LES DIEUX DU STADE (Leni RIEFENSTHAL, 1938)

  ART DU VISUEL / FILM DOCUMENTAIRE 

Les Dieux du Stade, la fête des peuples (Olympia 1. Teil - Fest der Völker)
(extrait) (Leni Riefensthal, 1938, Allemagne).


1. Présenter l'oeuvre et la situer dans le temps

Fiche biographique de la réalisatrice :
Naissance : 1902
Décès : 2003
Nationalité : Allemande
Professions exercées : Danseuse, actrice, réalisatrice, photographe
Principaux films réalisés (dates et noms) : La lumière bleue (1932), Le triomphe de la volonté (1934), Les Dieux du Stade (1938)

Présentation de l’œuvre 
Date de réalisation : 1936
Sujet : Les Jeux Olympiques de Berlin en 1936
Nature : Film documentaire
Sortie en salles : 20 mai 1938 (date d'anniversaire d'Adolf Hitler)


2. Décrire et expliquer le sens de l’œuvre

Analyse de deux séquences clés du film

  • La cérémonie d’ouverture :

 

  • Quel geste font la plupart des délégations ?

Une partie des athlètes passe devant Hitler en exécutant le salut nazi (marque de respect et de soumission d’une certaine manière).

  • Pourquoi la réalisatrice s’attarde-t-elle sur ce geste ?

La réalisatrice s’y attarde car le film doit glorifier le régime et son chef suprême. Il faut montrer à tout le monde qui est Hitler et comment on doit se comporter en sa présence ( voir plans d’ensemble sur la foule qui s’exécute comme des automates)

  • Que se passe-t-il lorsque la délégation allemande entre dans le stade ? (écouter la musique, la foule)

Arrivée de la délégation allemande : point culminant de l’extrait. Comme une sorte de suspense (les autres passent et au fur et à mesure la musique devient de plus en plus forte). Entrée des athlètes allemands mise en scène : rythme cadencé presque militaire. But : inspirer un sentiment de fierté au peuple allemand ( 1er objectif du film)

  • Comment est filmé Hitler ?

Hitler est filmé en grande partie en gros plan, de profil. Cette technique vise à le mettre en valeur.

  • Que se passe-t-il après qu’Hitler ait prononcé le discours d’ouverture des Jeux Olympiques ?

Après le discours d’ouverture, il y a un lâché de colombes. Les colombes sont symboles de paix. Hitler veut montrer au monde entier une image de dirigeant pacifique (alors qu’en réalité il prépare son pays à la guerre). Rappeler peut-être aussi le fait que certains pays avaient menacés de boycotter les JO à cause de l’arrivée des nazis en 1933 au pouvoir.

  • Quelle impression se dégage de cet extrait ? Quel est l’impact recherché sur le spectateur ?

Impression d’ordre et de discipline, d’une maîtrise totale de cet évènement, volonté de gagner l’admiration et le respect de tout le monde.

 
Les victoires de Jesse Owens
:

  • Qui est Jesse Owens ? Quelle est sa « particularité » par rapport aux autres concurrents ?

Jesse Owens sprinteur noir américain. Gagne 4 épreuves de sprint. Presque toutes les autres épreuves sont remportées par des Allemands.

  • Pourquoi Leni Riefenstahl filme-t-elle très rapidement Jesse Owens à la fin de chaque course ?

Leni Riefenstahl ne s’attarde pas sur Jesse Owens car ses victoires ne rendent pas hommage à l’Allemagne. Les JO doivent être une vitrine des idéaux nazis notamment en ce qui concerne la supériorité de la race allemande. Le fait qu’un « noir » gagne va à l’encontre de la théorie raciste nazie.

  • Pourquoi coupe-t-elle les passages où la foule acclame Jesse Owens ?

Jesse Owens ne doit pas susciter l’admiration. Les spectateurs doivent admirer les héros allemands, même si en réalité Jesse Owens a été acclamé pour ses victoires.

