Arts à Duhamel
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Don Quichotte, acte II de Massenet

Don quichotte pour site Musique-1

Lien vers la scène 3 de l’acte 2 : récitatif, air des Géants et final instrumental avec Marc Minkowski (Sancho) et José Van Dam (Don Quichotte), mise en scène de Laurent Pelly

L’acte II de cette « comédie héroique » est totalement dédié au fameux épisode des moulins . Il ne met en scène que deux personnages, Don Quichotte et son serviteur Sancho Panza. D’une durée de 13 minutes, cet acte plein d’humour se découpe en huit épisodes (3 scènes): « Perdus dans la brume matinale, Don Quichotte et son serviteur Sancho sont à la recherche des bandits inventés par Dulcinée…Confondant moulins et géants, Don Quichotte va se ruer à l’attaque des moulins… »

Scène 1. : 1. début instrumental qui a valeur de récitatif instrumental,

Perdus dans les brumes matinales, Don Quichotte et Sancho avancent dans la plaine avec leurs montures

Entrée en scène

temps dramatique et théatral

Scène 1 : 2. Aria

Air de Don Quichotte,

Don Quichotte invente un poème d’amour à Dulcinée

Temps musical

Scène 1: 3. Aria/récitatif en duo de Sancho et Don Quichotte

Sancho se plaint à son maitre

Mélange de drame et musique

Scène 2 : 4. Récitatif

Sancho et Don Quichotte,

Maitre et serviteur dialoguent. Sancho tente vainement de rendre raison à son maitre aveuglé par l’amour

temps dramatique et théatral

Scène 2 : 5. Aria

Air de Sancho

Sancho « accuse » la gente féminine de tous les malheurs des hommes, du sien et de celui de son maitre

Temps musical

Scène 3 : 6. Récitatif

Sancho et Don Quichotte,

Les brumes se dissipent laissant voir des moulins que Don Quichotte s’imagine être des géants à abattre

temps dramatique et théatral

Scène 3 : 7. Aria

Air de Don Quichotte,

Don Quichotte sur son destrier se rue à l’assaut des moulins

Temps musical

Scène 3 : 8.Final instrumental en apothéose scénographique

Don Quichotte est emporté dans les airs tandis que sa lance se coince dans l’aile d’un moulin

Sortie de scène ; temps dramatique et théatral

 

Cela donne une structure en équilibre par alternance qui donne à la fois de l’espace à l’intrigue ici au ton comique et au chant proprement dit :

  • passages instrumentaux qui ouvrent et ferment l’acte.et récitatif

Les récitatifs (n.4 et 6) permettent de passer à et mettre la lumière sur un personnage et de les faire interagir

L’introduction instrumentale joue le rôle d’un récitatif car il accompagne l’arrivée des deux personnages sur scène

  • 3 Arias (airs)

Don Quichotte

Sancho

2 airs en solo dont le dernier qui est le plus important de tout l’acte II

1 air en solo intercalé entre les deux arias en solo de Don Quichotte

Un air en duo teinté de courts passages récitatifs

Le livre original de Cervantes date de 1605 et s’appuie sur la tradition du roman médiéval chevaleresque en mettant en scène un personnage fantasque, naif et épris de chevalerie, amoureux d’une paysanne qu’il prend pour une reine, accompagné d’un faire-valoir tout autant grotesque. Chacune des péripéties est un prétexte à dénoncer un code de vie qui n’est plus…

Cette histoire a depuis inspiré bon nombre d’autres artistes . Pas moins de 14 opéras lui sont consacrés, dont celui de Massenet en 1910 qui en modifie l’intrigue.

Don Quichotte vu par Picassopicasso-lit-01Don Quichotte vu par DaliDali Don Quichotte

Don Quichotte vu par Octavio Campo

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Publié le 1 juin 2016 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Don Quichotte

L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche » est un chef-d’œuvre de la littérature universelle réalisé par Miguel de Cervantes Saavedra et publié en deux partie en 1605 et 1615. L’objectif de l’auteur était avant tout pédagogique.Cervantes souhaitait en effet critiquer le monde chevaleresque et courtisan à travers la parodie des romans de chevalerie qui étaient très populaires à l’époque.

Le roman raconte les aventures de l’hidalgo Don Quichotte qui, rendu fou par la lecture de livres de chevalerie, décide de quitter son village en quête d’aventures semblables à celles de ses héros littéraires, dans le noble objectif de faire justice et protéger les plus faibles. Don Quichotte répond à tous les codes de la chevalerie en choisissant son écuyer, en se faisant appeler Don Quichotte alors qu’il s’appelle Don Alonso Quijano, en se battant pour sa Dame simple paysanne transformée par l’imagination de notre héros et en donnant un nom à son vieux cheval « Rocinante » mais Don Quichotte est tourné en « ridicule » et nous nous trouvons face à une parodie de chevalier.

La figure de Don Quichotte a été reprise maintes fois. Dans notre langue française, sans le savoir nous employons des termes faisant référence à l’œuvre de Cervantes comme par exemple:

« Ma Dulcinée »

« Se battre contre des moulins à vent »

L’œuvre de Cervantes a été adaptée par Massenet dans un opéra et la figure de Don Quichotte a été dessinée et peinte par de nombreux artistes (Daumier, Picasso, Gustave Doré ,Dalí….)

 

Nous étudierons ici plus particulièrement une gravure de Gustave Doré et un dessin de Picasso. Puis nous tâcherons d’analyser L’Acte II de l’opéra de Massenet étudié en cours de musique.

 

Gravure de Gustave Doré

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Gustave Doré est un illustrateur, graveur et dessinateur français né en 1832 et mort en 1883.

La gravure étudiée en classe date de 1863.Gustave Doré avant de démarrer l’illustration d’une des versions françaises de Don Quichotte a entrepris un voyage en Espagne afin de s’imprégner de la culture.

La gravure que nous allons étudier reprend le passage : « Son imagination se remplit de tout ce qu’il avait lu dans les livres (…) »

Cette gravure est en noir et blanc. Au centre on y voit Don Quichotte, on le reconnaît par sa grande taille, sa moustache, son visage émacié et son aspect élancé Il est assis et tient dans sa main droite une épée et dans sa main gauche un livre. Tout autour de lui il ya une multitude d’objets et de personnages qui semblent être disposés de façon désordonnée ce qui donne une impression de confusion. En effet Gustave Doré met en scène Don Quichotte juste avant que celui-ci ne décide de devenir chevalier errant.

Le livre que Don Quichotte tient dans sa main représente tous les romans de chevalerie lus par lui et l’épée symbolise sa volonté de devenir chevalier.

Parmi les personnages autour, on peut distinguer une dame, des chevaliers. On y voit aussi des personnages imaginaires et une tête de géant. Tous ces personnages sont traditionnellement présents dans les romans de chevalerie. On voit aussi des armures, des épées des chevaux ….

Gustave Doré en entourant Don Quichotte de tous ces personnages et ses objets montrent le passage de la réalité à la fiction, de la raison à la folie.

Dessin de Picasso :

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Pablo Picasso est un peintre espagnol ayant vécu en France. Il est né en 1881 et est mort en 1973.

Ce dessin date de 1955.

Ce dessin est en noir et blanc et on y voit Don Quichotte à droite.Il monte à cheval, sur son cheval nommé Rocinante mot inventé venant de Rocín en espagnol et qui signifie, vieux cheval, vieille monture. Picasso ne représente que la silhouette de Don Quichotte mais on le reconnaît grâce à sa grande taille, sa lance son armure, son casque de chevalier et sa barbe.

A ses côtés, son fidèle écuyer Sancho Panza, que l’on reconnaît car il est monté sur son âne, est petit par la taille et comme son nom de famille l’indique (car il signifie  la panse), a de l’embonpoint.

Picasso représente Don Quichotte en chevalier errant contrairement à Gustave Doré. Sancho et lui sont déjà sur les routes. Sur ce dessin, nous avons une indication : la représentation des moulins à vent faisant allusion à la scène où Don Quichotte se bat contre des moulins à vent les prenant pour des géants. La figure du géant était représentée dans la gravure de Gustave Doré car c’était une figure habituelle des romans de chevalerie et préfigurait finalement la scène des moulins à vent.

Conclusion :

Nous avons ici deux représentations du héros de Cervantes à deux moments différents de l’œuvre. La première, avant son départ sur les routes de la « Mancha » pour ses « fausses » aventures. On y comprend la folie de Don Quichotte et la perte de toute raison. Le dessin de Picasso représente le chevalier errant et fait allusion à la scène où celui-ci se bat contre des moulins, malgré les avertissements de son fidèle écuyer garant de sa raison.

Grâce à ce héros « à la triste figure », Cervantes présente une parodie d’une certaine société de l’époque et y présente un héros ridicule et parodique qui pourtant au travers de toute les représentations artistiques et littéraires est devenu un véritable « mythe ».


Publié le 1 juin 2016 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Les affiches électorales des années 30

  Les affiches électorales

Affiche anticommuniste d’une ligue d’extrême-droite (1934)

Capture d’écran 2015-11-25 à 20.01.28

 

Affiche antifasciste des communistes français (1936)

Capture d’écran 2015-11-25 à 19.56.32

Contexte historique

Les communistes français s’engagent dans le combat antifasciste.

Hitler est au pouvoir en Allemagne depuis le 30 janvier 1933 et Staline accepte la possibilité d’une alliance des communistes français avec les socialistes et les radicaux-socialistes, qualifiés pourtant de partis « bourgeois ».

En France, la montée en puissance des ligues d’extrême droite, dont la crise du 6 février 1934 est la manifestation la plus visible, justifie l’adoption de la « politique de la main tendue » (aux socialistes et aux radicaux) par Maurice Thorez, le dirigeant de la S.F.I.C. (communiste).

Socialistes dirigés par Léon Blum, communistes conduits par Thorez et radicaux menés par Saladier  signent alors des accords électoraux qui leur permettent de remporter largement les élections législatives de 1936 et de former un gouvernement de «Front populaire ».

 

 Analyse de l’image

 

Le « couteau entre les dents » est conçu comme une référence à l’affichiste Petit en 1934, qui représente un Staline impressionnant de bestialité.

