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La mise en scène des Congrès du parti nazi à Nuremberg (3°3/3°4)

L’art officiel nazi  et la propagande : 

La mise en scène du congrès  annuel du parti nazi à Nuremberg

durant la dictature hitlérienne

Comment les Nazis utilisent l’Art à des fins de propagande ?

Les Nazis veulent contrôler la création artistique. En quoi peut-on parler d’art officiel ?

Corpus documentaire : deux extraits de film, deux photographies, un bas-relief
1) Deux extraits de film : « Le triomphe de la volonté » de Leni Riefenstahl, 1934

http://www.youtube.com/watch?v=8IxKT9cMYX0

2) Deux photographies de Heinrich Hoffmann

http://nurnberg.biz/nurnberg_photos/nsdap_in_nurnberg_1937.jpg

Nuremberg 1937 HH

http://www.questroy.fr/j15/gustave/psh/congres-parti-nazi-nuremberg-1938.jpg

Nuremberg 1938 HH

3) Le garde d’Arno Breker

Manuel Hatier 3° / Dossier

le garde :breker

I Présentation et Description

Contexte histotique commun aux œuvres :

Présentation : Le NSDAP ou parti nazi tient son congrès (son rassemblement annuel) chaque année en septembre, à Nuremberg, ville médiévale au centre de l’Allemagne. Hitler est au pouvoir depuis le 30 janvier 1933, et impose rapidement une dictature et un Etat totalitaire.  Il est Reichführer depuis le 2 août 1934, date de la mort du président Hindenburg.  Son ministre de la propagande est Joseph Goebbels, le grand ordonnateur des congrés.

1) Deux extraits de film : « Le triomphe de la volonté » de Leni Riefenstahl, 1935

http://www.youtube.com/watch?v=8IxKT9cMYX0

Film documentaire en Noir et blanc, retraçant les journées du congrès nazi de septembre 1934.

Auteur : La réalisatrice Leni Riefensthal a réalisé ce documentaire, une commande officielle des Nazis pour glorifier le parti et son chef. Elle a disposé de moyens considérables (nombreuses caméras, grues…) La Première  de ce film de propagande « le Triomphe de la volonté », « Triumph des Willens » a lieu à Berlin fin mars 1935.

a) de 59mn à 1h06 mn40s

Extérieur nuit, stade de Nuremberg

-fin du discours d’Hitler

-défilé aux flambeaux devant le Fuhrer

Extérieur Jour, stade

–   Aigle allemand

–       Revue des troupes

–       Hommage

–       Retour à la tribune

–       Défilé des oriflammes avec croix gammée devant la tribune

–       Défilés des SS de Himmler

 

b)Puis 1H36mn32s à 1H40mn12sec

-Discours d’Hitler

-Acclamations de la foule

 

2) Deux photographies de Heinrich Hoffmann, 1937 et 1938

http://nurnberg.biz/nurnberg_photos/nsdap_in_nurnberg_1937.jpg

http://www.questroy.fr/j15/gustave/psh/congres-parti-nazi-nuremberg-1938.jpg

Auteur : Heinrich Hoffmann est membre du parti nazi et le photographe officiel du Fuhrer. Il est un ami proche d’Adolf Hitler qui lui fait toute confiance. On lui doit la plupart des portraits d’Hitler. Il photographie toutes les manifestations nazies.

La 1ère photo présente une vue large de la tribune officielle où ont lieu les discours. Au 1er plan, on voit à gauche, des hommes, de dos, torses nus et le cheveu court, et à droite des femmes, de dos, en jupe et chemisier blanc. Tous sont debout, immobiles et  tournés vers la tribune. Au second plan, deux tribunes  bondées dessinent des lignes de force obliques. Au dessus,  un batiment blanc imposant et des colonnes entre lesquelles sont disposéees d’immenses bannières noires  portant chacune une grande croix gammée.

La seconde photo est un plan plus rapproché. Les 4/5 de la photo montre une foule  exaltée toute entière tournée vers la gauche, le bras levé dans un salut hitlérien. Dans un coin, les croix gammée apparaîssent, comme sur les brassards que portent les hommes casqués en uniforme noir au 1er plan

3) « Le Garde » d’Arno Breker, 1940.

C’est un bas-relief , c’est-à-dire une sculpture se détachant faiblement sur une façade, une paroi.C’est également une commande officielle des Nazis qui devait?orner un bâtiment  de l’axe nord-sud du  nouveau Berlin , « Germania », que voulait construire Hitler, une fois la guerre terminée. Cette œuvre ne fut jamais  installée.

Auteur : Arno Breker a étudié la sculpture antique en France puis à  Rome, et il a un goût prononcé pour  le néoclassicisme (imitation des formes gréco-romaines antiques). De  retour en Allemagne, il devient sculpteur  officiel  du  IIIème Reich. Il bénéficie de moyens exceptionnels pour mener de gigantesques travaux de décoration à Berlin.

Cette œuvre représente  un guerrier nu, très athlétique. Il arbore tous les signes de la virilité guerrière nazie :  musculature  surdéveloppée en tension, port de l’arme, torse hypertrophié, visage  de profil implacable de détermination au combat.  Sûr de sa puissance, il  est prêt à se battre, en train de dégainer son épée (gladius romain). Il se tient très droit, le genou replié et qui s’appuie sur un rocher et un bouclier rond (celui des hoplites grecs, le hoplon). On peut imaginer un ennemi invisible dans le hors-champ.

