Arts à Duhamel
Un site utilisant LeWebPédagogique

C.Nevinson, Machine Gun « La mitrailleuse », 1915. 3°

Machine-gun (La Mitrailleuse). Huile sur toile réalisée en 1915, donc en pleine guerre, dimensions 61 x 50,8 cm,  et exposée à la Tate Britain, fameux musée de Londres (http://www.tate.org.uk/britain/), récemment rénové.

Le peintre, Christopher Newinson (1889-1946) apparaît comme l’un des principaux peintres de la Grande Guerre, au même titre que  Fernand Léger en France et  Otto Dix en Allemagne. Britannique, Nevinson se rend à Paris en 1911 où il découvre le cubisme qui l’influence durablement et dont il retient les leçons de construction et de géométrisation des formes modernes.

Il est pacifiste et s’engage dans la Croix-Rouge, association humanitaire internationale créée en 1863. Il est envoyé en France début 1915. Il travaille comme conducteur d’ambulance et brancardier au front.

 

On y voit trois soldats manipulant une mitrailleuse dans une tranchée. Trois soldats casqués, redingote bleue et pantalon rouge, physiquement similaires, proches les uns des autres, se tiennent à l’abri dans une tranchée . Deux d’entre eux sont tournés vers la droite. Un cadavre, dont on perçoit le visage livide face au ciel, est entre eux. Les soldats n’ont pas un instant de répit pour ôter le cadavre, c’est le cœur de la bataille.

On voit la charpente en bois d’une  porte d’un abri (cagna) et des poutres, des piliers reliés par des fils de fer barbelés dans la partie supérieure. Au-delà, le ciel bleu/gris avec des lignes de fumée blanche.

Ils dirigent, pointent et actionnent une grosse mitrailleuse vers les lignes ennemies , vers le no man’s land.

Les couleurs froides dominent, gris des casques et de la mitrailleuse énorme ; marron des poutres, noirs des barbelés.

Lumière zénithale (ombre portée verticale), venue du ciel.

Rouge garance d’un pantalon , couleur chaude centrale.

Contrastes importants.

Lignes géométriques, angles droits (voir la croix ( ?) à gauche)

Composition  presque triangulaire et la mort au centre.

 

Nous sommes en première ligne française en 1915, face au no man’s land, et au moment d’une offensive allemande,  les soldats étant en position défensive avec la mitrailleuse. Ce tableau n’est pas réaliste, preuve que C.Nevinson n’était pas combattant des tranchées, car il comporte des anomalies :

-les soldats français n’ont plus cet uniforme en 1915, c’est l’uniforme de l’été /automne/hiver 1914, qui a été responsable d’une terrible mortalité (aucun camouflage)

-les soldats portent un  casque réinventé, mi-français (ADRIAN), mi-britannique.

Les  combattants entourent le cadavre d’un soldat inconnu, qui est l’image de la mort en plein centre du tableau. A travers ces soldats,  aux traits mécaniques, froids, anguleux, dont on ne voit pas le regard, c’est le combat, le sacrifice de tous les soldats qui est reconnu. De même qu’après guerre, la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe rend hommage à chaque soldat mort.

Mais la représentation de la mitrailleuse et de ses  trois servants est exemplaire :

-les lignes dures, géométriques, anguleuses de la machine déterminent celles des soldats robotisés qui font corps avec la mécanique à tuer.

-les soldats sont réduits à une série de plans anguleux à la coloration dominée par le gris. Ils apparaissent presque comme des machines eux-mêmes. Ils ont perdu leur individualité, leur humanité même; ils semblent fusionner avec la mitrailleuse qui donne à cette peinture son titre.

-la mitrailleuse est ici l’instrument de la mort , dirigée vers les lignes allemandes

Hypothèse : soldats sacrifiés, voire crucifiés comme le Christ (croix  en bas à gauche ?), tableau qui aurait  influencé Otto Dix ?

La guerre mécanique modifie les conditions du combat, et oblige les soldats à s enterrer dans les tranchées durant de longues années : le sort de la guerre dépend désormais de la qualité des inventions des ingénieurs et des quantités de machines produites par l’industrie. Les améliorations techniques accélèrent les cadences de tir des mitrailleuses ( 450 à 600 coups minute). Aux mitrailleuses s’ajoutent ces nouveautés de la Grande Guerre, les chars d’assaut et les gaz toxiques.

La mitrailleuse est l’arme défensive par excellence, qui lamine et stoppe tout assaut des ennemis. A cause d’elle, toutes les offensives ont été des échecs. Vue la mitrailleuse Hotchkiss, fabriquée en France, au Musée de l’Armée.

ECHECS MEURTRIERS 1915 1916 1917
Offensive française Champagne Somme (juillet/novembre) Champagne / Chemin des Dames (avril-juin)
Offensive britannique Somme (juillet-octobre)
Offensive allemande Verdun (février/décembre)

Cette  toile a eu une résonnance (une influence) considérable en France. Le poète Apollinaire fait l’éloge de son auteur comme de celui qui  » traduit le côté mécanique de la guerre actuelle où l’homme et la machine arrivent à ne faire qu’une seule force de la nature. Son tableau La Mitrailleuse rend parfaitement cette idée très juste ».


Publié par duhamel le 17 octobre 2012 dans 3ème
Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback depuis votre site.

Une réaction à “C.Nevinson, Machine Gun « La mitrailleuse », 1915. 3°”

  1. Anonyme
    11 novembre 2012

    Très bon travail.

Laisser une réponse

Vous devez être identifié pour écrire un commentaire.