LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX (Otto DIX – 1933)

  ART DU VISUEL / PEINTURE 

Les Sept Péchés Capitaux (Otto DIX, 1933, 
Technique mixte sur bois, 179cm x 120cm, Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe, Allemagne).

1- Présentation de l’auteur et de l’œuvre

a) Présentation de l’auteur

Otto Dix est un peintre allemand ayant vécu de 1891 à 1969. Il est né dans un milieu ouvrier non politisé. Il est très tôt en contact avec l’art : il est encouragé à l’école primaire par son professeur de dessin, et il a un cousin peintre. Il suivra un apprentissage de peintre décorateur, des leçons de dessin puis des formations dans des écoles d’art (Ecole des Arts décoratifs de Dresde, Académie des Beaux-Arts de Dresde) avant de devenir lui-même professeur.

Il va connaître physiquement les deux guerres mondiales : en 1915, il se porte volontaire dans l’artillerie à Dresde et est envoyé au front comme mitrailleur en France, Flandres et Russie ; en 1945, il est mobilisé à 54 ans dans la troupe territoriale (il est fait prisonnier et passe sa captivité à Colmar dans la colonie d’artistes du camp).

Il s’agit d’un peintre de la Nouvelle Objectivité, mouvement qui s’est développé en Allemagne après l’expressionnisme, dans les années vingt. Ce mouvement se caractérise par un goût pour le réel et le quotidien, dans sa réalité tangible, palpable. D’un point de vue esthétique et thématique, ce mouvement est aux antipodes des canons de l’art officiel nazi, lequel s’avère être un art de propagande qui idéalise le régime et exalte l’idéal aryen dans la représentation des corps. Otto Dix s’attache lui à représenter l’être humain dans ses aspects les plus laids (tels que la guerre et la prostitution) et sa facture est crue, sans complaisance, ce qui lui vaudra plusieurs procès dès les années vingt. En 1933, avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, Otto Dix est déchu de son poste de professeur de peinture à l’Académie des Beaux-Arts et son art est considéré comme « dégénéré ».

b) Présentation de l’œuvre

L’œuvre étudiée s’intitule Les sept péchés capitaux et a été réalisée par Otto Dix en 1933. Cette peinture (technique mixte sur bois) se trouve aujourd’hui à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe et mesure 179 cm de haut sur 120 cm de large. Il s’agit d’une peinture allégorique, où Otto Dix critique l’aveuglement de ses contemporains face à la montée du nazisme.

2) Description de l’œuvre :

Le thème des sept péchés capitaux est ancien : il fait référence à la Bible qui dénonce sept vices comme principaux. Ces péchés sont l’avarice, l’envie, la paresse, la colère, la luxure, l’orgueil et la gourmandise.

Dans le tableau d’Otto Dix, le vice est représenté par une horde de personnages à l’allure débridée et dépravée. Au premier plan, on voit une vieille femme ressemblant à une sorcière, courbée en avant, une main cramponnée à sa canne, l’autre cramponnée au sol. Le fait qu’elle porte des haillons nous invite à penser qu’elle représente l’avarice.

Sur son dos se tient un personnage de petite taille (un enfant ou un nain) au strabisme divergent. Il porte un masque moustachu. Il agrippe le dos de la sorcière d’une main tandis qu’il porte l’autre à sa poitrine dans un même geste qui semble symboliser la frustration, et donc l’envie. Ses yeux lorgnent dans deux directions opposées, car l’envieux est envieux de tout et de tout le monde. On reconnaît bien sûr la tristement célèbre moustache d’Hitler. Il faut savoir que cette moustache figurait sur le carton préparatoire, mais n’a été peinte sur le tableau par Dix qu’après la fin de la guerre.

Le troisième personnage est central. Il arbore un costume de squelette tout en brandissant une faux : il symbolise donc bien évidemment la mort. Une large trouée dans son costume se trouve à la place du cœur, qui semble avoir été arraché. Il s’agit donc d’une allégorie de la paresse : en effet, la paresse est le manque de courage, étymologiquement le manque de cœur. La position des membres du personnage ainsi que le dessin de squelette sur son costume évoquent la croix gammée. Ses gants blancs contrastent avec sa chaussette trouée qui révèle un pied sale : derrière une belle apparence se cache la déchéance.

Derrière lui, à gauche se tient un monstre poilu brandissant un poignard. C’est la colère qui est ainsi représentée sous la forme d’un démon diabolique ouvrant une gueule rouge sang aux crocs acérés. A droite une femme aux yeux mi-clos danse. Elle est débraillée et échevelée. Elle passe sa langue sur ses lèvres et présente son sein dans une posture suggestive : c’est bien évidemment la luxure qui est ainsi représentée. Elle est habillée de tissus chatoyants, aux couleurs vives et chaudes, attirant le regard sur elle, comme pour exprimer la tentation qu’elle représente.

En arrière plan, un personnage au pantalon vert porte un masque énorme, comme gonflé. Il lève le menton vers le haut, ce qui lui donne l’air hautain. Il s’agit de l’orgueil. Il est ridicule et même repoussant en raison de pustules sur les joues. Sa main passe par l’oreille du masque et en bouche l’orifice : l’orgueilleux est suffisant et ne veut pas écouter autrui.

Enfin, derrière lui, la gourmandise est symbolisée par un personnage enrubanné de pâte qui brandit des friandises. Il porte une sorte de marmite ou de scaphandre sur la tête. Ce casque est aussi un masque avec un visage qui redouble celui du personnage.

