Arts à Duhamel
Un site utilisant LeWebPédagogique

Liberté

Le livre objet de Fernand Léger

Le livre objet de Fernand Léger

Liberté, Paul Eluard, analyse du texte

Paul Eluard (1895-1952) est un poète engagé ; aux côtés d’auteurs comme André Breton ou Louis Aragon il adhère au parti communiste pour véhiculer des idées de paix ; il refuse les principes fascistes et se lance dans la Résistance dès 1940. Il est à la tête du Comité National des écrivains zone Nord et publie Poésie et Vérité en 1942, avec le fameux poème Liberté. C’est par ailleurs un poète lyrique qui exalte les idées de paix, d’indépendance des peuples, de liberté.

« Liberté » a été écrit pendant la deuxième guerre mondiale, sous la Résistance (initiée par l’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle). Les intellectuels se sont joints aux soldats et à la population pour lutter contre l’envahisseur.?Ce texte a été parachuté en France par la Royal Air Force.

Ce poème est composé comme un hymne (poème lyrique à la gloire d’un personnage ou d’une grande idée) :

21 quatrains s’enchaînent formant une suite de couplets conduisant au mot final « Liberté ». Le rythme est dynamique car les vers sont courts (heptasyllabes). La simplicité du vocabulaire, la répétition systématique du vers « J’écris ton nom » et la construction répétitive de chaque quatrain permet de marquer les esprits.

Un inventaire du monde :

Chaque vers débute par un CC de lieu. Le poète dresse un inventaire du monde, grâce aux champs lexicaux, et donne ainsi à cet hymne une dimension universelle. Il évoque aussi différents moments de la vie (enfance, adolescence, vie d’homme).

Champ lexical de l’école : « cahiers, écolier, pupitre, pages blanches, livres »

Champ lexical de la nature : « saisons, étang, nids, genêts, mousse, nuages, oiseaux, pluie, orage…»

Champ lexical des paysages : « jungle, désert, champs, montagne, mer »

Champ lexical du voyage : « horizon, bateaux, sentiers, routes »

Champ lexical du foyer : « maison, chien fidèle, objets familiers, pain blanc »…

Champ lexical de l’amour et de l’amitié : «fiancées, merveilles des nuits, chair accordée, amis, chaque main, lèvres attendries »

Champ lexical du sacré : « images dorées, cloches des couleurs »

La liberté s’écrit ainsi dans chaque objet, chaque lieu, lui donne une couleur nouvelle. En outre elle envahit la création poétique. On remarquera les images surréalistes qui témoignent de la force créatrice et de la grande liberté du poète dans son écriture.

Ce images surréalistes sont des associations étonnantes associant des éléments du réel à des images insolites : « saison fiancées » « flot du feu béni » « vitre des surprises » « cloches des couleur » « étang soleil moisi ».

Cependant, tout au long de cet inventaire se glissent des références à la période trouble et violente de la guerre.

On repère le champ lexical de la guerre : « armes, sang, cendre», des métaphores qui renvoient à la perte : « refuges détruits, phares écroulés, absence sans désir, mur de mon ennui, solitude nue », l’inversion des valeurs fondamentales : « soleil moisi » v.22, « lune vivante » v.23. L’occupation nazie est donc évoquée, et le poème devient un manifeste, un appel à la résistance et à l’espoir.

Le rôle du poète :

Paul Eluard indique dans une interview : «  Je pensais révéler pour conclure le nom de la femme que j’aimais, à qui ce poème était destiné. Mais je me suis vite aperçu que le seul mot que j’avais en tête était le mot liberté. »

L’amour pour la femme a été transcendé par celui, universel, que le poète éprouve pour la liberté.

Le poème est plein d’une farouche volonté de transmettre un message : on peut observer l’utilisation de la première personne et du présent d’énonciation pour le verbe : « J’écris », qui revendique cette détermination.

C’est un poème d’espoir : Eluard veut redonner confiance et préparer des lendemains qui chantent. En dépit de l’Occupation, de la division de la France et du climat de terreur, la liberté de l’homme reste inaliénable : certains domaines échappent à l’oppression, notamment celui de la création artistique, des rêves, de l’imaginaire (« sur les merveilles des nuits »). Le poète est le messager et le relais de la liberté : « le tremplin de ma porte ».

Conclusion : Le poète affirme un idéal au nom duquel il appelle les hommes opprimés à se battre. C’est un acte de liberté car il écrit malgré les interdits : il revendique son rôle : « Je suis né pour » et se présente comme le messager d’une valeur humaine essentielle et universelle.

Le livre objet de Fernand Léger

Brève biographie de l’artiste 😕

Fernand Léger (1881-1955), est un peintre français, mais aussi décorateur, sculpteur, dessinateur, illustrateur, céramiste. Certaines de ses céramiques, telles que Les Trois Musiciens sont exposées dans les cours publiques du Musée des Abattoirs à Toulouse. D’abord inspiré par l’impressionnisme, il est l’un des pionniers du cubisme. Pour Fernand Léger, ses oeuvres devaient être accessibles à tous, mais en particulier aux ouvriers qui n’avaient normalement pas accès au monde de l’art. Une grande partie de ses œuvres réalisées autour de la Seconde Guerre mondiale témoignent d’ailleurs d’un engagement social et d’un esprit solidaire.

Sur la première bande est écrit le nom de l’auteur qui semble s’avancer sur un fond de couleurs vives. Sur la deuxième bande, on remarque le portrait d’Eluard dans une posture pensive, encadré du titre du poème, avec sur son doigt le mot « j’écris ». Les troisième et quatrième bandes sont consacrées à l’impression du poème ; les cinquième et sixième bandes reprennent le titre du poème accompagné du nom du peintre ; la ligne ondulatoire de la fin du mot LIBERTE mêle ses entrelacs aux lettres du nom de Fernand Léger.

Ce poème objet se caractérise par un chahut visuel ; la couleur, dissociée du dessin, semble s’amuser avec le texte et célébrer un événement. Le livre en accordéon ressemble quelque peu à un dépliant de luxe qui serait distribué au cours d’une parade de cirque en faveur de la liberté.?F. Léger manifeste sa liberté artistique qui fait écho au titre du poème. De même la technique du pochoir permet une grande lisibilité et évoque le slogan politique.

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard, Au rendez-vous allemand, 1945, Les Editions de Minuit


Publié par duhamel le 3 juin 2015 dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016
Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback depuis votre site.

Laisser une réponse

Vous devez être identifié pour écrire un commentaire.