverse dignement cet immense moment de solitude et d’abandon, image? par le de?sert a? l’arrie?re plan, dont les failles expriment lui aussi les blessures de son cœur. On peut voir e?galement dans ce paysage le symbole de l’infertilite? de l’artiste. Frida, qui a eu le vagin transperce? lors de l’accident, ne peut pas avoir d’enfant. Son corps nu, qui de?voile toute sa fe?minite? et maternite? par ses seins, reste dramatiquement vide.

 

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LA COLONNE BRISÉE (Frida KAHLO, 1944) (Mme LIEBART)

PRAGERSTRASSE (Otto Dix, 1920)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

Pragerstrasse (Otto DIX, 1920, 
Peinture à l'huile et collages sur toile, 101cm x 81cm, Kunstmuseum Stuttgart, Stuttgart, Allemagne).

I. Pre?senter l’œuvre et la situer dans le temps

Otto Dix ( 1891-1969)

Peintre allemand. Otto Dix a e?te? envoye? au front pendant la premie?re guerre mondiale (notamment en France). L’horreur de la guerre le marque e?norme?ment et devient la base de ses œuvres. Dans ses œuvres il n’exalte pas l’he?roi?sme des combattants mais il de?nonce la sauvagerie destructrice. L’artiste ne cesser de te?moigner des effets de la guerre sur l’homme, la nature et le patrimoine. Apre?s la guerre il re?alise des collages dada dont Pragerstrasse (1920) en est en exemple. Pragerstrasse est une rue de la ville de Dresde (Allemagne), rue dans laquelle Otto Dix a ve?cu.

Il participe par obligation a? la seconde guerre mondiale ou? il est fait prisonnier. Il meurt en 1969.

Le dada ou dadai?sme

Mouvement intellectuel, litte?raire et artistique cre?e en 1916 par des poe?tes, des peintres et des critiques. Ce mouvement met en avant l’esprit d’enfance, le jeu, le rejet de la raison et de la logique, l’extravagance et la de?rision. Les artistes de ce mouvement se voulaient irrespectueux et me?prisants des re?alite?s de l’e?poque. Ils recherchaient la plus grande liberte? de cre?ativite? (utilisation de tous les mate?riaux et formes disponibles). C’est en re?action a? l’absurdite? de la premie?re guerre mondiale qu’ils baptise?rent ce mouvement du terme dada (l’origine de ce terme provenant d’un dictionnaire ouvert au hasard et d’un coupe papier tombant sur le mot « dada »).

II. Description de l’œuvre

Au premier plan, un homme (ancien soldat) qui avance sur une planche à roulette et n’a plus de jambes. Également des personnes dont on ne voit pas le visage, passent sans s’arre?ter ( me?pris, de?dain vis-a?-vis des revenants mutile?s par la guerre).

Au second plan, un homme (ancien soldat) mutile? au corps de?sarticule? et aux yeux vides ( trous d’obus) qui fait la manche. Mise?re extre?me de ces gueules casse?es » qui ne sont pas aide?s.

A l’arrière plan, une petite fille seule (qui symbolise les nombreux orphelins de la guerre) et une vitrine de magasin. Un mannequin en pièces détachées et avec des prothèses s’y trouve (rappelle ce qui est arrivé à certains soldats)

Otto Dix peint la rue dans laquelle il vivait a? Dresde. Dans cette rue est repre?sente?e la socie?te? de l’apre?s-guerre : une socie?te? hante?e par la mort, de?shumanise?e et en pleine crise. Son œuvre cherche d’abord a? de?noncer les horreurs de la guerre et des combats qui ont de?truits de nombreux soldats (que l’on appelle les « gueules casse?es »). Une impression de confusion et de de?se?quilibre se de?gage du tableau. Otto Dix veut mettre mal a? l’aise, voire choquer le spectateur. Pragerstrasse montre aussi la crise sociale de la socie?te? de l’apre?s-guerre. En effet la construction du tableau fait apparai?tre une humanite? disloque?e. Le trottoir avec ses me?gots, ses de?tritus, ses bouts de journaux et ses mutile?s met en e?vidence un monde infe?rieur. Ce monde infe?rieur est me?prise? par un monde supe?rieur dont on n’entrevoit qu’une partie ( le corps d’une femme a? droite, la main d’un homme pose?e sur une canne a? gauche). Chaque monde ignore l’autre. Le peintre montre ainsi une socie?te? sans compassion et sans respect pour la personne humaine. Pour finir Otto Dix de?nonce l’antise?mitisme (= la haine des Juifs). L’homme qui est sur une planche a? roulette roule sur une page de journal ou? est inscrit « Les Juifs dehors ». Les Juifs sont en effet conside?re?s comme responsables des malheurs de l’Allemagne pour une partie des Allemands.

