CAPTAIN AMERICA NO. 13 (Al AVISON – 1942)

  ART DU VISUEL / ILLUSTRATION (BD) 

Captain America NO.13 (Al AVISON, 1942, 
Impression quadrichromique, 19,7cm x 26,7cm, États-Unis d’Amérique).

La couverture :

L’oeuvre proposée ci-dessus est la couverture du comic n°13 de la série Captain America. Ce numéro est paru aux Etats-Unis en avril 1942. Elle a été réalisée par l’illustrateur Al Avison, l’histoire étant écrite pour sa part par Stan Lee.

L’éditeur

Captain America est publié par Timely Comic, fondé par Martin Goodman. Ce studio prendra par la suite le nom de Marvel Comic.

Quant au Captain, ses créateurs sont Jack Kirby et Joe Simon. Les deux sont juifs et sont inquiets du sort des juifs en Europe, victimes de la pression nazi. Il souhaite donc faire du Captain un outil de mobilisation de l’opinion. Après 10 numéros, les 2 créateurs quittent le studio pour raison financière et le captain est repris par d’autres auteurs.

Contexte historique :

En Europe, la 2ème Guerre Mondiale a éclaté depuis 1939, mais les Etats-Unis sont restés à l’écart. Pourtant, un élément majeur va faire bousculer l’opinion : le 7 décembre 1941, la base militaire américaine de Pearl Harbor, située dans le Pacifique, est attaquée par des avions japonais, alliés des Allemands. En réponse à cette attaque, les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne et au Japon, et entrent ainsi en guerre aux côtés de la France et de l’Angleterre notamment. Les Etats-Unis sont à cette époque le pays le plus puissant du monde, et ils vont mettre en œuvre toute leur puissance au cours de cette guerre.

A propos du Captain America :

Le personnage du Captain America, comme il est visible sur la couverture, est décrit comme une personne extrêmement musclée, rapide et très puissante. Il véhicule des valeurs comme l’honneur, le courage ou le patriotisme (son costume et son bouclier sont des références au drapeau des Etats-Unis). A l’origine, le Captain se nomme Steve Rodgers, un citoyen recalé du service militaire car trop petit et trop maigre pour pouvoir faire un soldat correct. Néanmoins, il est si désireux de servir son pays qu’il accepte de servir de cobaye dans une expérience qui va le transformer et qui va en faire le Captain America, symbole du pays et de ses valeurs.

Description de l’oeuvre :

Au centre de la couverture se trouve Captain america, portant son célèbre bouclier. Il donne un violent coup de poing à un officier japonais. Derrière le Captain se trouve Bucky Barnes, un compagnon du Captain. En arrière plan, on assiste à une scène de bataille navale, qui est en fait une référence à Pearl Harbor : on y voit des avions kamikazes japonais foncer vers la marine des Etats-Unis. La phrase prononcée par le Captain y fait également référence (« vous avez commencé »). On voit enfin une opposition entre les drapeaux des 2 pays : celui de l’empire japonais se trouve en bas à gauche ; le drapeau des Etats-Unis est présent entre les jambes du Captain, sur son bouclier et son costume.

Signification de l’oeuvre :

La couverture n’a en réalité aucun lien par rapport à l’histoire qu’elle contient, même si celle-ci se passe au Japon. En revanche, tout dans la couverture du comic est en référence avec l’attaque de Pearl Harbor et des représailles des Etats-Unis.

Tout d’abord, le coup porté par le Captain défonce le visage de l’officier. Symboliquement, cela montre que les Etats-Unis vont mener une guerre d’anéantissement, et ne s’arrêteront que lorsque l’empire japonais sera réduit à néant.

Ensuite, le support choisi pour cette œuvre n’est pas innocent. Les comics sont généralement lus par un public assez jeune, le but étant de leur montrer que leur héros va s’opposer aux ennemis du pays. C’est une manière de faire comprendre aux jeunes qu’ils peuvent un jour être amenés à eux-aussi prendre les armes contre les ennemis du pays. C’est donc une œuvre de propagande.

Enfin, la couverture conserve aussi une vision raciste, avec une opposition entre les Etats-Unis, qui ont été attaqués sans avertissement et qui ne font cette guerre que pour réparer le tort qui leur a été causé, et le Japon qui est vu comme perfide.

Réception de l’oeuvre :

A l’époque, le comics Captain America s’écoule en millions d’exemplaires. C’est donc un très bon moyen pour véhiculer un message, surtout pour les plus jeunes. Cependant, entre 1940 et 1945, les aventures du Captain sont majoritairement orientées vers l’Allemagne, le Pacifique reste un front secondaire.

Pour aller plus loin :

Le jour du brevet d’histoire des arts, le jury peut être amené à vous poser des questions sur des sujets que vous avez évoqué durant votre exposé. Je vous donne ici quelques pistes de travail, et je vous suggère de les compléter par des recherches personnelles.

Concernant les comics, il existe aujourd’hui 2 grands studios, Marvel et DC Comics. Chacun d’eux à ses supers-héros emblématiques (qui sont aujourd’hui très à la mode aussi bien au cinéma qu’à la télévision) :

_Marvel : Hulk, Spider-Man, Iron Man, Thor, Captain America…

_DC Comics : Superman, Batman, Green Lantern, Wonder woman…

Concernant la propagande, je vous invite à relire vos cours sur les totalitarismes ou encore la 1ère guerre mondiale, pour vous permettre de donner d’autres types de propagande (je pense par là à Hitler, Staline, ou encore la 1ère œuvre d’HDA).

