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La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, 1789

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, Le Barbier, 1789, huile sur toile, 71 x 56 cm, Paris, musée Carnavalet. image

 

Présentation

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (DDHC) est le texte fondamental de la République Française qui énonce un ensemble de droits individuels.  C’est l’œuvre des députés qui se sont proclamés Assemblée Nationale en juin 1789. Ces articles sont adoptés par l’Assemblée Nationale le 26 août 1789 et constituent le premier acte de la construction d’une France nouvelle après les mois révolutionnaires de mai-juin-juillet 1789 qui ont vu la destruction de la monarchie absolue. Le roi est contraint de l’accepter en octobre 1789.

C’est un tableau commandé par l’Assemblée et réalisé dès 1789 qui est placé au-dessus du président de séance à l’Assemblée Nationale, sous le regard de tous les députés. Le tableau est aujourd’hui conservé à Paris au Musée Carnavalet. L’auteur est un peintre peu connu du XVIIIème siècle, Le Barbier.

La déclaration se place depuis 1789 au sommet de la « hiérarchie des normes » des textes législatifs français, qui comporte de haut en bas,

la DDHC,

-la Constitution,

-les lois et décrets,

-les réglements (comme celui de Duhamel).  

Elle est précédée d’un préambule avec les motifs.

Les droits de l’homme sont les droits civils, ceux que possède tout être humain, homme, femme, et enfant :  Egalité de chacun devant la Loi, écrire dans un journal, pratiquer un culte…

Les droits du citoyen sont des droits civiques réservés aux nationaux majeurs.  Eux seuls prennent part au vote, eux seuls peuvent être élus. Aucune mention de la France dans le texte, qui se veut universaliste, c’est à dire destiné à toute personne, quelle que soit l’époque, quel que soit le pays.

 Voir le texte manuscrit original : http://www.histoire-image.org/site/zoom/pleinecran.php?i=285&oe_zoom=517

Comment le nouveau régime se représente -t-il? 

I Description : Une nouvelle Table de la Loi

 La Déclaration est présentée comme un monument, une nouvelle Table de la Loi (avec un texte gravé dans la pierre, comme les Dix Commandements donnés à Moïse sur le mont Sinaï).

Plusieurs symboles y figurent:

1)– la femme d’âge mûr assise en haut et à gauche incarne la monarchie qui se libère des chaînes de l’absolutisme. C’est une allégorie ( représentation incarnée d’une idée).

-manteau bleu de France avec la fleur de lys, emblème des rois de France.

-couronne

-légérement dans l’ombre des nuages

-tourne son regard vers le personnage de droite, en pleine lumière.

 

2)– la jeune femme ailée en haut et à droite représente la liberté toute récemment acquise.  C’est une allégorie.

 -habillée à l’antique avec des ttissus clairs comme l’innocence

-regard tourné vers le spectateur, elle nous invite à lire la stèle.

-main droite avec un sceptre ( regalia appartenant jusqu’alors au roi) dirigé vers un triangle lumineux dont l’oeil au centre est le symbole de la connaissance et de la conscience.

-main gauche montre la déclaration des droits de l’homme.

 

3)-la chaîne de feuilles qui réunit tous les citoyens dans la fraternité.

4)-la pique (arme des sans-culottes parisiens)

5)-le bonnet phrygien rouge (symbole de l’affranchissement des esclaves dans la Rome antique),

6)-le faisceau formé de multiples baguettes liées (sous la pique) représente l’unité nationale des  83 départements ;

7) le serpent qui se mord la queue, ou ouroboros,  est un symbole d’éternité, d’éternel recommencement et d’autofécondation.

 8)-au-dessus de la Déclaration : il y a l’oeil de la Raison,  ou l’oeil du Dieu créateur, l’être suprême de Rousseau et Voltaire, rayonnant d’un triangle à la fois biblique et maçonnique. 

Voir l’analyse en images : http://hgcollege.editions-bordas.fr/enseignant/lectureimages/lecture_dimage_la_declaration_des_droits_de_lhomme_et_du_citoyen

II De nouveaux principes pour une nouvelle société

Une déclaration des droits de l’homme est une déclaration qu’on oppose à un gouvernement, à un pouvoir politique. Il s’agit de principes, de règles que les gouvernements doivent suivre. Tout gouvernement voit son action limitée par les principes énoncés dans la déclaration. Ces principes sont énoncés car ils existaient bien avant, mais la monarchie absolue en avait dépouillés les peuples.  Ils sont « naturels, sacrés et inaliénables » : on les a en naissant et on ne peut les vendre ou nous les ôter. Cette déclaration emprunte beaucoup à la Déclaration d’indépendance américaine du 4 juillet 1776. C’est La Fayette, qui combattit aux côtés des insurgés américains, qui dépose dès juillet un projet.

