compte-rendu du livre d’H. Arendt, Eichmann à Jérusalem

24 01 2010

Bonjour,

Veuillez trouver le compte-rendu de vos camarades concernant le livre d’Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. La lecture de compte-rendu est à relié aux problématiques de la citoyenneté et les exigences renouvelées de justice, le bilan de la Seconde guerre mondiale et la mémoire de cette période.

Eichmann à Jérusalem

(Rapport sur la banalité du mal)

De : Hannah Arendt

Publication : 1963

Edition : Folio Histoire

(Cote 170 au CDI)

  • Biographie d’Hannah ARENDT
  • Hannah Arendt est née à Hanovre (ville allemande du Land (région) de Basse-Saxe) en 1906. Son père était ingénieur de formation et sa mère pratiquait le français et la musique. Des deux côtés, les grands-parents étaient des juifs réformés (mouvement apparu en Allemagne au XIXème siècle et qui prône un judaïsme ouvert sur le monde aux idées parfois très radicales. Au début, le mouvement était anti-sioniste.) Son père meurt en 1913 de la syphilis.
  • En 1924, après avoir passé son baccalauréat en qualité de candidate libre avec un an d’avance. Elle étudie par la suite la philosophie, la théologie et la philosophie classique.
  • En 1959, elle épouse Günther Stern, un jeune philosophe allemand, rencontré dans le milieu universitaire. Elle divorce en 1937, se remarie en 1940 avec Heinrich Blücher, un réfugié allemand.
  • En 1933, elle quitte l’Allemagne, après avoir arrêtée par la Gestapo puis relâchée (faute de preuve), parce qu’elle a récoltée des témoignages sur la propagande antisémite. Après avoir rejoint la France (où elle fut internée dans un camp des Basses-Pyrénées, d’où elle arrive à s’enfuir), puis le Portugal où elle arrive à obtenir un visa pour les Etats-Unis qu’elle rejoint en 1941.
  • Elle exerce plusieurs professions. Aux Etats-Unis, elle est aide à domicile, et envisage de devenir assistante sociale, mais elle décide de collaborer avec plusieurs journaux. Puis à son retour d’Allemagne, elle écrit plusieurs livres : Eichmann à Jérusalem, Les origines du totalitarisme, Conditions de l’homme moderne, La crise de la culture.
  • Elle meurt le 4 décembre 1975 à New York. Un de ses amis, Hans Jonas,  durant les obsèques, déclare «  Avec ta mort tu as laissé le monde un peu plus glacé qu’il n’était. »
    • Adolf Eichmann

Fils d’un industriel, vit en Autriche. A une épouse

(Vera Liebl) et quatre fils. Rejoint les nazis en 1932,

par  « banalité », sans les connaître vraiment, après avoir failli être franc-maçon. Impressionné par une invitation de Kaltenbrunner à une réunion du parti, il décide de rejoindre le mouvement qui pourra lui permettre d’obtenir des améliorations sociales. Homme médiocre, qui ne se préoccupe que de ce qui le concerne directement. Nommé aux affaires juives en 1935 (après les lois antisémites de Nuremberg), devint sioniste. Voulu mettre une « terre sous les pieds des juifs », il se considéra comme leur défenseur. N’était pas pour l’extermination physique (la Solution Finale) mais pour donné une terre au peuple juif. Organisa à Vienne la déportation de milliers de juifs puis fut promu au bureau du RSHA (IV-B-4). A contribué à différents projets dont celui de faire de Madagascar la « terre promise » des juifs, mais ces projets avortèrent. Puis fut nommé « spécialiste de la question juive » et un des responsables de la Solution Finale. A été emprisonné pendant les procès de Nuremberg sans que l’on ne découvre son identité, puis réussi à s’enfuir en Argentine où il vécu de métiers manuels. Il est arrêté par le Mossad (service secret d’Israël) le 11 avril 1961, à Buenos Aires. Il est condamné à mort le 15 décembre 1961 et pendu le 1 juin 1962.

A/ Le procès

L’arrestation  et l’interrogatoire :

–           11 mai 1960 : arrestation de Eichmann à Buenos Aires (Argentine)

–          22 mai 1960 : arrivée à Jérusalem

–          19 mai 1961 : début de l’interrogatoire qui durera 35 jours

–          11 avril 1961 : début du procès, où Eichmann sait qu’il va perdre et rédige ses mémoires dans sa cellule personnelle.

–          14 aout 1961 : procès ajourné pour quatre mois

–          11 décembre 1961 : Eichmann est condamné à mort et fait appel

–          22 mars 1962 : début du procès en appel qui durera 2 semaines.