Trois des personnages lèvent le bras dans un mouvement qui n’est pas sans faire allusion au salut hitlérien. Un paysage exprimant l’agitation ou la désolation (mer agitée ou désert, avec un crépuscule tout au fond) et un bâtiment en ruine parachèvent la composition à gauche. La répartition des couleurs permet au regard de passer aisément d’une figure à l’autre : on a ainsi trois personnages à dominante brune (l’avarice, la colère, la gourmandise) auxquels répondent en alternance deux personnages vêtus de jaune /orangé (l’envie, la luxure) et une troisième touche de jaune au fond au-dessus de la mer. Au centre, le squelette en noir et blanc scinde la composition en deux. Otto Dix avait une grande maîtrise technique de la peinture et des couleurs.

3) Interprétation de l’œuvre

a) Une allégorie critique masquée

Le thème des sept péchés capitaux est récurrent dans la peinture religieuse (cf. Jérôme Bosch, vers 1450). Il est ici revisité par Otto Dix qui s’en sert pour élaborer une critique masquée de la situation sociale et politique de son époque. Il s’agit donc d’une allégorie (représentation d’une idée par une image) à plusieurs niveaux : d’une part, chaque personnage est une allégorie, car il représente un péché, un vice ; d’autre part, le tableau entier est lui-même une allégorie, car sous couvert d’une représentation religieuse, Dix s’oppose fermement au régime et à l’Allemagne nazie. Si l’œuvre, au premier regard, est assez énigmatique, c’est bien évidemment parce qu’Otto Dix ne peut faire autrement que d’avancer masqué. Ainsi, le carton préparatoire présentait bien les moustaches hitlériennes, mais ces dernières ne seront ajoutées qu’après 1945 sur le tableau définitif. Difficile alors d’y voir le sujet réel de l’œuvre : une critique du nazisme et du manque de lucidité du peuple allemand. Les masques, les costumes, toute la mascarade représentée par Dix sont certainement à lire dans ce sens : lui-même travestit ses idées qu’il ne peut absolument pas dévoiler sinon au péril de sa vie.

b) Un artiste témoin de son époque, considéré comme « dégénéré » par les nazis

Les sept péchés capitaux sont réalisés en 1933, année où Hitler accède au pouvoir. Otto Dix, qui occupe une chaire de professeur de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde, est destitué de ses fonctions. Certaines de ses œuvres sont exhibées par les nazis dans les expositions dites d’« art dégénéré » (dès 1933, mais surtout lors de celle de 1937 à Munich où huit de ses œuvres seront exposées – au total 260 œuvres d’Otto Dix seront retirées des musées allemands et certaines seront même détruites). C’est que l’art d’Otto Dix dérange par la crudité de son réalisme. Dans les années vingt déjà, des procès lui sont intentés pour ses tableaux, que certains de ses contemporains jugent choquants. Ce peintre de la Nouvelle Objectivité a cherché à représenter la guerre dans toute sa laideur. On est à l’antipode des canons de l’art nazi qui magnifie des corps athlétiques dans une héroïsation nationaliste. Dans les représentations de la guerre des peintres nazis, les soldats même blessés ou morts, présentent des corps intacts. Chez Dix, les corps sont mutilés, déchiquetés, ensanglantés. Il ne faut pas oublier que Dix a vécu physiquement la Première Guerre mondiale. Il s’y est engagé comme volontaire.

c) Le refus de l’exil

Contrairement à d’autres artistes de la Nouvelle Objectivité (tels que Max Beckmann ou Georg Grosz), Otto Dix ne choisit pas l’exil. Il se retire avec sa famille sur les rives du Lac Constance et peint des paysages et des sujets religieux tolérés par les restrictions esthétiques du nazisme. Ce choix de ne pas s’exiler a été l’objet de critiques. Pourtant, il est certain que Dix n’adhérait aucunement aux idées du régime, comme le prouvent quelques tableaux de manière certaine : « Les sept péchés capitaux » bien sûr, mais encore « Cimetière juif à Randegg en hiver » peint en 1935 alors que les persécutions contre les Juifs ont déjà commencé. Ses propos de 1943 expriment une franche hostilité à la Seconde Guerre mondiale, aux antipodes de son euphorie curieuse de 1915 : « Pourvu que cette merde cesse bientôt… Je souhaite de tout cœur que cette horreur se termine ». D’ailleurs, le régime n’est pas dupe : suite à l’attentat munichois contre Hitler en septembre 1939, Dix est soupçonné de complicité. Il est arrêté et interrogé par la Gestapo une dizaine de jours avant d’être libéré, les témoignages de ses exploits pendant la Première Guerre mondiale par ses camarades du front jouant en sa faveur. Les propos de Dix après la Seconde Guerre mondiale expliquent son choix : « Au lieu de courber l’échine et de regarder anxieusement autour de moi, j’aurais peut-être mieux fait de m’exiler. Mais émigrer n’est pas mon affaire. Voyez ce qui est advenu de Georg Grosz ; dès le début, j’ai su qu’il devrait se convertir. Là-bas (aux États-Unis), il ne pouvait pas, comme en Allemagne caricaturer les petits-bourgeois. Qu’à force de me soumettre je me sois aussi laissé influencer intérieurement, c’est une chose certaine : mon élan était retenu – freiné. En 1939, je me suis complètement fermé. Je ne voulais rien savoir de la guerre (…). Aujourd’hui, je vois que j’ai bien fait. Fuir est toujours une erreur. »

4) Élargissement

Il est possible de faire des rapprochements avec :

– les autres œuvres au programme de l’histoire des arts. On peut noter que Picasso eut également recours à l’allégorie pour dénoncer les horreurs de la guerre dans Guernica. Otto Dix sur Picasso : « Picasso, lui, est un grand peintre à l’imagination puissante, un Protée qui sait donner forme aux problèmes de son époque ».