Pour les plus cinéphiles/adorateurs de séries d’entre vous, je conseille de visionner les derniers films de supers-héros ( large choix, entre les Avengers, les Iron Man, les Thor, The Dark Knight…et directement en lien, les 2 films du Captain). Loin d’être des chefs d’oeuvre, ils demeurent tous de bons films pour passer le temps durant vos longues soirées d’hiver qui arrivent, mais vous permettront aussi de constater qu’ils sont revenus à la mode ces dernières années (les studios Marvel sortent quasiment 2 films de supers-héros par an depuis 2010). Demandez-vous si ce choix est purement financier ou si des messages politiques se cachent derrière.

Toujours cinéma, mais davantage en rapport avec la Guerre Mondiale, les films de Charlie Chaplin, certes anciens, n’en demeurent pas moins une critique acide du pouvoir d’Hitler (je recommande en particulier le Dictateur). La série documentaire Apocalypse vous offrira quant à elle de nombreuses informations sur cette guerre, en plus de proposer des images d’archives.

Rappelez-vous, le jour de l’épreuve, le jury fera son maximum pour vous aider, en rebondissant sur ce que vous lui avez proposé. L’épreuve dure 10-15mn, dont une majeure partie prise par votre exposé, faites donc en sorte de décrire correctement votre œuvre et de proposer des pistes de réflexion sur des sujets que vous maîtrisez en rapport avec l’oeuvre. Le jury remarquera et saura ainsi sur quoi vous interroger, et cela facilitera votre travail.

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CAPTAIN AMERICA NO 13 (1942) (M. BLOCQUET)

Générique de METROPOLIS (Fritz LANG – 1927) // Générique des TEMPS MODERNES (Charlie Chaplin – 1936)

  ART DU SON / BANDE ORIGINALE DE FILM  

Extrait de METROPOLIS (Fritz LANG, 1927, Allemagne).

Le film muet "Metropolis", a été tourné en 1927 par le réalisateur autrichien Fritz Lang , né en 1880 et mort en 1976. La musique de ce film a été composée par Gottfried Huppertz (compositeur et chanteur allemand né en 1887 et mort en 1937).
C’est un film du courant expressionniste (ce style se traduit par les forts contrastes noir / blanc, les formes dures des décors, l’exagération des contrastes dans les expressions des sentiments des personnages, et des ambiances inquiétantes et mystérieuses).
On peut classer ce film dans le genre de la science-fiction (œuvre d’imagination d’un futur hypothétique).
Dans le film, en ce qui concerne notre approche,tout concorde à donner l’ambiance d’une société totalitaire, dans laquelle les riches (vêtus de blanc) vivent sur les hauteurs et les pauvres (vêtus de noir) dans les bas-fonds.
Certains analystes y ont vu un univers préfigurant la barbarie nazie, décrivant un univers concentrationnaire, des ouvriers qui avancent péniblement en formation comme dans les futures marches de la mort des déportés, mais aussi une critique du taylorisme, le travail à la chaîne où l’humain devient un outil pris dans une cadence infernale, qui doit être le plus performant possible sous peine d’être éliminé du monde du travail.

Les techniques les plus récentes ont été utilisées pour tourner le film (prises de vue avec miroirs, images en trompe-l’œil, méthode des surimpressions, procédés d’animation, ainsi que l’utilisation de caméras dernier cri les plus performantes).

 

Que voit-on ? Que suggèrent les images dans le générique ?

Objets (éléments de machines, horloge), formes géométriques. Cela suggère que les machines priment sur l’humain, importance de l’ordre et du temps. Enchaînement de plans par surimpression ou par fondu enchaîné. Changements de plans réguliers et assez rapides. Ce sont des gros plans sur des éléments mécaniques (hymne à la modernité, à l’industrialisation qui sonne comme un film de propagande).

Comment la musique accompagne-telle les images ?

La musique se présente comme une ouverture d’opéra.

Les timbres : Orchestre symphonique moderne (comprenant un piano, mise en avant des Cuivres et Percussions).

Le rythme : Selon les images, variations de tempo et de mesure

Alternance entre : Horloge, formes géométriques : mesure binaire / Mouvements des machines : mesure ternaire.

La dynamique : Nuances contrastées. Grand crescendo qui amène au titre du film. Mode de jeu des violons : trilles (ambiance dramatique).

L’écriture : Peu mélodique (plutôt atonale).

Contraste entre :

- des motifs répétitifs sur deux notes. Ostinato des cordes graves.

- des motifs dont les notes forment de grands écarts entre elles.

Chaque plan amène un motif musical différent.

 

___________

 

Extrait de LES TEMPS MODERNES (Charlie CHAPLIN, 1936, États-Unis d'Amérique).

Les Temps Modernes (1936) est une comédie dramatique (film muet) réalisée par Charlie Chaplin, réalisateur britannique né en 1889, mort en 1977, qui dresse un portrait peu flatteur de la société industrielle. Chaplin réalise à la fois une satire du travail à la chaîne et un réquisitoire contre le chômage et les conditions de vie d'une grande partie de la population occidentale lors de la Grande dépression. Il y conserve toutefois certaines caractéristiques du personnage de Charlot dans son jeu d’acteur.

Ressemblances

Images : L’horloge. Cela évoque le Taylorisme. Les deux films sont en noir et blanc, ce sont des films muets (cartons).

