Mutation des sociétés

De 1850, la société française s’est profondément transformée, dans ses paysages , c’en est fini de la France agricole, place à la France urbaine. Le niveau de vie a fortement augmenté , l’age industriel nous a transformé en consommateurs, mais des consommateurs mieux instruits, d’horizons ethniques diverses. Le monde du travail a lui aussi subi des bouleversements profonds, de nouvelles classes sociales sont apparus, les femmes exercent désormais une place économique reconnue.

Comment les évolutions du monde du travail transforment-elles la société française ?

I.  D’une société rurale à une société urbaine

A.  Une France majoritairement rurale

En 1850, la France est un pays majoritairement rural, 2 français sur trois vivent à la campagne. L’agriculture est l’activité d’1 français sur 2, le village est le cadre de vie normal. La plupart des agriculteurs sont de petits paysans, des petits propriétaires qui disposent de peu de moyens. En 1929, l’utilisation de la moissonneuse s’est généralisée mais on compte moins de 30 000 tracteurs (10 fois plus aux EU). Cette mécanisation progressive alimente l’exode rural, la part des agriculteurs tombant à 35% de la pop active en 1950.

http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/recherche/commentaire_id/des-glaneuses-341.html?no_cache=1

B. Une France qui s’urbanise

L’exode rural, l’industrialisation mais aussi l’apport de l’immigration soutiennent la croissance urbaine. Paris passe de 1 à 3 millions d’habitants de 1850 à 1910, Lyon de 177 000 à 530 000 habitants. Durant les années 1930, pour la première fois, la population urbaine dépasse la population rurale en France, bien après le Royaume-Uni (1850) et l’Allemagne (1900).

C. Et s’industrialise

L’industrialisation de la France hisse au premier rang des chefs d’entreprises et des banquiers. Ces « bourgeois conquérants  » sont soit issus des vieilles familles de l’aristocratie (de Wendel ) ou parti de rien (E Schneider), mais ils s’imposent par leur esprit d’innovation et leur capacité à entreprendre. Très attachés à la liberté d’entreprendre et donc au libéralisme, ils accumulent propriétés et capitaux avant de se lancer dans la conquête du pouvoir politique.

Certains comme la famille Schneider mènent une politique paternaliste.

 

Les classes moyennes profitent, elles aussi, de cette embellie économique, ils sont commerçants, employés et rêvent de faire fortune. Les notables (avocat, juge, médecin …) assoient leur puissance économique et leur influence politique .

 II. De la société industrielle à une société post-industrielle : l’exemple des Usines Renault à Boulogne-Billancourt

L’histoire de Renault commence d’abord par la création d’une entreprise familiale appelée « Renault frères ». Elle deviendra la Société des Automobiles Renault à partir de 1908, des suites du rachat par Louis Renault des parts de ses deux frères, Marcel puis Fernand. En 1922, Louis Renault transforme son affaire personnelle en Société Anonyme des Usines Renault dont le capital est détenu à 81 % par Louis Renault. En 1944, les usines sont réquisitionnées par le Gouvernement provisoire de la République française et début 1945, est créée la Régie Nationale des Usines Renault (RNUR) par ordonnance de nationalisation.

En 1928, Renault produit 45 809 automobiles de sept châssis différents, qui vont d’une 6 CV à une 40 CV, sur lesquels on peut monter huit carrosseries de base et de plus importantes pouvaient être commandées par des carrossiers indépendants. Les modèles les plus populaires étaient les cabriolets décapotables de plus petites cylindrées. Les plus chers dans chaque cylindrée étaient les berlines.

L’usine de l’île Séguin, Boulogne-Billancourt, ouvre en 1929. Plusieurs pistes d’essais dont une piste souterraine, un pont d’embarquement permettant le transport des véhicules par voie fluviale ainsi qu’une centrale électrique permettant d’alimenter l’usine en énergie sont également construite sur l’île.

« Billancourt » est une métaphore du prolétariat : cette usine Renault fut longtemps la plus grande concentration ouvrière en France mais c’est aussi le symbole de l’industrialisation française.