Quels messages cette œuvre cherche-t-elle a? faire passer ? Quel e?tait le but d’Otto Dix ?

Otto Dix de?nonce a? travers ce tableau :

  • –  les horreurs de la guerre lie?es aux combats qui ont tue? beaucoup de soldats mais surtout de?truits et mutile?s un grand nombre ( « les gueules casse?es »). C’est un profond traumatisme pour ces soldats.
  • –  la crise sociale de la socie?te? allemande de l’apre?s-guerre : une socie?te? totalement de?sorganise?e qui a perdu son humanite?.
  • –  l’antise?mitisme montant : pour un certain nombre d’Allemands, les Juifs sont les responsables des malheurs de l’Allemagne

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PRAGERSTRASSE (Otto DIX, 1920) (Mme WOLFER)

NAPALM (BANKSY, 1994)

  ART DU VISUEL / SÉRIGRAPHIE 

Napalm (BANKSY, 1994, 
Sérigraphie sur papier, d'après photomontages et pochoirs, 56cm x 76cm, États-Unis d'Amérique).

 

L’œuvre

Napalm a été crée par montage photographie et pochoirs en 1994. Cette œuvre reprend la célèbre photographie de Nick Ut prise lors de la guerre du Vietnam où l’on voit une fillette brûlée au napalm s’enfuir.

Dans l’œuvre de Banksy, la fillette, en noir et blanc, occupe une place centrale. Deux personnages, partiellement en couleur, la prennent par la main : Ronald Mac Donald et Mickey Mouse.

Pour approfondir : Quels pays opposait cette guerre ? Qu’est-ce que le napalm ? Qui a utilisé cette arme ? Quel écho a eu la photographie originale à sa publication ?

L’artiste

Banksy s’avère être l’artiste de Street Art le plus connu internationalement. Son identité reste un mystère, mais il semblerait qu’il soit originaire de Bristol en Angleterre. Ses œuvres révèlent son engagement politique et social.

Pour approfondir : exemple d’œuvres qui reflètent ses engagements, différents supports utilisés, œuvres phares.

Le Street Art

Le Street Art ou Art Urbain est un mouvement artistique, qui a émergé dans les années 1970, qui regroupe plusieurs formes telles que le graffiti (à distinguer du tag), l’affiche, la projection vidéo et les autres formes d’œuvres visuelles qui se développent dans les espaces publics.

Cette forme d’art est très subversive et généralement engagée. Le choix de la rue questionne la place de l’humain dans la ville mais aussi la démocratisation et la vulgarisation de l’art. Cependant, le Street Art est parfois associé au vandalisme puisqu’illégal dans la plupart des pays.

Pour approfondir: autres artistes, art ou vandalisme, rue ou musée

Analyse et interprétation

  • Que représente cette fillette à travers sa nudité, sa vulnérabilité et son expression sur le visage?

  • Contraste des couleurs : que pourrait-il signifier ou accentuer ? Que pourrait représenter la couleur jaune doré ?

  • Contraste photographie-graffiti : qu’accentue t-il ?

  • Que représentent les personnages de Mickey Mouse et Ronald McDonald ?

  • Contraste entre les visages des personnages et celui de la jeune fille ? Inspirent-ils une attitude bienveillante ?

  • Conclusion : Que pourrait critiquer Banksy à travers cette œuvre ?

Exemple de ressources

http://www.banksy-art.com/

 

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NAPALM (BANKSY, 1994) (Mme SERY)

I WANT YOU FOR US ARMY (James Montgomery FLAGG, 1917)

  ART DU VISUEL / AFFICHE 

I Want You for U.S. Army (James Montgomery FLAGG, 1917, 
Lithographie sur papier, 102,5cm x 75,5cm, Musée de l'Armée, Les Invalides, Paris, France).

I. L’affiche

a. Analyse du personnage

Qui est ce personnage ? Que représente les couleurs de ses vêtements ? Où se situe-le personnage sur l’affiche ? Quelle position a-t-il ? L’âge du personnage peut-il avoir une influence sur le destinataire ?

b. Message

Qui désignent les pronoms « I » et « you » ? Quel mot est mis en valeur ? Par quel procédé ? Qu’est-ce que cela peut signifier ?