Musique : Interprétée par un orchestre symphonique. Oppositions entre les masses sonores des cuivres et des cordes.

Différences

Images : Plan fixe sur une horloge.

Musique : Chez Chaplin, pas de piano, ni de percussions. L’ouverture est répétée (de façon incomplète). Pas de changement de tempo. Le générique de Chaplin est divisé en 2 phrases musicales : (Cuivres : thème dramatique, rythmique, atonal ; Cordes : thème romantique, plus mélodique, chromatique). Chez Lang : succession de motifs, « Musicalisation », « figuralisme » des images des machines.

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METROPOLIS & LES TEMPS MODERNES (Mme ANTOURI) 

Autorretrato en la frontera entre México y Estados Unidos (Frida KHALO, 1932)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

frida

Autorretrato en la frontera entre México y Estados Unidos (Frida KHALO, 1932, 
huile sur métal, 31cm x 35cm, Collection Manuel Reyero, New York, États-Unis d'Amérique).

 

Objectifs culturels:

* Les fondements historiques du Mexique présents dans le tableau.

* Le monde moderne et les Etats-Unis.

* L’autoportrait et la frontière.

Commentaire

Tout d’abord nous voyons une femme au centre du tableau. Elle est en tenue de fiancée et se tient sur un socle. Il s’agit de Frida Kahlo. A gauche, il y a dans le ciel le soleil et la lune, une pyramide en ruines. En dessous, nous trouvons des plantes et des fleurs. A droite, nous pouvons voir des usines, des gratte-ciels, de la fumée, le drapeau des États Unis et des éléments électriques dans la partie inférieure.

Interprétation

Dans ce tableau il existe une opposition entre la partie gauche et la partie droite. Par exemple, entre le soleil et la fumée, la pyramide et les gratte ciels, les fleurs et les câbles électriques.

Tous ces éléments décrits servent aussi de symboles. La pyramide symbolise ainsi l’histoire et le passé de Frida Kahlo car il s’agit de ruines précolombiennes (aztèques).. D’autre part, les gratte ciels symbolisent la modernité, le futur, les grandes villes. Les fleurs représentent la nature alors que les usines font référence à la technologie.

A travers ces deux parties clairement différenciées on y verra le Mexique à gauche et les États Unis à droite. Frida se tient au centre. Frida se tient sur la frontière qui sépare les deux pays. Elle représente ici ses deux origines, ses deux identités. Elle se représente ainsi comme une artiste fruit de l’union de ces deux identités, comme l’allégorie de ce métissage naissant. C’est la raison pour laquelle sur un socle, comme une statue vivante.

Conclusion

A travers ce tableau, Frida veut parler du thème de la frontière, frontière entre deux pays, le Mexique et les États Unis, frontière entre le passé et le futur et enfin frontière entre deux cultures, la pré hispanique et l’occidentale. C’est pourquoi Frida se représente elle même comme le symbole de ce métissage, ni hispanique, ni occidentale, une identité métisse dont elle est fière.

Pour approfondir :

La peinture mexicaine et le muralisme (première moitié du XX siècle).

Babel Alejandro González Inárritu. (2006)

Sin Nombre Cary Fukunaga (2009)

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Autorretrato en la frontera entre México y Estados Unidos (M. ROMERO) 

CASA BATLLÓ (Antoni GAUDÍ, 1906)

  ART DE L’ESPACE / ARCHITECTURE 

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CASA BATLLÓ (Antoni GAUDÍ, 1906, 
Barcelone, Espagne).

 

Un peu d’histoire et d’histoire des arts …

Pendant très longtemps l’architecture a d’abord été la recherche du Beau et l’expression des réalités socio économiques des époques qu’elle a traversé. Du Parthénon au château de Versailles, les architectes ont privilégié la symétrie, les angles, les proportions parfaites, etc. Pour faire court évidemment, on ne résume pas l’histoire d’un art en deux lignes. Ce qui est important c’est de voir que l’œuvre de Gaudí est en rupture avec cette longue tradition. C’est la raison pour laquelle on étudiera La Casa Battló en opposition avec un autre édifice emblématique de Barcelone, en l’occurrence la Mairie (el ayuntamiento).

Aspects biographiques

Sans vouloir rentrer dans les détails de la biographie de Gaudí, il faut souligner le fait que sa vie est intimement associée à la ville de Barcelone. Aujourd’hui, les touristes se déplaçant dans la ville catalane ont comme passage obligé les œuvres de Gaudí qui parsèment la ville. Il est bon de citer ici quelques unes de ses réalisations les plus remarquables: La Casa Milá, el Park Güell, la Sagrada Familia et la casa Battló qui nous occupe ici. Bien insister donc sur le fait que l’œuvre de Gaudí est associée à la ville de Barcelone de la même façon que la Tour Eiffel est associée à Paris.

Dates et situation géographique

Le travail de Gaudí sur la Casa Battló date entre 1904 et 1906. Il faut savoir que c’est à l’instigation du propriétaire de cet immeuble que Gaudí sera appelé pour remodeler le travail qui avait déjà été réalisé et qui ne plaisait pas au propriétaire. Gaudí en profitera pour réaliser une œuvre unique. La casa Battló se trouve dans une rue célèbre de Barcelone, au numéro 46 du célèbre Paseo de Gracia qui lui même se trouve dans le quartier de L’Ensanche (Exemple en catalan). C’est dans ce quartier que se trouvent la plupart des œuvres de Gaudí. Au milieu du XIXe siècle, les autorités catalanes décident d’agrandir la ville en construisant un nouveau quartier en dehors de ce qui était la ville médiévale. Ce sera el Ensanche (ensanchar veut dire « élargir »). Le projet prévoit l’élaboration d’une ville moderne (conçue par l’architecte Cerdá très influencé par le concept de l’Utopie Positiviste) de et donnera lieu à la naissance d’un nouveau style architectural novateur le Modern Style (appelé Art Nouveau en France).

