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Bruegel, La chute d’Icare.

Classe de CM2/6ème Lecture d’image

  BRUEGEL : Paysage avec la Chute d’Icare (vers 1558)

74cm X112cm / Musée royal, Bruxelles, Belgique

Déroulement de la séance :

Comparaison du titre et de tableau

Examen méthodique de l’image

Essais d’interprétation

Texte d’Anne Philippe (extrait)

Le récit : Dédale & Icare

 

(Les élèves travaillent sur une (ou des) photocopie(s) noir et blanc , d’une règle, de crayons de couleurs, pour leurs travaux ou recherches, tout en disposant de l’original couleur sur l’écran en salle informatique /ou sur le TNI- grand format-)

1. Comparaison du titre et du tableau

On demande aux élèves de comparer le titre « Paysage avec chute d’Icare » et le contenu de l’image, ils peuvent réfléchir sur :

– le lien (surprenant) entre les deux éléments (un paysage / Icare)

– le caractère paradoxal d’un paysage qui occupe tout l’espace, alors qu’Icare est à « deviner » dans les deux jambes qui  entrent dans l’eau

Cette première étape peut être l’occasion :

– d’un bref rappel de la légende d’Icare : Dédale et son fils Icare, enfermés dans le labyrinthe qu’ils viennent de construire pour emprisonner le Minotaure, se fabriquent des ailes avec des plumes et de la cire, afin de s’échapper (voir récit en fin d’étude)

– de la formulation de premières hypothèses que l’examen méthodique de l’image permettra de vérifier.

 

2. Examen méthodique de l’image :  « ce que je vois »

 Quatre exercices « concrets » sur l’image :  les élèves travaillent à la règle ou au crayon sur une photocopie noir et blanc ou sur une représentation schématique du tableau (face à l’image couleur plein écran).

Premier exercice : recherche de la composition,  en déplaçant une règle sur le tableau, de manière à faire apparaître :

– la construction selon des plans en diagonales

– soutenue par le dégradé des couleurs (du sombre -le rocher- au clair -le soleil),

– qui divise en fonction des activités humaines (rocher stérile, labourage et pâturage, pêche et navigation … jusqu’au ciel où Icare devrait être)

Deuxième exercice : tracé du « chemin du regard »

La consigne est de chercher ce qui attire en premier le regard (tache rouge du vêtement du laboureur?) et de figurer sur la feuille de travail le déplacement du regard pour embrasser l’ensemble du tableau.

(Dans un mouvement circulaire, le regard peut suivre la direction de l’attelage, remonter le long des arbres, embrasser l’horizon pour retomber en fin sur le dernier motif important, le bateau . Véritable microcosme qui enferme l’ensemble des activités humaines productives – Icare se trouve en dehors de ce cercle, on le découvre en dernier, comme par hasard).

Et les couleurs ? Les couleurs froides, notamment le vert et le bleu, dominent largement. Le soleil couchant (ou levant) revêt le paysage d’une lumière dorée mais diffuse. Les tons bruns de la voile et des rochers restent très doux. Seules les manches rouges du laboureur tranchent vraiment, attirant le regard.

Troisième exercice : observation de l’attitude des personnages

La consigne consiste à tracer pour chaque personnage (laboureur, berger, pêcheur, marins dans la mâture …) une flèche qui indique la direction de leur regard. On peut noter aussi la direction de la charrue et la direction du vent dans les voiles…

Il est alors facile de conclure sur la divergence des regards (qui ne se croisent pas), ainsi que sur la direction d’ensemble (vers la gauche, tournant le dos à Icare), signes que chacun est absorbé par son occupation, ignorant le sort d’Icare qu’il ne voit pas. 

CL = Les personnages n’ont aucune relation les uns avec les autres. Le pêcheur est penché sur l’eau, le laboureur a les yeux rivés sur son sillon. Le berger regarde le ciel, d’où vient de tomber Icare. Chacun s’occupe de sa tâche et personne ne semble voir le noyé.

Bruegel représente trois activités liées à l’exploitation des ressources naturelles : la culture, l’élevage et la pêche.