II. Contexte historique

Cette affiche a été créée en 1917. A quelle étape de la guerre se trouve-t-on à ce moment ? Quelle est la position des États-Unis à cette date ? Pourquoi le recours à cette affiche a-t-il été nécessaire ? L’objectif a-t-il été atteint ?

III. Comparaisons, parallèles possibles avec d’autres œuvres

a. Affiche britannique d’Alfred Leete « Your country needs you » de 1914 représentant Lord Kitchener.

b. L’affiche britannique « We’re both needed to serve the guns ! » de 1915

On pourra comparer le choix des personnages, des symboles, des mots, des objectifs, du contexte et donc de leur portée.

Exemple de ressources

Site du musée de l’armée :

http://www.musee-armee.fr/collections/base-de-donnees-des-collections/objet/affiche-i-want-you-for-us-army.html

 

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I WANT YOU FOR US ARMY (FLAGG, 1917) (Mme SERY)

L’Art au service des régimes totalitaires (BREKER & MOUKHINA)

  ART DU VISUEL / SCULPTURE 

Le Garde (Arno BREKER, 1940, 
Bas relief en plâtre, Allemagne).

I/ Présentation

Ce bas-relief devait décorer la nouvelle capitale du Reich, Germania (nom latin de l’Allemagne), après la guerre. Il s’agit d’un moulage en plâtre. il était destiné à orner une frise qui devait décorer l’un des axes principaux de Berlin.

Arno Breker fut rapidement repéré par le ministère de la Propagande du Reich, plusieurs commandes lui sont passées et il devient l’un des artistes de référence de l’Allemagne nazie.

Cette œuvre illustre les principes aryens développés par Hitler, il met en scène l’esthétique du corps sain de l’homme nouveau, qui s’inspire de l’esthétique grecque antique.

II/ Description de l’œuvre

Cette œuvre représente un guerrier nu, très athlétique qui arbore tous les signes de la virilité guerrière nazie: musculature surdéveloppée, part de l’arme, visage implacable de détermination au combat, prêt à se battre car sûr de sa puissance.

Le drapé de sa cape et le bouclier sur lequel il semble s’appuyer font référence aux attributs des guerriers grecs. L’épée ressemble à une épée de l’époque romaine: Le garde s’inspire donc des sculptures antiques, à la fois grecques et romaines.

III/ Analyse

Le garde est une œuvre de propagande nazie. En effet, l’art tient une place très importante durant le IIIème Reich. L’art soutenu par les nazis doit exalter les valeurs traditionnelles du régime comme la pureté raciale, le militarisme et l’obéissance. Il s’agit bien d’un outil de propagande, visant à transmettre un message à la société

Cet art officiel prend pour modèle l’art antique grec et romain, reprenant ses formes et ses idéaux esthétiques.

Cette œuvre de Breker témoigne de l’idéal de la perfection de l’homme aryen décrit par Hitler dans Mein Kampf .

 

L’Ouvrier et la Kolkhozienne (Vera MOUKHINA, 1937, 
Moulage en acier Inox fer-chrome-nickel, 25m de haut, Centre Panrusse des Expositions, Moscou, Russie).

I/ Présentation

Sculpture monumentale de 25 mètres de haut, l’artiste est Vera Moukhina, elle a été réalisé pour l’exposition universelle de 1937 à Paris mais est aujourd’hui exposée à Moscou, devant le centre russe des expositions. Il s’agit d’une œuvre relevant du courant réaliste russe.

II/ Description

La statue est composée de deux personnages, un ouvrier brandissant un marteau et une kolkhozienne (paysanne) brandissant une faucille. Ces deux symboles de l’URSS symbolisent ainsi les deux branches du prolétariat soviétique, qui constituent la base de la société. Ils sont visibles sur le drapeau soviétique.

L’attitude des personnages, réalisant un pas en avant et tendant leurs bras vers le ciel, est déterminée. On peut y voir le triomphe du prolétariat, mais également la volonté de diffuser le communisme à l’échelle mondiale. La statue est organisée selon un triangle dont la pointe s’élance vers le ciel, ce qui signifie la volonté d’aller de l’avant.

Elle est réalisée en acier. Ce choix du matériau n’est pas anodin car à cette époque, la métallurgie et la sidérurgie constituent les fleurons de l’industrie soviétique.

