PRAGERSTRASSE (Otto Dix, 1920)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

Pragerstrasse (Otto DIX, 1920, 
Peinture à l'huile et collages sur toile, 101cm x 81cm, Kunstmuseum Stuttgart, Stuttgart, Allemagne).

I. Pre?senter l’œuvre et la situer dans le temps

Otto Dix ( 1891-1969)

Peintre allemand. Otto Dix a e?te? envoye? au front pendant la premie?re guerre mondiale (notamment en France). L’horreur de la guerre le marque e?norme?ment et devient la base de ses œuvres. Dans ses œuvres il n’exalte pas l’he?roi?sme des combattants mais il de?nonce la sauvagerie destructrice. L’artiste ne cesser de te?moigner des effets de la guerre sur l’homme, la nature et le patrimoine. Apre?s la guerre il re?alise des collages dada dont Pragerstrasse (1920) en est en exemple. Pragerstrasse est une rue de la ville de Dresde (Allemagne), rue dans laquelle Otto Dix a ve?cu.

Il participe par obligation a? la seconde guerre mondiale ou? il est fait prisonnier. Il meurt en 1969.

Le dada ou dadai?sme

Mouvement intellectuel, litte?raire et artistique cre?e en 1916 par des poe?tes, des peintres et des critiques. Ce mouvement met en avant l’esprit d’enfance, le jeu, le rejet de la raison et de la logique, l’extravagance et la de?rision. Les artistes de ce mouvement se voulaient irrespectueux et me?prisants des re?alite?s de l’e?poque. Ils recherchaient la plus grande liberte? de cre?ativite? (utilisation de tous les mate?riaux et formes disponibles). C’est en re?action a? l’absurdite? de la premie?re guerre mondiale qu’ils baptise?rent ce mouvement du terme dada (l’origine de ce terme provenant d’un dictionnaire ouvert au hasard et d’un coupe papier tombant sur le mot « dada »).

II. Description de l’œuvre

Au premier plan, un homme (ancien soldat) qui avance sur une planche à roulette et n’a plus de jambes. Également des personnes dont on ne voit pas le visage, passent sans s’arre?ter ( me?pris, de?dain vis-a?-vis des revenants mutile?s par la guerre).

Au second plan, un homme (ancien soldat) mutile? au corps de?sarticule? et aux yeux vides ( trous d’obus) qui fait la manche. Mise?re extre?me de ces gueules casse?es » qui ne sont pas aide?s.

A l’arrière plan, une petite fille seule (qui symbolise les nombreux orphelins de la guerre) et une vitrine de magasin. Un mannequin en pièces détachées et avec des prothèses s’y trouve (rappelle ce qui est arrivé à certains soldats)

Otto Dix peint la rue dans laquelle il vivait a? Dresde. Dans cette rue est repre?sente?e la socie?te? de l’apre?s-guerre : une socie?te? hante?e par la mort, de?shumanise?e et en pleine crise. Son œuvre cherche d’abord a? de?noncer les horreurs de la guerre et des combats qui ont de?truits de nombreux soldats (que l’on appelle les « gueules casse?es »). Une impression de confusion et de de?se?quilibre se de?gage du tableau. Otto Dix veut mettre mal a? l’aise, voire choquer le spectateur. Pragerstrasse montre aussi la crise sociale de la socie?te? de l’apre?s-guerre. En effet la construction du tableau fait apparai?tre une humanite? disloque?e. Le trottoir avec ses me?gots, ses de?tritus, ses bouts de journaux et ses mutile?s met en e?vidence un monde infe?rieur. Ce monde infe?rieur est me?prise? par un monde supe?rieur dont on n’entrevoit qu’une partie ( le corps d’une femme a? droite, la main d’un homme pose?e sur une canne a? gauche). Chaque monde ignore l’autre. Le peintre montre ainsi une socie?te? sans compassion et sans respect pour la personne humaine. Pour finir Otto Dix de?nonce l’antise?mitisme (= la haine des Juifs). L’homme qui est sur une planche a? roulette roule sur une page de journal ou? est inscrit « Les Juifs dehors ». Les Juifs sont en effet conside?re?s comme responsables des malheurs de l’Allemagne pour une partie des Allemands.

Quels messages cette œuvre cherche-t-elle a? faire passer ? Quel e?tait le but d’Otto Dix ?

Otto Dix de?nonce a? travers ce tableau :

  • –  les horreurs de la guerre lie?es aux combats qui ont tue? beaucoup de soldats mais surtout de?truits et mutile?s un grand nombre ( « les gueules casse?es »). C’est un profond traumatisme pour ces soldats.
  • –  la crise sociale de la socie?te? allemande de l’apre?s-guerre : une socie?te? totalement de?sorganise?e qui a perdu son humanite?.
  • –  l’antise?mitisme montant : pour un certain nombre d’Allemands, les Juifs sont les responsables des malheurs de l’Allemagne

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PRAGERSTRASSE (Otto DIX, 1920) (Mme WOLFER)

L’Art au service des régimes totalitaires (BREKER & MOUKHINA)

  ART DU VISUEL / SCULPTURE 

Le Garde (Arno BREKER, 1940, 
Bas relief en plâtre, Allemagne).

I/ Présentation

Ce bas-relief devait décorer la nouvelle capitale du Reich, Germania (nom latin de l’Allemagne), après la guerre. Il s’agit d’un moulage en plâtre. il était destiné à orner une frise qui devait décorer l’un des axes principaux de Berlin.

Arno Breker fut rapidement repéré par le ministère de la Propagande du Reich, plusieurs commandes lui sont passées et il devient l’un des artistes de référence de l’Allemagne nazie.

Cette œuvre illustre les principes aryens développés par Hitler, il met en scène l’esthétique du corps sain de l’homme nouveau, qui s’inspire de l’esthétique grecque antique.

II/ Description de l’œuvre

Cette œuvre représente un guerrier nu, très athlétique qui arbore tous les signes de la virilité guerrière nazie: musculature surdéveloppée, part de l’arme, visage implacable de détermination au combat, prêt à se battre car sûr de sa puissance.

Le drapé de sa cape et le bouclier sur lequel il semble s’appuyer font référence aux attributs des guerriers grecs. L’épée ressemble à une épée de l’époque romaine: Le garde s’inspire donc des sculptures antiques, à la fois grecques et romaines.

III/ Analyse

Le garde est une œuvre de propagande nazie. En effet, l’art tient une place très importante durant le IIIème Reich. L’art soutenu par les nazis doit exalter les valeurs traditionnelles du régime comme la pureté raciale, le militarisme et l’obéissance. Il s’agit bien d’un outil de propagande, visant à transmettre un message à la société

Cet art officiel prend pour modèle l’art antique grec et romain, reprenant ses formes et ses idéaux esthétiques.

