L’affiche rouge 1943 / HISTOIRE DES ARTS

 Le contexte historique
Le groupe Manouchian : À partir de l’été 1943, le groupe FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main d’Œuvre Immigrée), composé de travailleurs immigrés et lié au Parti communiste, se lance dans la lutte armée contre l’occupant. Des dizaines de sabotages et d’attentats sont organisés avant que le groupe, dirigé par Missak Manouchian, ne soit arrêté en novembre. Jugés par un tribunal allemand, les 23 membres du groupe sont condamnés à mort et la plupart exécutés, le 21 février 1944, au Mont-Valérien.

La réalisation de l’affiche :
L’affiche a été réalisée par les services de propagande allemands et du régime de Vichy. Tirée à 150 000 exemplaires, elle est placardée dans toute la France en mars 1944 et distribuée sous forme de tract.

Les objectifs de l’affiche :
1) persuader que ces hommes sont des terroristes, et non des libérateurs, et qu’ils œuvrent pour le désordre et la mort, face à l’ordre établi par l’armée allemande. Assimilés à des criminels étrangers à la solde des ennemis de la France, les Résistants sont discrédités.
2) dissuader ceux qui en auraient envie d’entrer dans la Résistance.
Il s’agit d’une affiche de propagande, destinée à influencer l’opinion du destinataire, à lui faire adopter un certain point de vue, au moyen d’un montage de photos, d’images et de textes évocateurs, choisis pour cet effet.
C’est un outil de manipulation de l’opinion publique : elle joue sur les ressorts psychologiques de la peur et de la xénophobie.
L’Affiche rouge est devenue après-guerre un des symboles de la Résistance.

prolongement musique 

Extrait du DVD « Léo Ferré chante les poètes » (Théâtre libertaire de Paris, 1986)

La France défaite et occupée1940-1945

 Régime de Vichy, collaboration, Résistance.(1940-1945)

 I. La défaite de 1940 entraîne le renversement de la IIIe République et la mise en place du régime de Vichy .

L’armée française est défaite par l’armée allemande en mai-juin 1940 et des millions de civils connaissent l’exode

Exode : fuite de la population civile française devant l’armée allemande en mai-juin 1940.

FICHE 15 : Pétain et la France de Vichy

Le 17 juin 1940,Pétain  a demandé l’arrêt des combats : armistice

Le régime de Vichy  : Nom donné à la période allant de juillet 1940 à juin 1944, pendant laquelle le gouvernement français, dirigé par le Maréchal Pétain, est installé à Vichy.

Les conditions de l’armistice sont très dures : divisé en plusieurs zones, le territoire est en partie occupé par les troupes allemandes. La zone libre dépend du gouvernement de Vichy.

Le régime de Vichy repose sur une forte propagande et un culte de la personnalité autour du maréchal Pétain.

Les parlementaires votent les pleins pouvoirs à Pétain, mettant fin à la IIIe République. Un régime autoritaire naît à Vichy. Fondé sur la devise « Travail, Famille, Patrie », il rejette la démocratie et le système parlementaire et se donne pour objectif l’instauration de la « révolution nationale »

La collaboration s’accentue à partir de 1942 sous l’influence de Pierre Laval, 1er ministre qui :

organise le STO et la relève STO : service du travail obligatoire

L’État français collabore à la politique antisémite nazie, par des lois sur le statut des Juifs et la déportation

L’Etat français met en place des lois discriminantes pour les juifs. La police française recense les Juifs de France et leur impose le port de l’étoile jaune. De nombreux juifs sont déportés à l’Est de l’Europe. La rafle du Veld’hiv les 16 et 17 juillet 1942 est la plus grande arrestation de juifs en France.

Il organise la milice qui traque les juifs et les résistants et qui collabore avec la Gestapo.

Milice : organisation paramilitaire créée par le régime de Vichy en 1943, en charge de la lutte contre la Résistance et de la traque des Juifs et des communistes.

II. La Résistance

FICHE 16 : DE GAULLE ET LA RESISTANCE

De Gaulle se proclame chef de la France libre, il reçoit le soutien des anglais et d’une partie de l’empire colonial. Cela lui permet de constituer une armée : les FFL, forces françaises libres, qui combat aux côtés des alliés et libère Paris en août 1944.