 

L’Article premier, le plus important, énonce : «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.» Les droits naturels et imprescriptibles (permanents, même s’ils sont parfois violés) de l’Homme sont : la liberté, la propriété, la sécurité et la résistance à l’oppression. Les articles qui suppriment les privilèges et établissent l’égalité des droits sont l’article 1 (égalité des droits), l’article 6 (la loi est la même pour tous) et l’article 13 (égalité devant l’impôt).  Sous l’Ancien régime, c’est le roi qui possède la souveraineté. D’après l’article 3, c’est la nation qui doit maintenant la détenir. L’article 10 évoque la liberté d’opinion et de culte. La liberté évoquée par l’article 11 est la liberté de communication et donc la liberté de presse.

 La Déclaration récuse les privilèges de l’Ancien Régime abolis quelques semaines plus tôt. Elle appelle implicitement à une société plus égalitaire, respectueuse des libertés fondamentales, et à la monarchie parlementaire. C’est également la condamnation de l’esclavage comme des ségrégations sexuelle, religieuse ou raciale. Elle espère rendre impossible tout retour en arrière.

Les droits de l’homme s’accompagnent de droits mais aussi d’obligations, de devoirs de la part des responsables et des détenteurs de ces droits.

 Conclusion : 

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen représente les idéaux politiques du «Siècle des Lumières». Elle s’applique aujourd’hui à l’ensemble des êtres humains, hommes et femmes réunis. Cela découle du genre neutre du mot Homme, qui désigne aussi bien les femmes que les hommes dans la langue française.

En 1948, l’Assemblée générale de l’ONU adopte la Déclaration Universelle des droits de l’homme (DUDH) qui est la première affirmation mondiale de la dignité et de l’égalité inhérentes de tous les êtres humains. Voici l’article premier

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » La DUDH est le fondement du droit international relatif aux droits de l’homme.

 

 


Publié le 21 mai 2013 par duhamel dans 3ème,4ème

Le serment du jeu de paume, de J-L David.

LE SERMENT DU JEU DE PAUME du peintre Jacques-Louis David  (1748 – 1825)

Après 1791
Huile sur toile
65 cm x 88,7 cm
Musée Carnavalet, Paris
Lire cette fiche en travaillant manuel d’Histoire HATIER 2012 ouvert sur la double-page de l’étude du tableau.
Compléter les exercices suivants pour un travail personnel plus approfondi.
Ce tableau est une commande de l’Assemblée à David : David représente donc les députés du peuple de façon positive.
1) Contexte historique : les débuts de la Révolution Française

Le 1er mai 1789 , Louis XVI convoque les Etats Généraux, réunion des trois ordres de l’Ancien Régime : la Noblesse, le Clergé et le Tiers Etat (« troisième » ordre et non 1/3 de la population!). Il faut résoudre la grave crise financière que connaît le pays. Les députés du Tiers espèrent des réformes larges, notamment la fin des privilèges.

Ils demandent le vote par tête (les députés du Tiers étant plus nombreux que ceux des deux autres ordres réunis, ils l’emporteraient), et non par ordre (Tiers serait battu par l’alliance Clergé + Noblesse), seul capable d’obtenir des réformes. La situation est encore bloquée le 17 juin 1789, lorsque le tiers état, bientôt rejoint par une partie du clergé, se proclame « Assemblée nationale », en se passant des députés des ordres privilégiés. Ils deviennent   ainsi les députés de la Nation.  La souveraineté change de titulaire, la représentation change de nature, c’est la fin de l’Ancien Régime, le début de la Révolution ! 

Le roi tente de s’opposer à cette Assemblée en faisant fermer la salle des Menus Plaisirs à Versailles, où elle se réunissait. Trouvant porte close le 20 juin, les députés, encouragés par une foule, se rendent dans un gymnase proche où l’on pratiquait le jeu de paume (c’est le député Guillotin, connu pour avoir donné son nom à la guillotine qui  leur a indiqué la présence de la salle du Jeu de paume) et y prêtent le fameux « serment de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront jusqu’à ce que la Constitution du Royaume soit établie».

Le serment fut signé par tous les représentants sauf un, dont on respecta la liberté d’opinion.

2) Description : La scène et les personnages

La salle est immense, volumineuse, et très simple (à la différence de la Sall : les députés occupent le tiers inférieur, et dans la partie supérieure, on voit la foule aux tribunes, et un rideau gonflé par un souffle vent (de la liberté?);  les spectateurs de gauche tente  de se protéger de l’orage au dehors (parapluie retourné, chapeau retenu).