Cette œuvre de Breker témoigne de l’idéal de la perfection de l’homme aryen décrit par Hitler dans Mein Kampf .

 

L’Ouvrier et la Kolkhozienne (Vera MOUKHINA, 1937, 
Moulage en acier Inox fer-chrome-nickel, 25m de haut, Centre Panrusse des Expositions, Moscou, Russie).

I/ Présentation

Sculpture monumentale de 25 mètres de haut, l’artiste est Vera Moukhina, elle a été réalisé pour l’exposition universelle de 1937 à Paris mais est aujourd’hui exposée à Moscou, devant le centre russe des expositions. Il s’agit d’une œuvre relevant du courant réaliste russe.

II/ Description

La statue est composée de deux personnages, un ouvrier brandissant un marteau et une kolkhozienne (paysanne) brandissant une faucille. Ces deux symboles de l’URSS symbolisent ainsi les deux branches du prolétariat soviétique, qui constituent la base de la société. Ils sont visibles sur le drapeau soviétique.

L’attitude des personnages, réalisant un pas en avant et tendant leurs bras vers le ciel, est déterminée. On peut y voir le triomphe du prolétariat, mais également la volonté de diffuser le communisme à l’échelle mondiale. La statue est organisée selon un triangle dont la pointe s’élance vers le ciel, ce qui signifie la volonté d’aller de l’avant.

Elle est réalisée en acier. Ce choix du matériau n’est pas anodin car à cette époque, la métallurgie et la sidérurgie constituent les fleurons de l’industrie soviétique.

III/ Analyse

Cette œuvre est symbolique de la propagande soviétique et stalinienne qui voulait convaincre les soviétiques qu’ils étaient sur la bonne voie. Elle diffuse l’idée que le modèle communisme conduit au progrès et au bonheur.

.Avec Staline, les artistes sont entièrement mis au service du régime, ils doivent être syndiqués et être membres du parti communiste. On utilise de nouveaux supports comme le cinéma (voir Eisenstein), la radio, la photo ou la sculpture.

Cette œuvre de propagande veut montrer le visage d’un pays où les gens trouvent le bonheur dans le travail. Il s’agit de mettre en scène les travailleurs qui construisent un pays neuf tourné vers le progrès et la modernité. Les machines sont présentées comme des emblèmes du progrès communiste.

 

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L'ART AU SERVICE DES REGIMES TOTALITAIRES (Mme POTEMPA)

LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX (Otto DIX – 1933)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

Les Sept Péchés Capitaux (Otto DIX, 1933, 
Technique mixte sur bois, 179cm x 120cm, Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe, Allemagne).

1- Présentation de l’auteur et de l’œuvre

a) Présentation de l’auteur

Otto Dix est un peintre allemand ayant vécu de 1891 à 1969. Il est né dans un milieu ouvrier non politisé. Il est très tôt en contact avec l’art : il est encouragé à l’école primaire par son professeur de dessin, et il a un cousin peintre. Il suivra un apprentissage de peintre décorateur, des leçons de dessin puis des formations dans des écoles d’art (Ecole des Arts décoratifs de Dresde, Académie des Beaux-Arts de Dresde) avant de devenir lui-même professeur.

Il va connaître physiquement les deux guerres mondiales : en 1915, il se porte volontaire dans l’artillerie à Dresde et est envoyé au front comme mitrailleur en France, Flandres et Russie ; en 1945, il est mobilisé à 54 ans dans la troupe territoriale (il est fait prisonnier et passe sa captivité à Colmar dans la colonie d’artistes du camp).

Il s’agit d’un peintre de la Nouvelle Objectivité, mouvement qui s’est développé en Allemagne après l’expressionnisme, dans les années vingt. Ce mouvement se caractérise par un goût pour le réel et le quotidien, dans sa réalité tangible, palpable. D’un point de vue esthétique et thématique, ce mouvement est aux antipodes des canons de l’art officiel nazi, lequel s’avère être un art de propagande qui idéalise le régime et exalte l’idéal aryen dans la représentation des corps. Otto Dix s’attache lui à représenter l’être humain dans ses aspects les plus laids (tels que la guerre et la prostitution) et sa facture est crue, sans complaisance, ce qui lui vaudra plusieurs procès dès les années vingt. En 1933, avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, Otto Dix est déchu de son poste de professeur de peinture à l’Académie des Beaux-Arts et son art est considéré comme « dégénéré ».

b) Présentation de l’œuvre

L’œuvre étudiée s’intitule Les sept péchés capitaux et a été réalisée par Otto Dix en 1933. Cette peinture (technique mixte sur bois) se trouve aujourd’hui à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe et mesure 179 cm de haut sur 120 cm de large. Il s’agit d’une peinture allégorique, où Otto Dix critique l’aveuglement de ses contemporains face à la montée du nazisme.

2) Description de l’œuvre :

Le thème des sept péchés capitaux est ancien : il fait référence à la Bible qui dénonce sept vices comme principaux. Ces péchés sont l’avarice, l’envie, la paresse, la colère, la luxure, l’orgueil et la gourmandise.

Dans le tableau d’Otto Dix, le vice est représenté par une horde de personnages à l’allure débridée et dépravée. Au premier plan, on voit une vieille femme ressemblant à une sorcière, courbée en avant, une main cramponnée à sa canne, l’autre cramponnée au sol. Le fait qu’elle porte des haillons nous invite à penser qu’elle représente l’avarice.

Sur son dos se tient un personnage de petite taille (un enfant ou un nain) au strabisme divergent. Il porte un masque moustachu. Il agrippe le dos de la sorcière d’une main tandis qu’il porte l’autre à sa poitrine dans un même geste qui semble symboliser la frustration, et donc l’envie. Ses yeux lorgnent dans deux directions opposées, car l’envieux est envieux de tout et de tout le monde. On reconnaît bien sûr la tristement célèbre moustache d’Hitler. Il faut savoir que cette moustache figurait sur le carton préparatoire, mais n’a été peinte sur le tableau par Dix qu’après la fin de la guerre.

Le troisième personnage est central. Il arbore un costume de squelette tout en brandissant une faux : il symbolise donc bien évidemment la mort. Une large trouée dans son costume se trouve à la place du cœur, qui semble avoir été arraché. Il s’agit donc d’une allégorie de la paresse : en effet, la paresse est le manque de courage, étymologiquement le manque de cœur. La position des membres du personnage ainsi que le dessin de squelette sur son costume évoquent la croix gammée. Ses gants blancs contrastent avec sa chaussette trouée qui révèle un pied sale : derrière une belle apparence se cache la déchéance.