  • Les protagonistes

–          Guidéon Hausner : procureur juif, se contredisant sans cesse. Parle au nom des victimes.

–          Docteur Serviatus : avocat allemand d’Eichmann, présent  également à Nuremberg.

–          Juge Landau : président du tribunal. Juif allemand.

Ben Gourion : il a mené la création de l’Etat d’Israël (Israël est créé en 1948. Avec ce procès, il cherche à s’affirmer comme défenseur des juifs, et unique Etat capable de juger les nazis ayant commis des crimes sur son peuple). Il dirigea l’Israël durant la guerre d’indépendance. Il devint premier ministre le 25 janvier 1948 et resta en fonction jusqu’en 1963.

  • Les chefs d’accusations
  • crimes contre le peuple juif ;
  • crimes contre l’humanité ;
  • crimes de guerre ;
  • participation à une organisation hostile.
  • Déroulement du procès

Le procès est en hébreu, alors que les juges et le condamné parlent tous mieux l’allemand. L’accusation appela cent témoins à charge, presque tous en israéliens, qui racontèrent leurs douloureux récits. Le verdict était connu de tous avant le début du procès, qui ne fut qu’un grand théâtre qui dépassa largement le seul cas d’Eichmann : à Jérusalem, le gouvernement Israélien appuyant,  on débattu de la Shoah et non uniquement des agissements d’une seule personne. Cet aspect du procès est vivement démontré par Hannah Arendt dans son livre.

  • La sentence

Peine de mort. Certains juifs s’opposèrent à l’exécution d’Eichmann, car ils ne voulurent pas que les Allemands renient leur passé ou même l’oublie.

B/ L’œuvre d’Arendt

  • Contexte

C’est en 1961 qu’Hannah Arendt accepte de couvrir le procès Eichmann, estimant qu’elle doit ça à son passé. Les cinq livraisons qu’elle fait au New Yorker aboutissent au retentissant livre, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, publié en 1963. Ce sous-titre ainsi que les pages où elle évoque le rôle des Conseils juifs dans la Solution finale déclenchent un véritable tollé : il paraît impensable que des Juifs aient pu livrer les leurs à un tel massacre, en en étant conscient.

  • Résumé

Chapitre 1 – La cour. Ce chapitre nous décrit le lieu et les différents personnages qui constituent le procès.

Chapitre 2 – L’accusé. Il y a une petite biographie d’Eichmann, on nous raconte aussi comment il est entré dans le parti nazis et la fonction qu’il occupe.

Chapitre 3 – Un spécialiste de la question juive. On nous raconte qu’Eichmann ne détestait pas les juifs, qu’il  a même travaillé avec eux sur la question juive.

Chapitre 4 – La première solution : l’expulsion. Les juifs sont expulsés des pays constituant le III Reich (Palestine)

Chapitre 5 – La deuxième solution : la concentration. Les juifs sont donc envoyés dans des camps  ou dans des ghettos.

Chapitre 6 – La solution finale : le meurtre. Eichmann découvre l’horreur des camions de gazage, des camps et découvre également ce que deviennent les juifs après leurs morts (fosse commune.)

Chapitre 7 – La conférence de Wansee ou Ponce Pilate.

Chapitre 8 – Les devoirs d’un citoyen respectueux de la loi.

Chapitre 9 – Les déportations du Reich. L’Allemagne, l’Autriche et le Protectorat.

Chapitre 10 – Les déportations d’Europe occidentale. France, Belgique, Allemagne, Hollande, Italie.

Chapitre 11 – Les déportations des Balkans.

Chapitre  12 – Les déportations d’Europe centrale. Hongrie et Slovaquie.

  • Le cas Eichmann

> Selon Arendt, Eichmann n’était qu’un être borné, insignifiant. Socialement, on pouvait le considérer comme un déclassé.

Issu d’une solide famille bourgeoise, il était descendu dans l’échelle sociale. Pour s’en expliquer, il évoquait toujours, dans le récit de sa vie, la malchance, ce qui était aussi une façon d’éveiller la sympathie de ses interlocuteurs. Il se complaisait faire le récit de ses malheurs. « Le destin semblait s’opposer à la réalisation de tous mes désirs, tous mes projets, comme si j’étais né sous une mauvaise étoile ».

  • Ce qui lui a permis de devenir un des plus grands criminels de son époque, c’est la pure absence de pensée (qu’il ne faut pas confondre avec la bêtise ou la stupidité), absence de pensée à la fois banale et tragique.