  • d’autres représentants de la Nouvelle Objectivité : Max Beckmann, Georg Grosz

  • d’autres œuvres autour de la Seconde Guerre mondiale Victor Brauner et son portrait-charge contre Hitler de 1934 Félix Nussbaum (1904-1944) ses autoportraits (exilé en Belgique il sera finalement arrêté puis assassiné à Auschwitz). Picasso Le charnier 1945 Les photographies des camps par Lee Miller après la Libération La série des Otages de Jean Fautrier, qui représente l’horreur de la guerre par une peinture très matiériste évoquant la chair écrabouillée. Et plus proche de nous : General Idea, groupe de trois artistes actifs de 1969 à 1994, ironise sur la jeunesse hitlérienne et l’idéal aryen dans Nazi Milk ; Maurizio Cattelan met en scène un dérangeant Hitler en prière (Him, 2001) ; le film La Vague cherche à nous faire réfléchir.

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LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX (DIX, 1933) (M. BLOCQUET)

CAPTAIN AMERICA NO. 13 (Al AVISON – 1942)

  ART DU VISUEL / ILLUSTRATION (BD) 

Captain America NO.13 (Al AVISON, 1942, 
Impression quadrichromique, 19,7cm x 26,7cm, États-Unis d’Amérique).

La couverture :

L’oeuvre proposée ci-dessus est la couverture du comic n°13 de la série Captain America. Ce numéro est paru aux Etats-Unis en avril 1942. Elle a été réalisée par l’illustrateur Al Avison, l’histoire étant écrite pour sa part par Stan Lee.

L’éditeur

Captain America est publié par Timely Comic, fondé par Martin Goodman. Ce studio prendra par la suite le nom de Marvel Comic.

Quant au Captain, ses créateurs sont Jack Kirby et Joe Simon. Les deux sont juifs et sont inquiets du sort des juifs en Europe, victimes de la pression nazi. Il souhaite donc faire du Captain un outil de mobilisation de l’opinion. Après 10 numéros, les 2 créateurs quittent le studio pour raison financière et le captain est repris par d’autres auteurs.

Contexte historique :

En Europe, la 2ème Guerre Mondiale a éclaté depuis 1939, mais les Etats-Unis sont restés à l’écart. Pourtant, un élément majeur va faire bousculer l’opinion : le 7 décembre 1941, la base militaire américaine de Pearl Harbor, située dans le Pacifique, est attaquée par des avions japonais, alliés des Allemands. En réponse à cette attaque, les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne et au Japon, et entrent ainsi en guerre aux côtés de la France et de l’Angleterre notamment. Les Etats-Unis sont à cette époque le pays le plus puissant du monde, et ils vont mettre en œuvre toute leur puissance au cours de cette guerre.

A propos du Captain America :

Le personnage du Captain America, comme il est visible sur la couverture, est décrit comme une personne extrêmement musclée, rapide et très puissante. Il véhicule des valeurs comme l’honneur, le courage ou le patriotisme (son costume et son bouclier sont des références au drapeau des Etats-Unis). A l’origine, le Captain se nomme Steve Rodgers, un citoyen recalé du service militaire car trop petit et trop maigre pour pouvoir faire un soldat correct. Néanmoins, il est si désireux de servir son pays qu’il accepte de servir de cobaye dans une expérience qui va le transformer et qui va en faire le Captain America, symbole du pays et de ses valeurs.

Description de l’oeuvre :

Au centre de la couverture se trouve Captain america, portant son célèbre bouclier. Il donne un violent coup de poing à un officier japonais. Derrière le Captain se trouve Bucky Barnes, un compagnon du Captain. En arrière plan, on assiste à une scène de bataille navale, qui est en fait une référence à Pearl Harbor : on y voit des avions kamikazes japonais foncer vers la marine des Etats-Unis. La phrase prononcée par le Captain y fait également référence (« vous avez commencé »). On voit enfin une opposition entre les drapeaux des 2 pays : celui de l’empire japonais se trouve en bas à gauche ; le drapeau des Etats-Unis est présent entre les jambes du Captain, sur son bouclier et son costume.

Signification de l’oeuvre :

La couverture n’a en réalité aucun lien par rapport à l’histoire qu’elle contient, même si celle-ci se passe au Japon. En revanche, tout dans la couverture du comic est en référence avec l’attaque de Pearl Harbor et des représailles des Etats-Unis.

Tout d’abord, le coup porté par le Captain défonce le visage de l’officier. Symboliquement, cela montre que les Etats-Unis vont mener une guerre d’anéantissement, et ne s’arrêteront que lorsque l’empire japonais sera réduit à néant.

Ensuite, le support choisi pour cette œuvre n’est pas innocent. Les comics sont généralement lus par un public assez jeune, le but étant de leur montrer que leur héros va s’opposer aux ennemis du pays. C’est une manière de faire comprendre aux jeunes qu’ils peuvent un jour être amenés à eux-aussi prendre les armes contre les ennemis du pays. C’est donc une œuvre de propagande.