 

En effet, Cabrol recourt ici au même cadrage pour Hitler, qu’il résume dans un « ça » profondément méprisant et auquel il oppose radicalement le terme « communiste ». Enfin, le manche même du couteau est ici aussi orné de symboles distincts :

– la tête de mort des Croix-de-feu à gauche,

-le casque ailé et l’épée des Jeunes Patriotes au centre,

– la fleur de lys de l’Action française à droite.

 

Cabrol ajoute à la symbolique initiale des thèmes proprement communistes.

– il attire le regard non sur le sang de la lame du couteau, teintée de rouge de manière diffuse, mais sur son fabricant : l’affichiste dénonce la collusion du grand patronat allemand (Krupp), voire d’une partie du patronat français (De Wendel) avec les nationaux-socialistes.

– la moustache de Hitler, loin de rappeler des flammèches comme dans le cas de la chevelure de Staline, dessine clairement une aigle impériale allemande.

 

De fait, Cabrol se distingue par le caractère parodique de son dessin : les pupilles rappellent des svastikas, les oreilles et le nez du dictateur nazi sont rouges, ses traits complètement déformés, sa fameuse frange tout à fait exagérée.

 

 Interprétation

 

La symbolique du couteau entre les dents connaît un succès grandissant en France. Dès 1919 la couverture d’une brochure appellent les Français à voter contre le bolchevisme lors des élections législatives.

En 1934, les Républicains nationaux d’Henri de Kérillis réactivent le symbole en plaçant cette fois le couteau entre les dents non plus d’un bolchevik ivre de sang, mais d’un Staline diabolisé.

En 1936, à la veille des élections législatives qui vont donner la victoire au Front populaire, Cabrol, le caricaturiste du Populaire, journal communiste, renoue lui avec le détournement de l’emblème de l’anticommunisme.

 

En effet, dès le début des années 1920, des initiatives locales avaient fait défiler des ouvriers le couteau entre les dents. Ici, il s’agit d’une affiche électorale, comme en témoignent à la fois le slogan, limpide et direct, et la mention possible, en bas à gauche, du candidat de la circonscription où serait placardée l’affiche.

 

Dans un style volontairement caricatural, cette parodie perpétue l’ancrage du symbole du couteau dans l’imaginaire national, tout en dévoilant nettement l’alternative pour les Français : Hitler ou Staline, « national » ou « communiste », barbarie ou Front populaire.

 

Cet notice est une large reprise d’une page internet. Voir Auteur : Alexandre SUMPF http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=738&oe_zoom=1307&id_sel=1307#sthash.ivL2sjYH.dpuf


Publié le 25 novembre 2015 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Poésie engagée : Strophes pour se souvenir ( Aragon) et l’Affiche rouge

Strophes pour se souvenir

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
1

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée2 ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

Louis Aragon, Le Roman Inachevé, 1956

1. Erivan : capitale de l’Arménie

2. Mélinée : prénom de l’épouse de M. Manouchian

Analyse du poème Etude linéaire

Introduction :

  • Le titre « Strophes pour se souvenir » annonce directement la visée du poème : poème commémoratif / devoir de mémoire.

  • Aragon choisit une forme lyrique : poème très structuré (quintils (strophes de 5 vers) / présence de rimes avec retour de mêmes sonorités de façon insistante ABBAB). Les vers sont des alexandrins = vers noble, parfait, équilibré, solennel. Cette forme est propice à l’hommage.

  • Le poème est constitué de trois mouvements, trois parties. Chacune d’entre elle correspond à une situation d’énonciation particulière.

Dans la première partie (vers 1 à 18), le poète s’adresse directement au groupe de résistants.

Dans la seconde partie, (vers 19 à 30), c’est la voix de Manouchian qu’on entend, le poète citant des extraits de sa dernière lettre à sa femme.

La troisième partie fonctionne comme un refrain, une envolée lyrique où le poète reprend la parole et s’adresse au lecteur.

Première partie : vers 1 à 18

Le poète s’adresse aux résistants (utilisation de la seconde personne du pluriel « vous »). Ainsi il leur rend directement hommage, comme si les résistants l’entendaient, au-delà de la mort.

Strophe 1 :

  • Aragon rappelle la date de l’évènement : année 1944. « Onze ans » / « à la fin février » (strophe 4)

  • Il rappelle l’engagement désintéressé de ces hommes (ce qui rend leur sacrifice d’autant plus noble) (le dernier vers apportera cependant une réponse au sens de ce sacrifice : « pour La France »).

Leur action n’a pour but ni la gloire, ni les honneurs (orgue/prière), ni une mort héroïque (la mort n’éblouit pas).

Aragon insiste sur la simplicité de ces hommes, et rappelle qu’ils n’ont fait que prendre les armes : servi simplement de vos armes)

Strophe 2 :

  • Le poète évoque l’affiche rouge, il en reprend les différents éléments :

  • portraits,

  • description physique des visages (barbe, hirsute) 

  • écriture des noms de famille dont il rappelle avec subtilité la consonance étrangère (vos noms sont difficiles à prononcer)

  • De plus il évoque très simplement la visée de l’affiche de propagande qui cherche à inquiéter et à présenter les résistants comme des criminels : il évoque sa couleur (figure de style de la comparaison : rouge = sang) / l’expression «  effet de peur » est simple et claire.

  • Il en souligne également la violence par la comparaison avec le sang

Strophe 3 et 4 (3 premiers vers)

  • Le poète évoque la réception de cette affiche et la réaction de certains français qui le jour faisaient semblant de ne pas voir (« allaient sans yeux ») et qui passaient à l’action la nuit, entrant eux aussi en résistance, en écrivant sous l’affiche « MORTS POUR LA FRANCE » : (on soulignera ici l’utilisation des lettres capitales pour la mise en valeur)

  • La seconde partie est annoncée par l’évocation de Manouchian au vers 18 dont le nom n’est pas cité. Il fait partie du groupe. Cependant les nombreuses rimes en AN évoquent son nom. Le poète ne le cite pas nommément, le poème permettant ainsi d’évoquer et de rendre hommage, au-delà du groupe, à tous les résistants de l’ombre.

Seconde partie : vers 19 à 30

Cette partie est en italique. Il s’agit d’extraits de la lettre de Manouchian à sa femme, que le poète reprend quasiment tels quels. Ce procédé rend le poème particulièrement émouvant car le lecteur entend directement la voix de Manouchian ; de plus ce sont les mots d’amour sans rancœur d’un homme qui va mourir.

  • Il souhaite tout d’abord le bonheur à tous ceux qui vont survivre à cette épreuve.

  • Il distingue bien le peuple allemand des nazis contre lesquels il se bat, appelant ainsi que les victimes sont dans tous les camps et surtout civiles.

  • Son message est un message de paix (« sans haine » et il évoque « la beauté des choses » : aux portes de la mort, il écrit une ode à la vie. (roses / lumière / vent / nature est belle / grand soleil d’hiver éclaire la colline).

  • On remarquera l’insistance sur la lumière qui symbolise l’espoir : celui de la paix et de la fraternité retrouvée entre les hommes)

  • Le vers « La justice viendra sur nos pas triomphants » évoque la fin de la guerre, la victoire de la liberté mais également la croyance en la justice qui punira les criminels nazis.

  • Enfin c’est une lettre testament : Manouchian invite sa femme à vivre, à refaire sa vie, à aimer à nouveau et à avoir un enfant.

Cette partie s’achève donc sur un message poignant, très lyrique (sublimé par l’apostrophe vers 29 : Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline).

La strophe conclusive

La dernière strophe revient aux résistants du groupe et à leur exécution

Elle fonctionne comme un refrain.

Aragon met en scène la fin de son poème : la chute des résistants devient celle du poème.(mise en abîme)

  • Elle est construite sur une l’anaphore « Vingt et trois » qui insiste sur le sacrifice commun du groupe mettant ainsi en valeur la nécessaire solidarité et fraternité des groupes résistants qui, sans ces valeurs fondamentales, n’auraient pu fonctionner (Cette fraternité nous l’avons déjà rencontrée dans le texte de Char, fragment 128)

  • Chaque vers est construit sur un procédé d’opposition : la mort pour la liberté

Vers 31 : oxymore : fusils fleurirent

Vers 33 antithèse : 23 étrangers / et nos frères pourtant

Vers 34 antithèse : 23 amoureux de vivre / à en mourir

  • Le dernier vers met en valeur le sens de leur sacrifice : « la France » c’est-à-dire les valeurs fondamentales et humanistes du pays (liberté.égalité.fraternité)

Conclusion : ce poème est donc un texte engagé puisqu’il rend hommage au groupe Manouchian, groupe de résistants fusillés par les nazis, et ainsi permet à tous, bien des années plus tard, de garder en mémoire le sacrifice de ces hommes.

Pour toucher son lecteur, Aragon utilise un registre lyrique afin que chacun d’entre nous se sente ému par le destin de ces hommes.

Ce poème sera chanté par Léo Ferré.

Document annexe : L’Affiche Rouge

 

Cette affiche de propagande nazie fut largement diffusée en France au début de l’année 1944. Elle fut réalisée par le CEA (comité d’étude antibolchévique), un organisme de propagande franco-allemand à la demande des Allemands qui souhaitaient frapper un grand coup après le retentissement de l’assassinat du général Ritter (chef du STO en France) par le réseau Manouchian.

Rappel : le STO (service du travail obligatoire) fut, durant l’occupation de la France par l’Allemagne nationale-socialiste, la réquisition et le transfert vers l’Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français contre leur gré, afin de participer à l’effort de guerre allemand que les revers militaires contraignaient à être sans cesse grandissant (usines, agriculture, chemins de fer, etc.). Les personnes réquisitionnées dans le cadre du STO étaient hébergées dans des camps de travailleurs implantés sur le sol allemand.

En 1944, la résistance est organisée et active. En effet, depuis 1942 et la création du CNR (conseil national de la résistance) par Jean Moulin, la résistance est structurée, disciplinée, sous les ordres de Londres et du Général De Gaulle.?