Derrière lui, à gauche se tient un monstre poilu brandissant un poignard. C’est la colère qui est ainsi représentée sous la forme d’un démon diabolique ouvrant une gueule rouge sang aux crocs acérés. A droite une femme aux yeux mi-clos danse. Elle est débraillée et échevelée. Elle passe sa langue sur ses lèvres et présente son sein dans une posture suggestive : c’est bien évidemment la luxure qui est ainsi représentée. Elle est habillée de tissus chatoyants, aux couleurs vives et chaudes, attirant le regard sur elle, comme pour exprimer la tentation qu’elle représente.

En arrière plan, un personnage au pantalon vert porte un masque énorme, comme gonflé. Il lève le menton vers le haut, ce qui lui donne l’air hautain. Il s’agit de l’orgueil. Il est ridicule et même repoussant en raison de pustules sur les joues. Sa main passe par l’oreille du masque et en bouche l’orifice : l’orgueilleux est suffisant et ne veut pas écouter autrui.

Enfin, derrière lui, la gourmandise est symbolisée par un personnage enrubanné de pâte qui brandit des friandises. Il porte une sorte de marmite ou de scaphandre sur la tête. Ce casque est aussi un masque avec un visage qui redouble celui du personnage.

Trois des personnages lèvent le bras dans un mouvement qui n’est pas sans faire allusion au salut hitlérien. Un paysage exprimant l’agitation ou la désolation (mer agitée ou désert, avec un crépuscule tout au fond) et un bâtiment en ruine parachèvent la composition à gauche. La répartition des couleurs permet au regard de passer aisément d’une figure à l’autre : on a ainsi trois personnages à dominante brune (l’avarice, la colère, la gourmandise) auxquels répondent en alternance deux personnages vêtus de jaune /orangé (l’envie, la luxure) et une troisième touche de jaune au fond au-dessus de la mer. Au centre, le squelette en noir et blanc scinde la composition en deux. Otto Dix avait une grande maîtrise technique de la peinture et des couleurs.

3) Interprétation de l’œuvre

a) Une allégorie critique masquée

Le thème des sept péchés capitaux est récurrent dans la peinture religieuse (cf. Jérôme Bosch, vers 1450). Il est ici revisité par Otto Dix qui s’en sert pour élaborer une critique masquée de la situation sociale et politique de son époque. Il s’agit donc d’une allégorie (représentation d’une idée par une image) à plusieurs niveaux : d’une part, chaque personnage est une allégorie, car il représente un péché, un vice ; d’autre part, le tableau entier est lui-même une allégorie, car sous couvert d’une représentation religieuse, Dix s’oppose fermement au régime et à l’Allemagne nazie. Si l’œuvre, au premier regard, est assez énigmatique, c’est bien évidemment parce qu’Otto Dix ne peut faire autrement que d’avancer masqué. Ainsi, le carton préparatoire présentait bien les moustaches hitlériennes, mais ces dernières ne seront ajoutées qu’après 1945 sur le tableau définitif. Difficile alors d’y voir le sujet réel de l’œuvre : une critique du nazisme et du manque de lucidité du peuple allemand. Les masques, les costumes, toute la mascarade représentée par Dix sont certainement à lire dans ce sens : lui-même travestit ses idées qu’il ne peut absolument pas dévoiler sinon au péril de sa vie.

b) Un artiste témoin de son époque, considéré comme « dégénéré » par les nazis

Les sept péchés capitaux sont réalisés en 1933, année où Hitler accède au pouvoir. Otto Dix, qui occupe une chaire de professeur de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde, est destitué de ses fonctions. Certaines de ses œuvres sont exhibées par les nazis dans les expositions dites d’« art dégénéré » (dès 1933, mais surtout lors de celle de 1937 à Munich où huit de ses œuvres seront exposées – au total 260 œuvres d’Otto Dix seront retirées des musées allemands et certaines seront même détruites). C’est que l’art d’Otto Dix dérange par la crudité de son réalisme. Dans les années vingt déjà, des procès lui sont intentés pour ses tableaux, que certains de ses contemporains jugent choquants. Ce peintre de la Nouvelle Objectivité a cherché à représenter la guerre dans toute sa laideur. On est à l’antipode des canons de l’art nazi qui magnifie des corps athlétiques dans une héroïsation nationaliste. Dans les représentations de la guerre des peintres nazis, les soldats même blessés ou morts, présentent des corps intacts. Chez Dix, les corps sont mutilés, déchiquetés, ensanglantés. Il ne faut pas oublier que Dix a vécu physiquement la Première Guerre mondiale. Il s’y est engagé comme volontaire.

c) Le refus de l’exil

Contrairement à d’autres artistes de la Nouvelle Objectivité (tels que Max Beckmann ou Georg Grosz), Otto Dix ne choisit pas l’exil. Il se retire avec sa famille sur les rives du Lac Constance et peint des paysages et des sujets religieux tolérés par les restrictions esthétiques du nazisme. Ce choix de ne pas s’exiler a été l’objet de critiques. Pourtant, il est certain que Dix n’adhérait aucunement aux idées du régime, comme le prouvent quelques tableaux de manière certaine : « Les sept péchés capitaux » bien sûr, mais encore « Cimetière juif à Randegg en hiver » peint en 1935 alors que les persécutions contre les Juifs ont déjà commencé. Ses propos de 1943 expriment une franche hostilité à la Seconde Guerre mondiale, aux antipodes de son euphorie curieuse de 1915 : « Pourvu que cette merde cesse bientôt… Je souhaite de tout cœur que cette horreur se termine ». D’ailleurs, le régime n’est pas dupe : suite à l’attentat munichois contre Hitler en septembre 1939, Dix est soupçonné de complicité. Il est arrêté et interrogé par la Gestapo une dizaine de jours avant d’être libéré, les témoignages de ses exploits pendant la Première Guerre mondiale par ses camarades du front jouant en sa faveur. Les propos de Dix après la Seconde Guerre mondiale expliquent son choix : « Au lieu de courber l’échine et de regarder anxieusement autour de moi, j’aurais peut-être mieux fait de m’exiler. Mais émigrer n’est pas mon affaire. Voyez ce qui est advenu de Georg Grosz ; dès le début, j’ai su qu’il devrait se convertir. Là-bas (aux États-Unis), il ne pouvait pas, comme en Allemagne caricaturer les petits-bourgeois. Qu’à force de me soumettre je me sois aussi laissé influencer intérieurement, c’est une chose certaine : mon élan était retenu – freiné. En 1939, je me suis complètement fermé. Je ne voulais rien savoir de la guerre (…). Aujourd’hui, je vois que j’ai bien fait. Fuir est toujours une erreur. »

4) Élargissement

Il est possible de faire des rapprochements avec :

– les autres œuvres au programme de l’histoire des arts. On peut noter que Picasso eut également recours à l’allégorie pour dénoncer les horreurs de la guerre dans Guernica. Otto Dix sur Picasso : « Picasso, lui, est un grand peintre à l’imagination puissante, un Protée qui sait donner forme aux problèmes de son époque ».

