Acteurs, flux et débats

La mondialisation est un sujet qui agite l’actualité, responsable de la montée des nationalismes en Europe, sujet d’inquiétude pour les ouvriers, bienfait pour les libéraux …bref , un sujet hautement polémique.

La mondialisation est liée à l’essor du capitalisme marchand et du libre-échange à partir du XIX°s ( voir  cours de 1ère sur les économies-monde d’abord anglaise jusqu’à la première guerre mondiale, puis américaine et aujourd’hui multipolaire). La mondialisation  est donc une mise en relation des hommes et des territoires par le biais économique, cette dernière s’est accélérée au XX°s et plus particulièrement dans la seconde moitié du XX°s, en particulier à partir des années 80. Cela s’explique par la montée en puissance des Firmes transnationales, l’essor des nouveaux moyens de communication et de transports des marchandises, des hommes et des informations. Les divers acteurs de la mondialisation ont ainsi structuré l’espace mondial en le hiérarchisant; évidemment ce processus entraine des dérives environnementales, économiques, sociales et surtout humaines .

Comment ces acteurs, qui par les flux qu’ils génèrent, créent-ils une mondialisation de l’espace mondial et quelles en sont les conséquences ?

Les acteurs et leur rôle dans les dynamiques de la mondialisation

A. Les FTN , des acteurs privés maitre d’œuvre de la mondialisation.

Les FTN ou firmes transnationales sont les entreprises installées dans plusieurs pays ( au moins 6). L’expression « transnationales » apporte une nuance : ces entreprises ne se contentent pas d’être présentes dans plusieurs pays, elles passent à travers les frontières pour optimiser les bénéfices de leurs activités, elles passent en quelque sorte « à travers » les États, sans pour autant faire disparaître le rôle de ces derniers dans l’économie.

Les FTN sont au nombre de 80 000 , elles représentent le ¼ du PIB mondial et les 2/3 des échanges mondiaux. Leurs activités concernent tous les secteurs économiques tels que :

Pétrole : Shell, Exxon/Agroalimentaire : Nestlé/Automobile : Toyota, VW/Grande distribution : Wall Mart, Carrefour/NTIC : Google, Amazon, … les GAFA.

https://www.forbes.fr/classements/forbes-global-2000-les-plus-grandes-entreprises-mondiales-en-2018/?cn-reloaded=1

Derrière ses marques, il y a des filiales qui sont des entreprises ayant été rachetées pour s’implanter dans un pays  ou bien encore des entreprises partenaires( FOXCONN). Les FTN n’ont pas de stratégie nationale même si il y a un pays d’origine ( voir article courrier international concernant la stratégie d’Apple sur la FE ). Elles pratiquent la NDIT en fonction de leurs besoins et de ce que les entreprises et les États  peuvent leur offrir ( avantages comparatifs ). Les délocalisations d’entreprises ou externalisation de services   ( comptabilité , hot line, recherche …) ne concernent pas systématiquement l’Asie. De nombreuses entreprises européennes délocalisent ou externalisent des services en Europe de l’Est ou au Maghreb ( la Tunisie est un eldorado pour les centres d’appel ).

L’externalisation (appelée également l’outsourcing) correspond au transfert d’activités d’une entreprise vers un prestataire externe spécialisé. Cette forme de sous-traitance permet à l’entreprise de se focaliser sur son activité première.

Les entreprises transnationales sont, les principaux acteurs de la mondialisation (l’augmentation des échanges de tous ordres) et de la globalisation (la généralisation mondiale du capitalisme). Elles sont le plus important acteur privé; en tant qu’acteurs géographiques, elles jouent plusieurs rôles dans des domaines différents :

— Dans le domaine économique, elles participent à l’emploi. Les relocalisations entraînent la destruction d’emplois dans un territoire et la création d’emplois dans un autre. Toutes les relocalisations ne sont pas dirigées des « Nords » vers les « Suds ». Elles contribuent aussi à la richesse nationale des pays où elles sont installées par le biais des impôts, même si elles privilégient la fiscalité la plus avantageuse pour elles, ce qui peut inciter les territoires à réduire les taxes pour les attirer (comme dans le cas des zones franches ou des ZES). Elles contribuent également à la métropolisation en accentuant la concentration dans les plus grandes villes des capitaux et de la main d’œuvre qualifiée.

— Dans le domaine environnemental, les grandes entreprises jouent un rôle majeur dans le prélèvement des ressources, la production de gaz à effets de serre, et la production de déchets. C’est l’un des points sur lesquels elles peuvent entrer en conflit avec les ONG environnementalistes qui exigent que les entreprises assument les coûts environnementaux associés à leurs bénéfices économiques. Les entreprises cherchent à se prémunir de toute atteinte à leur image en se montrant les plus vertueuses possibles, soit par des actions réelles, soit par un simple verdissement de façade (le greenwashing).