Enfin, la couverture conserve aussi une vision raciste, avec une opposition entre les Etats-Unis, qui ont été attaqués sans avertissement et qui ne font cette guerre que pour réparer le tort qui leur a été causé, et le Japon qui est vu comme perfide.

Réception de l’oeuvre :

A l’époque, le comics Captain America s’écoule en millions d’exemplaires. C’est donc un très bon moyen pour véhiculer un message, surtout pour les plus jeunes. Cependant, entre 1940 et 1945, les aventures du Captain sont majoritairement orientées vers l’Allemagne, le Pacifique reste un front secondaire.

Pour aller plus loin :

Le jour du brevet d’histoire des arts, le jury peut être amené à vous poser des questions sur des sujets que vous avez évoqué durant votre exposé. Je vous donne ici quelques pistes de travail, et je vous suggère de les compléter par des recherches personnelles.

Concernant les comics, il existe aujourd’hui 2 grands studios, Marvel et DC Comics. Chacun d’eux à ses supers-héros emblématiques (qui sont aujourd’hui très à la mode aussi bien au cinéma qu’à la télévision) :

_Marvel : Hulk, Spider-Man, Iron Man, Thor, Captain America…

_DC Comics : Superman, Batman, Green Lantern, Wonder woman…

Concernant la propagande, je vous invite à relire vos cours sur les totalitarismes ou encore la 1ère guerre mondiale, pour vous permettre de donner d’autres types de propagande (je pense par là à Hitler, Staline, ou encore la 1ère œuvre d’HDA).

Pour les plus cinéphiles/adorateurs de séries d’entre vous, je conseille de visionner les derniers films de supers-héros ( large choix, entre les Avengers, les Iron Man, les Thor, The Dark Knight…et directement en lien, les 2 films du Captain). Loin d’être des chefs d’oeuvre, ils demeurent tous de bons films pour passer le temps durant vos longues soirées d’hiver qui arrivent, mais vous permettront aussi de constater qu’ils sont revenus à la mode ces dernières années (les studios Marvel sortent quasiment 2 films de supers-héros par an depuis 2010). Demandez-vous si ce choix est purement financier ou si des messages politiques se cachent derrière.

Toujours cinéma, mais davantage en rapport avec la Guerre Mondiale, les films de Charlie Chaplin, certes anciens, n’en demeurent pas moins une critique acide du pouvoir d’Hitler (je recommande en particulier le Dictateur). La série documentaire Apocalypse vous offrira quant à elle de nombreuses informations sur cette guerre, en plus de proposer des images d’archives.

Rappelez-vous, le jour de l’épreuve, le jury fera son maximum pour vous aider, en rebondissant sur ce que vous lui avez proposé. L’épreuve dure 10-15mn, dont une majeure partie prise par votre exposé, faites donc en sorte de décrire correctement votre œuvre et de proposer des pistes de réflexion sur des sujets que vous maîtrisez en rapport avec l’oeuvre. Le jury remarquera et saura ainsi sur quoi vous interroger, et cela facilitera votre travail.

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CAPTAIN AMERICA NO 13 (1942) (M. BLOCQUET)

LES DIEUX DU STADE (Leni RIEFENSTHAL, 1938)

  ART DU VISUEL / FILM DOCUMENTAIRE 

Les Dieux du Stade, la fête des peuples (Olympia 1. Teil - Fest der Völker)
(extrait) (Leni Riefensthal, 1938, Allemagne).


1. Présenter l'oeuvre et la situer dans le temps

Fiche biographique de la réalisatrice :
Naissance : 1902
Décès : 2003
Nationalité : Allemande
Professions exercées : Danseuse, actrice, réalisatrice, photographe
Principaux films réalisés (dates et noms) : La lumière bleue (1932), Le triomphe de la volonté (1934), Les Dieux du Stade (1938)

Présentation de l’œuvre 
Date de réalisation : 1936
Sujet : Les Jeux Olympiques de Berlin en 1936
Nature : Film documentaire
Sortie en salles : 20 mai 1938 (date d'anniversaire d'Adolf Hitler)


2. Décrire et expliquer le sens de l’œuvre

Analyse de deux séquences clés du film

  • La cérémonie d’ouverture :

 

  • Quel geste font la plupart des délégations ?

Une partie des athlètes passe devant Hitler en exécutant le salut nazi (marque de respect et de soumission d’une certaine manière).

  • Pourquoi la réalisatrice s’attarde-t-elle sur ce geste ?

La réalisatrice s’y attarde car le film doit glorifier le régime et son chef suprême. Il faut montrer à tout le monde qui est Hitler et comment on doit se comporter en sa présence ( voir plans d’ensemble sur la foule qui s’exécute comme des automates)

  • Que se passe-t-il lorsque la délégation allemande entre dans le stade ? (écouter la musique, la foule)

Arrivée de la délégation allemande : point culminant de l’extrait. Comme une sorte de suspense (les autres passent et au fur et à mesure la musique devient de plus en plus forte). Entrée des athlètes allemands mise en scène : rythme cadencé presque militaire. But : inspirer un sentiment de fierté au peuple allemand ( 1er objectif du film)

  • Comment est filmé Hitler ?

Hitler est filmé en grande partie en gros plan, de profil. Cette technique vise à le mettre en valeur.

  • Que se passe-t-il après qu’Hitler ait prononcé le discours d’ouverture des Jeux Olympiques ?

Après le discours d’ouverture, il y a un lâché de colombes. Les colombes sont symboles de paix. Hitler veut montrer au monde entier une image de dirigeant pacifique (alors qu’en réalité il prépare son pays à la guerre). Rappeler peut-être aussi le fait que certains pays avaient menacés de boycotter les JO à cause de l’arrivée des nazis en 1933 au pouvoir.