III/ Analyse

Cette œuvre est symbolique de la propagande soviétique et stalinienne qui voulait convaincre les soviétiques qu’ils étaient sur la bonne voie. Elle diffuse l’idée que le modèle communisme conduit au progrès et au bonheur.

.Avec Staline, les artistes sont entièrement mis au service du régime, ils doivent être syndiqués et être membres du parti communiste. On utilise de nouveaux supports comme le cinéma (voir Eisenstein), la radio, la photo ou la sculpture.

Cette œuvre de propagande veut montrer le visage d’un pays où les gens trouvent le bonheur dans le travail. Il s’agit de mettre en scène les travailleurs qui construisent un pays neuf tourné vers le progrès et la modernité. Les machines sont présentées comme des emblèmes du progrès communiste.

 

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L'ART AU SERVICE DES REGIMES TOTALITAIRES (Mme POTEMPA)

LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX (Otto DIX – 1933)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

Les Sept Péchés Capitaux (Otto DIX, 1933, 
Technique mixte sur bois, 179cm x 120cm, Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe, Allemagne).

1- Présentation de l’auteur et de l’œuvre

a) Présentation de l’auteur

Otto Dix est un peintre allemand ayant vécu de 1891 à 1969. Il est né dans un milieu ouvrier non politisé. Il est très tôt en contact avec l’art : il est encouragé à l’école primaire par son professeur de dessin, et il a un cousin peintre. Il suivra un apprentissage de peintre décorateur, des leçons de dessin puis des formations dans des écoles d’art (Ecole des Arts décoratifs de Dresde, Académie des Beaux-Arts de Dresde) avant de devenir lui-même professeur.

Il va connaître physiquement les deux guerres mondiales : en 1915, il se porte volontaire dans l’artillerie à Dresde et est envoyé au front comme mitrailleur en France, Flandres et Russie ; en 1945, il est mobilisé à 54 ans dans la troupe territoriale (il est fait prisonnier et passe sa captivité à Colmar dans la colonie d’artistes du camp).

Il s’agit d’un peintre de la Nouvelle Objectivité, mouvement qui s’est développé en Allemagne après l’expressionnisme, dans les années vingt. Ce mouvement se caractérise par un goût pour le réel et le quotidien, dans sa réalité tangible, palpable. D’un point de vue esthétique et thématique, ce mouvement est aux antipodes des canons de l’art officiel nazi, lequel s’avère être un art de propagande qui idéalise le régime et exalte l’idéal aryen dans la représentation des corps. Otto Dix s’attache lui à représenter l’être humain dans ses aspects les plus laids (tels que la guerre et la prostitution) et sa facture est crue, sans complaisance, ce qui lui vaudra plusieurs procès dès les années vingt. En 1933, avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, Otto Dix est déchu de son poste de professeur de peinture à l’Académie des Beaux-Arts et son art est considéré comme « dégénéré ».

b) Présentation de l’œuvre

L’œuvre étudiée s’intitule Les sept péchés capitaux et a été réalisée par Otto Dix en 1933. Cette peinture (technique mixte sur bois) se trouve aujourd’hui à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe et mesure 179 cm de haut sur 120 cm de large. Il s’agit d’une peinture allégorique, où Otto Dix critique l’aveuglement de ses contemporains face à la montée du nazisme.

2) Description de l’œuvre :

Le thème des sept péchés capitaux est ancien : il fait référence à la Bible qui dénonce sept vices comme principaux. Ces péchés sont l’avarice, l’envie, la paresse, la colère, la luxure, l’orgueil et la gourmandise.

Dans le tableau d’Otto Dix, le vice est représenté par une horde de personnages à l’allure débridée et dépravée. Au premier plan, on voit une vieille femme ressemblant à une sorcière, courbée en avant, une main cramponnée à sa canne, l’autre cramponnée au sol. Le fait qu’elle porte des haillons nous invite à penser qu’elle représente l’avarice.

Sur son dos se tient un personnage de petite taille (un enfant ou un nain) au strabisme divergent. Il porte un masque moustachu. Il agrippe le dos de la sorcière d’une main tandis qu’il porte l’autre à sa poitrine dans un même geste qui semble symboliser la frustration, et donc l’envie. Ses yeux lorgnent dans deux directions opposées, car l’envieux est envieux de tout et de tout le monde. On reconnaît bien sûr la tristement célèbre moustache d’Hitler. Il faut savoir que cette moustache figurait sur le carton préparatoire, mais n’a été peinte sur le tableau par Dix qu’après la fin de la guerre.