Parmi les députés, on voit au centre l’astronome Bailly, président de l’Assemblée, debout sur une table, lisant le texte du serment. Au premier plan, on reconnaît certains acteurs de cette Révolution commençante, comme Mirabeau, Grégoire ou Barnave (rédigeant son journal). A gauche, un très vieux député  peut à peine tendre la main, aidé par deux hommes dont un porte le bonnet phrygien (des esclaves affranchis sous l’Antiquité). A ses côtés, un curé et un député laïc s’apprêtent à une accolade fraternelle ;  au centre gauche de la scène, un député, qu’on devine surélevé, tête tourné vers l’entrée de la salle, les deux bras élevés comme pour rendre encore plus solennel le moment ;  au centre, trois hommes se congratulent : un moine, un abbé (Grégoire) et un pasteur protestant, tous trois montrent que la religion n’est plus un élément de conflit dans le royaume (souvenez-vous de l’Edit de Nantes et de sa révocation par Louis XIV), que la tolérance chère à Voltaire existe enfin. Au premier plan, assis, l’abbé Sièyés médite, et voit arriver ce qu’il avait prévu (lui qui a écrit dans un journal début 1789 : 1 – Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? – Tout.  2 – Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? – Rien.  3 – Que demande-t-il ? – A être quelque chose.) A droite, un député refuse de participer au serment, mais semble accepté par les autres, signe d’une nouvelle tolérance et expression politiques.

La pose et le bras tendu des députés évoquent (comme le tableau Le serment des Horaces, autre tableau de David que nous verrons au Louvre) un acte de rebellion, d’insubordination face au roi, mais c’est aussi des énergies liées, un engagement collectif, un nouveau culte civique. Les acteurs, dont aucun ne nous tourne le dos, semblent jouer leur rôle comme sur une scène de théâtre. Mais il s’agit, ici, du théâtre de l’Histoire.

Le roi veut faire évacuer la salle  et le 23 juin, le député d’Aix-en-Provence Mirabeau déclare “nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes. » Les députés refusent d’évacuer.

Cet événement fondateur est à l’origine de la séparation des pouvoirs – éxécutif, législatif & judiciaire- et de la souveraineté nationale.

Voici l’extrait d’un poème écrit sur le sujet :

Ce tiers-état à la honte rebelle,

Fondateur de la liberté :
Comme en hâte arrivait la troupe courageuse,
A travers d’humides torrents
Que versait la nue orageuse ;
Cinq prêtres avec eux ; tous amis, tous parents,
S’embrassant au hasard dans cette longue enceinte ;
Tous juraient de périr ou vaincre les tyrans ;
De ranimer la France éteinte ;

André Chénier, extrait du Poème “Le Jeu de Paume”

3) L’Histoire de l’oeuvre

David n’a pas terminé son tableau,  car le cours de la révolution était plus rapide! Inachevé,  on a seulement de nombreux dessins préparatoires et un lavis, achevé, qui servit de modèle à l’édition d’une gravure.
Le tableau de Carnavalet reproduit sans doute cette oeuvre dont il a les mêmes dimensions.

Le serment du Jeu de Paume marque une première victoire du pouvoir démocratique sur la monarchie absolue. Evénement annonciateur de la Révolution, il précède de quelques semaines la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789.

L’oeuvre est souvent reprise, détournée, revisitée….

Voir  l’oeuvre contemporaine de l’artiste français Gérard Fromanger  : dans la Série L’atelier de la révolution (1988), Lumières du serment du jeu de paume

ou plus récemment une campagne de pub du CCIF,  affiche « Nous sommes la Nation »refusée par la RATP

 

Pour de plus amples informations voir le site http://www.histoire-image.org/site/lettre_info/hors-serie-revolution-francaise.php


Publié le 19 novembre 2012 par duhamel dans 4ème

12 angry men, Film américain de Sidney Lumet (1957)

 

Douze hommes en colère (12 Angry Men)

Drame judiciaire américain en noir et blanc réalisé par Sidney Lumet et sorti en salles en 1957

Le réalisateur innove doublement dans ce film:

-Par une prouesse technique d’abord : exemple paroxystique du huis clos, son film confronte un jury de douze hommes dans un espace unique, et presque en temps réel.

-Mais aussi par son propos, vibrant plaidoyer pour une justice plus égalitaire, toujours d’actualité 55 ans après la sortie du film.