À Paris, des résistants communistes d’origine étrangère sont réunis dans les MOI (main d’œuvre immigrée), section appartenant aux FTP (francs tireurs partisans) communistes. Bien qu’étrangers, ou d’origine étrangère, ils souhaitent lutter contre le Nazisme et contre l’occupant allemand. En 1944, le poète d’origine arménienne Missak Manouchian devient le chef de ce réseau très performant qui devient rapidement célèbre par des coups d’éclat (assassinat d’Allemands et de collaborateurs, sabotage de convois allemands, assassinat de Ritter, un général allemand responsable du STO en France…).

En 1944, suite à une trahison, le réseau est neutralisé par une vague d’arrestations. Torturés longuement puis exécutés, les membres du réseau Manouchian sont durement traités.

Cette affiche fut réalisée suite à leur arrestation. Elle a été placardée à 15 000 exemplaires dans les lieux publics pendant la période de l’Occupation allemande, au moment du procès puis de la condamnation à mort des membres du groupe Manouchian.?Les 22 hommes seront fusillés le 21 février 1944 au fort du Mont-Valérien.?Olga Bancic, la seule femme, sera décapitée un peu plus tard, en application du manuel de droit criminel de la Wehrmachtinterdisant de fusiller les femmes.?L’affiche sert à la propagande nazie qui stigmatisera l’origine étrangère de la plupart des membres de ce groupe.

Lettre de Michel Manouchian à sa femme Mélinée

Le 21 février 1944

Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m’étais engagé dans l’Armée de la Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain.

Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement.

Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous…

J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse.

Tous mes biens et toutes mes affaires, je te les lègue à toi, à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre, tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’Armée française de la Libération.

Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs, si possible, à mes parents en Arménie.

Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine.

Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis.

Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus.

Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu.

Ton ami, ton camarade, ton mari. Manouchian Michel.

P.S. J’ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.


Publié le 3 juin 2015 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Modalités de l’épreuve orale d’Histoire des Arts à Duhamel – Juin 2016

                                                     

Epreuve orale d’Histoire des Arts au DNB – 

Juin 2016

 

I – Modalités de l’épreuve :

  • Un passage par binôme, exceptionnellement par trinôme est validé par les équipes pédagogiques.
  • Une convocation sera remise à chaque candidat la semaine précédent l’épreuve, avec un horaire précis, qu’il sera indispensable de respecter.
  • Les membres du jury seront composés de professeurs d’histoire-géographie, de langues, d’arts plastiques et des professeurs bénévoles.
  • Le sujet  sera attribué par le jury, après soumission de la liste d’œuvres présentée par le binôme.
  • Un oral blanc facultatif sera organisé en janvier 2016.

La liste du binôme, doit comporter 6 œuvres minimum. Cette liste  doit être validée par le professeur d’Histoire-Géographie. Une liste d‘oeuvres plus ample, allant jusqu’à 10 oeuvres donne lieu à une valorisation.

Celle-ci doit contenir des œuvres étudiées en classe de 3ème et peut porter éventuellement la mention :

– d’une œuvre étudiée en classe de 4ème

– d’œuvres présentées en langue étrangère ( anglais, allemand, espagnol) avec dans ce cas un bonus possible de 3 points attribués lors de la notation de l’épreuve valorisant les compétences linguistiques)

– d’une œuvre choisie librement ( exemples : les Ménines de Velasquez, Autoportrait de Van Gogh, présentation d’un Musée de Paris, d’une oeuvre musicale….)

Toutes les oeuvres étudiées peuvent être révisées sur le blog “Arts à Duhamel”, onglet à droite « Epreuve orale au DNB 2015 » : lewebpedagogique.com/histoiredesartsduhamel 

II – Durée et déroulement :

  • Pendant l’épreuve, les élèves n’ont pas la possibilité de consulter leurs documents.
  • Ils ont 20 minutes de préparation dans une salle.
  • Puis, les binômes s’expriment pendant une dizaine de minutes dans une salle adjacente (environ 5 minutes pour chaque élève du binôme ou 15 minutes pour un trinôme) devant la reproduction projetée de l’œuvre
  • Il y a ensuite un entretien de 5 minutes entre le jury et le groupe d’élèves. L’entretien prend appui sur l’exposé et la liste d’œuvres étudiées par les candidats. Afin d’enrichir cet entretien, le jury peut toutefois faire réagir le candidat à une œuvre inconnue reliée aux objets d’étude proposés. Le questionnement porte sur l’histoire des arts et non sur une discipline spécifique.

III – Évaluation:

Cette épreuve est notée sur 20 (de manière individuelle), affectée d’un coefficient 2.

La note obtenue par le candidat à l’épreuve terminale d’histoire des arts ne sera pas transmise à l’élève ou à sa famille avant la proclamation des résultats par le jury du diplôme national du brevet.

Un candidat qui, pour des motifs d’absence dûment justifiés, n’a pu se présenter à l’épreuve orale initialement prévue, passera l’épreuve écrite d’histoire des arts prévue pour la session de remplacement dans les mêmes termes que ceux définis, à une date qui leur sera notifiée.

IV – Compétences évaluées :

*  Les Connaissances et les capacités relatives à l’œuvre sont évaluées (Exemples : Élève capable de situer dans le temps et dans l’espace, présenter une œuvre, maîtriser le vocabulaire, développer un commentaire critique et argumenté, établir des liens avec d’autres œuvres…)

*  Les Capacités générales et l’attitude sont observées (Exemples : Développer un propos structuré pendant 5 minutes, écouter, prendre en compte les questions du jury et formuler une réponse adaptée, manifester sa capacité à interroger un univers artistique, s’exprimer correctement à l’oral, dans un niveau de langue adapté…)

* Les Capacités en langue étrangère peuvent être évaluées.

Jury : chaque commission de jury est composée au moins de deux personnels choisis selon les critères suivants : l’un au moins doit enseigner les arts plastiques, l’éducation musicale,une langue étrangère (si besoin) l’histoire ou les lettres ; l’un au moins des deux membres du jury n’a pas encadré la préparation à l’épreuve du candidat.

Pour consulter les instructions officielles : http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=58238

Pour toutes questions éventuelles, vous pouvez contacter le professeur d’Histoire-Géographie (contact direct ou via le blog Arts à Duhamel)

V – Liste indicative des oeuvres présentées dans les listes/élèves de 2015

3°1

Cinéma et Première Guerre mondiale : extrait d’une séquence des Sentiers de la gloire, Stanley Kubrick ( 1957)

-Peinture engagée : Les joueurs de skat  – Die Skatspieler, d’Otto Dix (1920). ***

Bande-dessinée et autobiographie : Persépolis de Marjane Satrapi.

-Peinture engagée : Guernica, de Pablo Picasso (1937).**

– Musique engagée:  Symphonie n°7  » Leningrad » de Chostakovitch

– Musique et propagande : Lili Marleen***

Propagande et super-héros : Captain America (1954)

Mythe et photographie : Che Guevara , photo d’Alexandre Korda (1960)**

Architecture : La cité des Arts et des Sciences de Valencia (Espagne) (1998).

*Présentation  en Anglais possible

**Présentation en Espagnol possible

***Présentation en Allemand uniquement

 

3°2

Cinéma et Première Guerre mondiale : extrait d’une séquence des Sentiers de la gloire, Stanley Kubrick ( 1957)

-Peinture engagée : Les joueurs de skat , « Die Skatspieler« , d’Otto Dix (1920). ***

– Musique engagée:  Symphonie n°7  » Leningrad » de Chostakovitch

-Bande-dessinée, Propagande et super-héros : Captain America (1954)*

Photographie et propagande : Che Guevara , photo d’Alexandre Korda (1960)**

Architecture : La cité des Arts et des Sciences de Valencia (Espagne) (1998). (Groupe 2 de Technologie)

– La poésie engagée :

  • Liberté ( Paul Eluard) et le livre-objet de Fernand Léger
  • Strophes pour se souvenir ( Aragon, 1956) face à l’Affiche rouge (1944)
  • Oradour, Jean Tardieu ( 1944)

*Présentation  en Anglais uniquement (classe bilangue)

**Présentation en Espagnol possible

***Présentation en Allemand possible

 

3°3

Cinéma et Première Guerre mondiale : extrait d’une séquence des Sentiers de la gloire, Stanley Kubrick ( 1957)

– Musique engagée:  Symphonie n°7  » Leningrad » de Chostakovitch

Peinture et allégorie : La liberté guidant le peuple de Delacroix (1830)

Mémoire locale de la Grande guerre  :  deux sculptures commémoratives ( années 1930).

-Propagande et officiel nazi: photographies et mise en scène du congrès annuel nazi de Nuremberg  (1934).

Propagande et super-héros : Captain America (1954)*

Mythe et photographie : Che Guevara , photo d’Alexandre Korda (1960)**

Peinture et allégorie : La liberté guidant le peuple de Delacroix (1830)

Architecture : La cité des Arts et des Sciences de Valencia (Espagne) (1998).

-Peinture engagée : Guernica, de Pablo Picasso (1937).**

– Photo- journalisme  :  Gandhi au rouet de Margaret Bourke-White (1946)

*Présentation  en Anglais possible

**Présentation en Espagnol possible

 

3°4

Cinéma et Première Guerre mondiale : extrait d’une séquence des Sentiers de la gloire, Stanley Kubrick ( 1957)

– Musique engagée:  Symphonie n°7  » Leningrad » de Chostakovitch

Peinture et allégorie : La liberté guidant le peuple de Delacroix (1830)

Mémoire locale de la Grande guerre  :  deux sculptures commémoratives ( années 1930).

-Propagande et officiel nazi: photographies et mise en scène du congrès annuel nazi de Nuremberg  (1934).

Propagande et super-héros : Captain America (1954)*

Mythe et photographie : Che Guevara , photo d’Alexandre Korda (1960)**

Peinture et allégorie : La liberté guidant le peuple de Delacroix (1830)

Architecture : La cité des Arts et des Sciences de Valencia (Espagne) (1998).