  • Quelle impression se dégage de cet extrait ? Quel est l’impact recherché sur le spectateur ?

Impression d’ordre et de discipline, d’une maîtrise totale de cet évènement, volonté de gagner l’admiration et le respect de tout le monde.

 
Les victoires de Jesse Owens
:

  • Qui est Jesse Owens ? Quelle est sa « particularité » par rapport aux autres concurrents ?

Jesse Owens sprinteur noir américain. Gagne 4 épreuves de sprint. Presque toutes les autres épreuves sont remportées par des Allemands.

  • Pourquoi Leni Riefenstahl filme-t-elle très rapidement Jesse Owens à la fin de chaque course ?

Leni Riefenstahl ne s’attarde pas sur Jesse Owens car ses victoires ne rendent pas hommage à l’Allemagne. Les JO doivent être une vitrine des idéaux nazis notamment en ce qui concerne la supériorité de la race allemande. Le fait qu’un « noir » gagne va à l’encontre de la théorie raciste nazie.

  • Pourquoi coupe-t-elle les passages où la foule acclame Jesse Owens ?

Jesse Owens ne doit pas susciter l’admiration. Les spectateurs doivent admirer les héros allemands, même si en réalité Jesse Owens a été acclamé pour ses victoires.

  • Comment cet extrait illustre-t-il l’idéologie raciste nazie ?

Inégalité des races, la race aryenne est supérieure. Le sport doit le montrer.


3. Distinguer les dimensions artistiques et historique de l’œuvre

Le film Les Dieux du stade marque une avancée considérable dans l’histoire du cinéma. Leni Riefenstahl innove dans les techniques de tournage. Elle invente les caissons submersibles afin de pouvoir filmer hors de l’eau et dans l’eau lors des épreuves aquatiques. Elle met également au point la caméra catapulte pour filmer les épreuves de saut à la perche ainsi que le système encore utilisé aujourd’hui qui permet d’installer une caméra sur des rails le long des pistes pour filmer latéralement les sprinteurs (« travelling »).

Son film est le premier film documentaire, c’est aussi le premier film qui intègre le son dans un film.

Toutes ces innovations impressionnent le public.

 

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LES DIEUX DU STADE : Art et totalitarisme, la propagande au cinéma (1938)

Strophes pour se souvenir (Louis ARAGON, 1955)

  ART DU LANGAGE / POESIE 

 

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

Strophes pour se souvenir (Louis ARAGON, 1955, 
Extrait de Le Roman Inachevé, 1956, Gallimard, Paris, France).

Ce poème d’Aragon rappelle la mort du groupe Manouchian, résistants fusillés par les Allemands à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Le poète utilise la polyphonie (plusieurs voix) :

– D’abord (vers 1 à 18), il s’adresse directement aux résistants de l’affiche rouge (« vous ») et met en place une véritable commémoration (cérémonie en souvenir d’une personne ou d’un événement)

– Il propose ensuite une paraphrase (= reformulation) poétique de la lettre que Manouchian a écrite le matin de son exécution dans le but de susciter l’émotion du lecteur (vers 18 à 30, en italique). On remarque l’anaphore de  » Adieu  » ainsi que l’allitération en m :  » Ma Mélinée « ,  » mon amour « ,  » mon orpheline « 

Aragon évoque de façon subjective l’affiche rouge (2ème strophe) pour dénoncer la manipulation que ses auteurs ont voulu exercer sur les passants.

Il montre également l’échec de celle-ci en signalant que l’indifférence de la foule le jour était remplacée par des hommages la nuit (« Morts pour la France ») La dernière strophe s’apparente à une épitaphe (= inscription sur un tombeau) et rappelle la valeur de leur sacrifice.

Ce poème engagé a pour objectif de rétablir la vérité et de faire en sorte que le sacrifice de ces hommes ne soit pas oublié.

affiche-rouge-f

L'Affiche Rouge (Service de propagande allemande en France, 1944, 
Impression bichromique, France).

En février 1944, une gigantesque affiche rouge est placardée sur les murs des grandes villes de France. Elle présente dix résistants parmi les 23 du « groupe Manouchian » qui seront fusillés par les Allemands le 21 février 1944 au Mont Valérien.

 

  1. a) Composition de l’affiche

Les couleurs utilisées ont une connotation morbide : rouge (= sang) et noire (= mort).

Les portraits en noir et blanc des 23 « terroristes » cherchent à soutenir la thèse des auteurs de l’affiche : hirsute, visages patibulaires… Ils sont disposés en triangle, dont le sommet est occupé par le portrait de Manouchian, pour former une flèche orientée vers le bas de l’affiche.

En dessous de ces portraits apparaissent des photos rectangulaires relatant des actes terroristes (déraillement de trains), montrant des cadavres, un corps attaché transpercé de balles et, au centre, une saisie d’armes.

  1. b) Rôle du texte sur l’affiche

On remarque une légende correspondant à chaque portrait patronyme, dans laquelle est indiquée la nationalité et l’idéologie (= étranger et dangereux) de chaque homme ainsi que le nombre d’attentats commis.

Tout concourt à présenter ces hommes comme des terroristes dangereux, dépourvus de toute humanité.

 

Cette affiche est une affiche de propagande, destinée à influencer l’opinion du destinataire au moyen d’un montage de photos, d’images et de textes évocateurs, choisis pour cet effet.