Commentaire

La Casa Batlló comporte quatre étages. Plusieurs étages présentent des balcons de fer forgé. La façade multicolore est en faïence. Le toit est orné de tuiles ondulées et est couronné par une cheminée en forme de croix.

Interprétation

Nous allons voir comment l’œuvre de Gaudí est originale. En effet, les formes utilisées tranchent singulièrement avec ce que l’architecture produisait à l’époque. Il faut insister ici sur la différence qui existe entre el Ayuntamiento de Barcelona, angles droits, symétrie, régularité des formes, couleur uniforme et la Casa Battló. Tout s’oppose. Chez Gaudí, on a des couleurs, la façade multicolore, les tuiles du toit par exemple. Ici, la source d’inspiration de Gaudí est la nature. Les formes ondulantes, les couleurs variées, rien ne ressemble à ce que l’on a l’habitude de voir à l’époque.

Il faut montrer ici, du doigt et montrer à l’examinateur ce dont on parle. A la symétrie, Gaudí préfère l’asymétrie et c’est révolutionnaire pour l’époque. La rupture est totale avec la passé de l’architecture, du Parthénon au XIX e siècle. En cela, Gaudí est un précurseur de ce que sera l’architecture dans le futur. Rompre et s’affranchir des règles du passé.

L’autre particularité de la Casa Battló, c’est son projet narratif. En effet, cette maison raconte une histoire, une histoire très connue en Catalogne. [là il faut bien montrer ce dont on parle à l’examinateur au fur et à mesure de votre explication afin qu’il vous comprenne, point par point]. Si on observe bien la façade et les balcons, on se rend vite compte de la présence de formes longilignes qui font penser à des os. Ensuite, les formes des balcons rappellent la forme de crânes. Enfin, si notre regard monte le long de la façade, on se rend compte que la ligne des tuiles fait penser à l’échine d’un grand reptile. Enfin, la croix qui couronne le toit fait penser à une lance. Il s’agit ici d’un dragon dont les flancs sont percés d’une lance. C’est un emblème très célèbre en Catalogne depuis le Moyen Âge! Ce que l’on voit sur la façade semble représenter le corps de du dragon (ses entrailles, les crânes, les os, restes des gens qu’il a dévoré). Les tuiles du toit représentent les écailles du dos du dragon est la croix est la pointe de la lance qui perce le flanc du dragon. C’est quelque chose de tout à fait nouveau en architecture, une maison qui raconte une histoire! Le tout est réaffirmant l’attachement de Gaudí à sa ville et à la Catalogne en général en faisant allusion à un emblème que l’on voit à tous les coins de rue de la ville.

Conclusion

Comme on a pu le voir lors de ce bref exposé, La Casa Battló de l’artiste catalan Antonio Gaudí est à plus d’un titre une œuvre unique. D’une part, elle se démarque de ce qui a été fait jusqu’à alors avec des audaces de composition (courbes et couleurs par exemple) et par un étonnant propos narratif qui rattache cet édifice à l’identité catalane dont il est si souvent question aujourd’hui.

Questions…

Lorsque l’explication est finie, votre travail, lui ne l’est pas encore! En effet, Il faut bien savoir se préparer aux questions des examinateurs. En général on vous demande de reformuler ce que vous avez déjà dit mais parfois on va vous interroger sur des questions annexes telles que … Est ce que la Casa Battló a été habitée? Quelle a été la réaction à l’époque à Barcelone face à cet édifice novateur? A t-il inspiré d’autres artistes? Peut on le rattacher à d’autres œuvres dans le monde? Etc… Bon courage!

 

Site de la Casa Battló

http://www.casabatllo.es/fr/

le Plan de L’Eixample et le projet de Cerdà

http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Cerdà

D’autres œuvres de Gaudí à Barcelona

http://www.españaescultura.es/es/rutas_culturales/ruta_gaudi_en_barcelona.html

 

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CASA BATTLO (M. ROMERO) 

LES DIEUX DU STADE (Leni RIEFENSTHAL, 1938)

  ART DU VISUEL / FILM DOCUMENTAIRE 

Les Dieux du Stade, la fête des peuples (Olympia 1. Teil - Fest der Völker)
(extrait) (Leni Riefensthal, 1938, Allemagne).


1. Présenter l'oeuvre et la situer dans le temps

Fiche biographique de la réalisatrice :
Naissance : 1902
Décès : 2003
Nationalité : Allemande
Professions exercées : Danseuse, actrice, réalisatrice, photographe
Principaux films réalisés (dates et noms) : La lumière bleue (1932), Le triomphe de la volonté (1934), Les Dieux du Stade (1938)

Présentation de l’œuvre 
Date de réalisation : 1936
Sujet : Les Jeux Olympiques de Berlin en 1936
Nature : Film documentaire
Sortie en salles : 20 mai 1938 (date d'anniversaire d'Adolf Hitler)


2. Décrire et expliquer le sens de l’œuvre

Analyse de deux séquences clés du film

  • La cérémonie d’ouverture :

 

  • Quel geste font la plupart des délégations ?