I Résumé:

Aux États-Unis, à New Yoprk, en plein été, un jury de douze hommes doit statuer, à l’unanimité, sur le sort d’un jeune garçon accusé de parricide (meurtre de son père). S’il est jugé coupable, c’est la mort qui l’attend ( la chaise électrique est le mode d’administration de la mort aux Etats-Unis). Le film débute alors que le procès touche à sa fin. Un jury de douze hommes blancs écoute attentivement le discours las, cent fois répété du juge. Ils vont devoir statuer sur le sort de l’accusé. Les règles leur sont clairement expliquées : chacun va devoir donner son avis, et le jugement devra être unanime pour être validé (les jurés doivent TOUS être d’accord avec le verdict). Si l’accusé est déclaré coupable par les douze hommes, il ira droit à la chaise électrique. Alors que le jury se retire, la caméra se déplace lentement, montrant le visage de l’accusé de profil, dans l’ombre, puis de face, en gros plan. C’est un jeune garçon basané, peut-être d’origine latino-américaine. La peur se lit dans ses yeux. Ce sera la seule image que le spectateur aura de lui. Le film suit ensuite le jury, qui s’installe dans une petite pièce exigüe. Un premier vote est mis en place. Tous votent coupable, sauf un, le juré numéro huit (Henry Fonda). Il déclare avoir un « doute légitime » sur la culpabilité de l’accusé. Les débats vont commencer…Onze jurés le pensent coupable. Seul le douzième, sans être certain de l’innocence de l’accusé, a donc de sérieux doutes. Il expose fermement ses doutes et les failles de l’enquête et retourne les autres jurés un par un, révélant pour certains leurs préjugés et motivations.

II Interprétation :

  1. Douze hommes en colère est un modèle de mise en scène.Il s’agit d’un huis clos quasi parfait, puisque seules les scènes d’ouverture et de clôture du film, longues d’à peine cinq minutes, se déroulent à l’extérieur du décor principal, la pièce de délibération d’un jury dans un tribunal qui donne une atmosphère de réclusion -emprisonnement- oppressante induite par le huis clos, avec un suspense haletant, où la vie d’un adolescent tient en ces deux mots répétés douze fois : « not guilty » (non coupable).

Le film de Lumet se nourrit de l’importance des détails. Puisque le vote n’est pas unanime, les jurés vont devoir retracer tout le procès, et tenter de se convaincre mutuellement qu’il faut (ou non) envoyer l’accusé à la chaise électrique. Il ne s’agit bien sûr pas de refaire le procès à la manière d’un détective ou d’un policier. Quand le juré numéro huit déclare l’accusé non coupable, ce n’est pas qu’il est convaincu de son innocence. Comme il l’explique lui-même, il lui semble d’abord juste d’accorder quelques minutes de réflexion en plus à la vie de cet adolescent, ne serait-ce que par respect pour sa jeunesse. D’autant que ce juré n’est pas totalement convaincu non plus de sa culpabilité. Chacune des pièces de l’accusation ? un couteau, des témoignages, le plan d’un appartement, etc ? va donc être passé au crible par le jury, dans le désordre des souvenirs de chacun.

Lumet est un maître absolu du suspense. Quand Henry Fonda se lève, seul contre tous, et subit la colère des autres jurés, il est difficile d’imaginer comment il arrivera à tous les convaincre. Sera-t-il, finalement, celui qui devra céder ? Mais à mesure que l’argumentation du juré avance, d’autres vont céder, petit à petit, convaincus non pas de l’innocence de l’adolescent ? ce point est très important ?, mais qu’il existe effectivement un « doute légitime », des incohérences dans l’accusation, qui interdisent l’envoi d’un jeune garçon à la mort. Le suspense baisse avec les ralliements des jurés (un happy-end semble inévitable), Sidney Lumet en ravive le sentiment haletant et claustrophobique par un procédé extrêmement habile : alors que le film, au départ, multiplie les plans d’ensemble, la caméra se rapproche inévitablement des visages de chacun des jurés, pour finir sur des gros plans oppressants, en contre-plongée, à mesure que la tension grandit.