Les auteurs de cette affiche souhaitent convaincre les Français que le groupe dirigé par Michel Manouchian est composé de terroriste et que ces hommes œuvrent pour le désordre et la mort, face à l’ordre établi par l’armée allemande. L’affiche doit également dissuader ceux qui auraient envie d’entrer dans la Résistance.

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
ARAGON : Strophes pour se souvenir (1955)
L'AFFICHE ROUGE (M. KHELOUFI)

L’AFFICHE ROUGE (1944)

  ART DU VISUEL / AFFICHE 

affiche-rouge-f

L'Affiche Rouge (Service de propagande allemande en France, 1944, 
Impression bichromique, France).

En février 1944, une gigantesque affiche rouge est placardée sur les murs des grandes villes de France. Elle présente dix résistants parmi les 23 du « groupe Manouchian » qui seront fusillés par les Allemands le 21 février 1944 au Mont Valérien.

 

  1. a) Composition de l’affiche

Les couleurs utilisées ont une connotation morbide : rouge (= sang) et noire (= mort).

Les portraits en noir et blanc des 23 « terroristes » cherchent à soutenir la thèse des auteurs de l’affiche : hirsute, visages patibulaires… Ils sont disposés en triangle, dont le sommet est occupé par le portrait de Manouchian, pour former une flèche orientée vers le bas de l’affiche.

En dessous de ces portraits apparaissent des photos rectangulaires relatant des actes terroristes (déraillement de trains), montrant des cadavres, un corps attaché transpercé de balles et, au centre, une saisie d’armes.

  1. b) Rôle du texte sur l’affiche

On remarque une légende correspondant à chaque portrait patronyme, dans laquelle est indiquée la nationalité et l’idéologie (= étranger et dangereux) de chaque homme ainsi que le nombre d’attentats commis.

Tout concourt à présenter ces hommes comme des terroristes dangereux, dépourvus de toute humanité.

 

Cette affiche est une affiche de propagande, destinée à influencer l’opinion du destinataire au moyen d’un montage de photos, d’images et de textes évocateurs, choisis pour cet effet.

Les auteurs de cette affiche souhaitent convaincre les Français que le groupe dirigé par Michel Manouchian est composé de terroriste et que ces hommes œuvrent pour le désordre et la mort, face à l’ordre établi par l’armée allemande. L’affiche doit également dissuader ceux qui auraient envie d’entrer dans la Résistance.

 

Fiches de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
L'AFFICHE ROUGE (Mme VAUTIER)
L'AFFICHE ROUGE (M. KHELOUFI)

MAUS (Art SPIEGLEMAN, 1986)

  ART DU VISUEL / BANDE DESSINÉE  Planche Maus Spiegelman

Extrait de MAUS, Volume II (Art SPIEGELMAN, 1986, 
Éditions Flammarion, 1992, pour le présent extrait).

I/ Présentation de l’œuvre

  • L’auteur: Art Spiegelman est un auteur de Bandes dessinées et un illustrateur américain. De parents juifs polonais survivants d’Auschwitz et émigrés aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, il devient une figure emblématique de la BD des années 1960-1970. Son roman graphique* Maus le rend célèbre.

* Roman graphique : bande dessinée plus longue qu’a l’accoutumé, ambitieuse et destinée à un public plus adulte.

  • Contexte historique: Maus mêle deux histoires et deux époques. Art Spiegelman raconte comment, dans les années 1970, il décide de renouer avec son père Vladek, et de recueillir son témoignage de juif polonais ayant vécu les années 1930- 1940. Il décide d’en faire une bande dessinée.
  • Clés pour la lecture artistique :

 -Art et Vladek sont à la fois personnages (on voit Art interroger son père) et narrateurs extérieurs (quand Vladek se souvient…).

 -La planche est divisée en deux strip (= bandes de vignettes qui se lisent de manière verticale ou horizontale.) qui se lisent de haut en bas. Celle de gauche représente les années 1970, celle de droite les années 1940 ( 2nde GM) et raconte ainsi un épisode tragique se terminant brutalement par les cris des S.S

 -Symboliquement les groupes humains, ont des têtes d’animaux sur des corps d’homme. Ce procédé permet de prendre de la distance par rapport aux évènements et met mieux en évidence le rapport de force entre les différents personnages.

 

PISTES DE REFLEXION

 I/ Description de la planche « Maus »

1/ et 2/ Cette bande dessinée n’est pas contemporaine des événements racontés. Elle se base sur le témoignage du père de l’auteur, un juif polonais qui a vécu les événements. Il y a un constant va et vient entre le présent (moment où le père et le fils se parlent) et le passé ( souvenirs du père).

Les vignettes 1 montrent Vladek Spiegelman père d’Art qui lui raconte son histoire (représentation contemporaine )

Les vignettes 2 quant à elles décrivent ce que raconte Vladek à son fils : arrivée dans le camp, sélection des valides/non valides et classification.

3/ Le décor se compose d’une grande pièce trouée de fenêtres. La scène a lieu à Auschwitz (le nom apparaît dans les vignettes 3 et 4 du premier strip vertical).

On distingue plusieurs groupes de personnages (sous la forme d’hommes à têtes d’animaux) : les chats (les nazis ou SS) en tenue militaire et armés de matraques ; le cochon (kapo polonais) en tenue de prisonnier mais possédant une matraque et se tenant du côté des chats ; les souris (les hommes juifs) en civil au début pour la plupart, un porte une tenue de déporté.