Quatrième exercice : étude des lignes qui structurent les motifs principaux (attelage/laboureur, arbres et montagne, bateau …)

Il s’agit de faire apparaître les nombreuses lignes horizontales et verticales, qui en donnant stabilité au tableau contribuent à l’atmosphère de sérénité (même le vent qui pousse le navire n’affecte en rien le calme du paysage)

3. Essais d’interprétation : « qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? »

Demande de formulation en quelques phrases, à l’oral, par groupes, d’une interprétation du tableau,

– penser au paradoxe du titre (puisque la chute d’Icare n’est pas le motif principal du tableau)

-refus du tragique;vision d’une nature sereine, d’une terre féconde, d’une société laborieuse indifférente au drame d’Icare (vision à laquelle Bruegel oppose la fin tragique de l’homme victime de ses ambitions ?)

-l’homme doit travailler, ne pas se laisser détouner par les « fous », c’est un tableau qui montre la  nouvelle confiance en l’homme, celle des Humanistes de la Renaissance, et la place secondaire de la religion.

Renvoi pour conclure  au  texte d’Anne PHILIPE dans « Le temps d’un soupir »

4. Prolongements

– Lecture de l’article du Petit Robert II sur BRUEGEL l’Ancien (Pieter) – ce qui permet de faire découvrir l’existence des 2 autres Bruegel – article dont on peut retenir quelques phrases qui semblent concerner ce tableau :

« …oeuvres animées d’un mouvement giratoire ou établies suivant de grandes diagonales. » « Le paysage aux rythmes amples et sereins contraste souvent avec le caractère dérisoire ou ridicule de l’activité ou du destin humain.

– Consulter d’autres oeuvres de BRUEGEL ou sur Icare, comme : http://carta.org/art/bruegel/ ?http://firewall.unesco.org/visit/pages_fr/f2_f9.html (Picasso : la chute d’Icare)

http://www.rip.ens-cachan.fr:8080/~latapy/Bruegel/

http://www.art-vertical-boutique.com/detail.php?reproduction=d%E9dale+et+icare&peintre            – 4 -=vien&toile=153   ( tableau de VIEN)

– Film  BRUEGEL, Le moulin et la croix , sorti en décembre 2011. Film polono-suédois de Lech Majewski avec Rutger Hauer, Charlotte Rampling. (1h31).

– Extrait du livre d’Anne PHILIPE « Le Temps d’un soupir » ?? Le vol d’Icare de Breughel, plein de soleil, est l’expression même de la solitude, non pas de l’égoïsme, mais de l’indifférence qui isole les hommes les uns des autres. Il a sans doute raison, ce laboureur, de tracer son sillon pendant qu’Icare se tue. Il faut que la vie continue, que le grain soit semé ou récolté pendant que d’autres meurent. Mais on souhaiterait qu’il lâche sa charrue et aille au secours de son prochain. Je me trompe peut-être et sans doute ignore-t-il qu’un homme se tue. Il est aussi inconscient que la mer et le ciel, que les collines et les rochers. Icare meurt, non pas abandonné mais ignoré. Chacun de nous est comme ce laboureur. Chaque fois que l’on sort, on passe à côté d’un désespoir, d’une souffrance ignorée. On ne voit pas les regards implorants, ni les misères de l’âme ou du corps. Je suis loin de mon prochain. Si j’en étais vraiment proche, j’abandonnerais toujours sans même y réfléchir ce que je suis occupée à faire, pour aller vers lui.? Nous avions été Icare. Dehors, le monde continuait.