Une partie des athlètes passe devant Hitler en exécutant le salut nazi (marque de respect et de soumission d’une certaine manière).

  • Pourquoi la réalisatrice s’attarde-t-elle sur ce geste ?

La réalisatrice s’y attarde car le film doit glorifier le régime et son chef suprême. Il faut montrer à tout le monde qui est Hitler et comment on doit se comporter en sa présence ( voir plans d’ensemble sur la foule qui s’exécute comme des automates)

  • Que se passe-t-il lorsque la délégation allemande entre dans le stade ? (écouter la musique, la foule)

Arrivée de la délégation allemande : point culminant de l’extrait. Comme une sorte de suspense (les autres passent et au fur et à mesure la musique devient de plus en plus forte). Entrée des athlètes allemands mise en scène : rythme cadencé presque militaire. But : inspirer un sentiment de fierté au peuple allemand ( 1er objectif du film)

  • Comment est filmé Hitler ?

Hitler est filmé en grande partie en gros plan, de profil. Cette technique vise à le mettre en valeur.

  • Que se passe-t-il après qu’Hitler ait prononcé le discours d’ouverture des Jeux Olympiques ?

Après le discours d’ouverture, il y a un lâché de colombes. Les colombes sont symboles de paix. Hitler veut montrer au monde entier une image de dirigeant pacifique (alors qu’en réalité il prépare son pays à la guerre). Rappeler peut-être aussi le fait que certains pays avaient menacés de boycotter les JO à cause de l’arrivée des nazis en 1933 au pouvoir.

  • Quelle impression se dégage de cet extrait ? Quel est l’impact recherché sur le spectateur ?

Impression d’ordre et de discipline, d’une maîtrise totale de cet évènement, volonté de gagner l’admiration et le respect de tout le monde.

 
Les victoires de Jesse Owens
:

  • Qui est Jesse Owens ? Quelle est sa « particularité » par rapport aux autres concurrents ?

Jesse Owens sprinteur noir américain. Gagne 4 épreuves de sprint. Presque toutes les autres épreuves sont remportées par des Allemands.

  • Pourquoi Leni Riefenstahl filme-t-elle très rapidement Jesse Owens à la fin de chaque course ?

Leni Riefenstahl ne s’attarde pas sur Jesse Owens car ses victoires ne rendent pas hommage à l’Allemagne. Les JO doivent être une vitrine des idéaux nazis notamment en ce qui concerne la supériorité de la race allemande. Le fait qu’un « noir » gagne va à l’encontre de la théorie raciste nazie.

  • Pourquoi coupe-t-elle les passages où la foule acclame Jesse Owens ?

Jesse Owens ne doit pas susciter l’admiration. Les spectateurs doivent admirer les héros allemands, même si en réalité Jesse Owens a été acclamé pour ses victoires.

  • Comment cet extrait illustre-t-il l’idéologie raciste nazie ?

Inégalité des races, la race aryenne est supérieure. Le sport doit le montrer.


3. Distinguer les dimensions artistiques et historique de l’œuvre

Le film Les Dieux du stade marque une avancée considérable dans l’histoire du cinéma. Leni Riefenstahl innove dans les techniques de tournage. Elle invente les caissons submersibles afin de pouvoir filmer hors de l’eau et dans l’eau lors des épreuves aquatiques. Elle met également au point la caméra catapulte pour filmer les épreuves de saut à la perche ainsi que le système encore utilisé aujourd’hui qui permet d’installer une caméra sur des rails le long des pistes pour filmer latéralement les sprinteurs (« travelling »).

Son film est le premier film documentaire, c’est aussi le premier film qui intègre le son dans un film.

Toutes ces innovations impressionnent le public.

 

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LES DIEUX DU STADE : Art et totalitarisme, la propagande au cinéma (1938)

CAPTAIN AMERICA (John ROMITA Sr., 1954)

  ART DU VISUEL / ILLUSTRATION (BD) 

Captain america vs Electro couverture

Captain America contre Electro (John Romita Sr., 1954, 
Impression quadrichromique, 19,7cm x 26,7cm, États-Unis d’Amérique).


1. Présenter l’oeuvre et la situer dans le temps

Captain America a été créé en 1940 par le dessinateur Jack Kirby et le scénariste Joe Simon. Il apparaît pour la première fois dans le comic book qui lui est dédié : Captain America Comics #1 de décembre 1940.

Cette bande dessinée américaine raconte l’histoire de Steve Rogers, un jeune homme frêle transformé par l’armée américaine en super-soldat à l’aide d’un sérum. Doté d’une force physique exceptionnelle et d’un bouclier indestructible, il combat pour l’armée américaine aux côtés de son ami Bucky. Ils véhiculent les valeurs de l’armée américaines : libertés, lutte contre la barbarie et les régimes totalitaires.

Comme pour de nombreux super héros de comics, différents auteurs vont se succéder tout au long de ses aventures et de son existence. Pour la présente couverture, illustrant le numéro 78 de septembre 1954, ce sont le dessinateur John Romita Senior et le scénariste Stan Lee (créateur de nombreux super-héros comme Les 4 Fantastiques, Hulk, Spider-man, Iron Man ou encore les X-men) qui sont aux commandes. La guerre froide a alors commencé depuis 1947 et les ennemis sont désormais les communistes et l’URSS. Captain America se doit de lutter contre cette superpuissance.