  • d’autres représentants de la Nouvelle Objectivité : Max Beckmann, Georg Grosz

  • d’autres œuvres autour de la Seconde Guerre mondiale Victor Brauner et son portrait-charge contre Hitler de 1934 Félix Nussbaum (1904-1944) ses autoportraits (exilé en Belgique il sera finalement arrêté puis assassiné à Auschwitz). Picasso Le charnier 1945 Les photographies des camps par Lee Miller après la Libération La série des Otages de Jean Fautrier, qui représente l’horreur de la guerre par une peinture très matiériste évoquant la chair écrabouillée. Et plus proche de nous : General Idea, groupe de trois artistes actifs de 1969 à 1994, ironise sur la jeunesse hitlérienne et l’idéal aryen dans Nazi Milk ; Maurizio Cattelan met en scène un dérangeant Hitler en prière (Him, 2001) ; le film La Vague cherche à nous faire réfléchir.

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LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX (DIX, 1933) (M. BLOCQUET)

CAPTAIN AMERICA NO. 13 (Al AVISON – 1942)

  ART DU VISUEL / ILLUSTRATION (BD) 

Captain America NO.13 (Al AVISON, 1942, 
Impression quadrichromique, 19,7cm x 26,7cm, États-Unis d’Amérique).

La couverture :

L’oeuvre proposée ci-dessus est la couverture du comic n°13 de la série Captain America. Ce numéro est paru aux Etats-Unis en avril 1942. Elle a été réalisée par l’illustrateur Al Avison, l’histoire étant écrite pour sa part par Stan Lee.

L’éditeur

Captain America est publié par Timely Comic, fondé par Martin Goodman. Ce studio prendra par la suite le nom de Marvel Comic.

Quant au Captain, ses créateurs sont Jack Kirby et Joe Simon. Les deux sont juifs et sont inquiets du sort des juifs en Europe, victimes de la pression nazi. Il souhaite donc faire du Captain un outil de mobilisation de l’opinion. Après 10 numéros, les 2 créateurs quittent le studio pour raison financière et le captain est repris par d’autres auteurs.

Contexte historique :

En Europe, la 2ème Guerre Mondiale a éclaté depuis 1939, mais les Etats-Unis sont restés à l’écart. Pourtant, un élément majeur va faire bousculer l’opinion : le 7 décembre 1941, la base militaire américaine de Pearl Harbor, située dans le Pacifique, est attaquée par des avions japonais, alliés des Allemands. En réponse à cette attaque, les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne et au Japon, et entrent ainsi en guerre aux côtés de la France et de l’Angleterre notamment. Les Etats-Unis sont à cette époque le pays le plus puissant du monde, et ils vont mettre en œuvre toute leur puissance au cours de cette guerre.

A propos du Captain America :

Le personnage du Captain America, comme il est visible sur la couverture, est décrit comme une personne extrêmement musclée, rapide et très puissante. Il véhicule des valeurs comme l’honneur, le courage ou le patriotisme (son costume et son bouclier sont des références au drapeau des Etats-Unis). A l’origine, le Captain se nomme Steve Rodgers, un citoyen recalé du service militaire car trop petit et trop maigre pour pouvoir faire un soldat correct. Néanmoins, il est si désireux de servir son pays qu’il accepte de servir de cobaye dans une expérience qui va le transformer et qui va en faire le Captain America, symbole du pays et de ses valeurs.

Description de l’oeuvre :

Au centre de la couverture se trouve Captain america, portant son célèbre bouclier. Il donne un violent coup de poing à un officier japonais. Derrière le Captain se trouve Bucky Barnes, un compagnon du Captain. En arrière plan, on assiste à une scène de bataille navale, qui est en fait une référence à Pearl Harbor : on y voit des avions kamikazes japonais foncer vers la marine des Etats-Unis. La phrase prononcée par le Captain y fait également référence (« vous avez commencé »). On voit enfin une opposition entre les drapeaux des 2 pays : celui de l’empire japonais se trouve en bas à gauche ; le drapeau des Etats-Unis est présent entre les jambes du Captain, sur son bouclier et son costume.

Signification de l’oeuvre :

La couverture n’a en réalité aucun lien par rapport à l’histoire qu’elle contient, même si celle-ci se passe au Japon. En revanche, tout dans la couverture du comic est en référence avec l’attaque de Pearl Harbor et des représailles des Etats-Unis.

Tout d’abord, le coup porté par le Captain défonce le visage de l’officier. Symboliquement, cela montre que les Etats-Unis vont mener une guerre d’anéantissement, et ne s’arrêteront que lorsque l’empire japonais sera réduit à néant.

Ensuite, le support choisi pour cette œuvre n’est pas innocent. Les comics sont généralement lus par un public assez jeune, le but étant de leur montrer que leur héros va s’opposer aux ennemis du pays. C’est une manière de faire comprendre aux jeunes qu’ils peuvent un jour être amenés à eux-aussi prendre les armes contre les ennemis du pays. C’est donc une œuvre de propagande.

Enfin, la couverture conserve aussi une vision raciste, avec une opposition entre les Etats-Unis, qui ont été attaqués sans avertissement et qui ne font cette guerre que pour réparer le tort qui leur a été causé, et le Japon qui est vu comme perfide.

Réception de l’oeuvre :

A l’époque, le comics Captain America s’écoule en millions d’exemplaires. C’est donc un très bon moyen pour véhiculer un message, surtout pour les plus jeunes. Cependant, entre 1940 et 1945, les aventures du Captain sont majoritairement orientées vers l’Allemagne, le Pacifique reste un front secondaire.

Pour aller plus loin :

Le jour du brevet d’histoire des arts, le jury peut être amené à vous poser des questions sur des sujets que vous avez évoqué durant votre exposé. Je vous donne ici quelques pistes de travail, et je vous suggère de les compléter par des recherches personnelles.

Concernant les comics, il existe aujourd’hui 2 grands studios, Marvel et DC Comics. Chacun d’eux à ses supers-héros emblématiques (qui sont aujourd’hui très à la mode aussi bien au cinéma qu’à la télévision) :

_Marvel : Hulk, Spider-Man, Iron Man, Thor, Captain America…

_DC Comics : Superman, Batman, Green Lantern, Wonder woman…

Concernant la propagande, je vous invite à relire vos cours sur les totalitarismes ou encore la 1ère guerre mondiale, pour vous permettre de donner d’autres types de propagande (je pense par là à Hitler, Staline, ou encore la 1ère œuvre d’HDA).