Dans les forêts et les montagnes se constituent des maquis qui refusent l’armistice, l’occupation et le régime de Vichy.

Les maquis sont des groupes de résistants français à l’occupation allemande pendant la 2eme GM, cachés dans des régions peu peuplées, forêts ou montagnes.

La radio ( BBC ) émet de Londres, où le général de Gaulle s’est replié en juin 1940, après  l’arrivée au pouvoir du gouvernement Pétain-Laval, favorable à l’armistice. C’est depuis  Londres que De Gaulle va continuer le combat pour la France Libre. Les messages personnels sont des messages codés adressés à la Résistance, qui annoncent des parachutages d’armes et de munitions.

De Gaulle décide d’unifier la résistance intérieure ; il confie cette tâche à Jean Moulin qui constitue le CNR : conseil national de la résistance, en mai 1943.

En 1944, tous les combattants de l’ombre sont regroupés au sein des FFI : forces françaises de l’intérieur.

Jean Moulin est arrêté et meurt après avoir été torturé par la Gestapo.

HDA LE CHANT DES PARTISANS

Yvette Lundy , une résistante marnaise est décédée

Yvette LUNDY est devenue une des grandes figures de la Résistance marnaise qui a mis son énergie dans la transmission des valeurs de la Résistance et de la mémoire de la Déportation.
Elle ne cesse de témoigner auprès des jeunes, en particulier dans le cadre de la préparation du Concours national de la Résistance et de la Déportation.   

Yvette Lundy, devant le Monument aux martyrs de la Résistance de Reims
à l’issue de la cérémonie organisée le 26 septembre 2005
par l’Amicale des déportées de Ravensbrück

   C’est avec une profonde émotion que je vais rappeler la vie subie dans les camps.
Ma Résistance s’est arrêtée net dès que la Gestapo est venue m’arrêter, puis m’interroger dans les locaux du Cours d’Ormesson à Châlons-sur-Marne.
Ensuite, c’est la prison de Châlons, le fort de Romainville et, toujours sous escorte brutale le petit camp de Neue Bremm.
Là c’est un contact avec les cris et la brutalité.
Préambule à ce qui allait suivre.

Après quelques jours, nous quittons ce camp, entassées à 120 dans un wagon à bestiaux, portes plombées et barbelés aux lucarnes.
Il y fait chaud, les odeurs pestilentielles gênent la respiration comme le manque d’air.
Nous avons faim et soif.
Quatre jours, trois nuits.
Quelle angoisse pour aller vers l’inconnu !
Cet inconnu s’appelle Ravensbrück.
Dès l’arrivée à la petite gare de Furssenberg, il faut se ranger
« zu fünf », mais chacune ne comprend pas que cela veut dire « par 5 ».
Les hurlements gutturaux écorchent nos oreilles et nous font trembler de peur, le museau des chiens accrochés aux mollets, les coups de crosse de fusil, les coups de gourdin obligent à avancer.
Voilà le portail du camp de Ravensbrück qui paraît nous écraser dès qu’on le franchit.
Choc brutal !
C’est un autre monde : des êtres faméliques, corps amaigris, les yeux creux, têtes tondues se traînent avec leurs guenilles.

