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Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830. (3°3/3°4)

 

 

 

 

 

Ce tableau a été peint par Eugène Delacroix (1798-1863) en 1830, peintre parisien résolument anti-républicain, aux lendemains de la Révolution des Trois Glorieuses, les trois journées des 27, 28 et 29 juillet 1830. Comment ce tableau est-il devenu le symbole de la République????

Contexte historique :

En 1815, la monarchie est restaurée après la chute de l’empereur Napoléon Ier.

Les deux frères de Louis XVI , Louis XVIII (de 1815 à 1824) puis Charles X ( de 1824 à 1830), occupent le trône. Charles X est un défenseur acharné de l’absolutisme monarchique, renversé pourtant en 1789. Le 26 juillet 1830, il censure la presse et réduit un droit de vote déjà très limité. Mené par des polytechniciens, le peuple de Paris réagit rapidement et construit des barricades. Durant trois journées des 27,28 & 29 juillet 1830, appelées les « Trois Glorieuses »,  les parisiens se battent dans les rues de Paris. Charles X doit quitter la France. Louis-Philippe d’Orléans devient roi, succédant à son cousin, c’est le début de la monarchie de Juillet. La seconde République ne s’installe qu’en 1848.

A première vue, ce tableau donne une image de la république triomphante. Il représente une journée révolutionnaire sur une barricade le 28 juillet 1830.

I- Description de l’œuvre :

a) Description générale :
Les parisiens, toutes classes sociales et générations confondues, se révoltent et déchaussent les pavés pour en faire des barricades. Au sommet des tours de Notre-Dame, on peut apercevoir le drapeau français. Au fond du tableau, les soldats se font tirer dessus par les révolutionnaires. On peut penser que la scène se passe sur la rive gauche, boulevard Saint-Michel. La signature du peintre est rouge et très visible à l’intérieur de la scène.

b) Les personnages ont leurs corps  tournés vers le spectateur, même s’ils regardent dans des directions différentes:

• La femme porte le bonnet phrygien, symbole des esclaves affranchis à Rome, et repris par les Révolutionnaires en 1789; son visage se découpe en profil grec comme une médaille. Derrière sa tête, une auréole de fumée fait l’effet d’une auréole divine ; elle tient un fusil à baïonnette et brandit le drapeau tricolore ( celui qui montre l’unité de la Nation : le bleu et le rouge sont les couleurs de Paris, le blanc celui de la monarchie). Elle est la personne la plus animée du tableau. Delacroix lui a fait prendre la posture du gladiateur Borghèse, sculpture antique du Louvre avec les quatre membres en opposition;  elle apparaît telle une déesse antique, et semble également inspirée de la victoire de Samothrace. C’est une allégorie : la représentation incarnée d’une idée. C’est elle qui donnera son visage à la France : Marianne, incarnation de la République représentée sur tous les logos officiels.

Les allégories sont beaucoup utilisées depuis la Révolution de 1789 : voir les deux femmes sur la stèle de la Déclaration des Droits de l’homme, l’une représentant la France monarchique se défaisant des chaînes de l’absolutisme, l’autre la Raison appelant le peuple à suivre les valeurs de la Déclaration.


• Le jeune garçon marche vivement comme Marianne, il épouse ses gestes. Victor Hugo s’inspire de ce jeune homme pour inventer « Gavroche » dans les Misérables.

Gavroche meurt lors d’un combat sur une barricade en chantant :

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute …

 

• On peut penser que le bourgeois que l’on voit est Delacroix, son sabre est volé aux morts. Victor Hugo  s’en inspire également pour le personnage de Marius dans Les Misérables.
• Un ouvrier implore la femme lors de son dernier souffle.

• Le cadavre du soldat au premier plan a été pillé, il ne lui reste qu’une chaussette.
• Un élève de l’école polytechnique est représenté (bicorne).

c) Les couleurs :
Le bleu, le blanc et le rouge reviennent en permanence sur ce tableau. On les aperçoit sur tous les personnages ainsi que sur le drapeau français. Mais on peut également observer des couleurs sombres comme le marron et le noir.

d) La lumière vient de la gauche, donc de l’ouest, la scène se déroule en fin de journée.

e) la composition pyramidale, triangulaire : la vie et l’espérance sont représentées au milieu du tableau, en haut. En bas, la mort et le désespoir.
(voir ci dessous « le radeau de la Méduse » de Géricault (1820)  & dans la même galerie du Louvre à qui Delacroix emprunte la composition)

II L’analyse de l’œuvre

Pourquoi le tableau de Delacroix est-il devenu plus célèbre que l’événement qu’il représente ?

Ces scènes de bataille ont souvent été représentées par les peintres de l’époque en utilisant des vues panoramiques avec des personnages très petits dans le tableau, c’est exactement le contraire du procédé de Delacroix. Le spectateur est placé très bas devant des figures aussi grandes que lui.

La place du chef est réservée à une femme. Elle joue un rôle-clé au sommet d’une pyramide de corps et se trouve au point de rencontre de ligues obliques, elle attire le regard du spectateur et celui des hommes du tableau qu’elle domine. On se demande ce que peut faire une femme à moitié nue au milieu des coups de feu.

Son style vestimentaire est emprunté aux statues des déesses grecques antiques comme la Vénus de Milo et porte le bonnet phrygien, symbole d’émancipation, qui rappelle que le peuple français doit se battre pour conquérir sa liberté devant la menace absolutiste de Charles X.
Cette femme est allégorique, elle n’a ni nom ni histoire personnelle et incarne une idée abstraite : la liberté. Delacroix a souhaité exprimer l’idée qui a guidé le mouvement. Le tableau montre la volonté populaire. Toutes les parties de la société sont représentées et expriment une même soif de liberté : les acteurs, tous en mouvement, semblent vouloir sortir de la toile, et se battre pour leurs idées. La Révolution semble un torrent qu’on ne peut arrêter tant que ses aspirations n’auront pas été satisfaites.

