PRAGERSTRASSE (Otto Dix, 1920)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

Pragerstrasse (Otto DIX, 1920, 
Peinture à l'huile et collages sur toile, 101cm x 81cm, Kunstmuseum Stuttgart, Stuttgart, Allemagne).

I. Pre?senter l’œuvre et la situer dans le temps

Otto Dix ( 1891-1969)

Peintre allemand. Otto Dix a e?te? envoye? au front pendant la premie?re guerre mondiale (notamment en France). L’horreur de la guerre le marque e?norme?ment et devient la base de ses œuvres. Dans ses œuvres il n’exalte pas l’he?roi?sme des combattants mais il de?nonce la sauvagerie destructrice. L’artiste ne cesser de te?moigner des effets de la guerre sur l’homme, la nature et le patrimoine. Apre?s la guerre il re?alise des collages dada dont Pragerstrasse (1920) en est en exemple. Pragerstrasse est une rue de la ville de Dresde (Allemagne), rue dans laquelle Otto Dix a ve?cu.

Il participe par obligation a? la seconde guerre mondiale ou? il est fait prisonnier. Il meurt en 1969.

Le dada ou dadai?sme

Mouvement intellectuel, litte?raire et artistique cre?e en 1916 par des poe?tes, des peintres et des critiques. Ce mouvement met en avant l’esprit d’enfance, le jeu, le rejet de la raison et de la logique, l’extravagance et la de?rision. Les artistes de ce mouvement se voulaient irrespectueux et me?prisants des re?alite?s de l’e?poque. Ils recherchaient la plus grande liberte? de cre?ativite? (utilisation de tous les mate?riaux et formes disponibles). C’est en re?action a? l’absurdite? de la premie?re guerre mondiale qu’ils baptise?rent ce mouvement du terme dada (l’origine de ce terme provenant d’un dictionnaire ouvert au hasard et d’un coupe papier tombant sur le mot « dada »).

II. Description de l’œuvre

Au premier plan, un homme (ancien soldat) qui avance sur une planche à roulette et n’a plus de jambes. Également des personnes dont on ne voit pas le visage, passent sans s’arre?ter ( me?pris, de?dain vis-a?-vis des revenants mutile?s par la guerre).

Au second plan, un homme (ancien soldat) mutile? au corps de?sarticule? et aux yeux vides ( trous d’obus) qui fait la manche. Mise?re extre?me de ces gueules casse?es » qui ne sont pas aide?s.

A l’arrière plan, une petite fille seule (qui symbolise les nombreux orphelins de la guerre) et une vitrine de magasin. Un mannequin en pièces détachées et avec des prothèses s’y trouve (rappelle ce qui est arrivé à certains soldats)

Otto Dix peint la rue dans laquelle il vivait a? Dresde. Dans cette rue est repre?sente?e la socie?te? de l’apre?s-guerre : une socie?te? hante?e par la mort, de?shumanise?e et en pleine crise. Son œuvre cherche d’abord a? de?noncer les horreurs de la guerre et des combats qui ont de?truits de nombreux soldats (que l’on appelle les « gueules casse?es »). Une impression de confusion et de de?se?quilibre se de?gage du tableau. Otto Dix veut mettre mal a? l’aise, voire choquer le spectateur. Pragerstrasse montre aussi la crise sociale de la socie?te? de l’apre?s-guerre. En effet la construction du tableau fait apparai?tre une humanite? disloque?e. Le trottoir avec ses me?gots, ses de?tritus, ses bouts de journaux et ses mutile?s met en e?vidence un monde infe?rieur. Ce monde infe?rieur est me?prise? par un monde supe?rieur dont on n’entrevoit qu’une partie ( le corps d’une femme a? droite, la main d’un homme pose?e sur une canne a? gauche). Chaque monde ignore l’autre. Le peintre montre ainsi une socie?te? sans compassion et sans respect pour la personne humaine. Pour finir Otto Dix de?nonce l’antise?mitisme (= la haine des Juifs). L’homme qui est sur une planche a? roulette roule sur une page de journal ou? est inscrit « Les Juifs dehors ». Les Juifs sont en effet conside?re?s comme responsables des malheurs de l’Allemagne pour une partie des Allemands.

Quels messages cette œuvre cherche-t-elle a? faire passer ? Quel e?tait le but d’Otto Dix ?