> Ce qui frappe dans le langage d’Eichmann, c’est son impersonnalité stéréotypée. En fait, il était réellement incapable de prononcer une seule phrase qui ne fut pas un cliché, un slogan ou une expression toute faite. Toutes se interventions n’étaient qu’un bavardage creux

« Il disait toujours la même chose, avec les mêmes mots ».

  • Citations

–          Serviatus :

–          « Eichmann a commis des actes pour lesquels vous êtes décoré si vous êtes vainqueur et envoyé à l’échafaud si vous êtes vaincu.

–          Eichmann :

–           « Les regrets ne font aucun bien, regretter des choses est inutile, les regrets, c’est bon pour les enfants. »

–          « J’ai fait mon devoir, conformément aux ordres. Et on ne m’a jamais reproché d’avoir manqué à mon devoir. »

  • Banalité du mal

Concept créé dans ce livre et sur lequel Arendt s’interrogera toute sa vie. Il concerne la perte de distinction entre le bien et le mal, la non-conscience des repères. La soumission à un bourreau, à une idéologie suffit à appuyer la monstruosité d’un régime.

> Conformité au groupe, travail bien fait mais chacun dans son bureau, obéissance aux ordres à l’intérieur d’une hiérarchie (etc.) : selon Arendt, ce sont tous ces caractères qui ont pu faire que des hommes, et notamment Eichmann, ont commis l’irréparable. Toutes ces caractéristiques de notre civilisation contribuent en effet à annihiler la conscience de l’homme (la conscience : principe de réflexion sur la distinction entre le bien et le mal.)

> Cf. cet extrait de l’ouvrage de Ben Soussan, qui explicite bien ce que veut dire Arendt :

« Le mode d’organisation de la société industrielle a envahi la société tout entière : vies fragmentées, tâches fragmentées, conscience fragmentée. Un lien étroit unit la rationalité technique à la schizophrénie sociale et morale des assassins. Eichmann, Stangl et les autres ont été des maillons d’une chaîne de meurtres, mais ils n’ont le plus souvent envisagé leur tâche que comme un problème purement technique. Cette compartimentation de l’action et la spécialisation bureaucratique fondent cette absence de sentiment de responsabilité qui caractérise tant d’assassins et leurs complices, elle suspend la conscience morale. « 

> H. Arendt banalise-t-elle le mal, le nie-t-elle, comme on le lui a reproché ? Au contraire, ce sont ceux qui l’accusent de banaliser le mal qui commettent un crime de pensée, en réduisant le devoir de mémoire à n’être qu’un spectacle, et non une réflexion.

Cf. dernières lignes de l’Eloge de la désobéissance :  » Quand l’événement politique est réduit à un fait divers pathétique, la pitié paralyse la pensée, l’aspiration à la justice se dégrade en consolation humanitaire. Là réside la banalisation du mal. « 

>C’est ce que nous montrent les expériences célèbres de psychologie sociale, effectuée dans les années 50 par le professeur américain Stanley Milgram : elles cherchaient à évaluer le degré d’obéissance d’un individu devant une autorité qu’il juge légitime, malgré le problème moral que pose le traitement cruel (envoyer des décharges électriques) à un autre individu dans le seul but de « vérifier ses connaissances. » Le volontaire, après avoir éprouvé une légère décharge (réelle) de 45 volts, devait infliger, en cas de mauvaises réponses, des décharges de plus en plus fortes (fictives) à un acteur placé sur une chaise électrique. (Sa souffrance apparente évolue au cours de la séance : à partir de 75 V il gémit, à 120 V il se plaint à l’expérimentateur qu’il souffre, à 135 V il hurle, à 150 V il supplie qu’on le libère, à 270 V il lance un cri violent, à 300 V il annonce qu’il ne répondra plus). Le scientifique, si le volontaire se posait des questions (généralement à partir de 150 V), le rassure, et insiste pour qu’il continue. Au bout de quatre insistances, si le sujet ne voulait pas continuer, l’expérience prenait fin. Lors des premières expériences, 62,5% (25 sur 40) des sujets menèrent l’expérience à terme en infligeant à trois reprises les électrochocs de 450 volts.

  • Pour aller plus loin…

« Un spécialiste » (Le procès Eichmann à Jérusalem) film documentaire français  d’Eyal Sivan et Rony Brauman (1998)

  • Bibliographie

ü  http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram

ü  http://www.systerofnight.net/religion/html/eichmann.html

ü  http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=1550

ü  http://www.scienceshumaines.com/la—banalite-du-mal—revisitee_fr_22093.html (autre point de vue sur la banalité du mal)

ü  http://www.philocours.com/cours/cours-mal.html

Bonne lecture, bonne réflexion,


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