Pour les plus cinéphiles/adorateurs de séries d’entre vous, je conseille de visionner les derniers films de supers-héros ( large choix, entre les Avengers, les Iron Man, les Thor, The Dark Knight…et directement en lien, les 2 films du Captain). Loin d’être des chefs d’oeuvre, ils demeurent tous de bons films pour passer le temps durant vos longues soirées d’hiver qui arrivent, mais vous permettront aussi de constater qu’ils sont revenus à la mode ces dernières années (les studios Marvel sortent quasiment 2 films de supers-héros par an depuis 2010). Demandez-vous si ce choix est purement financier ou si des messages politiques se cachent derrière.

Toujours cinéma, mais davantage en rapport avec la Guerre Mondiale, les films de Charlie Chaplin, certes anciens, n’en demeurent pas moins une critique acide du pouvoir d’Hitler (je recommande en particulier le Dictateur). La série documentaire Apocalypse vous offrira quant à elle de nombreuses informations sur cette guerre, en plus de proposer des images d’archives.

Rappelez-vous, le jour de l’épreuve, le jury fera son maximum pour vous aider, en rebondissant sur ce que vous lui avez proposé. L’épreuve dure 10-15mn, dont une majeure partie prise par votre exposé, faites donc en sorte de décrire correctement votre œuvre et de proposer des pistes de réflexion sur des sujets que vous maîtrisez en rapport avec l’oeuvre. Le jury remarquera et saura ainsi sur quoi vous interroger, et cela facilitera votre travail.

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
CAPTAIN AMERICA NO 13 (1942) (M. BLOCQUET)

LES DIEUX DU STADE (Leni RIEFENSTHAL, 1938)

  ART DU VISUEL / FILM DOCUMENTAIRE 

Les Dieux du Stade, la fête des peuples (Olympia 1. Teil - Fest der Völker)
(extrait) (Leni Riefensthal, 1938, Allemagne).


1. Présenter l'oeuvre et la situer dans le temps

Fiche biographique de la réalisatrice :
Naissance : 1902
Décès : 2003
Nationalité : Allemande
Professions exercées : Danseuse, actrice, réalisatrice, photographe
Principaux films réalisés (dates et noms) : La lumière bleue (1932), Le triomphe de la volonté (1934), Les Dieux du Stade (1938)

Présentation de l’œuvre 
Date de réalisation : 1936
Sujet : Les Jeux Olympiques de Berlin en 1936
Nature : Film documentaire
Sortie en salles : 20 mai 1938 (date d'anniversaire d'Adolf Hitler)


2. Décrire et expliquer le sens de l’œuvre

Analyse de deux séquences clés du film

  • La cérémonie d’ouverture :

 

  • Quel geste font la plupart des délégations ?

Une partie des athlètes passe devant Hitler en exécutant le salut nazi (marque de respect et de soumission d’une certaine manière).

  • Pourquoi la réalisatrice s’attarde-t-elle sur ce geste ?

La réalisatrice s’y attarde car le film doit glorifier le régime et son chef suprême. Il faut montrer à tout le monde qui est Hitler et comment on doit se comporter en sa présence ( voir plans d’ensemble sur la foule qui s’exécute comme des automates)

  • Que se passe-t-il lorsque la délégation allemande entre dans le stade ? (écouter la musique, la foule)

Arrivée de la délégation allemande : point culminant de l’extrait. Comme une sorte de suspense (les autres passent et au fur et à mesure la musique devient de plus en plus forte). Entrée des athlètes allemands mise en scène : rythme cadencé presque militaire. But : inspirer un sentiment de fierté au peuple allemand ( 1er objectif du film)

  • Comment est filmé Hitler ?

Hitler est filmé en grande partie en gros plan, de profil. Cette technique vise à le mettre en valeur.

  • Que se passe-t-il après qu’Hitler ait prononcé le discours d’ouverture des Jeux Olympiques ?

Après le discours d’ouverture, il y a un lâché de colombes. Les colombes sont symboles de paix. Hitler veut montrer au monde entier une image de dirigeant pacifique (alors qu’en réalité il prépare son pays à la guerre). Rappeler peut-être aussi le fait que certains pays avaient menacés de boycotter les JO à cause de l’arrivée des nazis en 1933 au pouvoir.

  • Quelle impression se dégage de cet extrait ? Quel est l’impact recherché sur le spectateur ?

Impression d’ordre et de discipline, d’une maîtrise totale de cet évènement, volonté de gagner l’admiration et le respect de tout le monde.

 
Les victoires de Jesse Owens
:

  • Qui est Jesse Owens ? Quelle est sa « particularité » par rapport aux autres concurrents ?

Jesse Owens sprinteur noir américain. Gagne 4 épreuves de sprint. Presque toutes les autres épreuves sont remportées par des Allemands.

  • Pourquoi Leni Riefenstahl filme-t-elle très rapidement Jesse Owens à la fin de chaque course ?

Leni Riefenstahl ne s’attarde pas sur Jesse Owens car ses victoires ne rendent pas hommage à l’Allemagne. Les JO doivent être une vitrine des idéaux nazis notamment en ce qui concerne la supériorité de la race allemande. Le fait qu’un « noir » gagne va à l’encontre de la théorie raciste nazie.

  • Pourquoi coupe-t-elle les passages où la foule acclame Jesse Owens ?

Jesse Owens ne doit pas susciter l’admiration. Les spectateurs doivent admirer les héros allemands, même si en réalité Jesse Owens a été acclamé pour ses victoires.

  • Comment cet extrait illustre-t-il l’idéologie raciste nazie ?

Inégalité des races, la race aryenne est supérieure. Le sport doit le montrer.


3. Distinguer les dimensions artistiques et historique de l’œuvre

Le film Les Dieux du stade marque une avancée considérable dans l’histoire du cinéma. Leni Riefenstahl innove dans les techniques de tournage. Elle invente les caissons submersibles afin de pouvoir filmer hors de l’eau et dans l’eau lors des épreuves aquatiques. Elle met également au point la caméra catapulte pour filmer les épreuves de saut à la perche ainsi que le système encore utilisé aujourd’hui qui permet d’installer une caméra sur des rails le long des pistes pour filmer latéralement les sprinteurs (« travelling »).

Son film est le premier film documentaire, c’est aussi le premier film qui intègre le son dans un film.

Toutes ces innovations impressionnent le public.

 

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
LES DIEUX DU STADE : Art et totalitarisme, la propagande au cinéma (1938)

CAPTAIN AMERICA (John ROMITA Sr., 1954)

  ART DU VISUEL / ILLUSTRATION (BD) 

Captain america vs Electro couverture

Captain America contre Electro (John Romita Sr., 1954, 
Impression quadrichromique, 19,7cm x 26,7cm, États-Unis d’Amérique).