En quelques jours nous allons leur ressembler.
Nous passons à la fouille, devons abandonner tout ce que nous possédons : bijoux, vêtements, médicaments, lunettes, chaussures.
Ensuite, c’est la douche commune dans un immense hangar puis la désinfection.
Habillées de guenilles quand il n’y a plus de tenues rayées.
Nous sommes méconnaissables avec les cheveux tondus.
La promiscuité est totale : les voleuses, les criminelles, les prostituées voisinent avec le professeur, l’infirmière, la religieuse.
Ajoutons à cela la cacophonie des diverses langues.
Jamais seule ! Jamais le silence !
L’installation dans le bloc après un appel prolongése fait sous les criset les coups de gourdin de ces êtres abjects que sont tous ces SS qu’on ne peut considérer comme des hommes ou des femmes.
Il faut chercher un châlit libre. On s’y blottit afin d’éviter la schlague. Quelle odeur !
Les déportées qui s’y sont couchées précédemment ont laissé la trace de leur dysenterie, de leurs abcès purulents.
La vermine y règne et s’empresse de se régaler d’un sang neuf.
Quelquefois, nous y sommes à 2 ou 3, en cas de surnombre.
Nous sommes affamées et maigrissons à vue d’œil, car les 200 grammes de pain et la très très maigre soupe, distribués en principe chaque jour, transforment nos corps en squelettes ambulants.
Il faut cependant assister à tous les appels qui peuvent durer jusqu’à 5 à 6 heures par jour, quelquefois durant la nuit.
Nous sommes dans un camp de mort lente, c’est-à-dire que nos bourreaux vont nous faire travailler avec ce qui nous reste de forces.
Combien en sont mortes ! Casser des cailloux dans la carrière, travailler 12 heures de jour ou de nuit, pousser de lourds wagonnets est au-dessus de nos possibilités.
Oui, nous sommes des esclaves, mais notre pensée reste libre, « ils » ne peuvent nous la prendre.
Au cours des longs appels nous nous épaulons et essayons d’accrocher le moral.
Il y avait des examens médicaux, toujours en présence des SS. Nues. Ils ricanaient.
Toutes ces séances furent très pénibles. Je garde un souvenir douloureux d’une terrible humiliation, car devant ces êtres odieux, installées en position adéquate, il a fallu subir brutalement, méchamment, sans hygiène, une visite gynécologique !
Je ne puis oublier les cris déchirants et les pleurs de petites filles tziganes que l’on séparait de leur maman pour les stériliser.
Je ne dois pas taire la cruauté immonde appliquée dans les camps d’extermination, en particulier à Auschwitz-Birkenau où tant de familles juives ont souffert avant d’être exterminées.
Entrer par la porte, sortir par la cheminée !
Nous ne pouvons oublier. Une plaie profonde est toujours prête à saigner.
Nous savons ce que vaut la vie et la Liberté
dont elle a besoin.
Nous survivons pour passer un message.
Merci, jeunes lauréats et professeurs de l’avoir compris.
Merci aussi à cette jeune association d’anciens lauréats qui transmet la continuité et les valeurs de ce sacrifice.
Si nous n’étions pas revenus, l’Histoire s’écrirait autrement.
J’ai confiance en une belle jeunesse.

Yvette LUNDY,
Discours de remise des prix du
Concours de la Résistance et de la Déportation
Châlons-en-Champagne
30 avril 2000

30 avril 2000

La résistance, c’est d’abord un état d’esprit, les actes suivent. Mon idée de la résistance n’était pas de mourir en martyre sur l’autel de la France libérée, j’avais vingt ans et j’aimais trop la vie pour m’offrir en sacrifice. J’avais plutôt en tête de pourrir la vie de l’occupant autant qu’il nous la pourrissait […]

Nous sommes dans un camp dit « de mort lente » : l’extermination se fait par l’usure et l’épuisement des forces vitales dans des tâches harassantes. Pendant douze heures, parfois plus, de jour et de nuit, nous nous brisons les reins à fendre des pierres meulières dans la carrière, nous poussons de lourds wagonnets jusqu’à ce que nos muscles tétanisés nous lâchent […]

J’ai été écouté par des milliers d’enfants et d’adolescents, attentifs, émus, curieux, révoltés, jamais incrédules. Je leur dis : « Ne laissez jamais personne vous bourrer le crâne d’idées toutes faites ! Réfléchissez par vous mêmes avec votre tête et votre cœur ».
Cela fait un demi-siècle que je vais au-devant des jeunes avec la même passion et le même leitmotiv : témoigner de ce qui a été pour que cela ne soit plus.
J’ai quatre-vingt-quinze ans et même si j’ai encore bon pied bon oeil et un joyeux optimisme qui me fait dire parfois que « j’ai la vie devant moi », je sais que je ne pourrai pas continuer éternellement : je me suis attelée à l’écriture de cet ouvrage comme l’ultime étape de mon engagement pour la liberté.