-Peinture engagée : Guernica, de Pablo Picasso (1937).**

– Photo- journalisme  :  Gandhi au rouet de Margaret Bourke-White (1946)

– La poésie engagée :

  • Liberté ( Paul Eluard) et le livre-objet de Fernand Léger
  • Strophes pour se souvenir ( Aragon, 1956) face à l’Affiche rouge (1944)
  • Oradour, Jean Tardieu ( 1944)

 

 

* présentation possible en Anglais

**présentation possible en Espagnol

 

 


 Les Equipes Pédagogiques                                                         Le Principal


Publié le 3 juin 2015 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Oradour, Jean Tardieu (1944)

Oradour

Oradour n’a plus de femmes

Oradour n’a plus un homme

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus de pierres

Oradour n’a plus d’église

Oradour n’a plus d’enfants

Plus de fumée plus de rires

Plus de toits plus de greniers

Plus de meules plus d’amour

Plus de vin plus de chansons.

Oradour, j’ai peur d’entendre

Oradour, je n’ose pas

approcher de tes blessures

de ton sang de tes ruines,

je ne peux je ne peux pas

voir ni entendre ton nom.

Oradour je crie et hurle

chaque fois qu’un coeur éclate

sous les coups des assassins

une tête épouvantée

deux yeux larges deux yeux rouges

deux yeux graves deux yeux grands

comme la nuit la folie

deux yeux de petits enfants :

ils ne me quitteront pas.

Oradour je n’ose plus

Lire ou prononcer ton nom.

Oradour honte des hommes

Oradour honte éternelle

Nos coeurs ne s’apaiseront

que par la pire vengeance

Haine et honte pour toujours.

Oradour n’a plus de forme

Oradour femmes ni hommes

Oradour n’a plus d’enfants

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus d’église

plus de fumées plus de filles

plus de soirs ni de matins

plus de pleurs ni de chansons.

Oradour n’est plus qu’un cri

et c’est bien la pire offense

au village qui vivait

et c’est bien la pire honte

que de n’être plus qu’un cri,

nom de la haine des hommes

nom de la honte des hommes

le nom de notre vengeance

qu’à travers toutes nos terres

on écoute en frissonnant,

une bouche sans personne,

qui hurle pour tous les temps.

Jean Tardieu, Les Dieux étouffés (1944)

Lettres françaises, ultime numéro clandestin à la libération de Paris.

L’événement historique :

Le 10 juin 1944, l’armée allemande perd des batailles et commence à fatiguer. Une division de soldats du Reich entreprend de regagner les villes du centre puis du nord de la France. Sur son chemin, animée d’une colère froide, d’une folie sanglante, elle choisit de décimer au hasard un village paisible du Limousin : ce sera Oradour sur Glane. Ce massacre s’avère être un bon moyen de marquer les consciences, de semer la terreur et de réaffirmer la supériorité des Nazis…

Prétextant un contrôle d’identité, les SS de la 3e compagnie rassemblèrent à Oradour la population puis séparèrent les hommes des femmes et des enfants. Les premiers furent abattus à la mitrailleuse dans des granges. Les femmes et les enfants furent eux enfermés dans l’église du village. Les SS introduisirent un gaz suffocant puis mirent le feu à l’édifice. Il n’y eut que quelques survivants.

Cet acte génocide, dépassant l’entendement, exemple de la monstruosité humaine, choque encore aujourd’hui par sa barbarie et sa férocité sans borne.

Il se pose également, après les camps de concentration et la Résistance, comme le symbole des martyrs de guerre en France et de la barbarie nazie…

Le criminel de guerre nazi Heinz Barth, surnommé « l’assassin d’Oradour-sur-Glane », est mort à 86 ans en Allemagne le 14 août 2007 et restera pour la postérité associé à ce massacre de civils commis par des SS.

Questions sur Oradour, Jean Tardieu

Un poète et un lecteur concernés par ce drame

1) En vous aidant du paratexte, dites à quelle ville française se réfère ce poème. En quoi est-elle emblématique des destructions engendrées par la seconde guerre mondiale ?

2) Quelle est, d’après vos premières impressions de lecture, la visée de ce texte ? Quels sentiments veut-il transmettre au lecteur ?

3) a. Qui le pronom « je » désigne-t-il ? À qui les déterminants « nos/notre » et « ton/tes » ?renvoient-ils ?

b. Quel effet le poète cherche-t-il à créer par l’emploi de ces pronoms ?

4) a. Analysez rapidement la forme du poème.

b. Quel procédé rythme le texte ? Quelle réalité le poète cherche-t-il à exprimer à travers cette figure de style ?

c. À quel type de chant ce poème fait-il ainsi songer ?

Suggérer le vide et le néant à Oradour sur Glane

5) En analysant les types de phrases, les procédés d’énumération, les répétitions, vous monterez comment le poète fait état de la destruction complète d’Oradour.

6)  Relevez le champ lexical de la violence.

7) a) Par quelle vision le poète est-il obsédé, strophe 4 ?

b) À qui appartiennent les yeux selon vous ?

c) Quels sentiments transmettent-ils au poète ?  

Un appel lancé à travers le poème

8) De quoi Oradour devient-il le symbole dans la dernière strophe ? Appuyez-vous dans votre réponse sur les répétitions.

9) a) En quoi le poète érige-t-il le cas d’Oradour en cas universel ? Justifiez en citant des expressions précises du poème.

b) Quelle force les trois derniers vers revêtent-ils ?

 

Correction Oradour

1) Le poème évoque le drame d’Oradour sur Glane.? « ville martyre », 10 juin 44 : population entière exterminée par une division SS.

2) La visée est la dénonciation des atrocités et des destructions commises pendant la Seconde Guerre mondiale. Les sentiments transmis sont la colère (je crie et hurle V17) et la honte (haine et honte pour toujours V.32).

3) a. Je = poète qui parle en son nom et s’engage personnellement.?

Nos/notre = le poète s’adresse aux français, aux hommes et s’inclut également.?

Ton/tes = il s’adresse à Oradour (qui n’existe plus)?

b. Le poème commence par l’implication personnelle du poète qui s’étend à tous les hommes. Il veut montrer que ce drame nous concerne tous, au delà de lieux et des temps.

4) a. Le poème a une forme libre mais les vers sont réguliers : il est composé d’heptasyllabes, alternant rimes féminines et masculines. Il y a très peut de ponctuation.

b. L’anaphore? « Oradour n’a plus » rythme le poème. Tardieu cherche ainsi à insister sur la destruction totale, humaine et matérielle de la ville.

c. L’absence de ponctuation ainsi que l’anaphore « Oradour » créent un rythme lancinant, fort à la manière d’une litanie. (= suite de prières liturgiques d’intercession qui se terminent par des formules identiques, récitées ou chantées par les assistants.)

5) Le poète montre la destruction totale d’Oradour grâce aux phrases négatives et à l’énumération (plusieurs termes évoqués à la suite comme une « liste ») de tout ce qu’Oradour n’a plus.

Le poète évoque le fait que chaque catégorie d’âge est décimée (femmes/hommes/enfants).

Il évoque les destructions matérielles en donnant des exemples de matériaux et de monuments (pierres/église/ habitations = toits/greniers).

La nature est aussi touchée (feuilles).

De plus il n’y a plus de sentiments à Oradour (plus de rires / plus de chansons / plus d’amour)

6) Oradour a été dévasté comme le montre le champ lexical de la violence : blessures ; sang ; ruines ; crie ; hurle ; coups des assassins ; tête épouvantée ; haine ; cri

7) a. Il est obsedé par la vision de deux rouges de sang, graves et immenses, des yeux qui s’écarquillent devant l’horreur, devant l’inhumain

b. Yeux d’un petit enfant / yeux de la guerre de la barbarie

c. Ils transmettent la honte, la haine l’effroi et l’épouvante.

8) Oradour devient le symbole de la barbarie des hommes et de la honte absolue.

Plusieurs mots sont répétés : cri /pire /honte /

Deux vers présente la même construction parallèle et les mêmes mots : « nom de la haine des hommes » « nom de la honte des hommes » (haine / honte : même lettres = H / 5 lettres / 2 syllabes )

+ le nom de notre vengeance

9) a. Dimension universelle du texte :

– Pluriels et termes génériques : honte des hommes (v 28)

– Vocabulaire temporel: honte éternelle (v. 29) / haine et honte pour toujours (v 32)

– temps des verbes :

présent de vérité générale (Oradour n’a plus) + présentatifs : n’est plus / c’est bien (2 fois) futur : ils ne me quitterons pas

b. Le poème rappelle aux hommes qu’une telle horreur est ancrée dans les esprits pour toujours : rien ne pourra l’effacer.

– Utilisation du ON pronom indéfini

– une bouche sans personne : qui n’appartient à personne c’est à dire celle des victimes, des morts mais également qui est celle de toute l’humanité qui pousse un grand cri de révolte, une plainte lancinante et retentissante, un hymne à l’innocence bafouée.

– pour tous les temps : derniers mots = il ne faudra jamais oublier


Publié le 3 juin 2015 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Liberté

Le livre objet de Fernand Léger

Le livre objet de Fernand Léger

Liberté, Paul Eluard, analyse du texte

Paul Eluard (1895-1952) est un poète engagé ; aux côtés d’auteurs comme André Breton ou Louis Aragon il adhère au parti communiste pour véhiculer des idées de paix ; il refuse les principes fascistes et se lance dans la Résistance dès 1940. Il est à la tête du Comité National des écrivains zone Nord et publie Poésie et Vérité en 1942, avec le fameux poème Liberté. C’est par ailleurs un poète lyrique qui exalte les idées de paix, d’indépendance des peuples, de liberté.

« Liberté » a été écrit pendant la deuxième guerre mondiale, sous la Résistance (initiée par l’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle). Les intellectuels se sont joints aux soldats et à la population pour lutter contre l’envahisseur.?Ce texte a été parachuté en France par la Royal Air Force.

Ce poème est composé comme un hymne (poème lyrique à la gloire d’un personnage ou d’une grande idée) :

21 quatrains s’enchaînent formant une suite de couplets conduisant au mot final « Liberté ». Le rythme est dynamique car les vers sont courts (heptasyllabes). La simplicité du vocabulaire, la répétition systématique du vers « J’écris ton nom » et la construction répétitive de chaque quatrain permet de marquer les esprits.

Un inventaire du monde :

Chaque vers débute par un CC de lieu. Le poète dresse un inventaire du monde, grâce aux champs lexicaux, et donne ainsi à cet hymne une dimension universelle. Il évoque aussi différents moments de la vie (enfance, adolescence, vie d’homme).