1. Présenter l’oeuvre et la situer dans le temps

Captain America a été créé en 1940 par le dessinateur Jack Kirby et le scénariste Joe Simon. Il apparaît pour la première fois dans le comic book qui lui est dédié : Captain America Comics #1 de décembre 1940.

Cette bande dessinée américaine raconte l’histoire de Steve Rogers, un jeune homme frêle transformé par l’armée américaine en super-soldat à l’aide d’un sérum. Doté d’une force physique exceptionnelle et d’un bouclier indestructible, il combat pour l’armée américaine aux côtés de son ami Bucky. Ils véhiculent les valeurs de l’armée américaines : libertés, lutte contre la barbarie et les régimes totalitaires.

Comme pour de nombreux super héros de comics, différents auteurs vont se succéder tout au long de ses aventures et de son existence. Pour la présente couverture, illustrant le numéro 78 de septembre 1954, ce sont le dessinateur John Romita Senior et le scénariste Stan Lee (créateur de nombreux super-héros comme Les 4 Fantastiques, Hulk, Spider-man, Iron Man ou encore les X-men) qui sont aux commandes. La guerre froide a alors commencé depuis 1947 et les ennemis sont désormais les communistes et l’URSS. Captain America se doit de lutter contre cette superpuissance.


2. Décrire et expliquer le sens de l’œuvre

Au premier plan, Captain America tient à bout de bras un soldat soviétique reconnaissable à son uniforme et aux symboles sur son épaule (marteau et faucille). Captain America est aisément reconnaissable à son costume aux couleurs du drapeau des Etats-Unis et à son bouclier. Son bouclier sert ici à protéger le monde contre le communisme.

Dans la partie inférieure de l’illustration, Une butte est dessinée et représente le territoire américain. L’ennemi que brandit Captain America est ainsi jeté loin du sol américain.

A droite et au plan intermédiaire de l’illustration, Electro s’attaque à Captain America après avoir neutralisé son ami Bucky. Il ressemble à un monstre et porte aussi le symbole du communisme (marteau et faucille).


3. Expliquer la portée de l’œuvre et comprendre le message véhiculé

Le titre est surmonté de « Captain america …. l’écraseur de communistes » ; le héros n’est donc pas simplement là pour lutter contre les communistes : il les extermine.

Les encarts rouges situés à droite annoncent pour leur part :

« Quelle quantité de suspense pourrez-vous supporter ? » ( = lutte acharnée et féroce contre les communistes)

« Découvrez Captain america défiant les hordes communistes » (= vocabulaire péjoratif. Les communistes sont comparés à des barbares qui sont une menace pour le monde. Volonté de les discréditer).

 

Le comic book a plusieurs destinataires :

  • il s’adresse tout d’abord aux jeunes américains. Captain America est un bon soldat qui sert son pays, qui défend ses valeurs. C’est un exemple pour les jeunes, cela doit les inciter à s’engager.
  • il s’adresse au bloc occidental : les Etats-Unis sont capables de contenir la menace communiste
  • il s’adresse enfin au bloc communiste : l’armée des Etats-Unis est plus forte que l’armée communiste.

 

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
CAPTAIN AMERICA : l'Art comme outil de propagande (1954)

MAUS (Art SPIEGLEMAN, 1986)

  ART DU VISUEL / BANDE DESSINÉE  Planche Maus Spiegelman

Extrait de MAUS, Volume II (Art SPIEGELMAN, 1986, 
Éditions Flammarion, 1992, pour le présent extrait).

I/ Présentation de l’œuvre

  • L’auteur: Art Spiegelman est un auteur de Bandes dessinées et un illustrateur américain. De parents juifs polonais survivants d’Auschwitz et émigrés aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, il devient une figure emblématique de la BD des années 1960-1970. Son roman graphique* Maus le rend célèbre.

* Roman graphique : bande dessinée plus longue qu’a l’accoutumé, ambitieuse et destinée à un public plus adulte.

  • Contexte historique: Maus mêle deux histoires et deux époques. Art Spiegelman raconte comment, dans les années 1970, il décide de renouer avec son père Vladek, et de recueillir son témoignage de juif polonais ayant vécu les années 1930- 1940. Il décide d’en faire une bande dessinée.
  • Clés pour la lecture artistique :

 -Art et Vladek sont à la fois personnages (on voit Art interroger son père) et narrateurs extérieurs (quand Vladek se souvient…).

 -La planche est divisée en deux strip (= bandes de vignettes qui se lisent de manière verticale ou horizontale.) qui se lisent de haut en bas. Celle de gauche représente les années 1970, celle de droite les années 1940 ( 2nde GM) et raconte ainsi un épisode tragique se terminant brutalement par les cris des S.S

 -Symboliquement les groupes humains, ont des têtes d’animaux sur des corps d’homme. Ce procédé permet de prendre de la distance par rapport aux évènements et met mieux en évidence le rapport de force entre les différents personnages.

 

PISTES DE REFLEXION

 I/ Description de la planche « Maus »

1/ et 2/ Cette bande dessinée n’est pas contemporaine des événements racontés. Elle se base sur le témoignage du père de l’auteur, un juif polonais qui a vécu les événements. Il y a un constant va et vient entre le présent (moment où le père et le fils se parlent) et le passé ( souvenirs du père).

Les vignettes 1 montrent Vladek Spiegelman père d’Art qui lui raconte son histoire (représentation contemporaine )

Les vignettes 2 quant à elles décrivent ce que raconte Vladek à son fils : arrivée dans le camp, sélection des valides/non valides et classification.

3/ Le décor se compose d’une grande pièce trouée de fenêtres. La scène a lieu à Auschwitz (le nom apparaît dans les vignettes 3 et 4 du premier strip vertical).

On distingue plusieurs groupes de personnages (sous la forme d’hommes à têtes d’animaux) : les chats (les nazis ou SS) en tenue militaire et armés de matraques ; le cochon (kapo polonais) en tenue de prisonnier mais possédant une matraque et se tenant du côté des chats ; les souris (les hommes juifs) en civil au début pour la plupart, un porte une tenue de déporté.

 Procédé narratif : Les gardes SS et le kapo obligent les arrivants à se débarrasser de tous leurs biens. Après s’être déshabillés, ils sont rasés, puis ils doivent endosser l’uniforme rayé des déportés.

Dans les récitatifs (rectangles), le narrateur externe raconte l’humiliation et la peur. Les paroles des personnages dans les bulles : Vladek, le narrateur, tente de rassurer son ami Mandelbaum .

Les paroles des SS, avec une taille de caractère plus grande, ouvrent et ferment le strip : elles sont menaçantes.

 

II/ Analyse de l’œuvre

4/ Le rapport de force apparaît d’abord dans le choix des personnages : les nazis apparaissent sous les traits de chats tandis que les juifs sont représentés par des souris. Les Nazis en chats : prédateurs violents qui chassent les souris (Juifs) qui sont prises au piège.