La tension est accentuée par deux aspects :

a-d’abord, la chaleur du « jour le plus chaud de l’année ». Tous les jurés transpirent, se plaignent et veulent en finir. La plupart votent coupable pour pouvoir s’en aller le plus vite possible. Le ventilateur qui ne semble pas fonctionner apparaît souvent en arrière-plan, comme le rappel mortifiant qu’un homme pourrait mourir simplement parce qu’à la date de son procès, il faisait trop chaud. La chaleur accentue l’énervement des jurés, leur absence de bien-être.

b- Chacun des jurés est désigné par un numéro : on ne connaît le nom d’aucun d’entre eux. Tous ont pourtant une individualité, discernée par leurs professions réciproques, mais aussi par leurs discours. Que l’un d’entre eux soit profondément raciste, un autre d’origine immigrée, ou qu’un autre encore n’ait pas vu son jeune fils depuis deux ans prend petit à petit de son importance. Par l’intermédiaire d’Henry Fonda, le juré réfractaire, Sidney Lumet pose cette question quasiment insoluble : est-il possible de rendre une décision véritablement juste, c’est-à-dire totalement extérieure à des considérations personnelles ? C’est tout le sens de ces apartés entre les jurés, qui, lorsque les débats s’éternisent ou semblent bloqués, lient connaissance, parlent de leur vie, de leur parcours ou de leur éducation… Sidney Lumet s’applique à décrire l’individualité de chacun des personnages, en les plaçant toujours adroitement dans le cadre. Chaque plan n’inclut en effet que le ou les jurés qui vont faire avancer le récit, soit par leurs déclarations, soit par leurs attitudes ou encore par un visage muet et consterné qui marquent un revirement ou un doute dans l’esprit du personnage…

Chacun des douze jurés est représentatif d’une certaine Amérique : Pas de femmes, encore moins de minorités ethniques -Noirs, Hispaniques, Asiatiques…)(et pourtant, ces Blancs vont statuer sur le sort d’un homme de couleur, détail également important), mais des classes sociales et des origines différentes.

Douze jurés, comme douze apôtres, comme douze tribus d’Israël…..

2 .La justice en question

Sidney Lumet rend d’abord hommage à la justice de son pays, qui n’autorise l’envoi d’un homme à la mort que s’il est unanimement déclaré coupable. Le système du « doute légitime » et de la nécessité pour l’accusation de prouver la culpabilité de l’accusé (à l’inverse d’autres systèmes où c’est à la défense de prouver l’innocence), n’est pas remis en cause. Ce que Sidney Lumet attaque en profondeur n’a pas grand-chose à voir avec les lois, mais avec ce qui les entourent : comme, par exemple, l’incompétence d’un avocat commis d’office, non convaincu de l’innocence d’un « client » trop pauvre pour rémunérer un meilleur défenseur…

Douze hommes en colère n’est pas un plaidoyer immédiat contre la peine de mort.

Mais le film pose l’une des pierres à l’édifice de l’abolition de la peine de mort : comment douze jurés tirés au sort, qui ne connaissent pas l’accusé, à qui l’on n’a donné qu’une vision souvent partielle des faits et qui n’ont pas directement assisté à la scène, peuvent-ils déclarer qu’un homme mérite d’aller mourir sur une chaise électrique ? Comment peut-on être certain de la culpabilité ou même de l’innocence d’un homme (cette dernière ne sera d’ailleurs jamais prouvée dans le film) ? Cinquante cinq après sa sortie, alors que des centaines d’hommes attendent encore dans les couloirs de la mort des prisons américaines, Douze hommes en colère est un film essentiel sur la justice, et qui permet d’envisager les différences entre les procés en Amérique et une cour d’assises en France.

Ce chef d’oeuvre est considéré comme l’un des meilleurs films de tous les temps.

 

 

Recherches à faire :

1) l’abolition de la peine de mort en France en 1981

2) la peine de mort dans les 27 pays de l’Union Européenne

3) La peine de mort en Chine

 


Publié le 14 juin 2012 par duhamel dans 4ème

La liberté guidant le peuple, de Delacroix (1830). (3°3/3°4)

 

1) Visionner d’abord le webdocumentaire http://www.canal-educatif.fr/videos/art/1/delacroix/la-liberte-guidant-le-peuple.html

Delacroix44

2) Document élève 

La liberté guidant le peuple , par Eugène Delacroix,  1830

3,25m X 2,60m , Musée du Louvre.

Prénom , Nom : …………………………………………………………………………………

La France est une……………………… en 1830.

Le roi Charles X veut limiter les pouvoirs de la presse le 26 juillet 1830. Le peuple dénonce cette atteinte à la …………………….d’expression,  proclamée en 1789.

Le 28 juillet 1830, le peuple de Paris occupe les rues de la capitale, et combat contre les soldats royaux qui reculent. Les 3 journées des 27, 28 & 29 juillet 1830 sont appelées les « Trois Glorieuses » ou la Révolution de 1830. Un nouveau roi, moins absolutiste, Louis-Philippe, succède à Charles X.