Otto Dix de?nonce a? travers ce tableau :

  • –  les horreurs de la guerre lie?es aux combats qui ont tue? beaucoup de soldats mais surtout de?truits et mutile?s un grand nombre ( « les gueules casse?es »). C’est un profond traumatisme pour ces soldats.
  • –  la crise sociale de la socie?te? allemande de l’apre?s-guerre : une socie?te? totalement de?sorganise?e qui a perdu son humanite?.
  • –  l’antise?mitisme montant : pour un certain nombre d’Allemands, les Juifs sont les responsables des malheurs de l’Allemagne

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
PRAGERSTRASSE (Otto DIX, 1920) (Mme WOLFER)

I WANT YOU FOR US ARMY (James Montgomery FLAGG, 1917)

  ART DU VISUEL / AFFICHE 

I Want You for U.S. Army (James Montgomery FLAGG, 1917, 
Lithographie sur papier, 102,5cm x 75,5cm, Musée de l'Armée, Les Invalides, Paris, France).

I. L’affiche

a. Analyse du personnage

Qui est ce personnage ? Que représente les couleurs de ses vêtements ? Où se situe-le personnage sur l’affiche ? Quelle position a-t-il ? L’âge du personnage peut-il avoir une influence sur le destinataire ?

b. Message

Qui désignent les pronoms « I » et « you » ? Quel mot est mis en valeur ? Par quel procédé ? Qu’est-ce que cela peut signifier ?

II. Contexte historique

Cette affiche a été créée en 1917. A quelle étape de la guerre se trouve-t-on à ce moment ? Quelle est la position des États-Unis à cette date ? Pourquoi le recours à cette affiche a-t-il été nécessaire ? L’objectif a-t-il été atteint ?

III. Comparaisons, parallèles possibles avec d’autres œuvres

a. Affiche britannique d’Alfred Leete « Your country needs you » de 1914 représentant Lord Kitchener.

b. L’affiche britannique « We’re both needed to serve the guns ! » de 1915

On pourra comparer le choix des personnages, des symboles, des mots, des objectifs, du contexte et donc de leur portée.

Exemple de ressources

Site du musée de l’armée :

http://www.musee-armee.fr/collections/base-de-donnees-des-collections/objet/affiche-i-want-you-for-us-army.html

 

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
I WANT YOU FOR US ARMY (FLAGG, 1917) (Mme SERY)

Train Blindé en Action (Guido SEVERINI, 1915) & Assaut sous les Gaz (Otto DIX, 1929-32)

  ART DU VISUEL / PEINTURE & GRAVURE 

Train Blindé en Action  ( Guido SEVERINI, 1915, huile sur toile, 115,8cm x 88,5cm, 
Museum of Modern Art, New York (Etats-Unis d'Amérique) )

Biographie : Gino Severini (1883 – 1966)

Peintre italien installe? a? Paris. L’entre?e en guerre de l’Italie en 1915 lui fournit l’occasion d’expe?rimenter les the?ories artistique du FUTURISME. Contrairement a? de nombreux artistes de sa ge?ne?ration, il n’est pas mobilise? dans l’arme?e. Sa vision ide?alise?e de la guerre se heurte a? une re?alite? qu’il n’avait pas imagine?e. De?s 1916, il renonce de?finitivement a? peindre la guerre.

Contexte historique :

Apre?s l’e?chec des offensives tre?s meurtrie?res de l’e?te? 1914, le front Ouest se stabilise et les soldats s’enterrent dans les tranche?es. C’est pourtant la guerre de mouvement qui, en inspire 1915 le peintre Gino Severini. Il re?alise un tableau montrant l’attaque d’un train blinde? de l’arme?e franc?aise.

Lecture artistique :

Inspire?e d’une photographie publie?e dans le journal franc?ais, le Miroir, le 1er novembre 1914, cette peinture est caracte?ristique du futurisme.

Futurisme : Mouvement artistique ne? en Italie peu avant la Premie?re Guerre mondiale. exalte la modernite?. Il se caracte?rise par une recherche de l’expression picturale du mouvement. S’inscrivant dans le prolongement du cubisme, on y voit parfois une certaine ge?ome?trisation des formes qui s’y apparente. Le mouvement est principalement fonde? sur la fascination des machines, de la vitesse, et sur la de?composition du mouvement et sa repre?sentation. Il exalte la modernite? industrielle.