Le troisième personnage est central. Il arbore un costume de squelette tout en brandissant une faux : il symbolise donc bien évidemment la mort. Une large trouée dans son costume se trouve à la place du cœur, qui semble avoir été arraché. Il s’agit donc d’une allégorie de la paresse : en effet, la paresse est le manque de courage, étymologiquement le manque de cœur. La position des membres du personnage ainsi que le dessin de squelette sur son costume évoquent la croix gammée. Ses gants blancs contrastent avec sa chaussette trouée qui révèle un pied sale : derrière une belle apparence se cache la déchéance.

Derrière lui, à gauche se tient un monstre poilu brandissant un poignard. C’est la colère qui est ainsi représentée sous la forme d’un démon diabolique ouvrant une gueule rouge sang aux crocs acérés. A droite une femme aux yeux mi-clos danse. Elle est débraillée et échevelée. Elle passe sa langue sur ses lèvres et présente son sein dans une posture suggestive : c’est bien évidemment la luxure qui est ainsi représentée. Elle est habillée de tissus chatoyants, aux couleurs vives et chaudes, attirant le regard sur elle, comme pour exprimer la tentation qu’elle représente.

En arrière plan, un personnage au pantalon vert porte un masque énorme, comme gonflé. Il lève le menton vers le haut, ce qui lui donne l’air hautain. Il s’agit de l’orgueil. Il est ridicule et même repoussant en raison de pustules sur les joues. Sa main passe par l’oreille du masque et en bouche l’orifice : l’orgueilleux est suffisant et ne veut pas écouter autrui.

Enfin, derrière lui, la gourmandise est symbolisée par un personnage enrubanné de pâte qui brandit des friandises. Il porte une sorte de marmite ou de scaphandre sur la tête. Ce casque est aussi un masque avec un visage qui redouble celui du personnage.

Trois des personnages lèvent le bras dans un mouvement qui n’est pas sans faire allusion au salut hitlérien. Un paysage exprimant l’agitation ou la désolation (mer agitée ou désert, avec un crépuscule tout au fond) et un bâtiment en ruine parachèvent la composition à gauche. La répartition des couleurs permet au regard de passer aisément d’une figure à l’autre : on a ainsi trois personnages à dominante brune (l’avarice, la colère, la gourmandise) auxquels répondent en alternance deux personnages vêtus de jaune /orangé (l’envie, la luxure) et une troisième touche de jaune au fond au-dessus de la mer. Au centre, le squelette en noir et blanc scinde la composition en deux. Otto Dix avait une grande maîtrise technique de la peinture et des couleurs.

3) Interprétation de l’œuvre

a) Une allégorie critique masquée

Le thème des sept péchés capitaux est récurrent dans la peinture religieuse (cf. Jérôme Bosch, vers 1450). Il est ici revisité par Otto Dix qui s’en sert pour élaborer une critique masquée de la situation sociale et politique de son époque. Il s’agit donc d’une allégorie (représentation d’une idée par une image) à plusieurs niveaux : d’une part, chaque personnage est une allégorie, car il représente un péché, un vice ; d’autre part, le tableau entier est lui-même une allégorie, car sous couvert d’une représentation religieuse, Dix s’oppose fermement au régime et à l’Allemagne nazie. Si l’œuvre, au premier regard, est assez énigmatique, c’est bien évidemment parce qu’Otto Dix ne peut faire autrement que d’avancer masqué. Ainsi, le carton préparatoire présentait bien les moustaches hitlériennes, mais ces dernières ne seront ajoutées qu’après 1945 sur le tableau définitif. Difficile alors d’y voir le sujet réel de l’œuvre : une critique du nazisme et du manque de lucidité du peuple allemand. Les masques, les costumes, toute la mascarade représentée par Dix sont certainement à lire dans ce sens : lui-même travestit ses idées qu’il ne peut absolument pas dévoiler sinon au péril de sa vie.