 Procédé narratif : Les gardes SS et le kapo obligent les arrivants à se débarrasser de tous leurs biens. Après s’être déshabillés, ils sont rasés, puis ils doivent endosser l’uniforme rayé des déportés.

Dans les récitatifs (rectangles), le narrateur externe raconte l’humiliation et la peur. Les paroles des personnages dans les bulles : Vladek, le narrateur, tente de rassurer son ami Mandelbaum .

Les paroles des SS, avec une taille de caractère plus grande, ouvrent et ferment le strip : elles sont menaçantes.

 

II/ Analyse de l’œuvre

4/ Le rapport de force apparaît d’abord dans le choix des personnages : les nazis apparaissent sous les traits de chats tandis que les juifs sont représentés par des souris. Les Nazis en chats : prédateurs violents qui chassent les souris (Juifs) qui sont prises au piège.

L’auteur pose des têtes d’animaux sur des corps humains car cela lui permet de représenter le représenter le rapport de force entre les détenus (souris) et les gardiens (chats). Mais c’est également un moyen de montrer la deshumanisation totale et la sauvagerie des Nazis.

La relation de force est aussi rendue par les gestes des personnages, agressifs pour les nazis, épaules voûtées, tête baissée pour les juifs. Enfin, les textes soulignent le lien entre bourreaux et victimes.

5/ Le texte amplifie la violence des images car il répète la situation d’humiliation et de déshumanisation des déportés montrée dans les vignettes. Il incarne aussi dans les personnages de Vladek et de Mandelbaum le sort de tous les juifs.

6/ L’utilisation du noir et blanc donne un côté journalistique ou documentaire à l’histoire ; il participe aussi à la création d’une atmosphère oppressante, notamment dans les dessins saturés de hachures qui assombrissent la case, comme les vignettes 2 et 3 du second strip. L’auteur choisit le noir et blanc pour montrer le caractère sombre des évènements. Il s’agit d’exprimer la douleur et la souffrance que pouvaient ressentir les détenus.

  • Pourquoi Art Spiegelman a-t-il voulu raconter l’histoire de son père ?

Art a raconté l’histoire de son père déporté pour garder une trace des souffrances des victimes. Pour lui il faut raconter ce qui s’est passé pour ne pas oublier et pour que de telles choses ne se reproduisent pas. C’est ce qu’on appelle le devoir de mémoire : obligation morale de se souvenir des victimes et de leurs souffrances. Il s’agit de transmettre cette mémoire aux générations futures.

  • Pourquoi utiliser la bande dessinée pour raconter cette histoire ?

L’auteur utilise la BD car c’est un support populaire et accessible à tout le monde. Les gens comprennent vite le message qui est donné. C’est un support particulièrement apprécié chez les jeunes.

 

III/ Etablir des liens avec une autre œuvre : 

Shalekhet

Shalechet (feuilles mortes) (Menashe KADISHMAN, 2005, 
Pièces métalliques,
Musée Juif de Berlin).

7/ La souffrance de la multitude a été représentée par la création de 10 000 visages d’acier dont les traits simplifiés à l’extrême évoquent la tristesse ou la douleur. Lorsque le visiteur marche dessus, les pièces font un horrible bruit métallique.

8/ Bilan :

Art Spiegelman comme Menashe Kadishman ont créédeux oeuvres très différentes mais qui se rejoignent dans la volonté de perpétuer la mémoire des victimes du génocide des juifs afin que celles-ci ne soient jamais oubliées. Le premier raconte le destin de son père juif polonais, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale tandis que le second offre aux visiteurs du musée juif de Berlin une expérience à la fois physique et intellectuelle (il faut réfléchir à ce que son installation symbolise), déstabilisante (déambulation malaisée, bruits métalliques) mais marquante.

 

Fiches de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
SPIEGELMAN & MAUS - L'art et le devoir de mémoire (Mme POTEMPA)
SPIEGELMAN & MAUS - L'art et le devoir de mémoire (Mme WOLFER)

LIBERTÉ (Paul ELUARD, 1942) & LIBERTÉ (Jean LURÇAT, 1943)

  ART DU LANGAGE / POÉSIE 

1. Le poème : LIBERTÉ

Sur mes cahiers d’e?colier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’e?cris ton nomSur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’e?cris ton nomSur les images dore?es
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’e?cris ton nom

Sur la jungle et le de?sert
Sur les nids sur les gene?ts
Sur l’e?cho de mon enfance
J’e?cris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journe?es
Sur les saisons fiance?es
J’e?cris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’e?tang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’e?cris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’e?cris ton nom

Sur chaque bouffe?e d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne de?mente
J’e?cris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie e?paisse et fade
J’e?cris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la ve?rite? physique
J’e?cris ton nom

Sur les sentiers e?veille?s
Sur les routes de?ploye?es
Sur les places qui de?bordent
J’e?cris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’e?teint
Sur mes raisons re?unies
J’e?cris ton nom

Sur le fruit coupe? en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’e?cris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dresse?es
Sur sa patte maladroite
J’e?cris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu be?ni
J’e?cris ton nom

Sur toute chair accorde?e
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’e?cris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les le?vres attendries
Bien au-dessus du silence
J’e?cris ton nom

Sur mes refuges de?truits
Sur mes phares e?croule?s
Sur les murs de mon ennui
J’e?cris ton nom

Sur l’absence sans de?sir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’e?cris ton nom

Sur la sante? revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’e?cris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis ne? pour te connai?tre
Pour te nommer

Liberte?