Le tableau est l’œuvre du peintre italien Gino Severini. Il a e?te? re?alise? en 1915, au de?but de la guerre de position sur le front de l’Ouest. Au centre, le long d’un axe vertical, sont aligne?s cinq soldats et un canon embarque?s dans un train blinde? et faisant feu sur l’ennemi. Sur les co?te?s, diffe?rentes formes ge?ome?triques blancha?tres ou colore?es dessinent un paysage rempli de fume?es et d’explosions. Le tableau procure une sensation d’e?nergie et de vitesse.

La puissance des machines s’incarne dans le wagon et le canon dont les lignes et la masse dominent les cinq soldats qui, par leur repre?sentation, apparaissent de?shumanise?s. L’auteur ne montre pas l’horreur des combats et les sentiments humains face a? la guerre.

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Assaut sous les Gaz  ( Otto DIX, de 1929 à 1932, gravure, 19,3cm x 28,7cm, 
Sprengel Museum, Hanovre (Allemagne) )

Biographie : Otto Dix (1891- 1969)

Peintre d’origine allemande. Engage? dans l’arme?e allemande, il combat pendant la Premie?re Guerre mondiale. Ses œuvres comme La Guerre ou encore Les joueurs de Skat te?moignent des horreurs de la guerre et des tranche?es. Il est l’un des repre?sentants du courant expressionniste.

Expressionnisme : mouvement artistique ne? en Allemagne au de?but du XXe sie?cle. Il porte un regard angoisse? et pessimiste sur le monde et cherche a? exprimer la force des e?motions.


Cette gravure fait partie d’une se?rie de plus de 50 gravures. Cette se?rie porte le nom de « Der Krieg ». Elle a e?te? re?alise?e dans les anne?es 20 et te?moigne de l’horreur des tranche?es, ve?cue par l’artiste lui – me?me.

Le cadrage est serré. On voit 3 soldats de face au premier plan qui nous font face et deux soldats à l’arrière – plan. Les soldats apparaissent arme?s de grenades et prote?ge?s par leur casque lourd (casque allemand) et leur masque a? gaz (= impression fantomatique), sur le point d’affronter leur ennemi au corps-a?-corps.

On a l’impression que les soldats se dirigent vers nous en brandissant leurs armes (= une brutalite?, qui provoque un sentiment d’angoisse chez le spectateur). Les soldats se trouvent certainement dans une tranche?e, ils sont « coupe?s » a? la taille. On a l’impression qu’ils ont du mal a? avancer, qu’ils sont comme embourbe?s. La tranche?e et les soldats ne font plus qu’un. On voit des barbele?s, des morceaux de branches calcine?s.

La nature est saccage?e, de?truite : symbolise e?galement la mort.

Multiplication des symboles guerriers (armes, uniformes, masques, etc ) et lignes verticales ace?re?es (branches, bras, etc ) = agressivite?, violence.

La gravure est tre?s sombre, il n’y a pratiquement pas de lumie?re. On peut parler de monochrome. On a l’impression que les soldats progressent dans une atmosphe?re enfume?e (gaz ).Les masques a? gaz blancs se de?tachent du fond gris : font ressortir le noir des ouvertures pour les yeux. Les soldats ont des allures fantomatiques, effrayantes.

La gravure d’Otto Dix donne une vision tre?s effrayante de la guerre. Le peintre repre?sente ici un des moments majeurs et des plus violents pour les soldats combattants dans les tranche?es pendant la 1e?re Guerre mondiale : celui de l’attaque des lignes ennemies sur le No man’s land, le moment de l’assaut. Il pre?sente aussi dans cette gravure le caracte?re nouveau de ce premier conflit mondial de part l’utilisation massive, par exemple, de nouvelles armes chimiques comme les gaz de combat. Il critique de la sauvagerie de son propre camp.


Comparer les deux œuvres : deux visions de la guerre

La gravure d’Otto Dix donne une vision tre?s effrayante de la guerre voire cauchemardesque. Au contraire de Gino Severini, Otto Dix veut mettre le spectateur dans la situation du combattant dans sa tranche?e. Les masques a? gaz donnent aux soldats l’allure de cre?atures monstrueuses. Les deux œuvres te?moignent ainsi, a? leur manie?re, de la de?shumanisation provoque?e par la guerre puisque chez Gino Severini les soldats sont repre?sente?s comme des automates de la mort.

Fiches de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :

SEVERINI & DIX : Peindre la violence de guerre (Mme POTEMPA)