  • Comment cet extrait illustre-t-il l’idéologie raciste nazie ?

Inégalité des races, la race aryenne est supérieure. Le sport doit le montrer.


3. Distinguer les dimensions artistiques et historique de l’œuvre

Le film Les Dieux du stade marque une avancée considérable dans l’histoire du cinéma. Leni Riefenstahl innove dans les techniques de tournage. Elle invente les caissons submersibles afin de pouvoir filmer hors de l’eau et dans l’eau lors des épreuves aquatiques. Elle met également au point la caméra catapulte pour filmer les épreuves de saut à la perche ainsi que le système encore utilisé aujourd’hui qui permet d’installer une caméra sur des rails le long des pistes pour filmer latéralement les sprinteurs (« travelling »).

Son film est le premier film documentaire, c’est aussi le premier film qui intègre le son dans un film.

Toutes ces innovations impressionnent le public.

 

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
LES DIEUX DU STADE : Art et totalitarisme, la propagande au cinéma (1938)

MAUS (Art SPIEGLEMAN, 1986)

  ART DU VISUEL / BANDE DESSINÉE  Planche Maus Spiegelman

Extrait de MAUS, Volume II (Art SPIEGELMAN, 1986, 
Éditions Flammarion, 1992, pour le présent extrait).

I/ Présentation de l’œuvre

  • L’auteur: Art Spiegelman est un auteur de Bandes dessinées et un illustrateur américain. De parents juifs polonais survivants d’Auschwitz et émigrés aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, il devient une figure emblématique de la BD des années 1960-1970. Son roman graphique* Maus le rend célèbre.

* Roman graphique : bande dessinée plus longue qu’a l’accoutumé, ambitieuse et destinée à un public plus adulte.

  • Contexte historique: Maus mêle deux histoires et deux époques. Art Spiegelman raconte comment, dans les années 1970, il décide de renouer avec son père Vladek, et de recueillir son témoignage de juif polonais ayant vécu les années 1930- 1940. Il décide d’en faire une bande dessinée.
  • Clés pour la lecture artistique :

 -Art et Vladek sont à la fois personnages (on voit Art interroger son père) et narrateurs extérieurs (quand Vladek se souvient…).

 -La planche est divisée en deux strip (= bandes de vignettes qui se lisent de manière verticale ou horizontale.) qui se lisent de haut en bas. Celle de gauche représente les années 1970, celle de droite les années 1940 ( 2nde GM) et raconte ainsi un épisode tragique se terminant brutalement par les cris des S.S

 -Symboliquement les groupes humains, ont des têtes d’animaux sur des corps d’homme. Ce procédé permet de prendre de la distance par rapport aux évènements et met mieux en évidence le rapport de force entre les différents personnages.

 

PISTES DE REFLEXION

 I/ Description de la planche « Maus »

1/ et 2/ Cette bande dessinée n’est pas contemporaine des événements racontés. Elle se base sur le témoignage du père de l’auteur, un juif polonais qui a vécu les événements. Il y a un constant va et vient entre le présent (moment où le père et le fils se parlent) et le passé ( souvenirs du père).

Les vignettes 1 montrent Vladek Spiegelman père d’Art qui lui raconte son histoire (représentation contemporaine )

Les vignettes 2 quant à elles décrivent ce que raconte Vladek à son fils : arrivée dans le camp, sélection des valides/non valides et classification.

3/ Le décor se compose d’une grande pièce trouée de fenêtres. La scène a lieu à Auschwitz (le nom apparaît dans les vignettes 3 et 4 du premier strip vertical).

On distingue plusieurs groupes de personnages (sous la forme d’hommes à têtes d’animaux) : les chats (les nazis ou SS) en tenue militaire et armés de matraques ; le cochon (kapo polonais) en tenue de prisonnier mais possédant une matraque et se tenant du côté des chats ; les souris (les hommes juifs) en civil au début pour la plupart, un porte une tenue de déporté.