Champ lexical de l’école : « cahiers, écolier, pupitre, pages blanches, livres »

Champ lexical de la nature : « saisons, étang, nids, genêts, mousse, nuages, oiseaux, pluie, orage…»

Champ lexical des paysages : « jungle, désert, champs, montagne, mer »

Champ lexical du voyage : « horizon, bateaux, sentiers, routes »

Champ lexical du foyer : « maison, chien fidèle, objets familiers, pain blanc »…

Champ lexical de l’amour et de l’amitié : «fiancées, merveilles des nuits, chair accordée, amis, chaque main, lèvres attendries »

Champ lexical du sacré : « images dorées, cloches des couleurs »

La liberté s’écrit ainsi dans chaque objet, chaque lieu, lui donne une couleur nouvelle. En outre elle envahit la création poétique. On remarquera les images surréalistes qui témoignent de la force créatrice et de la grande liberté du poète dans son écriture.

Ce images surréalistes sont des associations étonnantes associant des éléments du réel à des images insolites : « saison fiancées » « flot du feu béni » « vitre des surprises » « cloches des couleur » « étang soleil moisi ».

Cependant, tout au long de cet inventaire se glissent des références à la période trouble et violente de la guerre.

On repère le champ lexical de la guerre : « armes, sang, cendre», des métaphores qui renvoient à la perte : « refuges détruits, phares écroulés, absence sans désir, mur de mon ennui, solitude nue », l’inversion des valeurs fondamentales : « soleil moisi » v.22, « lune vivante » v.23. L’occupation nazie est donc évoquée, et le poème devient un manifeste, un appel à la résistance et à l’espoir.

Le rôle du poète :

Paul Eluard indique dans une interview : «  Je pensais révéler pour conclure le nom de la femme que j’aimais, à qui ce poème était destiné. Mais je me suis vite aperçu que le seul mot que j’avais en tête était le mot liberté. »

L’amour pour la femme a été transcendé par celui, universel, que le poète éprouve pour la liberté.

Le poème est plein d’une farouche volonté de transmettre un message : on peut observer l’utilisation de la première personne et du présent d’énonciation pour le verbe : « J’écris », qui revendique cette détermination.

C’est un poème d’espoir : Eluard veut redonner confiance et préparer des lendemains qui chantent. En dépit de l’Occupation, de la division de la France et du climat de terreur, la liberté de l’homme reste inaliénable : certains domaines échappent à l’oppression, notamment celui de la création artistique, des rêves, de l’imaginaire (« sur les merveilles des nuits »). Le poète est le messager et le relais de la liberté : « le tremplin de ma porte ».

Conclusion : Le poète affirme un idéal au nom duquel il appelle les hommes opprimés à se battre. C’est un acte de liberté car il écrit malgré les interdits : il revendique son rôle : « Je suis né pour » et se présente comme le messager d’une valeur humaine essentielle et universelle.

Le livre objet de Fernand Léger

Brève biographie de l’artiste 😕

Fernand Léger (1881-1955), est un peintre français, mais aussi décorateur, sculpteur, dessinateur, illustrateur, céramiste. Certaines de ses céramiques, telles que Les Trois Musiciens sont exposées dans les cours publiques du Musée des Abattoirs à Toulouse. D’abord inspiré par l’impressionnisme, il est l’un des pionniers du cubisme. Pour Fernand Léger, ses oeuvres devaient être accessibles à tous, mais en particulier aux ouvriers qui n’avaient normalement pas accès au monde de l’art. Une grande partie de ses œuvres réalisées autour de la Seconde Guerre mondiale témoignent d’ailleurs d’un engagement social et d’un esprit solidaire.

Sur la première bande est écrit le nom de l’auteur qui semble s’avancer sur un fond de couleurs vives. Sur la deuxième bande, on remarque le portrait d’Eluard dans une posture pensive, encadré du titre du poème, avec sur son doigt le mot « j’écris ». Les troisième et quatrième bandes sont consacrées à l’impression du poème ; les cinquième et sixième bandes reprennent le titre du poème accompagné du nom du peintre ; la ligne ondulatoire de la fin du mot LIBERTE mêle ses entrelacs aux lettres du nom de Fernand Léger.

Ce poème objet se caractérise par un chahut visuel ; la couleur, dissociée du dessin, semble s’amuser avec le texte et célébrer un événement. Le livre en accordéon ressemble quelque peu à un dépliant de luxe qui serait distribué au cours d’une parade de cirque en faveur de la liberté.?F. Léger manifeste sa liberté artistique qui fait écho au titre du poème. De même la technique du pochoir permet une grande lisibilité et évoque le slogan politique.

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard, Au rendez-vous allemand, 1945, Les Editions de Minuit


Publié le 3 juin 2015 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Lili Marleen

(article adapté du script de l’émission Karambolage sur Arte )

Lili Marleen : Nazilied oder Ode an die Freiheit ?

« Lili Marleen » ist zweifellos eines der bekanntesten deutschen Lieder überhaupt. Bis heute wurde es in fast 50 Sprachen übersetzt. Und das, obwohl es einen eigentümlichen Beigeschmack hinterlässt.

Ist das Lied ein Nazilied oder ein pazifistisches Lied ? Ist das Lied das Symbol des IIIten Reiches oder eine Hymne an den Frieden ?

Fest steht, dass « Lili Marleen » seinen Welterfolg einzig und allein dem Krieg verdankt.

  1. Geschichte des Liedes

a) Ursprung

Der Text ist schon 1915 geschrieben worden, während des ersten Weltkrieges.

Der Dichter Hans Leip verfasst ihn während einer Nachtwache, kurz bevor er an die russische Front muß.

Der Sinn des Textes ist klar: Der Mann ist im Krieg, seine Geliebte Lili Marleen bleibt zurück, es geht um Sehnsucht, ewige Liebe und Tod.

1937 vertont der Komponist Norbert Schultze den Text und nimmt ihn ein Jahr später mit der Sängerin Lale Andersen in Berlin auf. Das Lied hat keinen Erfolg und gerät schnell in Vergessenheit.

b)Radio Belgrad

1939 beginnt der zweite Weltkrieg. Im April 1941 besetzen die Deutschen Belgrad. Dort sorgen sie sich um das Wohl ihrer Truppen: Soldatenkinos müssen her, Leseräume und natürlich ein Radiosender. Radio Belgrad wird von den Deutschen zu « Soldatensender Belgrad » umfunktioniert und sendet zur Motivation der deutschen Truppen. Dazu müssen Platten her. Ein Mitarbeiter wird nach Wien geschickt und kommt mit einem Karton voller Secondhandschallplatten zurück, darunter ein völlig unbekannter Song von Lale Andersen, der damals noch « Lied eines jungen Wachtpostens » heißt. Da der Soldatensender ein begrenztes Schallplattensortiment hat, läuft das Lied mehrmals pro Tag. Es wird sofort zum Hit.

Aber nicht nur die deutschen Soldaten lieben die nostalgische Melodie.

Da die Reichweite des Senders von Norwegen bis nach Nordafrika geht, hört auch der Feind mit. Er singt sogar mit – und zwar auf deutsch.

Soldatensender Belgrad macht aus Lili Marleen bald die Erkennungsmelodie seiner Sendung « Wir grüßen unsere Hörer », in der Briefe aus dem Schützengraben an die Daheimgebliebenen und Briefe aus der Heimat an die Soldaten vorgelesen werden. Die Sendung schließt jeden Abend mit Lale Andersens Lied. Und von 21 Uhr 57 bis 22 Uhr schweigen die Geschütze, so will es jedenfalls die Legende, und alle Soldaten, egal aus welchem Land, egal an welcher Front, schließen die Augen, summen mit Lale und denken an zu Hause.

c) Internationaler Erfolg

Propagandaminister Goebbels hasst das Lied wie die Pest : es ist ihm nicht kriegerisch genug. Als 1942 Lale Andersens Kontakte zu Schweizer Juden bekannt werden, lässt Goebbels das Lied verbieten. Aber er kann den Erfolg des Liedes nicht aufhalten.

Schon 1941 gibt es die erste französische Version, die Engländer folgen 1944, und für die Amerikaner singt es Marlene Dietrich, die in die UAS ins Exil gegangen ist, um dem Naziregime zu entkommen.

Marlene Dietrich singt für die US-Truppen und wird zur Star der amerikanischen Truppenbetreuung.

d) Das Lied heute

Inzwischen gibt es unzählige Aufnahmen von « Lili Marleen », von der Heavymetal- bis zur Discoversion…

Ein Welterfolg. der in mehr als 50 Sprachen gesungen wird.

  1. Der Liedtext

Im Lied ist die Rede von einem Soldaten, der Abschiedsworte an seine Geliebte schreibt, bevor er an die russische Front geht.

In der ersten drei Strophen erinnert er sich an seine Rendez-vous mit der Geliebten. Er erwähnt den Ort (die Laterne vor dem großen Tor der Kaserne) und die glücklichen Momente mit ihr (« Unsere beiden Schatten sahen wie einer aus ». Diese glücklichen Momente aber wurden von dem « Zapfenstreich » unterbrochen und der Soldat musste sich von seiner Geliebten trennen.

In den letzten zwei Strophen erwähnt er die Trennung mit der Geliebten wegen des Krieges. Er weiß, dass er sterben kann (« Wer wird bei der Laterne stehen , mit dir, Lili Marlen, »und er empfindet Heimweh. Er sehnt sich nach seiner Heimat und seiner Geliebten und wünscht sich, bei ihr zu sein .

Themen wie Abschied, Befehlszwang und Heimweh kennzeichnen dieses sentimentalen Liedes.

Auch die Musik spielt eine wichtige Rolle. Die melancholische Stimmung kontrastiert mit den Schlagern, die den Soldaten gute Laune verbreiteten sollten. Gerade weil dieses Lied keineswegs spezifisch für die Soldatensender der Wehrmacht war, ist es nicht überraschend, dass sich das Lied seinen Weg auf alle Seiten der Fronten bahnte. Inmitten der grausamen Realität des Krieges stand LILI MARLEEN, dieses sentimentalen Lied, für ein Stück Menschlichkeit.