 

I Description de l’œuvre : Peindre le peuple sur une barricade

 

Le tableau illustre le moment de l’assaut du peuple contre les soldats.

1-Au ………………………..plan

-Garde suisse / cuirassier à terre

-Cadavre dénudé avec une chemise …………………..et une seule chaussette …………

-Un homme bléssé, un ouvrier avec un foulard,  se redresse vers la femme

2- Au ……………. plan

-Une jeune  femme puissante,  dans la posture  du  « gladiateur Borghèse », les quatre membres en opposition,  pieds nus, s’avance vers nous. Elle est habillée comme une ………………..antique. Elle porte sur sa tête le bonnet ………………… des esclaves  libérés. Elle tient un fusil, …………………………..au canon, et un drapeau …………………………qui vole au vent. Elle ressemble à la « Victoire de Samothrace » vue dans le hall.

-Un jeune ……………………………porte une redingote, un chapeau haute-forme, c’est un ……………………………………du peintre .

-Un ouvrier  le suit  , portant  une chemise et  un béret et un sabre et une cocarde……………….

-Deux enfants armés, l’un à gauche à côté de la jeune femme, a dévalisé les soldats,  en volant armes et munitions.  Il semble crier, ou chanter………………………………. En voyant le tableau, l’écrivain Victor Hugo imaginera le personnage de ……………………………….. qui meurt sur une barricade.  L’autre enfant a volé un chapeau à un policier.

3- A l’arrière-plan

-Un polytechnicien (élève d’une grande école militaire) porte un……………………

-Une foule les suit

-Un bataillon de soldats royaux attaqué par des spectateurs depuis les fenêtres des immeubles

et enfin , les  deux…………………de Notre-Dame de Paris.

 

 

4- La composition est semblable au « Radeau de la Méduse » de Géricault : plus on s’élève, plus le mouvement est dynamique

La lumière  vient de la gauche, de l’ouest, c’est la fin de la journée :

Les couleurs sont sombres, ternes, mais le……………….., le…………………..et le ………………………….reviennent partout.

 

II   INTERPRETATION : Montrer le peuple uni pour la liberté

 

Delacroix nous montre le peuple, réel, divers, des ……………………… riches et des ouvriers……………………, des enfants et des adultes, tous unis pour défendre la liberté.

C’est la volonté du peuple qui gagne contre la volonté royale.

 

Ils sont guidés par une femme irréelle, qui incarne la liberté, c’est une ……………………………..(représentation humaine d’une idée abstraite). Cette femme va devenir aussi  un symbole de la France,  Marianne.

Elle combat  avec ses symboles : le drapeau bleu-blanc-rouge , et « La Marseillaise », écrite en 1792 . Le tableau illustre une strophe de notre………………………. national.

 

Amour sacré de la Patrie

Conduis, soutiens nos bras vengeurs

Liberté, Liberté chérie

Combats avec tes défenseurs!

Sous nos drapeaux, que la victoire

Accoure à tes mâles accents

Que tes ennemis expirants

Voient ton triomphe et notre gloire!

III Travail à faire à la maison pour approfondir

-LIRE«  La mort de Gavroche » sur http://lettres.ac-rouen.fr/francais/romantik/miserabl/auteurs/gavroche.html

-ECOUTER « La faute à Voltaire », la chanson que chante Gavroche en mourant

http://www.youtube.com/watch?v=zE6Ct4WBRow

-CHANTER La Marseillaise (TOUS les couplets…….) http://www.youtube.com/watch?v=0u8muW3HpPI

 

Plantu / 10 janvier 2015

 

 

 

 

 


Publié le 3 mars 2012 par duhamel dans 3ème,4ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Bibliographie concernant l’histoire des arts

C.D.I. 21/11/2011

 

QUELQUES RESSOURCES POUR L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE DES ARTS

 

 

Histoire de l’art pour tous / N. Laneyrie-Dagen ed. Hazan, 2011

 

Histoire de l’Art / E.H. Gombrich ed. Phaidon, 2001

 

Histoire visuelle de l’Art / C. Frontisi ed. Larousse, 2001

 

Le Musée de l’Art: 500 artistes et leurs chefs-d’oeuvre ed. Phaidon, 2001

 

L’Aventure de l’art au XIXème siècle: peinture, sculpture, architecture /J.L. Ferrier

L’Aventure de l’art au XXème siècle / J.-L. Ferrier ed. du Chêne, 1991

 

La Petite encyclopédie de l’Art / B. Govignon ed. Du Regard / R.M.N., 1995

 

L’Architecture de la République / J.-Y. Andrieux (confié à Mme Bénistant)

 