1908 : Louis Renault décide d’introduire le taylorisme à Billancourt : attitude pionnière en
France. L’expérience se déroule dans un atelier de 150 ouvriers avec rénovation de l’outillage, création de nouvelles gammes d’outils et chronométrage (1905 : création du service de chronométrage de Renault). Elle a trois objectifs : augmenter la production, obtenir plus de travail des ouvriers et sélectionner les ouvriers en éliminant les médiocres. Louis Renault qui a effectué un voyage aux EU en 1911, visité des usines taylorisées, et rencontré Taylor et Ford, est prudent. Ainsi en 1912, 2 ateliers seulement sont équipés car les frais généraux augmentent avec la réorganisation. La main d’œuvre est réticente et Louis Renault se méfie des ingénieurs. Le développement du chronométrage dans ¼ des ateliers conduit à des grèves violentes à Billancourt en 1912 et 1913, les ouvriers rejettent le chronométrage.
L’usine de l’ile Seguin sera moderne, avec des chaines de montage .
L’histoire des luttes sociales s’est écrite dans ces lieux, mais c’est aussi le symbole de la disparition du prolétariat et des immenses usines.

B. Fermeture des usines Renault sur l’Ile Seguin, la fin d’un monde ?

Mais alors, comment définir les ouvriers d’aujourd’hui si eux-mêmes ne se disent pas ouvriers ? Où est la classe ouvrière qui, au moins en partie, se vivait comme telle, avec ses codes, ses fiertés, ses savoir-faire et ses représentants ? Où sont les bataillons d’ouvriers entrant et sortant en même temps de l’usine ? L’ouvrier est-il une espèce en voie de disparition ? La notion de classe ouvrière a-t-elle encore un sens ?

Maçons, chauffeurs, soudeurs, jardiniers, métalliers, commis de cuisine, dockers, ostréiculteurs… Selon l’Insee, la France compte 6,3 millions d’ouvriers, classés en trois catégories : qualifiés, non qualifiés et agricoles. Un chiffre en net recul par rapport aux années 1970. Alors qu’ils occupaient 40 % des emplois il y a quarante ans, ils n’en occupent plus que 20,5 % aujourd’hui. Continental, Metaleurop, Goodyear… Ce sont avant tout des postes non qualifiés du secteur industriel qui ont disparu : en moins de quinze ans, l’industrie a perdu près de 1,4 million d’emplois.

Au total, un homme français sur trois ayant un emploi est encore un ouvrier. Et s’ils ont vieilli, les ouvriers restent plus jeunes que les « jeunes cadres dynamiques » : un sur quatre a moins de 30 ans, contre un cadre sur huit. « Leur déclin numérique est réel mais relatif, affirme David Gaborieau, sociologue du travail. Les ouvriers représentent encore près du quart (21,5 %) de la population active, c’est important. Ce qui a vraiment décliné, c’est leur visibilité. »

« Avant, il y avait les mines, la sidérurgie, Boulogne-Billancourt, de gros établissements dans de grandes régions industrielles où les ouvriers étaient regroupés, observe Roger Cornu, sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Depuis, il y a eu une baisse drastique de la main-d’œuvre dans les grandes unités de production : aujourd’hui, plus de la moitié des ouvriers travaillent dans des établissements de moins de cinquante salariés, souvent situés dans des zones rurales. Tout ce qui était spectaculaire s’est démantelé progressivement. Du coup, les ouvriers disparaissent. »

Un autre facteur a contribué à la perte de visibilité des ouvriers : l’affaiblissement des organisations syndicales et politiques qui parlaient en leur nom – même si elles n’ont jamais représenté tous les ouvriers, et notamment les immigrés et les femmes. Le Parti communiste français (PCF), en particulier, a considérablement perdu de son influence. Il a aussi cessé, dès les années 1980, d’œuvrer à former et promouvoir des élites ouvrières militantes. Dans le champ de la représentation politique, plus personne, ou presque, n’est issu du monde ouvrier. « Dans certains secteurs d’activité, le groupe [ouvrier] n’a plus les moyens de se représenter en tant que tel », résume David Gaborieau

Autre évolution, la frontière entre le monde des ouvriers et celui des employés n’a jamais été aussi floue. Une caissière qui accomplit une tâche d’exécution répétitive, codifiée et fortement encadrée n’est-elle pas, d’une certaine façon, une ouvrière ? Et un employé d’un centre d’appel ? D’une chaîne de restauration rapide ?

LE MONDE | 07.06.2016 à 15h01 • Mis à jour le 07.06.2016 à 17h52 | Par Perrine Mouterde

A partir des années 70/80, la proportion d’ouvriers diminue avec la généralisation du taylorisme et de la robotisation, de plus, des pans entiers de l’industrie textile, mines …) disparaissent face à la concurrence  des pays pauvres, désormais émergents.

Un nouveau prolétariat émerge, caractérisé par des emplois peu rémunérés, aux cadences harassantes, et surtout par sa flexibilité.

III. Une transformation structurelle de la société

A. une société des loisirs et de la consommation

La période des Trente glorieuses est symbolique de cette entrée dans l’ère de la société de consommation et des loisirs.