 Procédé narratif : Les gardes SS et le kapo obligent les arrivants à se débarrasser de tous leurs biens. Après s’être déshabillés, ils sont rasés, puis ils doivent endosser l’uniforme rayé des déportés.

Dans les récitatifs (rectangles), le narrateur externe raconte l’humiliation et la peur. Les paroles des personnages dans les bulles : Vladek, le narrateur, tente de rassurer son ami Mandelbaum .

Les paroles des SS, avec une taille de caractère plus grande, ouvrent et ferment le strip : elles sont menaçantes.

 

II/ Analyse de l’œuvre

4/ Le rapport de force apparaît d’abord dans le choix des personnages : les nazis apparaissent sous les traits de chats tandis que les juifs sont représentés par des souris. Les Nazis en chats : prédateurs violents qui chassent les souris (Juifs) qui sont prises au piège.

L’auteur pose des têtes d’animaux sur des corps humains car cela lui permet de représenter le représenter le rapport de force entre les détenus (souris) et les gardiens (chats). Mais c’est également un moyen de montrer la deshumanisation totale et la sauvagerie des Nazis.

La relation de force est aussi rendue par les gestes des personnages, agressifs pour les nazis, épaules voûtées, tête baissée pour les juifs. Enfin, les textes soulignent le lien entre bourreaux et victimes.

5/ Le texte amplifie la violence des images car il répète la situation d’humiliation et de déshumanisation des déportés montrée dans les vignettes. Il incarne aussi dans les personnages de Vladek et de Mandelbaum le sort de tous les juifs.

6/ L’utilisation du noir et blanc donne un côté journalistique ou documentaire à l’histoire ; il participe aussi à la création d’une atmosphère oppressante, notamment dans les dessins saturés de hachures qui assombrissent la case, comme les vignettes 2 et 3 du second strip. L’auteur choisit le noir et blanc pour montrer le caractère sombre des évènements. Il s’agit d’exprimer la douleur et la souffrance que pouvaient ressentir les détenus.

  • Pourquoi Art Spiegelman a-t-il voulu raconter l’histoire de son père ?

Art a raconté l’histoire de son père déporté pour garder une trace des souffrances des victimes. Pour lui il faut raconter ce qui s’est passé pour ne pas oublier et pour que de telles choses ne se reproduisent pas. C’est ce qu’on appelle le devoir de mémoire : obligation morale de se souvenir des victimes et de leurs souffrances. Il s’agit de transmettre cette mémoire aux générations futures.

  • Pourquoi utiliser la bande dessinée pour raconter cette histoire ?

L’auteur utilise la BD car c’est un support populaire et accessible à tout le monde. Les gens comprennent vite le message qui est donné. C’est un support particulièrement apprécié chez les jeunes.

 

III/ Etablir des liens avec une autre œuvre : 

Shalekhet

Shalechet (feuilles mortes) (Menashe KADISHMAN, 2005, 
Pièces métalliques,
Musée Juif de Berlin).

7/ La souffrance de la multitude a été représentée par la création de 10 000 visages d’acier dont les traits simplifiés à l’extrême évoquent la tristesse ou la douleur. Lorsque le visiteur marche dessus, les pièces font un horrible bruit métallique.

8/ Bilan :

Art Spiegelman comme Menashe Kadishman ont créédeux oeuvres très différentes mais qui se rejoignent dans la volonté de perpétuer la mémoire des victimes du génocide des juifs afin que celles-ci ne soient jamais oubliées. Le premier raconte le destin de son père juif polonais, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale tandis que le second offre aux visiteurs du musée juif de Berlin une expérience à la fois physique et intellectuelle (il faut réfléchir à ce que son installation symbolise), déstabilisante (déambulation malaisée, bruits métalliques) mais marquante.

 

Fiches de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
SPIEGELMAN & MAUS - L'art et le devoir de mémoire (Mme POTEMPA)
SPIEGELMAN & MAUS - L'art et le devoir de mémoire (Mme WOLFER)