Paul ELUARD, extrait de Poésies et Vérités, 1942

 

2. Analyse

Pendant la guerre, engage? dans la Re?sistance, Paul Eluard participe au grand mouvement qui entrai?ne la poe?sie franc?aise, et le poe?me Liberte? ouvre le recueil Poe?sie et Ve?rite? paru en 1942.

Les textes qui forment ce recueil sont tous des poe?mes de lutte. Ils doivent entrer dans la me?moire des combattants et soutenir l’espe?rance de la victoire : comme on le faisait pour les armes et les munitions, le poe?me Liberte? a? e?te?, a? l’e?poque, parachute? dans les maquis.

Ce poe?me de Paul Eluard est un hymne a? la liberte?. Il e?tait destine? a? e?tre entendu par les re?sistants.

Le poe?te de?crit la situation du peuple pendant la guerre (armes des guerriers), la mort, l’obscurite?, la destruction, l’emprisonnement (sang- cendre- nuit-ombres- chiffon- de?truits- e?croule?es -ennui- moisi- de?mente (folie des hommes)- murs de mon ennui- orage, pluie)

En de?crivant tout ce sur quoi il faut e?crire le mot liberte?, le poe?te de?crit ce qui est prive? de liberte? : pas de liberte? d’enseigner, censure (pages lues, pages blanches, silence), souffrance physique et mort des hommes, pas de liberte? de circulation, privation mate?rielle et morale (solitude nue).

MAIS Paul Eluard envoie aussi un message d’espoir aux combattants.

Il existe une progression chronologique dans le texte: il part de l’enfance (e?cole; livres d’images, monde des contes: roi, guerriers)- puis l’enfance apparai?t comme un souvenir, signe qu’il a vieilli (l’e?cho de mon enfance) puis de l’adolescence, le temps de l’amour (saisons fiance?es) pas force?ment heureux (l’absence sans de?sirs, la solitude) enfin la vieillesse (difficulte?s de sante?- marches de la mort):
c’est tout au long d’une existence qu’il faut lutter pour la liberte?.

Structure du poe?me :
Ce poe?me est compose? de vingt–trois strophes. Ces quatrains se compose de trois heptasyllabes (7) et d’un te?trasyllabe (5).
Chaque strophe se termine par un « refrain ».
Le dernier vers sonne comme un e?cho au titre.

Les figures de style du poe?me :
Le poe?me est principalement rythme? par l’anaphore de la pre?position « sur » pre?sente dans chaque strophe (excepte?e la dernie?re).
Paul Eluard se sert aussi
– de la personnification (les saisons fiance?es, la montagne de?mente, les sueurs de l’orage);
– d’assonances (strophe 17 : vitres, surprises, attendries, silence ) et
– d’allite?rations (strophe 21 : sante?, risque, disparu, espoir, sans, souvenir).

 

 ART DU VISUEL / TAPISSERIE 

Copie de Liberte_Picaud_46

Liberté  (Jean LURÇAT, 1943) 
2,83m x 3,64m, tapisserie (basse lice), chaîne coton, trame laine,
Musée Jean Lurçat et de la tapisserie contemporaine, Angers (France)

L’œuvre :

Sur un fond ocre jaune se de?tachent, au centre, deux astres passant l’un devant l’autre telle une e?clipse. Dans les quatre coins de la tapisserie, on peut lire des extraits du poe?me de Paul Eluard, Liberte?. Les derniers mots du poe?me viennent s’inscrire dans le soleil : … Pour te connai?tre / … Pour te nommer / Liberte?

Dans le soleil de?coupe? en quatre parties : on distingue en bas a? gauche, sur fond noir, un serpent et la tige d’une plante fleurie qui s’e?panouit en haut a? gauche sur un fond clair ; en haut a? droite, sur un fond noir, se de?tachent des visages aligne?s et, en bas, sur un fond blanc, s’inscrit le mot « Liberte? ».

Un coq est au-dessus du soleil, installe? sur un trophe?e de cornes de taureau ; il porte les trois couleurs – bleu, blanc et rouge – du drapeau franc?ais.
Sur le fond de la tapisserie, il y a des nuages clairs et sombres, des e?toiles et des extraits du poe?me.

E?tude de l’œuvre :

La tapisserie est compose?e et tisse?e en 1943, clandestinement dans les ateliers d’Aubusson.
On retrouve dans cette œuvre un certain nombre de the?mes chers a? Jean Lurc?at auxquels il donne une re?sonance particulie?re dans ce contexte de la Re?sistance.

Le soleil rayonnant de flammes rouges apparai?t comme symbole de la vie et de l’espoir. En contraste, la guerre est repre?sente?e par l’astre sombre place? derrie?re le soleil. Cette ombre contient des cra?nes e?parpille?s, image de destruction et de mort. Le serpent rappelle son symbole tire? de la Bible, le mal contre lequel on doit lutter. Les visages aligne?s dans la lumie?re repre?sentent la vie, la lutte arme?e de la Re?sistance.

Le coq place? au-dessus du soleil repre?sente, quant a? lui, le symbole de la France. Il est peut e?tre ici une e?vocation de la victoire, un symbole triomphant de la re?sistance a? l’ennemi.

Cette œuvre est peut-e?tre l’e?vocation de la victoire, un symbole triomphant de la re?sistance (soleil) sur l’ennemi (astre sombre, lune).

Fiche de révision au format PDF (cliquez pour télécharger) :
Œuvrer pour résister : de l'écriture à l'œuvre