Promenades au Louvre en compagnie d’écrivains, d’artistes et de critiques d’art / J. Galard ed. Robert Laffont, 2010

 

Pour enseigner l’histoire des arts. Regards interdisciplinaires / B. Duvin Parmentier

ed. SCEREN CRDP Amiens, 2010

 

Images : une histoire mondiale / L. Gervereau Nouveau monde éditions/SCEREN

2008

 

Ces images qui nous racontent le monde / E. Godeau Albin Michel, 2007

 

….ainsi que plusieurs ouvrages consacrés à des peintres ou des courants picturaux, à l’art des différentes civilisations, à la musique, au cinéma etc…

 

Les revues Arkéo Junior et surtout Le Petit Léonard (« le magazine d’initiation à l’art ») auxquelles le CDI est abonné depuis plusieurs années peuvent également être une source intéressante d’informations.

A noter aussi que la N.R.P. [Nouvelle Revue Pédagogique] -destinée en priorité aux professeurs de Lettres -prend désormais en compte dans ses articles l’enseignement de l’Histoire des Arts.

 

Tous ces documents sont référencés dans la base de données du C.D.I., accessible désormais sur Internet, à l’adresse suivante:http://0752192A.esidoc.fr/

 

 

 

 

 

 


Publié le 24 novembre 2011 par duhamel dans 3ème,4ème,5ème,6ème,Bibliographie,Méthode : lecture d'image

Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830. (3°3/3°4)

 

 

 

 

 

Ce tableau a été peint par Eugène Delacroix (1798-1863) en 1830, peintre parisien résolument anti-républicain, aux lendemains de la Révolution des Trois Glorieuses, les trois journées des 27, 28 et 29 juillet 1830. Comment ce tableau est-il devenu le symbole de la République????

Contexte historique :

En 1815, la monarchie est restaurée après la chute de l’empereur Napoléon Ier.

Les deux frères de Louis XVI , Louis XVIII (de 1815 à 1824) puis Charles X ( de 1824 à 1830), occupent le trône. Charles X est un défenseur acharné de l’absolutisme monarchique, renversé pourtant en 1789. Le 26 juillet 1830, il censure la presse et réduit un droit de vote déjà très limité. Mené par des polytechniciens, le peuple de Paris réagit rapidement et construit des barricades. Durant trois journées des 27,28 & 29 juillet 1830, appelées les « Trois Glorieuses »,  les parisiens se battent dans les rues de Paris. Charles X doit quitter la France. Louis-Philippe d’Orléans devient roi, succédant à son cousin, c’est le début de la monarchie de Juillet. La seconde République ne s’installe qu’en 1848.

A première vue, ce tableau donne une image de la république triomphante. Il représente une journée révolutionnaire sur une barricade le 28 juillet 1830.

I- Description de l’œuvre :

a) Description générale :
Les parisiens, toutes classes sociales et générations confondues, se révoltent et déchaussent les pavés pour en faire des barricades. Au sommet des tours de Notre-Dame, on peut apercevoir le drapeau français. Au fond du tableau, les soldats se font tirer dessus par les révolutionnaires. On peut penser que la scène se passe sur la rive gauche, boulevard Saint-Michel. La signature du peintre est rouge et très visible à l’intérieur de la scène.

b) Les personnages ont leurs corps  tournés vers le spectateur, même s’ils regardent dans des directions différentes:

• La femme porte le bonnet phrygien, symbole des esclaves affranchis à Rome, et repris par les Révolutionnaires en 1789; son visage se découpe en profil grec comme une médaille. Derrière sa tête, une auréole de fumée fait l’effet d’une auréole divine ; elle tient un fusil à baïonnette et brandit le drapeau tricolore ( celui qui montre l’unité de la Nation : le bleu et le rouge sont les couleurs de Paris, le blanc celui de la monarchie). Elle est la personne la plus animée du tableau. Delacroix lui a fait prendre la posture du gladiateur Borghèse, sculpture antique du Louvre avec les quatre membres en opposition;  elle apparaît telle une déesse antique, et semble également inspirée de la victoire de Samothrace. C’est une allégorie : la représentation incarnée d’une idée. C’est elle qui donnera son visage à la France : Marianne, incarnation de la République représentée sur tous les logos officiels.

Les allégories sont beaucoup utilisées depuis la Révolution de 1789 : voir les deux femmes sur la stèle de la Déclaration des Droits de l’homme, l’une représentant la France monarchique se défaisant des chaînes de l’absolutisme, l’autre la Raison appelant le peuple à suivre les valeurs de la Déclaration.