Publié le 3 juin 2015 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Symphonie nº 7 « LENINGRAD » de Chostakovitch (toutes les 3°)

HISTOIRE & MUSIQUE

Le 22 juin 1941 à l’aube, Hitler lance l’opération Barbarossa contre l’URSS. Les troupes allemandes progressent en direction du nord et doivent s’emparer de Leningrad, berceau du bolchevisme que le Führer s’est juré de rayer de la carte. La ville est assiégée  900 jours…

En réponse à ce tragique évènement, Dimitri Chostakovitch compose sa 7e Symphonie, « Leningrad« , qu’il dédie “à notre combat contre le fascisme […] et à ma ville Leningrad« . Cette oeuvre est née d’un faisceau d’évènements historiques qui ont eu lieu depuis la Révolution Bolchévique de 1917 jusqu’à la 2e Guerre Mondiale.

I Une débâcle de l’armée soviétique.
Mal préparée, l’Armée rouge dispose d’effectifs inférieurs à l’adversaire. Moins bien équipée en chars et avions modernes, elle recule.  Début septembre, Leningrad est presque totalement encerclée.
Enfin, la structure de commandement de l’Armée rouge est profondément désorganisée par les grandes purges de 1938. Ainsi, la plupart des officiers occupant des fonctions de commandement en 1940-41, sont inexpérimentés et mal formés.
Pourtant, mis à part quelques rumeurs défaitistes lors des premières semaines de lutte, la société soviétique se mobilise bientôt entièrement dans la guerre.
Staline trouve enfin les mots nécessaires pour galvaniser la résistance dans son discours radiodiffusé du 3 juillet 1941. Il y exalte les valeurs patriotiques de la « Russie éternelle » (« Frères et sœurs! (…) Je m’adresse à vous, mes amis! (…) Un grave danger pèse sur notre Patrie. »). Le conflit, désormais qualifié de « Grande Guerre patriotique » par les autorités soviétiques, ressoude les liens, très distendus au lendemain de la Grande Terreur, entre la société et le régime.

Les souffrances endurées par les populations ne font pourtant que commencer. L’organisation de la défense de la ville ne parvient pas à arrêter la progression de l’ennemi qui resserre sans cesse son étau et organise la survie des citadins.

II 900 jours de blocus.
Début septembre 1941, les armées de Hitler s’arrêtent aux portes de Leningrad. Le Führer a fait savoir qu’il refuserait toute capitulation et rappelé sa volonté de rayer de la carte le berceau du bolchevisme.  En outre, la coupure des voies ferrées au sud et à l’est empêchent très vite l’évacuation des citadins. Leningrad se trouve presque totalement coupée du reste du pays. Seule une voie très aléatoire, par le lac Ladoga, au nord de la cité, assure encore un lien ténu entre la ville et le reste de l’URSS.

Dès novembre 1941, une artère vitale est mise en place à travers le lac Ladoga englacé. Les convois se succèdent pour acheminer quelques vivres dans Leningrad. Au retour, les véhicules évacuent les citadins. Ces trajets virent souvent au drame, car la Luftwaffe bombarde le lac pour faire céder la glace sous les camions. Au cours de l’été 1942, lorsque le Ladoga redevient navigable, l’aviation allemande s’emploie à couler les navires soviétiques.

Par cette « route de la vie » que l’aviation allemande pilonne sans cesse, quelques évacuations reprennent timidement à partir du mois d’octobre. Par bateau ou avions, des « évacués prioritaires »_ membres de la Nomenklatura, cadres et ouvriers spécialisés indispensables au fonctionnement des usines transférées_ quittent l’enfer de Leningrad. C’est encore par le lac Ladoga que de maigres ressources sont acheminées dans la ville assiégée. Les quantités de vivres s’avèrent toutefois très insuffisantes pour nourrir une population dont les rations quotidiennes s’effondrent. Les produits de substitution font leur apparition comme cette gelée de boyaux de mouton fabriquée à partir d’un stock découvert par hasard dans le port. De même, le pain contient au fur et à mesure du siège de plus en plus d’ersatz en lieu et place du seigle. Lors des phases les plus critiques du siège, certains en sont même réduits à consommer le mastic des fenêtres ou le cuir des chaussures.
Le froid constitue un autre problème récurrent. L’épuisement des réserves de charbon et de bois conduisent à brûler jusqu’aux meubles e taux livres afin de se chauffer.
Convoi sur le lac Ladoga. A partir de janvier 1942, l’évacuation reprend sur une plus vaste échelle. L’épaisse couche de glace recouvrant le lac permet le passage des autobus et des camions. Au total, environ un million de Leningradois parvient à quitter la ville au cours de l’année 1942 (par camion en hiver et en bateau lorsque le lac redevient navigable).

Dans ces conditions, la mortalité explose. Chaque mois de janvier à mars 1942, la ville déplore la perte de plus de 100 000 de ses habitants. Les assiégés meurent d’épuisement (2), de froid et surtout de faim. Les autorités euphémisent en parlant de “dystrophie alimentaire”.
Seule la reprise des évacuations à partir du début de l’année 1942 permet d’améliorer un peu le ravitaillement de ceux qui restent.
Début 1943, la ville ne compte plus que 600 000 habitants soit un quart seulement de sa population 2 ans plus tôt. On estime qu’entre 700 000 et 900 000 habitants seraient morts au cours du siège qui prend fin au bout d’environ 900 jours. Le 27 janvier 1944, Leningrad est enfin libérée du joug nazi.

70 ans après les faits, et deux décennies après l’explosion de l’URSS, le “blokad” (blocus) continue d’alimenter les conversations.

III Chostakovitch et Staline.
Le compositeur a passé la majeure partie de sa vie à louvoyer avec la censure artistique et la mise au pas des artistes via des organismes officiels dès les années 30 par le régime stalinien, contournant, autant que possible les canons esthétiques du Réalisme-Socialiste : la musique et l’art en général se doit d’être « joyeuse et accompagnant le chemin radieux du Socialisme« . L’art est donc considéré par Staline comme un outil, une arme de propagande.

Talent précoce, Chostakovitch compose sa première symphonie en 1926, à seulement 20 ans et jouit d’une grande popularité jusqu’à ce que Staline assiste à l’opéra Lady Macbeth de Mzensk le 26 janvier 1936 et quitte la salle dès les premières minutes. Le surlendemain, un article paru dans la Pravda éreinte l’œuvre : « Un galimatias musical: le chaos remplace la musique. (…) Il est difficile de suivre une « musique » pareille et impossible de la retenir. […] Rien ne rappelle la musique classique, […] le discours musical simple et accessible à tous. » Terrorisé, identifié comme « ennemi du peuple », et alors que beaucoup de ses proches sont arrêtés et déportés, le compositeur n’a d’autre choix que de se plier au joug du Parti et compose en 1937 sa 5e Symphonie, « réponse d’un artiste à de justes critiques » selon le compositeur lui-même, en supprimant volontairement toute forme de dissonance trop évidente.
Fin juillet 1941, Chostakovtich, qui habite à Leningrad déja sous les bombes, entame en réaction aux attaques la composition de sa 7è Symphonie. Le compositeur ne se risque bien sûr pas au front, mais a provisoirement obtenu l’autorisation d’intégrer le corps des pompiers de la ville. La propagande soviétique en profite pour faire de lui l’archétype de l’artiste patriote par la diffusion de photographies de Chostakovitch en uniforme de pompier. Il est finalement évacué de force à l’automne 41 et envoyé à Moscou, où il termine sa composition. Car, pour Staline, Chostakovitch doit se battre avec de la musique. La 7ème symphonie est enfin jouée dans Leningrad assiégé le 9 août 1942 dans des conditions apocalyptiques constituant une véritable gageure. La propagande soviétique exalte une œuvre censée symboliser le sursaut national russe contre l’invasion allemande, un hymne à la résistance face à la barbarie et suscite un élan de résistance. A l’étranger, la cote du compositeur-pompier-patriote monte en flèche. Les chefs d’orchestre les plus prestigieux se disputent l’honneur de jouer la 7e qui est exécutée dans les mois qui suivent sa création au Royal Albert Hall de Londres, puis à New York.

IV Une musique à programme

Cette Symphonie en quatre mouvements est d’une longueur exceptionnelle – plus d’une heure !. Le premier mouvement, consacré tout entier à évoquer l’invasion et le début de la guerre, se découpe en trois parties distinctes : La Paix – L’invasion – Le chaos

La 1ere partie – La Paix fait entendre deux thèmes joués l’un après l’autre et répond en tout point à la ligne esthétique du Réalisme Socialiste. Le premier thème, de caractère populaire et énergique symbolise « la nation russe toute entière  unie et en marche vers son destin glorieux ». Le deuxième thème d’une grande douceur et beauté développe et apporte une véritable note d’espérance dans un avenir radieux. Rêve qui sera brisé dans la suite du mouvement…

Vient ensuite la deuxième partie, l’invasion. Pour décrire l’agression de l’ennemi, le compositeur met en place le même principe que celui du Boléro de Ravel : un crescendo continuel avec un troisième et nouveau thème joué à onze reprise, marche de 18 mesures, accompagnée d’un ostinato à la caisse claire. D’abord anodin, vulgaire et lointain, le passage devient lugubre, oppressant et se transforme en un monstre sonore discordant à tout l’orchestre dans un fortissimo envahissant – métaphore de l’invasion et de la barbarie nazie.