La complainte du progrès de Boris Vian, parue en 1956, illustre assez bien cette nouvelle société avide de consommation.

N’oublions pas Mon Oncle de Jacques Tati en1958 : c’est  une vraie réflexion sur le monde moderne. Deux univers se font face : celui de Hulot, modeste, vieillot, biscornu mais plein de vie et celui de sa belle-sœur, bourgeois, moderne, aseptisé, fonctionnel mais vide, une représentation des mutations de la société.

B. Une société mieux éduquée

Les premiers lycées sont ouverts sous le Consulat, en 1802, alors que renaissent les collèges dans le secondaire. Le principe du monopole de l’État sur l’éducation est également entériné. En 1808, le baccalauréat est créé.

En 1850, la loi Falloux promeut un « enseignement libre » : tout citoyen peut ouvrir une école secondaire s’il possède les titres requis. L’Église catholique fait ainsi son grand retour sur la scène éducative. L’université publique perd donc son monopole, comme c’était déjà le cas depuis 1836 pour l’enseignement primaire (loi Guizot). Dès lors, les deux systèmes se séparent et, en 1881, l’éducation religieuse est supprimée dans l’enseignement public avant qu’en 1886 les religieux eux-mêmes se voient interdits d’y travailler.

À partir de 1833, toutes les communes de plus de 500 habitants doivent posséder une école de garçons. En 1850, elles y sont « incitées » pour les filles. Si la première femme obtient le bac en 1861, ce n’est qu’en 1867 que des lycées leur sont enfin ouverts. C’est aussi, bien sûr, l’ère des « hussards noirs de la République », selon la formule de Charles Péguy, ces instituteurs formés dans les écoles normales qui apportent le savoir dans toutes les communes. Les lois Jules Ferry sont une série de lois sur l’école primaire votées en 1881-1882 sous la Troisième République, qui rendent l’école gratuite (1881), l’instruction obligatoire et l’enseignement public laïque (1882).

Jusqu’en 1918 subsistent en effet deux écoles distinctes qu’on appelle souvent celle des « notables » et celle du « peuple ». Dans la première, les élèves suivent des cours de l’enfance au bac alors que la seconde va essentiellement jusqu’au certificat d’études. Les passerelles sont d’autant plus difficiles à trouver que l’entrée en sixième se fait à 10 ans quand le certificat d’études s’obtient à 12 ans.

Après l’échec du plan Langevin-Wallon, qui, à la Libération, entendait donner un nouvel influx au système en affirmant un « droit à l’éducation » après 15 ans, il faudra attendre 1967 pour voir enfin une vraie prise de conscience des insuffisances du système. À l’époque, ce n’est en effet que 15 % d’une classe d’âge qui parvient au bac. Pour remédier à cet état de fait, une vaste réforme allant de la maternelle à l’enseignement supérieur entre en vigueur en 1968.

Emblématique, cause de tous les problèmes pour les uns, avancée déterminante vers l’égalité sociale pour les autres, le « collège unique » voit le jour en 1975. Dès lors, tous les élèves suivent les mêmes programmes.

Dans les années 1980, après l’arrivée au pouvoir de la gauche, le slogan « 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac » est porté par le ministre de l’Éducation Jean-Pierre Chevènement. De 1982 à 1995, les effectifs des lycées vont ainsi doubler

C Une société plus cosmopolite

On peut néanmoins estimer par divers recoupements comme l’a fait Michèle Tribalat qu’entre le tiers et le quart des personnes qui vivent aujourd’hui en France sont issues de l’immigration si on remonte aux arrière-grands-parents. Cela fait de notre pays l’un des plus importants au monde pour le nombre d’étrangers dans la population (..)la France a connu trois grands cycles d’immigration. A chaque fois un fort afflux correspondant à un moment de développement industriel Second Empire, années 1920, années 1960-1975 est suivi d’une phase de stabilisation ou de recul, au moment des crises économiques années 1880, 1930, 1980.

Il y a des raisons très anciennes. La France a manqué de main-d’oeuvre pour l’industrie. L’exode rural y est beaucoup plus tardif et moins massif qu’en Grande-Bretagne.(…)

Ajoutez à cela une spécificité démographique : le malthusianisme a été très fort en France, dans toutes les classes sociales, avec cent ans d’avance sur les autres pays. De sorte que la France, qui était encore le pays le plus peuplé d’Europe au moment de la Révolution française, n’est plus qu’au quatrième rang avant 1914. La conséquence, c’est que l’industrie manque de bras. L’une des solutions a été l’immigration.

Entretien avec G Noirel, l’Histoire, janvier -mars 2010

 

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