2. Décrire et expliquer le sens de l’œuvre

Au premier plan, Captain America tient à bout de bras un soldat soviétique reconnaissable à son uniforme et aux symboles sur son épaule (marteau et faucille). Captain America est aisément reconnaissable à son costume aux couleurs du drapeau des Etats-Unis et à son bouclier. Son bouclier sert ici à protéger le monde contre le communisme.

Dans la partie inférieure de l’illustration, Une butte est dessinée et représente le territoire américain. L’ennemi que brandit Captain America est ainsi jeté loin du sol américain.

A droite et au plan intermédiaire de l’illustration, Electro s’attaque à Captain America après avoir neutralisé son ami Bucky. Il ressemble à un monstre et porte aussi le symbole du communisme (marteau et faucille).


3. Expliquer la portée de l’œuvre et comprendre le message véhiculé

Le titre est surmonté de « Captain america …. l’écraseur de communistes » ; le héros n’est donc pas simplement là pour lutter contre les communistes : il les extermine.

Les encarts rouges situés à droite annoncent pour leur part :

« Quelle quantité de suspense pourrez-vous supporter ? » ( = lutte acharnée et féroce contre les communistes)

« Découvrez Captain america défiant les hordes communistes » (= vocabulaire péjoratif. Les communistes sont comparés à des barbares qui sont une menace pour le monde. Volonté de les discréditer).

 

Le comic book a plusieurs destinataires :

  • il s’adresse tout d’abord aux jeunes américains. Captain America est un bon soldat qui sert son pays, qui défend ses valeurs. C’est un exemple pour les jeunes, cela doit les inciter à s’engager.
  • il s’adresse au bloc occidental : les Etats-Unis sont capables de contenir la menace communiste
  • il s’adresse enfin au bloc communiste : l’armée des Etats-Unis est plus forte que l’armée communiste.

 

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
CAPTAIN AMERICA : l'Art comme outil de propagande (1954)

Le voyageur contemplant une mer de nuages (Caspar D. FRIEDRICH, 1818)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

03b. FRIEDRICH Caspar David - Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1817-1818)

Le voyageur contemplant une mer de nuages (Caspar David FRIEDRICH, entre 1817 et 1818, 
Huile sur toile, 94,4cm x 74,8cm, Kunsthalle de Hambourg, Hambourg, Allemagne).

La profondeur a toujours été un sujet majeur en peinture. Pendant longtemps (et souvent encore aujourd’hui), la qualité d’une peinture se jugeait à sa capacité à retranscrire l’aspect tridimensionnel de la réalité. L’illusion de la profondeur constituait l’idéal à atteindre, puisqu’elle donnait non plus la sensation de regarder une image, mais de regarder comme par une fenêtre. Toutefois, pour certains peintres, la profondeur à atteindre était aussi d’ordre spirituel.

Les sentiments, l’expérience personnelle et le merveilleux furent les bases du Romantisme, mouvement artistique apparu au cours du 18ème siècle en Grande Bretagne et en Allemagne, en opposition au monde rationnel des philosophes des Lumières. Pour le romantique, le « vrai » ne se trouvait pas dans le domaine intellectuel, mathématique et raisonné, mais dans une contemplation de la nature humaine et de la Nature elle-même.

Caspar David Friedrich, né en 1774 et mort en 1840, était l’un des peintres romantiques allemands le plus influent du 19ème siècle, tant pour ses observations minutieuses de la nature que pour la dimension spirituelle et religieuse qu’il donnait à ses tableaux. Pour lui en effet, la peinture de paysage était le seul genre de peinture capable de mettre l’homme en relation avec Dieu et la Nature. Peindre ne se résumait pas à une simple activité de décalque ou d’observation : il s’agissait de mêler son propre état d’esprit à la représentation de la nature (à l’image des peintres chinois du premier millénaire avec leur peinture shanshui), de méditer devant sa puissance, sa grandeur, comme nous le ferions devant Dieu. Friedrich pensait que la nature était la partie visible de la création divine ; aussi, regarder la nature, création de Dieu, équivalait à chercher à le rencontrer.

Selon cet ordre d’idée, il peint en 1818 Le voyageur contemplant une mer de nuages. L’homme au premier plan se dresse sur un haut rocher au-dessus des nuages, et scrute l’horizon de ce paysage imaginaire et symbolique, semblable à une mer hérissée de récifs dangereux. Du sommet de sa montagne, et donc de son existence, il contemple le chemin qu’emprunte le défunt partant à la rencontre de Dieu. Les rochers qui se dressent devant lui symbolisent ici la foi chrétienne : pour rejoindre Dieu, il devra traverser cette étendue et connaître différentes épreuves. Car selon Friedrich, rencontrer Dieu se mérite, et constitue de fait une quête perpétuelle autant qu’universelle : cet homme peut être n’importe quel homme, puisque présenté seul, de dos, sans visage. Le regardeur peut s’y identifier, profiter grâce à sa position légèrement en retrait du même point de vue, et de fait, ressentir les émotions de sa contemplation.