• Le jeune garçon marche vivement comme Marianne, il épouse ses gestes. Victor Hugo s’inspire de ce jeune homme pour inventer « Gavroche » dans les Misérables.

Gavroche meurt lors d’un combat sur une barricade en chantant :

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute …

 

• On peut penser que le bourgeois que l’on voit est Delacroix, son sabre est volé aux morts. Victor Hugo  s’en inspire également pour le personnage de Marius dans Les Misérables.
• Un ouvrier implore la femme lors de son dernier souffle.

• Le cadavre du soldat au premier plan a été pillé, il ne lui reste qu’une chaussette.
• Un élève de l’école polytechnique est représenté (bicorne).

c) Les couleurs :
Le bleu, le blanc et le rouge reviennent en permanence sur ce tableau. On les aperçoit sur tous les personnages ainsi que sur le drapeau français. Mais on peut également observer des couleurs sombres comme le marron et le noir.

d) La lumière vient de la gauche, donc de l’ouest, la scène se déroule en fin de journée.

e) la composition pyramidale, triangulaire : la vie et l’espérance sont représentées au milieu du tableau, en haut. En bas, la mort et le désespoir.
(voir ci dessous « le radeau de la Méduse » de Géricault (1820)  & dans la même galerie du Louvre à qui Delacroix emprunte la composition)

II L’analyse de l’œuvre

Pourquoi le tableau de Delacroix est-il devenu plus célèbre que l’événement qu’il représente ?

Ces scènes de bataille ont souvent été représentées par les peintres de l’époque en utilisant des vues panoramiques avec des personnages très petits dans le tableau, c’est exactement le contraire du procédé de Delacroix. Le spectateur est placé très bas devant des figures aussi grandes que lui.

La place du chef est réservée à une femme. Elle joue un rôle-clé au sommet d’une pyramide de corps et se trouve au point de rencontre de ligues obliques, elle attire le regard du spectateur et celui des hommes du tableau qu’elle domine. On se demande ce que peut faire une femme à moitié nue au milieu des coups de feu.

Son style vestimentaire est emprunté aux statues des déesses grecques antiques comme la Vénus de Milo et porte le bonnet phrygien, symbole d’émancipation, qui rappelle que le peuple français doit se battre pour conquérir sa liberté devant la menace absolutiste de Charles X.
Cette femme est allégorique, elle n’a ni nom ni histoire personnelle et incarne une idée abstraite : la liberté. Delacroix a souhaité exprimer l’idée qui a guidé le mouvement. Le tableau montre la volonté populaire. Toutes les parties de la société sont représentées et expriment une même soif de liberté : les acteurs, tous en mouvement, semblent vouloir sortir de la toile, et se battre pour leurs idées. La Révolution semble un torrent qu’on ne peut arrêter tant que ses aspirations n’auront pas été satisfaites.

Au XIXème siècle toutefois, le tableau ne séduit pas : il est accablé d’injures car ici l’allégorie n’est pas idéalisée (comme dans le tableau de la Déclaration des droits de 1789) mais représentée parmi le peuple, dénudée, et un peu vulgaire pour les spectateurs de l’époque. Les autres personnages font figure de délinquants avec port d’armes illégales. Le peintre n’a pas cherché à être séduisant : dans ce tableau la violence est omniprésente et les détails sont macabres.

Ici, l’image du peuple se rapproche de ce qu’on appelait « la populace ». Ce tableau pose question, quand on connait les convictions politiques d’Eugène Delacroix.
A-t-il voulu, par cette œuvre, faire l’éloge ou la caricature d’une démocratie ? Il a montré la complexité des luttes, le dynamisme de la Révolution, toujours violente.

Le tableau vient de rejoindre l’antenne du Louvre à Lens, ancienne cité minière du Nord, que les gouvernements récents ont souhaité « revitalisé » en y créant la première antenne du Louvre en province.

L’œuvre avait déjà quitté Paris pour  Tokyo en 1999 et  Strasbourg en 2004.

La Liberté a servi de Marianne sur les timbres de 40 centimes. Elle figure sur des pochettes de disque pour la MarseillaiseÇa IraLe Temps des cerises et L’Internationale.

En fait Delacroix n’a jamais été un insurgé. Il était sceptique face à la démocratie.

Louis-Philippe avait acheté son 28 juillet 1830, cette allégorie de type classique inclue dans une vue réaliste, comme le veut le tout jeune goût romantique. C’est cette «désidéalisation» qui a choqué. Elle ne choque plus aujourd’hui.

 

 

 

 


Publié le 22 novembre 2011 par duhamel dans 3ème,4ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016,Visites de musées