b) Un artiste témoin de son époque, considéré comme « dégénéré » par les nazis

Les sept péchés capitaux sont réalisés en 1933, année où Hitler accède au pouvoir. Otto Dix, qui occupe une chaire de professeur de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde, est destitué de ses fonctions. Certaines de ses œuvres sont exhibées par les nazis dans les expositions dites d’« art dégénéré » (dès 1933, mais surtout lors de celle de 1937 à Munich où huit de ses œuvres seront exposées – au total 260 œuvres d’Otto Dix seront retirées des musées allemands et certaines seront même détruites). C’est que l’art d’Otto Dix dérange par la crudité de son réalisme. Dans les années vingt déjà, des procès lui sont intentés pour ses tableaux, que certains de ses contemporains jugent choquants. Ce peintre de la Nouvelle Objectivité a cherché à représenter la guerre dans toute sa laideur. On est à l’antipode des canons de l’art nazi qui magnifie des corps athlétiques dans une héroïsation nationaliste. Dans les représentations de la guerre des peintres nazis, les soldats même blessés ou morts, présentent des corps intacts. Chez Dix, les corps sont mutilés, déchiquetés, ensanglantés. Il ne faut pas oublier que Dix a vécu physiquement la Première Guerre mondiale. Il s’y est engagé comme volontaire.

c) Le refus de l’exil

Contrairement à d’autres artistes de la Nouvelle Objectivité (tels que Max Beckmann ou Georg Grosz), Otto Dix ne choisit pas l’exil. Il se retire avec sa famille sur les rives du Lac Constance et peint des paysages et des sujets religieux tolérés par les restrictions esthétiques du nazisme. Ce choix de ne pas s’exiler a été l’objet de critiques. Pourtant, il est certain que Dix n’adhérait aucunement aux idées du régime, comme le prouvent quelques tableaux de manière certaine : « Les sept péchés capitaux » bien sûr, mais encore « Cimetière juif à Randegg en hiver » peint en 1935 alors que les persécutions contre les Juifs ont déjà commencé. Ses propos de 1943 expriment une franche hostilité à la Seconde Guerre mondiale, aux antipodes de son euphorie curieuse de 1915 : « Pourvu que cette merde cesse bientôt… Je souhaite de tout cœur que cette horreur se termine ». D’ailleurs, le régime n’est pas dupe : suite à l’attentat munichois contre Hitler en septembre 1939, Dix est soupçonné de complicité. Il est arrêté et interrogé par la Gestapo une dizaine de jours avant d’être libéré, les témoignages de ses exploits pendant la Première Guerre mondiale par ses camarades du front jouant en sa faveur. Les propos de Dix après la Seconde Guerre mondiale expliquent son choix : « Au lieu de courber l’échine et de regarder anxieusement autour de moi, j’aurais peut-être mieux fait de m’exiler. Mais émigrer n’est pas mon affaire. Voyez ce qui est advenu de Georg Grosz ; dès le début, j’ai su qu’il devrait se convertir. Là-bas (aux États-Unis), il ne pouvait pas, comme en Allemagne caricaturer les petits-bourgeois. Qu’à force de me soumettre je me sois aussi laissé influencer intérieurement, c’est une chose certaine : mon élan était retenu – freiné. En 1939, je me suis complètement fermé. Je ne voulais rien savoir de la guerre (…). Aujourd’hui, je vois que j’ai bien fait. Fuir est toujours une erreur. »

4) Élargissement

Il est possible de faire des rapprochements avec :

– les autres œuvres au programme de l’histoire des arts. On peut noter que Picasso eut également recours à l’allégorie pour dénoncer les horreurs de la guerre dans Guernica. Otto Dix sur Picasso : « Picasso, lui, est un grand peintre à l’imagination puissante, un Protée qui sait donner forme aux problèmes de son époque ».

  • d’autres représentants de la Nouvelle Objectivité : Max Beckmann, Georg Grosz

  • d’autres œuvres autour de la Seconde Guerre mondiale Victor Brauner et son portrait-charge contre Hitler de 1934 Félix Nussbaum (1904-1944) ses autoportraits (exilé en Belgique il sera finalement arrêté puis assassiné à Auschwitz). Picasso Le charnier 1945 Les photographies des camps par Lee Miller après la Libération La série des Otages de Jean Fautrier, qui représente l’horreur de la guerre par une peinture très matiériste évoquant la chair écrabouillée. Et plus proche de nous : General Idea, groupe de trois artistes actifs de 1969 à 1994, ironise sur la jeunesse hitlérienne et l’idéal aryen dans Nazi Milk ; Maurizio Cattelan met en scène un dérangeant Hitler en prière (Him, 2001) ; le film La Vague cherche à nous faire réfléchir.

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX (DIX, 1933) (M. BLOCQUET)