L’auteur pose des têtes d’animaux sur des corps humains car cela lui permet de représenter le représenter le rapport de force entre les détenus (souris) et les gardiens (chats). Mais c’est également un moyen de montrer la deshumanisation totale et la sauvagerie des Nazis.

La relation de force est aussi rendue par les gestes des personnages, agressifs pour les nazis, épaules voûtées, tête baissée pour les juifs. Enfin, les textes soulignent le lien entre bourreaux et victimes.

5/ Le texte amplifie la violence des images car il répète la situation d’humiliation et de déshumanisation des déportés montrée dans les vignettes. Il incarne aussi dans les personnages de Vladek et de Mandelbaum le sort de tous les juifs.

6/ L’utilisation du noir et blanc donne un côté journalistique ou documentaire à l’histoire ; il participe aussi à la création d’une atmosphère oppressante, notamment dans les dessins saturés de hachures qui assombrissent la case, comme les vignettes 2 et 3 du second strip. L’auteur choisit le noir et blanc pour montrer le caractère sombre des évènements. Il s’agit d’exprimer la douleur et la souffrance que pouvaient ressentir les détenus.

  • Pourquoi Art Spiegelman a-t-il voulu raconter l’histoire de son père ?

Art a raconté l’histoire de son père déporté pour garder une trace des souffrances des victimes. Pour lui il faut raconter ce qui s’est passé pour ne pas oublier et pour que de telles choses ne se reproduisent pas. C’est ce qu’on appelle le devoir de mémoire : obligation morale de se souvenir des victimes et de leurs souffrances. Il s’agit de transmettre cette mémoire aux générations futures.

  • Pourquoi utiliser la bande dessinée pour raconter cette histoire ?

L’auteur utilise la BD car c’est un support populaire et accessible à tout le monde. Les gens comprennent vite le message qui est donné. C’est un support particulièrement apprécié chez les jeunes.

 

III/ Etablir des liens avec une autre œuvre : 

Shalekhet

Shalechet (feuilles mortes) (Menashe KADISHMAN, 2005, 
Pièces métalliques,
Musée Juif de Berlin).

7/ La souffrance de la multitude a été représentée par la création de 10 000 visages d’acier dont les traits simplifiés à l’extrême évoquent la tristesse ou la douleur. Lorsque le visiteur marche dessus, les pièces font un horrible bruit métallique.

8/ Bilan :

Art Spiegelman comme Menashe Kadishman ont créédeux oeuvres très différentes mais qui se rejoignent dans la volonté de perpétuer la mémoire des victimes du génocide des juifs afin que celles-ci ne soient jamais oubliées. Le premier raconte le destin de son père juif polonais, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale tandis que le second offre aux visiteurs du musée juif de Berlin une expérience à la fois physique et intellectuelle (il faut réfléchir à ce que son installation symbolise), déstabilisante (déambulation malaisée, bruits métalliques) mais marquante.

 

Fiches de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
SPIEGELMAN & MAUS - L'art et le devoir de mémoire (Mme POTEMPA)
SPIEGELMAN & MAUS - L'art et le devoir de mémoire (Mme WOLFER)

Affiche du 17ème congrès du Parti Communiste (1934)

  ART DU VISUEL / AFFICHE 

Ci-dessus : Affiche de propagande du 17ème congrès du Parti Communiste (1934).
I/ Pre?sentation de l’affiche
En 1934 une affiche est e?dite?e pour le 17e?me congre?s du Parti Communiste d’URSS. Elle est imprime?e assez simplement avec deux couleurs : le noir et le rouge.

Ses e?le?ments principaux renvoient a? des e?ve?nements qui se sont de?roule?s en Russie durant ces dix-sept anne?es. Ils sont pre?sente?s selon la volonte? du commanditaire l’affiche: Staline.

Silhouette_Lettres
II/ Description de l’affiche
-> Trois e?le?ments composent l’affiche la partie gauche de l’affiche :
  • Un personnage: Le?nine. Celui qui a fait la Re?volution de 1917 en Russie. Il apparait sur un fond noir (il est de?ce?de? en 1924). Il montre le chemin que doit prendre l’URSS (bras tendu). Staline se conside?re comme son he?ritier.
  • Un texte: « le pouvoir au Soviet » Soviet: Assemble?e du peuple
  • Un e?ve?nement: La Re?volution d’Octobre 1917 mene?e par les Bolche?vik dirige?s par Le?nine. ! En dessus, on peut identifier des e?le?ments textuels : « 1917-1934 : Plus haut l’e?tendard de Le?nine qui nous donne la victoire ! »
  • 1917: Date de la Re?volution Bolche?vik et 1934 date du 17e?me congre?s. L’ide?e de Staline est de montrer que son action est dans la continuite? de celle Le?nine.
  • Les slogans de la foule: « Vive l’invincible parti de Le?nine. » « Vive le grand guide de la re?volution prole?tarienne mondiale, le camarade Staline! »

-> En haut a? droite, on retrouve le drapeau et les emble?mes de l’URSS :

  • La couleur rouge symbolise la couleur du parti communiste
  • Le marteau et la faucille : emble?mes des travailleurs / Les prole?taires. Le marteau pour l’ouvrier et la faucille pour le paysan.
  • Le globe terrestre pour annoncer la diffusion du mode?le communiste dans le monde ( la IIIe internationale.)
  • Les e?pis de ble? et l’e?toile
-> A droite de l’affiche :
Staline est au pouvoir depuis 1928. Il a succe?de? a? Le?nine.
  • Ici il se montre au dessus du peuple , comme s’il e?tait soutenu par sovie?tiques.
  • Il a l’air serein et donne l’impression de regarder vers l’avenir (le chemin que montre Le?nine).

-> Derrie?re Staline, on voit ses re?alisations.

Gra?ce aux plans quinquennaux impose?s par le dirigeant de l’URSS, le pays se modernise tre?s rapidement a? partir de 1928. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’URSS est de?ja? la 2e?me puissance du monde.