L’aspect “divin” du tableau tient dans sa capacité à créer une profondeur quasi-irréelle, synthèse de toutes les techniques connues. La construction est verticale, comme une ascension. Les tailles diminuent progressivement en fonction de la distance. Friedrich utilise une alternance de plans clairs/obscurs : les plans sombres des monts sont entrecoupés par des plans lumineux de nuages d’où ils semblent surgir ; composition qui, une nouvelle fois, évoque les estampes traditionnelles chinoises, faîtes de vide et de plein. Il n’y a pas vraiment de superposition des plans, les uns derrières les autres, mais plutôt une succession, les uns à la suite des autres. Au loin, les formes deviennent de plus en plus floues, se dissolvent et s’éclaircissent d’une teinte bleutée. Friedrich utilise ici la technique de la perspective atmosphérique, dérivée de celle mise au point par Léonard de Vinci à la fin du 15ème siècle : le sfumato (qui signifie évanescent, dérivé de l’italien fumo, la fumée). Elle consistait à adoucir progressivement les formes souhaitées lointaines sur la peinture, tout en les teintant progressivement de bleu, couleur de l’atmosphère. Les formes finissent par se perdre et se confondent avec le ciel.

Bien qu’il n’y ait pas vraiment de perspective, un point de fuite semble paradoxalement se dessiner sur l’homme, alors même qu’il est au premier plan (le point de fuite est habituellement le point le plus éloigné de nous). Placé au centre du tableau, au croisement de ses diagonales, deux plateaux montagneux semblent en effet également se diriger avec précipitation vers lui. Moyen pour Friedrich de rappeler que l’homme reste au centre des préoccupations du romantisme, et que sa quête spirituelle est aussi intérieure qu’extérieure.

 

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FRIEDRICH : Le voyageur contemplant une mer de nuages (1818)

Oradour (Jean TARDIEU, 1944) // La Guerre ou la Chevauchée de la Discorde (Henri ROUSSEAU, 1894)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

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La Guerre ou la Chevauchée de la Discorde (Henri ROUSSEAU, 1894, 
Huile sur toile, 1,14m x 1,95m, Musée d'Orsay, Paris France).

Description du tableau

Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, a participé à la guerre contre la Prusse de 1870. Profondément marqué par cette expérience, il représente la guerre sous la forme d’une femme habillée de blanc, tenant une torche fumante d’une main et une épée de l’autre, qui descend d’un cheval noir monstrueux. À ses pieds se trouvent des cadavres, pour certains démembrés, sur lesquels des corbeaux viennent se nourrir.

Le paysage est dévasté : les arbres sont morts, le sol est nu, les nuages ont une couleur rouge qui rappelle le sang.

Propositions d’interprétation

La figure féminine au centre du tableau évoque la déesse romaine Bellone, divinité de la guerre : c’est une allégorie. On notera son sourire effrayant et sa course qui sème la mort et la destruction. Le cheval noir qui se trouve derrière elle est déformé, monstrueux : il rappelle les cavaliers de l’Apocalypse, qui répandent les désastres sur la terre.

La structure du tableau met en valeur ces deux entités : ils sont encadrés par les figures horizontales que constituent les cadavres et les nuages, et par les formes verticales des arbres.

Comme dans le poème de Tardieu, la représentation de la destruction se fait aussi par l’absence : ici l’absence de couleur. Le noir (le cheval, les arbres et le sol), le blanc (la robe de la déesse et les cadavres) et le rouge (nuages) dominent, rappelant la mort et le sang, alors que le vert, couleur de l’espoir, n’apparaît pas.

Ce tableau que l’on associe à l’art naïf (simplification, absence de perspective) permet, grâce à stylisation même, de représenter l’irreprésentable, la destruction de toute vie.

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  ART DU LANGAGE / POESIE 

Oradour n’a plus de femmes
Oradour n’a plus un homme
Oradour n’a plus de feuilles
Oradour n’a plus de pierres
Oradour n’a plus d’église
Oradour n’a plus d’enfants

Plus de fumée plus de rires
Plus de toîts plus de greniers
Plus de meules plus d’amour
Plus de vin plus de chansons.

Oradour, j’ai peur d’entendre
Oradour, je n’ose pas
Approcher de tes blessures
De ton sang de tes ruines,
je ne peux je ne peux pas
Voir ni entendre ton nom.

Oradour je crie et hurle
Chaquefois qu’un coeur éclate
Sous les coups des assassins
Une tête épouvantée


Deux yeux larges deux yeux rouges
Deux yeux graves deux yeux grands
Comme la nuit la folie
Deux yeux de petits enfants:
Ils ne me quitteront pas.

Oradour je n’ose plus
Lire ou prononcer ton nom.

Oradour honte des hommes
Oradour honte éternelle
Nos coeurs ne s’apaiseront
Que par la pire vengeance
Haine et honte pour toujours.

Oradour n’a plus de forme
Oradour, femmes ni hommes
Oradour n’a plus d’enfants
Oradour n’a plus de feuilles
Oradour n’a plus d’église


Plus de fumées plus de filles
Plus de soirs ni de matins
Plus de pleurs ni de chansons.

Oradour n’est plus qu’un cri
Et c’est bien la pire offense
Au village qui vivait
Et c’est bien la pire honte
Que de n’être plus qu’un cri,


Nom de la haine des hommes
Nom de la honte des hommes
Le nom de notre vengeance


Qu’à travers toutes nos terres
On écoute en frissonnant,
Une bouche sans personne,
Qui hurle pour tous les temps.

Oradour (Jean TARDIEU, 1944, 
Extrait de Les Dieux Etouffés, 1944, Seghers, Paris, France).

