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LE LABYRINTHE DU SILENCE, film de G.Ricciarelli, 2014

 

À travers une fiction très documentée,  Le Labyrinthe du silence relate le cheminement (intellectuel, judiciaire, médiatique) qui aboutit à l’ouverture en 1963 du Procès de Francfort, intenté à d’anciens tortionnaires du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz.

Dix- huit ans après le procès Nuremberg (1945-1946), ce procès, le premier mené par la justice allemande (et non par les Alliés) contre des criminels nazis, permit à la société allemande de revenir sur la période de la Seconde Guerre mondiale et d’ouvrir les yeux sur les atrocités commises sous le IIIe Reich. Il explore le refoulement collectif du passé nazi dans la société allemande d’après-guerre, et le caractère très incomplet de la dénazication.

C’est le premier long métrage du cinéaste italo-allemand Giulio RICCIARELLI.

I Description

Allemagne, Francfort, 1958 : un jeune procureur découvre des pièces essentielles permettant l’ouverture d’un procès contre d’anciens SS ayant servi à Auschwitz. Mais il doit faire face à de nombreuses hostilités dans cette Allemagne d’après-guerre. Déterminé, il fera tout pour que les Allemands ne fuient pas leur passé.

Des adolescents sortent bruyamment et joyeusement de leurs salles de cours ; un groupe de professeurs les surveille dans la cour de récréation. L’un d’eux se détache pour aller allumer la cigarette d’un homme qui passe devant les grilles du lycée. L’homme est stupéfait : il reconnaît en effet un des tortionnaires du camp d’Auschwitz où il a été enfermé quinze ans auparavant. Ce sont les images, avant le générique, qui ouvrent ce film.

Giulio RICCIARELLI a pris comme personnage principal un héros purement fictif, le jeune procureur Johann RADMANN. L’instruction réelle avait été en effet  menée par trois procureurs.  Johann RADMANN, fougueux et séduisant magistrat, se morfond à conduire des affaires de petite importance. Aussi le dossier Auschwitz arrive-t-il pour lui à point nommé. Cet homme de loi, genre jeune loup, est un humaniste avec des valeurs morales fortes chevillées au corps. Il fonce dans sa mission en faisant parler les témoins et les archives, et certain que ce qu’il défend est juste. Il est vite surnommé « le shérif » par ses collègues, dont certains de moquent ouvertement de ses méthodes un peu brutales, ou même les réprouvent, et de sa stupéfiante détermination.  RADMANN ne voit dans cette Allemagne des années 60 que des nazis ou enfants de nazis. Des enfants qui, de plus, ignorent ou feignent d’ignorer l’existence même des camps d’extermination. De fait, le jeune procureur découvre que le nom d’Auschwitz n’évoque d’ailleurs rien pour cette jeunesse insouciante ou amnésique. RADMANN est en outre, comme son chef Fritz BAUER, opposé aux souhaits su Chancelier Konrad ADENAUER de « tourner la page ». L’un de ses collègues lui demande à ce sujet : « Est-ce vraiment utile que tous les jeunes Allemands se demandent si leur père était un meurtrier pendant la guerre ? ». Dans sa traque des nazis, RADMANN a aussi tendance à trop rechercher les « gros poissons », comme Joseph MENGELE, le monstrueux médecin du camp d’extermination d’AUSCHWITZ, qui, à la barbe ou avec la complicité des autorités allemandes, fait un court séjour en Allemagne lors du décès de son père. L’ambitieux procureur déplore aussi qu’EICHMANN ait été jugé en Israël plutôt qu’à Francfort. Après de multiples péripéties, RADMANN sera amené à admettre que ce n’est pas à lui de juger autrui. Et il doit retrouver un peu d’humilité pour atteindre ses objectifs.

Le film s’achève par la fin de l’instruction et l’ouverture du procès, considéré par les historiens comme « décisif dans l’histoire du nazisme en Allemagne ». 360 témoins, dont 211 survivants d’Auschwitz. 22 accusés seulement ont comparu, 6 ont été condamnés à la prison à vie, les autres à des peines limitées, «3 acquittés faute de preuves. Aucun accusé n’a montré le moindre signe de remords !

 

II Interprétation

a) Étude de séquence : de 01:13:12 à 01:14:57

a) Qui sont les deux protagonistes de ce face-à-face ?
b) Le procureur en chef peut-il être considéré comme un ancien nazi ?
c) Pourquoi est-il hostile aux poursuites engagées par son jeune collègue Radmann ? d) Quelle est la position de son jeune contradicteur ?
e) Qu’exprime leur confrontation ?

 

b) Le film  questionne la responsabilité individuelle. Jusqu’où l’obligation de respecter les ordres peut-elle aller ? Est-il possible de faire abstraction de sa propre conscience ? Fritz BAUER répondait à cette question par : « Personne n’a le droit d’être obéissant ». Il fallait aussi, pour lui, que l’Allemagne assume absolument son passé plutôt que de le tenir à distance.

 

Giulio RICCIARELLI a conçu  un film efficace et pédagogique pour nous convaincre de son propos. Il a donc privilégié une facture classique, voire académique, tout en donnant à son récit un ton et un rythme de thriller sobre et captivant. Les scènes des auditions des victimes sont particulièrement émouvantes, avec pour seul fond sonore des musiques d’opéra. Notons que le Procureur Fritz BAUER était un juif allemand social-démocrate qui avait dû s’exiler en Suède après son arrestation en Allemagne en 1933. Revenu en Allemagne, il a souhaité, pour la mémoire des victimes, mener à bien sa mission malgré toutes les embûches qui lui furent tendues. On peut dire de lui que c’était un Juste parmi les Justes.

 

 

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Publié le 28 décembre 2015 par duhamel dans Post-it