Le récit :Icare et Dédale

?Minos, roi de Crète, était un homme cruel et malveillant. Un jour, il envoya un message à Dédale, célèbre sculpteur et inventeur. « Viens sur mon île en compagnie de ton fils. J’ai du travail pour toi. »

Dédale et son fils Icare s’embarquèrent immédiatement pour la Crète. Une fois sur place, ils furent accueillis par le roi dans son immense palais de Cnossos. « Je veux que vous construisiez un labyrinthe secret dans les sous-sols du palais, ordonna Minos. Mais vous n’en soufflerez mot à personne. Je veux qu’il y ait des tunnels si tortueux que quiconque y pénétrera n’en pourra plus jamais sortir. »

Dédale ne savait pas pourquoi le roi désirait cet étrange sous-sol, mais lui et son fils obéirent aux ordres et se mirent au travail. Lorsque le labyrinthe fut enfin terminé, Dédale découvrit son secret. Il servirait de prison pour le Minotaure, terrible monstre à tête de taureau et à corps d’homme qui dévorait chaque année (suivant Apollodore), tous les sept ans (suivant Diodore), ou tous les neuf ans (suivant Plutarque), des jeunes garçons et des jeunes filles.

 

Lorsque Dédale alla trouver le roi pour se faire payer, Minos refusa. « Toi et ton fils, vous êtes les seules personnes au monde à pouvoir ressortir vivantes du labyrinthe. Je ne peux pas vous laisser partir » hurla-t-il.

Le roi appela ses gardes, qui emmenèrent Dédale et son fils et les enfermèrent dans un donjon. Bien qu’ils aient assez à manger, les deux prisonniers ne pensaient qu’à une chose : s’évader. En regardant des oiseaux s’envoler en direction de la mer, Dédale eut soudain une idée.

Chaque jour, il déposait de la nourriture pour les oiseaux qui venaient se percher sur le rebord de la fenêtre. Chaque jour, il recueillait quelques-unes de leurs plumes. Au bout de plusieurs mois, il se mit au travail en secret, de sorte que les gardes ne s’aperçoivent pas de ce qu’il faisait.

Un matin, Dédale réveilla Icare très tôt. « Enfin, tout est prêt ! Nous partons. » Icare écarquilla les yeux en voyant son père tirer de dessous son lit quatre ailes immenses. Il les avait fabriquées avec des plumes, qu’il avait collées ensemble à l’aide de cire.

« Allons, debout ! ordonna Dédale à Icare. Je vais fixer deux ailes à tes épaules et à tes bras. Ensuite, tu attacheras l’autre paire à mes propres épaules. » Cela fait, il s écria : « Nous sommes prêts. Viens près de la fenêtre, mon fils ! »

Tous deux prirent place sur le rebord de la fenêtre. En regardant vers le bas, Icare fut pris de panique.?« J’ai peur, avoua-t-il d’une voix tremblante. Tu es sûr que ces ailes vont fonctionner ??- Suis-moi et fais comme moi, répondit Dédale. Ne vole pas trop près de la mer, car les embruns pourraient mouiller les plumes. Et ne vole pas trop haut, sinon le soleil risquerait de faire fondre la cire.?- J’y vais » s’écria Dédale. Et il s »élança dans le vide.Icare le regarda planer, les ailes bien écartées. Puis, respirant à fond, Icare sauta à son tour. Au début, il descendit en piqué, mais il sentit bientôt ses ailes le maintenir en l’air. Il rejoignit bientôt Dédale.

C’est merveilleux ! s’écria-t-il. Nous sommes vraiment en train de voler.»?Ils s’éloignèrent à tire-d’aile. Enfin, ils s’étaient échappés de leur donjon ! Tout à sa joie, Icare fondit tel un aigle vers la surface de l’eau et remonta vers le ciel aussi haut que ses ailes le portaient. Il avait oublié le conseil de son père. Il avait oublié qu’il ne devait pas s’approcher du soleil.

Ce qui devait arriver arriva : la chaleur du soleil fit fondre la cire et les plumes commencèrent à se détacher.

Sous les yeux horrifiés de Dédale, Icare descendit en chute libre et s’abîma dans les flots, où il se noya, entre Samos et Patmos, dans la mer depuis appelée icarienne. Dédale n’avait rien pu faire pour sauver son fils. Tristement, il poursuivit son vol jusqu’en Sicile, où il atterrit sans encombre.

La légende ajoute que le corps d’Icare fut roulé par les vagues jusque sur le rivage, où il fut recueilli et enterré par Héraclès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 3 mars 2012 par duhamel dans 6ème,Liaison CM2/6ème