Oradour-sur-Glane est une commune du Limousin. Le 10 juin 1644, les nazis, par mesure de représailles, y massacrèrent 643 personnes dont 500 femmes et enfants. Ceux-ci périrent enfermés dans l’église à laquelle les nazis avaient mis le feu.

Le poème « Oradour » a été écrit en 1944 par Jean Tardieu, qui participa aux publications clandestines de la Résistance.

La structure du poème

Le poème est composé de plusieurs strophes irrégulières, rassemblant des vers isométriques (de même longueur) non rimés.

Les choix d’écriture

Pour représenter la destruction, le poète a choisi de multiplier les négations pour décrire le village : il énumère tout ce qui a disparu, les êtres humains, les bâtiments, les signes de vie… mais en les niant.

Il utilise les répétitions, notamment l’anaphore (répétition en début de vers) du nom Oradour : pour lutter contre la destruction et l’oubli, ce nom est martelé tout au long du poème. D’ailleurs le village est réduit à l’état de « cri » : il est devenu le symbole de la « honte », de la barbarie de la guerre qui l’a rayé de la carte.

Le poète fait partager ses émotions aux lecteurs : devant l’horreur que représente Oradour, il ressent de l’effroi car il est incapable d’en parler ou de l’imaginer (voir strophes 3 et 4, le cauchemar à la strophe 4). En réaction, le poème se conclut sur des appels à la vengeance : Tardieu se place dans la lignée des poètes de la Résistance. Son texte est cri de révolte face au désastre.

Le poème est un moyen de lutter contre l’oubli, en rappelant sans cesse aux lecteurs le nom d’Oradour et ce que ce village n’est plus.

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
H. ROUSSEAU : La Guerre ou la Chevauchée de la Discorde (fiche 01) 
H. ROUSSEAU : La Guerre ou la Chevauchée de la Discorde (fiche 02)
Fiches de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
TARDIEU : Oradour, une représentation de la destruction (fiche 1)
TARDIEU : Oradour, une représentation de la destruction (fiche 2)

Strophes pour se souvenir (Louis ARAGON, 1955)

  ART DU LANGAGE / POESIE 

 

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

Strophes pour se souvenir (Louis ARAGON, 1955, 
Extrait de Le Roman Inachevé, 1956, Gallimard, Paris, France).

Ce poème d’Aragon rappelle la mort du groupe Manouchian, résistants fusillés par les Allemands à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Le poète utilise la polyphonie (plusieurs voix) :

– D’abord (vers 1 à 18), il s’adresse directement aux résistants de l’affiche rouge (« vous ») et met en place une véritable commémoration (cérémonie en souvenir d’une personne ou d’un événement)

– Il propose ensuite une paraphrase (= reformulation) poétique de la lettre que Manouchian a écrite le matin de son exécution dans le but de susciter l’émotion du lecteur (vers 18 à 30, en italique). On remarque l’anaphore de  » Adieu  » ainsi que l’allitération en m :  » Ma Mélinée « ,  » mon amour « ,  » mon orpheline « 

Aragon évoque de façon subjective l’affiche rouge (2ème strophe) pour dénoncer la manipulation que ses auteurs ont voulu exercer sur les passants.

Il montre également l’échec de celle-ci en signalant que l’indifférence de la foule le jour était remplacée par des hommages la nuit (« Morts pour la France ») La dernière strophe s’apparente à une épitaphe (= inscription sur un tombeau) et rappelle la valeur de leur sacrifice.

Ce poème engagé a pour objectif de rétablir la vérité et de faire en sorte que le sacrifice de ces hommes ne soit pas oublié.

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L'Affiche Rouge (Service de propagande allemande en France, 1944, 
Impression bichromique, France).

En février 1944, une gigantesque affiche rouge est placardée sur les murs des grandes villes de France. Elle présente dix résistants parmi les 23 du « groupe Manouchian » qui seront fusillés par les Allemands le 21 février 1944 au Mont Valérien.

 

  1. a) Composition de l’affiche

Les couleurs utilisées ont une connotation morbide : rouge (= sang) et noire (= mort).

Les portraits en noir et blanc des 23 « terroristes » cherchent à soutenir la thèse des auteurs de l’affiche : hirsute, visages patibulaires… Ils sont disposés en triangle, dont le sommet est occupé par le portrait de Manouchian, pour former une flèche orientée vers le bas de l’affiche.

En dessous de ces portraits apparaissent des photos rectangulaires relatant des actes terroristes (déraillement de trains), montrant des cadavres, un corps attaché transpercé de balles et, au centre, une saisie d’armes.

  1. b) Rôle du texte sur l’affiche

On remarque une légende correspondant à chaque portrait patronyme, dans laquelle est indiquée la nationalité et l’idéologie (= étranger et dangereux) de chaque homme ainsi que le nombre d’attentats commis.

Tout concourt à présenter ces hommes comme des terroristes dangereux, dépourvus de toute humanité.

 

Cette affiche est une affiche de propagande, destinée à influencer l’opinion du destinataire au moyen d’un montage de photos, d’images et de textes évocateurs, choisis pour cet effet.

Les auteurs de cette affiche souhaitent convaincre les Français que le groupe dirigé par Michel Manouchian est composé de terroriste et que ces hommes œuvrent pour le désordre et la mort, face à l’ordre établi par l’armée allemande. L’affiche doit également dissuader ceux qui auraient envie d’entrer dans la Résistance.

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
ARAGON : Strophes pour se souvenir (1955)
L'AFFICHE ROUGE (M. KHELOUFI)