II Interprétation des oeuvres

 Toutes les œuvres relèvent de l’art officiel : le parti nazi a commandé aux artistes ces œuvres, ils doivent donc se conformer aux objectifs nazis de glorification du pouvoir et de son chef. On y relève des caractères similaires :

A) Dans la forme

-une composition géométrique, très structurée, avec des lignes droites, des obliques, une forte symétrie = le tout renvoie  à l’ordre, la discipline et l’autorité  qu’imposent les Nazis

-une palette de couleurs limitée : le blanc, le noir et le rouge reviennent sans cesse, comme dans le symbole nazi :  la croix gammée, qui est omniprésente dans les photographies et le documentaire

– des espaces imposants : les congrès ont lieu dans un gigantesque complexe construit par Albert Speer, l’architecte en chef du parti nazi. Il s’agit d’écraser l’individu et de magnifier le peuple. Les cadrages (ce que le photographe/réalisateur choisit d’inclure dans son cliché/film) contribuent à donner une impression d’immensité : on peut imaginer dans les hors-champs (ce qui se situe hors du cadre mais peut être reconstitué ou imaginé par le spectateur) des foules nombreuses et enthousiastes.

B) Der  schöne Schein , la séduction esthétique et le racisme

-le culte du corps masculin idéal selon les nazis, la virilité guerrière, l’exaltation du corps aryen (nez droit, mâchoire carrée, yeux bleus, grand, blond, fort) font partie de la doctrine raciste du régime (d’où le contretype juif). Biologie et politique sont mêlées. Hitler voulait des corps endurcis par l’effort et durs « comme de l’acier Krupp » . L’idéalisation de cette race Aryenne et la mise en place d’un violent antisémitisme sont apparues presque simultanément en Allemagne. En effet, l’un n’allait pas sans l’autre : la haine d’une « race » devait forcément se suivre de l’adoration d’une autre. L’esthétique du corps amène d’abord une ségrégation, puis une élimination des personnes jugées différentes (homosexuels, handicapés, Juifs). C’est au congrès de Nuremberg de 1935 que sont annoncées les Lois antisémites de Nuremberg . Elles sont intitulées  « Loi sur la protection du sang » et excluent les Juifs allemands de la citoyenneté.

-le recours à des représentations de l’Antiquité gréco-latine montre que les Nazis se placent dans un même combat avec les Grecs et les Romains contre un même « ennemi ». Ils reprennent les canons de beauté antique où ils voient un idéal de perfection.

-Les femmes  sont présentes, dans un rôle plus doux, leurs corps sont cachés, leur blondeur exposée, et les Nazis les souhaitent « traditionnelles », avec nattes et costume bavarois. Les femmes sont encouragées à procréer et à éduquer les enfants. Hitler les soumet aux 3 K « Kinder, Küche, Kirche », pour Enfants, Cuisine et Eglise.

C) Vers la guerre

Hitler souhaite que la « race » germanique se prépare au combat : les documents portent tous la marque de la préparation au combat. « Le garde », comme les SS tout en noir au 1er plan, comme les ouvriers de dos, les défilés paramiltaires avec exposition des croix gammée… tout montre une concentration vers un combat qui se rapproche.

La surveillance étroite de la société et la répression de toute opposition politique se manifestent par la présence (film, photo N°2) de la SS (« SchutzStaffel » pour escadron de protection) dirigée par Himmler depuis 1929. C’est l’organisation paramilitaire majeure du parti nazi, depuis l’élimination des SA en juin 1934.

L’unité du peuple apparaît dans ces grandes manifestations de Nuremberg, dans un cadre imposant, et le culte du chef.

Conclusion

En montrant la masse du peuple déshumanisée, contrôlée, exaltée, l’art officiel se met au service d’une propagande qui  abolit l’individu, fondu dans le Volk, le peuple. La foule est manipulée. L’homme nouveau nazi se doit d’être un guerrier brutal. La devise nazie est « Ein Reich, ein Volk, ein Fuhrer ». L’art est instrumentalisé, l’artiste perd sa liberté de création pour servir les objectifs des nazis.Les nazis  organisent deux expositions en 1937 à Munich : l’une valorise l’art officiel nazi, l’autre intitulée « art dégénéré » montre ce que le nazisme ne considère pas comme de l’art. Ces oeuvres sont dites « dégénérées », ce sont celles d’artistes modernes du XXème siècle qui laissent une trop grande liberté d’interprétation au spectateur.

http://webetab.ac-bordeaux.fr/college-arthez/fileadmin/0640005H/fichiers_publics/Docs_peda/Hist_des_arts/HDA_3e/Art_officiel_en_Allemagne_2.pdf

« Voilà l’esthétisation de la politique que pratique le fascisme. Le communisme y répond par la politisation de l’art » (« L’œuvre d’art », in Œuvre III). Walter Benjamin, philosophe allemand et opposant au nazisme (1892-1940).  

Sources

http://www.cndp.fr/tdc/fileadmin/docs/tdc_982_recherche_corps_sain/fiche_pedagogique.pdf

http://www.youtube.com/watch?v=D-XITt-vkkU&feature=related

http://ww2.ac-poitiers.fr/histoire-arts/IMG/pdf/L_art_de_la_propagande.pdf

MOSSE Georges, De la Grande Guerre au totalitarisme La brutalisation des sociétés européennes, Hachette Paris 1999

 

Prolongements

Voir le dédut du film « La Chute » , de 0. Hirschbiegel, où l’on voit la maquette de Germania, et le dialogue fictif entre Hitler et Speer.

Sculptures grecques et romaines de l’Antiquité, dont « Le Gladiateur Borghèse » au Louvre

http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/guerrier-combattant

Tableaux néoclassiques du XIXème siècle, dont « Le Serment des Horaces » de J-L David au Louvre

http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/le-serment-des-horaces

 

 

 

 

 


Publié par duhamel le 3 février 2014 dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016
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