L’ostinato à la caisse claire est au départ à peine perceptible S’y rajoute la présentation du thème joué pianissimo et pizzicato aux cordes frottées : c’est l’envahisseur au loin qui se met en ordre de bataille. A la première reprise, le thème passe à la flute, presque léger et guilleret, puis est entendu la 3e fois avec la combinaison flute et piccolo. Ce n’est pas peut-être sans rappeler par analogie l’invasion de la Russie par les troupes napoléoniennes un siècle en arrière. A la 4e marche, le thème est destructuré et doublé, hautbois et basson jouant à tour de rôle, 2 mesures par 2 mesures, le thème qui en devient ridicule et grotesque, lourd et désagréable. Le processus d’accumulation et crescendo, d’épaississement spatial va s’accentuer à partir de là, les familles instrumentales rentrant les unes après les autres, évoquant ainsi le danger qui se précise et se rapproche inexorablement de l’URSS jusquà l’explosion finale citée plus haut. L’ennemi est là …

La troisième partie – le chaos va faire réentendre brièvement les deux thèmes défrmés de la 1ere partie – la nation soviétique blessée et meurtrie, mais sans que jamais ne s’arrête l’ostinato – le rouleau compresseur nazi, sur fond d’harmonies discordantes qui ne cessent de contredire et s’opposer au retour d’un climat musical harmonieux. La guerre est là, l’URSS souffre, Leningrad est assiégée, mais ne tombe pas…

V Conclusion

Guerre, contexte totalitariste, propagande, cette oeuvre musicale majeure est le reflet de son temps, n’aurait pas été créée hors de ce faisceau historique. Mais tout autant qu’un fusil, elle a été une arme qui a contribué à la défaite de Hitler. Elle est aujourd’hui le témoignage de ces temps difficiles. Sa réussite tient bien entendu en partie à la qualité de l’écriture et au talent de Chostakovitch, mais aussi par la puissance d’évocation – au travers de processus limpides et aisément perceptibles – qui s’en dégage et ne laisse pas indifférent. Ce n’est d’ailleurs pas la seule pièce musicale attachée à la Seconde Guerre mondiale. On peut penser ainsi, entre autres, aux deux chansons Over the Rainbow et Lili Marleen, Quatuor Pour la Fin Des temps de Messiaen, Fanfare For A Common Man de Copland, ou In The Mood de Glenn Miller

VI Elements complémentaires

Selon certains, le matériau mélodique présent dans dans symphonie aurait peut-être été composé avant même le début de la guerre. Aux dires de son amie Flora Litvinova, le compositeur lui aurait affirmé que la symphonie ne portait pas « uniquement sur le fascisme, mais aussi sur notre système. »L’œuvre peut être donc considérée comme une condamnation de tous les totalitarismes, y compris donc celui du stalinisme.
En tous les cas, le « petit père des peuples » apprécia la symphonie, qui valut à son auteur un « prix Staline » en 1942.
Début 1948, Jdanov accuse les compositeurs Prokofiev, Chostakovitch et Khatchatourian de « formalisme » et leur reproche de ne pas composer d’airs susceptibles d’être repris par les ouvriers. Toute représentation des œuvres de Chostakovitch est alors interdite. Renvoyé des conservatoires de Moscou et Leningrad, le compositeur doit s’effacer et survit en composant des musiques de films. En dépit des vexations et humiliations endurées, il sort malgré tout indemne de ce regain de terreur.
Il lui faut cependant toutefois attendre le décès de Staline pour pouvoir de nouveau s’exprimer plus librement.

Sources:

– Nicolas Werth et Mark Grosset: « les années Staline », éditions du Chêne.
– Matthieu Buge: « Leningrad, le plus long siège de l’histoire », L’histoire n°367, 09/2011.
– Symphozik.info: « Chostakovitch et Staline. »


Publié le 25 février 2015 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016

Les sentiers de la gloire, film de Stanley Kubrick (1957) (toutes les 3°)

Ces soldats fusillés pour l’exemple – 16 08 2014

Un film américain de Stanley Kubrick (Paths of Glory, 1957, noir et blanc)

Scénario : Stanley Kubrick, d’après le roman de Humphrey Cobb (1935)
Avec Kirk Douglas (le colonel Dax), Adolphe Menjou (le général Broulard), Ralph Meeker (Paris), George Macready (le général Mireau)
Durée  : 1 h 26 min

Analyse sur le film teledoc_sentiersdelagloire

Un film polémique longtemps interdit en France.

 

I Description :

1) Le film, l’histoire
Lors de la guerre de 1914-1918, durant la guerre de tranchées, l’état-major français décide une offensive quasiment impossible sur la « colline aux fourmis ». Repoussé par le feu ennemi, le 701e régiment, commandé par le colonel Dax, doit se replier. Le général Mireau, chef de l’offensive, demande alors de traduire en conseil de guerre le régiment pour « lâcheté ». Malgré l’opposition de Dax, trois hommes tirés au sort seront condamnés à mort et exécutés. Dax avait entre-temps soumis au général Broulard, chef de l’état major, les preuves que le général Mireau avait fait tirer sur sa propre armée pendant l’attaque. Broulard révoque celui-ci et propose son poste à Dax en croyant que celui-ci avait agi par simple ambition. Dax refuse.
2) Le contexte
Les Sentiers de la gloire est un best-seller de Humphrey Cobb datant de 1935. A Le film centre l’action sur les rapports entre Dax et les officiers, il laisse bien davantage en retrait les soldats eux-mêmes, sauf l’épisode de la reconnaissance dans le no man’s land et le cas du caporal Paris. Bien apprécié aux États-Unis – peut-être aussi parce que sa critique de l’armée, qui serait universellement valable, prenait pour cible explicite l’armée française – le film reçoit plusieurs récompenses. Mais il est chahuté en Belgique, soumis à une forte pression française, interdit en Suisse ; en France, il sera boycotté et ne sera pas même soumis à la commission de censure. Les cinéphiles iront le voir parfois en groupe en Belgique. Le film sort en France dix-huit ans plus tard, en 1975.
Le film s’inspire de faits réels. Près de 2 000 soldats ont été réellement fusillés « pour l’exemple » par l’armée française au motif de « lâcheté devant l’ennemi ». Le général Revilhac a effectivement voulu faire tirer sur son propre régiment bloqué dans les tranchées lors d’un assaut impossible, puis il a fait exécuter quatre soldats en mars 1915, qui seront réhabilités en 1934. Même l’épisode du soldat sur une civière qu’on ranime pour le fusiller a bien eu lieu.
Le film de guerre n’est pas isolé dans l’œuvre de Kubrick. Fear and Desire (1953), son premier opus, était déjà un film de guerre, et de Barry Lyndon (1975) à Full Metal Jacket (1987) en passant par Dr Folamour (1964) et, dans une certaine mesure, Spartacus (1960), ses films sont nombreux à mettre en scène des militaires. Quant à la violence en général, elle traverse toute son œuvre.

 
II Interprétation 
1) La charge sociale
Quelle opposition principale le film dresse-t-il ? Pourquoi l’ennemi n’est-il jamais représenté à l’écran ? Comment interpréter les déplacements du colonel Dax ? Que représente ce dernier par rapport aux officiers et aux soldats ?

Le film de Kubrick est moins un « film de guerre » (même si l’offensive elle-même est une scène clé), qu’un film contre la guerre, et même plus précisément un film contre l’armée, d’où la censure française . Il s’agit de  dénoncer des rapports sociaux profondément viciés, et la résistance pourtant vaine que leur offrira un individu, le colonel Dax. L’opposition, à la différence du film de guerre classique, ne passe donc pas tant entre deux camps – d’ailleurs les Allemands ne sont carrément pas présents dans le champ – qu’entre les supérieurs et les soldats d’un même camp. Cette opposition va jusqu’à la mise à mort de certains des seconds par les premiers.
Le contraste des espaces est fort.

La première scène a lieu dans le QG français, s’ouvre par un plan large de son extérieur. C’est une sorte de château. Lorsqu’on pénètre à l’intérieur, la décoration (viennoise…) est magnifique, l’ atmosphère luxueuse. Des plans très larges nous montrent les deux généraux marchant côte à côte, au moment où la proposition de promotion a convaincu le général Mireau d’accepter l’offensive proposée par Broulard, alors qu’il la reconnaît fort périlleuse.

À cet espace immense correspond immédiatement après la place des soldats : les tranchées. Ici, il n’y a pas de recul, ni de lumière. La visite de Mireau, suivi par un travelling arrière pendant que les soldats le saluent tour à tour, contraste avec les immenses salles larges où les officiers ne sont que deux ou trois. Lorsqu’ils seront à plusieurs, ce sera pour un bal, juste après le procès du conseil de guerre. Et la chambre du colonel Dax est, comme il le souligne lui-même, « petite », comparée aux grands espaces de l’état-major.

Excepté le champ de bataille où l’on ne voit même pas le ciel tant les soldats doivent se courber pour avancer, le seul autre espace accordé aux soldats est la cellule où les trois « accusés » attendent le procès et la mort. En revanche, dans le tribunal, de larges contre-plongées les écrasent, à l’image de la charge du procureur et d’un président qui ignore toutes les procédures ordinaires de la justice (témoins, greffier…). D’ailleurs, Dax leur avait auparavant précisé que même le lieu jouerait contre eux, puisqu’ils auraient le soleil dans les yeux…
Les soldats sont toujours une masse anonyme. Même hors des tranchées, ils sont agglutinés. Ainsi, lors de la dernière scène, lorsque Dax sort de l’état-major, il les découvre écoutant une chanteuse allemande effarouchée : ils forment une foule grimaçante, hurlante, peu sympathique, qui remplit le pseudo-cabaret. L’espace qui leur est attribué montre exactement ce qu’ils sont pour leurs chefs : une masse, que l’on peut fractionner en pourcentages.
Cet antagonisme se révèle dans les différents discours que tiennent sur eux les officiers. Ainsi, lorsque Dax reçoit le général Mireau, les remarques de l’adjoint du général témoignent d’un profond mépris pour les hommes. De même, lorsque Dax est seul avec Mireau, il est scandalisé par la manière dont ce dernier considère ses hommes comme des effectifs, dont on peut liquider les deux tiers au besoin (« J’estime les pertes pendant l’assaut à environ 55 %, il en restera largement assez pour défendre ensuite la position »). Le général Broulard, lui, méprise explicitement les hommes de troupe (« Il faut en fusiller un de temps en temps pour l’exemple… ils sont comme des enfants »), mais il n’hésite pas non plus à sacrifier le général Mireau quand il sait que son attitude peut être connue et mal jugée : parfait cynique, à la différence de tous les autres, il estime que la vie elle-même est une guerre entre individus, et qu’on doit ne tenir compte que des rapports de force.
Enfin, le personnage du colonel Dax fait l’intermédiaire entre les mondes. Il l’est d’abord dans l’espace, puisqu’il est le seul à aller à la fois chez le général d’armée Broulard et dans les tranchées ; il l’est aussi de par sa position institutionnelle : commandant aux uns, il est commandé par l’autre. Cela lui permet de défendre ses hommes ; il est avocat dans le civil, apprend-on. Autrement dit, il peut les « représenter » auprès des supérieurs, tenter de combler un fossé qui sinon serait infranchissable puisque les supérieurs ne semblent pas « voir » les inférieurs. Socialement aussi, il exerce une médiation : pendant le procès, les gradés utilisent des termes que les soldats, hommes peu instruits, ne comprennent pas, ce qui est d’ailleurs une manière de prouver encore leur supériorité. Dax, lui, connaît les deux mondes et peut corriger cet abus de pouvoir.
2) La représentation de la guerre : la mort anonyme et la foule sans visage
Quelle image de la mort donne à voir le film ? Pourquoi Kubrick filme-t-il si longtemps l’assaut ? Quel sens prend la scène dans la cellule avec le prêtre ? Pourquoi parle-t-on si souvent de lâcheté ? Quelles valeurs ces hommes respectent-ils et qu’ont-ils en commun ?