III/ Analyse et interpre?tation de l’affiche
C’est une affiche de propagande dont le commanditaire est Staline. Au pouvoir depuis 1928, il impose un re?gime totalitaire a? l’ URSS, fonde? sur:
  • la limitation des liberte?s.
  • la terreur et la re?pression.
  • une absence d’e?lection libre.
  • l’arrestation et la de?portation des opposants politique.
  • le contro?le de la presse et des moyens de communication. Dans le domaine e?conomique, il entrai?ne le pays vers une modernisation a? marche force?e: Pour convaincre les sovie?tiques il utilise des affiches de propagande. Ici,
  • il se montre le vrai successeur de Le?nine.
  • il fait croire qu’il rec?oit tout le soutien de la population pour ses actions. Sa position et ses ve?tements lui donnent un air de capitaine de bateau su?r de lui et du chemin a? parcourir (« le timonier »)
Fiches de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
Affiche de propagande Stalinienne (Mme POTEMPA)
Affiche de propagande Stalinienne (M. KHELOUFI)

Train Blindé en Action (Guido SEVERINI, 1915) & Assaut sous les Gaz (Otto DIX, 1929-32)

  ART DU VISUEL / PEINTURE & GRAVURE 

Train Blindé en Action  ( Guido SEVERINI, 1915, huile sur toile, 115,8cm x 88,5cm, 
Museum of Modern Art, New York (Etats-Unis d'Amérique) )

Biographie : Gino Severini (1883 – 1966)

Peintre italien installe? a? Paris. L’entre?e en guerre de l’Italie en 1915 lui fournit l’occasion d’expe?rimenter les the?ories artistique du FUTURISME. Contrairement a? de nombreux artistes de sa ge?ne?ration, il n’est pas mobilise? dans l’arme?e. Sa vision ide?alise?e de la guerre se heurte a? une re?alite? qu’il n’avait pas imagine?e. De?s 1916, il renonce de?finitivement a? peindre la guerre.

Contexte historique :

Apre?s l’e?chec des offensives tre?s meurtrie?res de l’e?te? 1914, le front Ouest se stabilise et les soldats s’enterrent dans les tranche?es. C’est pourtant la guerre de mouvement qui, en inspire 1915 le peintre Gino Severini. Il re?alise un tableau montrant l’attaque d’un train blinde? de l’arme?e franc?aise.

Lecture artistique :

Inspire?e d’une photographie publie?e dans le journal franc?ais, le Miroir, le 1er novembre 1914, cette peinture est caracte?ristique du futurisme.

Futurisme : Mouvement artistique ne? en Italie peu avant la Premie?re Guerre mondiale. exalte la modernite?. Il se caracte?rise par une recherche de l’expression picturale du mouvement. S’inscrivant dans le prolongement du cubisme, on y voit parfois une certaine ge?ome?trisation des formes qui s’y apparente. Le mouvement est principalement fonde? sur la fascination des machines, de la vitesse, et sur la de?composition du mouvement et sa repre?sentation. Il exalte la modernite? industrielle.

Le tableau est l’œuvre du peintre italien Gino Severini. Il a e?te? re?alise? en 1915, au de?but de la guerre de position sur le front de l’Ouest. Au centre, le long d’un axe vertical, sont aligne?s cinq soldats et un canon embarque?s dans un train blinde? et faisant feu sur l’ennemi. Sur les co?te?s, diffe?rentes formes ge?ome?triques blancha?tres ou colore?es dessinent un paysage rempli de fume?es et d’explosions. Le tableau procure une sensation d’e?nergie et de vitesse.

La puissance des machines s’incarne dans le wagon et le canon dont les lignes et la masse dominent les cinq soldats qui, par leur repre?sentation, apparaissent de?shumanise?s. L’auteur ne montre pas l’horreur des combats et les sentiments humains face a? la guerre.

*

Assaut sous les Gaz  ( Otto DIX, de 1929 à 1932, gravure, 19,3cm x 28,7cm, 
Sprengel Museum, Hanovre (Allemagne) )

Biographie : Otto Dix (1891- 1969)

Peintre d’origine allemande. Engage? dans l’arme?e allemande, il combat pendant la Premie?re Guerre mondiale. Ses œuvres comme La Guerre ou encore Les joueurs de Skat te?moignent des horreurs de la guerre et des tranche?es. Il est l’un des repre?sentants du courant expressionniste.

Expressionnisme : mouvement artistique ne? en Allemagne au de?but du XXe sie?cle. Il porte un regard angoisse? et pessimiste sur le monde et cherche a? exprimer la force des e?motions.


Cette gravure fait partie d’une se?rie de plus de 50 gravures. Cette se?rie porte le nom de « Der Krieg ». Elle a e?te? re?alise?e dans les anne?es 20 et te?moigne de l’horreur des tranche?es, ve?cue par l’artiste lui – me?me.

Le cadrage est serré. On voit 3 soldats de face au premier plan qui nous font face et deux soldats à l’arrière – plan. Les soldats apparaissent arme?s de grenades et prote?ge?s par leur casque lourd (casque allemand) et leur masque a? gaz (= impression fantomatique), sur le point d’affronter leur ennemi au corps-a?-corps.

On a l’impression que les soldats se dirigent vers nous en brandissant leurs armes (= une brutalite?, qui provoque un sentiment d’angoisse chez le spectateur). Les soldats se trouvent certainement dans une tranche?e, ils sont « coupe?s » a? la taille. On a l’impression qu’ils ont du mal a? avancer, qu’ils sont comme embourbe?s. La tranche?e et les soldats ne font plus qu’un. On voit des barbele?s, des morceaux de branches calcine?s.

La nature est saccage?e, de?truite : symbolise e?galement la mort.

Multiplication des symboles guerriers (armes, uniformes, masques, etc ) et lignes verticales ace?re?es (branches, bras, etc ) = agressivite?, violence.

La gravure est tre?s sombre, il n’y a pratiquement pas de lumie?re. On peut parler de monochrome. On a l’impression que les soldats progressent dans une atmosphe?re enfume?e (gaz ).Les masques a? gaz blancs se de?tachent du fond gris : font ressortir le noir des ouvertures pour les yeux. Les soldats ont des allures fantomatiques, effrayantes.

La gravure d’Otto Dix donne une vision tre?s effrayante de la guerre. Le peintre repre?sente ici un des moments majeurs et des plus violents pour les soldats combattants dans les tranche?es pendant la 1e?re Guerre mondiale : celui de l’attaque des lignes ennemies sur le No man’s land, le moment de l’assaut. Il pre?sente aussi dans cette gravure le caracte?re nouveau de ce premier conflit mondial de part l’utilisation massive, par exemple, de nouvelles armes chimiques comme les gaz de combat. Il critique de la sauvagerie de son propre camp.


Comparer les deux œuvres : deux visions de la guerre

La gravure d’Otto Dix donne une vision tre?s effrayante de la guerre voire cauchemardesque. Au contraire de Gino Severini, Otto Dix veut mettre le spectateur dans la situation du combattant dans sa tranche?e. Les masques a? gaz donnent aux soldats l’allure de cre?atures monstrueuses. Les deux œuvres te?moignent ainsi, a? leur manie?re, de la de?shumanisation provoque?e par la guerre puisque chez Gino Severini les soldats sont repre?sente?s comme des automates de la mort.

Fiches de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :

SEVERINI & DIX : Peindre la violence de guerre (Mme POTEMPA)