Au XIXème siècle toutefois, le tableau ne séduit pas : il est accablé d’injures car ici l’allégorie n’est pas idéalisée (comme dans le tableau de la Déclaration des droits de 1789) mais représentée parmi le peuple, dénudée, et un peu vulgaire pour les spectateurs de l’époque. Les autres personnages font figure de délinquants avec port d’armes illégales. Le peintre n’a pas cherché à être séduisant : dans ce tableau la violence est omniprésente et les détails sont macabres.

Ici, l’image du peuple se rapproche de ce qu’on appelait « la populace ». Ce tableau pose question, quand on connait les convictions politiques d’Eugène Delacroix.
A-t-il voulu, par cette œuvre, faire l’éloge ou la caricature d’une démocratie ? Il a montré la complexité des luttes, le dynamisme de la Révolution, toujours violente.

Le tableau vient de rejoindre l’antenne du Louvre à Lens, ancienne cité minière du Nord, que les gouvernements récents ont souhaité « revitalisé » en y créant la première antenne du Louvre en province.

L’œuvre avait déjà quitté Paris pour  Tokyo en 1999 et  Strasbourg en 2004.

La Liberté a servi de Marianne sur les timbres de 40 centimes. Elle figure sur des pochettes de disque pour la MarseillaiseÇa IraLe Temps des cerises et L’Internationale.

En fait Delacroix n’a jamais été un insurgé. Il était sceptique face à la démocratie.

Louis-Philippe avait acheté son 28 juillet 1830, cette allégorie de type classique inclue dans une vue réaliste, comme le veut le tout jeune goût romantique. C’est cette «désidéalisation» qui a choqué. Elle ne choque plus aujourd’hui.

 

 

 

 


Publié par duhamel le 22 novembre 2011 dans 3ème,4ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016,Visites de musées
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2 réactions à “Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830. (3°3/3°4)”

  1. Gaspard
    9 février 2012

    LA LIBERTE GUIDANT LE PEUPLE DELACROIX (1830)
    3,25m x 2,60m

    THEME : La scène ne se passe pas loin de Notre Dame au niveau du Panthéon, rive gauche. C’est un combat de rue. L’œuvre de Delacroix est une peinture historique qui rappelle les « Trois Glorieuses ».
    INTRODUCTION : Nous sommes fin Juillet 1830. Les rues de Paris sont encore recouvertes de pavés (des barricades = pyramide de pavés) et le peintre nous place du côté des soldats royaux, face au peuple animé, pour contempler la scène.
    PERSONNAGES : Face à nous, un groupe de personnes dissemblables, de tous âges et de toutes classes sociales :
    – Un jeune garçon, portant sur sa tête un béret, porte la cocarde blanche des monarchistes et le nœud de ruban rouge des libéraux. C’est un ouvrier avec une giberne porte-sabre et un sabre. Il a le même mouvement dynamique que la femme au centre du tableau.
    – Un bourgeois avec un fusil est vêtu d’une redingote et d’un chapeau haut de forme. Delacroix s’est représenté dans le tableau sous la forme du bourgeois.
    – L’homme aux pieds de la femme, sans doute un ouvrier, porte une blouse bleue et une ceinture de flanelle rouge de paysan. Il saigne sur le pavé ; implore la femme avant de mourir, il se redresse à la vue de la liberté. Son gilet bleu, sa ceinture rouge et sa chemise blanche répondent aux couleurs du drapeau français.
    – Derrière la barricade, un écolier, agrippé aux pavés, porte un chapeau triangulaire. Il vient d’une grande école polytechnique. Il est équipé d’une dague.
    – La posture de la femme située au centre du tableau est semblable à la statue de Borghèse. Elle impulse le dynamisme du tableau, le mouvement. Habillée à l’antique, sa robe laissant entrevoir sa poitrine, pieds nus, elle porte le drapeau de l’union (symbolise l’unité des Français). La pilosité de son aisselle a été jugée vulgaire, c’est son réalisme qui dérange à l’époque. Cette femme émerge du tableau, c’est la seule femme entre tous ces hommes. Elle porte le bonnet phrygien (symbole de l’affranchissement des esclaves) et son profil volontaire est représenté aujourd’hui sur les logos des ministères, sur les pièces et les timbres (= icône de la république). Elle est comme descendue du ciel, c’est une déesse presque mythique. C’est une allégorie (représentation incarnée d’une idée).
    – Les nombreux cadavres, allongés à terre, sont détroussés. Le cadavre en bas à gauche, portant juste une chemise blanche, des chaussettes bleues, et le sang qui coule de sa poitrine porte encore la couleur du drapeau français. Cet écho est une prouesse.
    ESPACE : C’est une composition triangulaire : les morts en bas et la vie, l’espérance en haut, la pointe du triangle étant vers le haut. Il y a une attitude générale de mouvement. Plus le regard monte dans le tableau plus les couleurs sont vives et claires. Les couleurs du décor sont simples [brun, marron, gris, bleu] mais chaque personnage a trois couleurs principales [bleu, blanc, rouge]. Même le ciel est peint avec les couleurs du drapeau français. On aperçoit un petit drapeau en haut de la tour de Notre Dame et la signature de Delacroix le long d’une poutre, à droite.

  2. duhamel
    9 février 2012

    Bravo pour ce compte-rendu!
    IB

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