À cette vision de la troupe comme une masse d’hommes terrés et peu individualisés correspond un destin tragique : la mort absurde. L’ennemi n’est jamais montré dans les scènes de bataille : on ne voit que les obus tomber au hasard, fauchant de plus en plus de soldats. Et les trois fusillés pour l’exemple sont désignés de façon quasi aléatoire (même si pour l’un d’eux c’est plus compliqué). La mort est sans nom, on ne sait d’où elle vient, et elle tombe sans raison sur l’individu. Elle correspond exactement à l’anonymat d’un tableau statistique. L’injustice du hasard est aussi bien dans le combat que dans le fonctionnement de l’armée même ; Kubrick nous suggère qu’elle tient à l’essence du rapport de forces, et que l’armée est par principe fondée sur ce rapport.

Au départ, les seuls individus sont ceux qui ont le pouvoir, les généraux et le colonel. Ils ont d’ailleurs le pouvoir d’ôter le soldat à son anonymat : lors de sa visite de tranchées, Mireau s’arrête au hasard devant des visages, et demande : « Quel est votre nom ? ». Indépendamment de lui, le soldat est sans nom. Inversement, le soldat a peu de maîtrise sur le langage : au procès, Dax leur suggère même de ne pas trop parler, de répondre par courtes phrases.
La mort est en même temps le seul moyen par lequel l’homme de troupe accède à l’individualité. Ainsi, les trois fusillés prennent une identité, une personnalité, à partir du moment où ils sont désignés et risquent la mort. La longue scène dans la cellule avec le prêtre permet de distinguer trois caractères différents, trois types de crainte de la mort – et pourtant, Kubrick ne cède jamais à la tentation de représenter un caractère d’homme supérieur. Tous ont peur, et le caporal Paris, apparemment le plus fort, qui assommera son compagnon pour éviter qu’il ne s’en prenne au prêtre, et qui a été envoyé à la mort pour raisons personnelles par son supérieur, s’effondre lui aussi peu avant d’être exécuté.
L’ordre militaire est fondé sur le rapport à la mort. Tous ces hommes, du général au moindre fantassin, partagent une même répugnance à la lâcheté, qui fait du courage un synonyme d’« être un homme ». Le lâche est celui qui craint la mort ; ou plutôt est homme celui qui surmonte sa peur de mourir puisque, comme le reconnaissent des soldats avant l’assaut, tous les hommes ont peur de mourir. Les fusillés se désolent presque autant d’être pris pour des lâches que d’avoir à mourir. Avant l’exécution, le sergent qui vient chercher les condamnés dit à son camarade qu’on va fusiller : « Sois un homme ! ». Et après l’exécution, le général Broulard est fier que les hommes soient « bien » morts, qu’ils n’aient pas « craqué ». Le général Mireau invoque toujours la lâcheté, et le colonel Dax prend essentiellement parti pour laver ses hommes du soupçon de couardise qui l’atteint indirectement.
Ici porte la critique de Kubrick. Le film ne dénonce pas la guerre elle-même comme injuste – il se pourrait qu’elle le fût, là n’est pas le problème -, mais pointe l’hypocrisie de l’ordre guerrier. Ainsi, le général Mireau, qui gifle un soldat dans les tranchées parce qu’il avoue sa peur de la mort, commet la pire des lâchetés : il ne veut pas répondre de son acte de la veille, lorsqu’il a ordonné de bombarder ses troupes. Le culte du courage est une idéologie inculquée aux hommes pour les manipuler. Le seul qui au fond n’en est pas dupe est le cynique Broulard, qui semble maîtriser mieux que les autres les règles du jeu.

3) L’héroïsme selon Kubrick : liens et individus
Qui est responsable des décisions prises ? Comment Kubrick suggère-t-il l’absurdité des décisions ? En quoi l’épisode du caporal Paris qui découvre Lejeune tué par le lieutenant est-il essentiel au propos ? En quoi l’attitude de Dax est-elle héroïque ? Qui le soutient ?

Dans cette guerre, tous les rapports individuels sont aussi des rapports de force. L’enjeu de chaque scène de dialogue consiste à retourner l’autre : lorsque Broulard vient voir Mireau ; lorsque Mireau convainc Dax d’accepter l’attaque ; lorsque Dax va apporter à Broulard des preuves de l’acte absurde de Mireau ; lorsque le sergent vient indiquer à son lieutenant qu’il sait que celui-ci a tué le troisième éclaireur. À chaque fois, il s’agit d’utiliser une prise sur l’autre pour lui faire accepter quelque chose. Le moment de la victoire se marque par une inflexion visuelle : lorsque Dax a convaincu Broulard qu’il dispose d’un pouvoir, tous deux sont à l’extrême arrière-plan dans une pièce prise au grand angle, Dax devant la porte prêt à sortir, puis Broulard referme la porte et ils reviennent tous deux vers le premier plan. Et lorsqu’au début Broulard a convaincu Mireau d’ordonner une offensive impossible, après de multiples champs-contrechamps, ils se retrouvent tous deux côte à côte et circulent dans la pièce en plan large, partageant un même plan comme ils partagent un même secret.
L’état-major de l’armée n’est donc pas une instance massive qui dirige des hommes pour en tuer d’autres ; ni même une instance dirigeante qui opprime gratuitement ses propres hommes. Mais ses décisions résultent de conflits de pouvoir entre individus qui tous cherchent une emprise les uns sur les autres. Car il n’y a pas de supérieur ultime : si Broulard peut, quand il a peur pour lui-même, liquider son ami Mireau, il est à son tour tenu par les hommes politiques, lesquels sont tenus par l’opinion, par les journaux, etc. De sorte que les décisions ultimes, qui envoient des hommes à la mort, résultent de multiples conflits qui n’ont rien à voir avec la tactique guerrière elle-même. Elles sont donc, au regard de celle-ci, totalement aléatoires. D’où leur caractère absurde. La charge critique de Kubrick souligne ce point : de l’offensive de départ à l’exécution des trois fantassins, la guerre cumule des décisions militairement absurdes.
Mais cette structure chaotique des décisions guerrières entraîne une autre conséquence : chacun peut croire qu’il n’en est pas responsable et décider en faisant passer sa décision pour celle de quelqu’un d’autre, ou pour un hasard, ou pour une nécessité naturelle. Ainsi, Broulard dit à Mireau non pas « Je vous vire », mais « Vous vous expliquerez devant les politiques ». La culture militaire est une culture de l’irresponsabilité. Tel est l’effet pervers du sens du devoir, vertu cardinale du soldat, dont le principe est « Je dois obéir à un ordre parce que c’est un ordre, peu importe son contenu. » Un pas de plus et on a : « Je l’ai fait, mais ce n’est pas moi qui l’ai fait. » Ici, la petite histoire du caporal Paris correspond exactement à l’intrigue générale du film : il sait que son lieutenant a tué, délibérément ou accidentellement, son propre soldat en reconnaissance. Le lieutenant sait qu’il sait et, devant désigner un homme pour le conseil de guerre, il désigne Paris. C’est donc un assassinat, mais le lieutenant peut faire passer cela pour une obéissance à un ordre, puisqu’on avait exigé de lui un « fusillé pour l’exemple ».
Cette irresponsabilité générale se renverse alors en son contraire : il faut toujours des responsables. L’échec de l’offensive doit être imputée à quelqu’un, puisque le général Mireau ne veut pas reconnaître qu’elle était quasiment impossible, de sorte que c’est au fond sa propre responsabilité. Mais le pouvoir militaire est aussi le pouvoir de se décharger de sa responsabilité.
La figure du héros, illustrée par le colonel Dax, correspond alors très précisément à deux choses : le héros est responsable de ses actes, le héros ne se laisse pas tenir par l’emprise des autres. Là où Broulard comme Mireau sont les jouets de la politique et de la presse et se retrouvent asservis à leur image et à leur réputation, Dax ne se laisse dicter ses décisions par rien. À la haine de la lâcheté, à la virilité qui est la valeur vénérée par tous ces hommes, Kubrick oppose donc une autre valeur, celle de la responsabilité, qui consiste aussi à assumer ses propres peurs. Tel est le sens de la discussion qui oppose Dax à Mireau lors de la première visite de la tranchée : le général, imbu de son sens de la fierté militaire, se moque des soldats qui fuiraient devant une souris ; Dax corrige la phrase et répond avec réalisme que lui-même préférerait des souris à un Mauser. Le culte du courage est un mensonge, mais un mensonge utile dans la guerre ordinaire que se livrent les hommes les uns aux autres.
Le destin du héros est de ne pas se voir reconnu : Broulard lui donne raison en destituant Mireau (« Pas de fous à la tête de notre armée »), mais il croit que Dax avait agi pour prendre sa place. Et les soldats, indifférents à la mort de leurs camarades, se pressent au cabaret sans avoir un mot pour Dax et sa détresse.

 

Fusillé pour l’exemple – l’oublié de la Grande Guerre

les quatre caporaux de Souain

Pour Mémoire 120106_PM-fusilles-grande-guerre


Publié le 3 novembre 2014 par duhamel dans 3ème,Epreuve orale au Brevet Juin 2016