— Dans le domaine culturel, les entreprises transnationales contribuent à diffuser leur culture d’origine dans les pays où elles s’implantent. Historiquement, les échanges d’idées empruntaient les routes commerciales. Les exemples récents les plus évidents sont à puiser dans l’alimentation avec des marques comme Mac Donald ou Coca Cola, mais on peut également penser aux vêtements, aux géants du cinéma, aux entreprises liées à la télévision, aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), mais également à la diffusion des pratiques bancaires, assurantielles. Cette diffusion culturelle n’est donc une américanisation qu’en partie seulement : toutes les multinationales ne sont pas américaines, de plus certains de leurs produits phares viennent d’ailleurs (la pizza pour Pizza Hut…), et elles sont souvent contraintes d’adapter leurs produits aux besoins et aux habitudes des pays dans lesquels elles s’implantent. L’uniformisation est également architecturale et paysagère avec la généralisation de l’architecture internationale pour les tours de bureaux dans les grandes métropoles. Là encore, l’uniformisation n’est que partielle puisque chaque ville tient à se distinguer des autres par l’originalité des projets retenus.

— Dans le domaine politique enfin, les multinationales peuvent agir pour infléchir les législations nationales à leur avantage par lobbying, par exemple en empêchant l’interdiction d’un produit, en finançant des études censées prouver l’efficacité ou l’innocuité de leurs produits, en particulier dans les domaines de l’agro-alimentaire,( MONSANTO) de la chimie ou encore de la pharmacie.  D’une manière plus générale, elles diffusent un ensemble de valeurs qui leurs sont propres dans l’ensemble de la société, notamment grâce à une présence marquée dans l’espace public à travers la publicité. Les territoires, dans une recherche de compétitivité visant à attirer les entreprises et créer des emplois, peuvent être amenés à devancer leurs demandes, et donc à infléchir leur politique en direction d’actions que les dirigeants politiques estiment être attractives pour les entreprises. Certaines entreprises en jouent et mettent les territoires en concurrence sans s’en cacher, comme Amazon qui a lancé un appel à candidature entre les villes étasuniennes pour accueillir un nouveau site et plusieurs milliers d’emplois.

B.  États et organisations supranationales ou internationales tentent de réguler la mondialisation

Les États demeurent les acteurs majeurs de la mondialisation en mettant en place un environnement économique, juridique et fiscal attractif. Mais seuls, ils sont démunis face à la puissance financière des FTN alors ils se regroupent :

Les états se regroupent en G8 ou G20 qui sont des groupes informels pour peser face aux FTN.

Suite à la crise de 2008, les États qui ont dû renflouer les banques, se sont attaqués aux paradis fiscaux: objectif faire payer les impôts dus aux FTN. C’est le bras de fer qui oppose le fisc français et L’UE face à Google et l’Irlande. Google a externalisé certains de ces services en Irlande et en Hollande.

Pour réduire son impôt sur les sociétés, Google utilise les ficelles de l’optimisation fiscale et, fait notamment son miel d’un montage financier connu sous le nom de « Double Irlandais » et « Sandwich hollandais »(…)La première étape de ce schéma voit Google US Inc concéder ses droits de propriété intellectuelle, comme les brevets et les marques, à une société irlandaise basée aux Bermudes. Cette société, Google Ireland Holdings, verse à Google US Inc, en contrepartie de ces droits, une redevance « dont le prix est fixé le plus bas possible pour limiter la charge fiscale aux Etats-Unis » »au total, près de 99,8% des bénéfices réalisés à Dublin sont perçus par Google Ireland Holdings sise aux Bermudes… où l’imposition sur les bénéfices n’existent pas »

.http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121031.FAP2815/double-irlandais-et-sandwich-hollandais-la-recette-de-google-pour-reduire-ses-impots.html

Les Etats comme les Etats-Unis peuvent aussi mettre en place des politiques protectionnistes en jouant sur les taxes : objectif = relocaliser les activités économiques

OCDE : 35 pays l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE)dont l’objectif est de promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde.

Organisations internationales

FMI : Fond monétaire international (FMI) est une institution internationale regroupant 189 pays, dont le but est de « promouvoir la coopération monétaire internationale, garantir la stabilité financière, faciliter les échanges internationaux, contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et faire reculer la pauvreté.

OMC : a fortement contribué à l’intensification des échanges, favorable au libre-échange. Objectif : fixer des règles au commerce international, un espace de discussion entre pays et entreprises.

Organisations régionales : UE/Mercosur/Alena ( Attention nouvel accord entre les EU, le Canada et le Mexique en 2018 et donc fin de l’ALENA )/Asean sont des espaces de libre-échange sauf l’UE qui est aussi une union politique et sociale en construction.

C.  Des organisations extraites de la société civile critiquent la mondialisation.

Les défenseurs de la mondialisation mettent en avant les aspects positifs :

  • Diffusion des techniques de production
  • Amélioration du développement, création d’emplois
  • Amélioration des moyens de communication permettant une meilleure réactivité en cas de crises

Mais il y a  aussi des  critiques d’économistes et d’organisations syndicales qui luttent contre les délocalisations qui créent une précarisation des salariés du fait de la concurrence des territoires, sans oublier  la corruption cf Afrique Areva au Mali.

Selon certains mouvements militants, la mondialisation accroît les inégalités car elle applique aux sociétés les principes de l’économie libérale sans nuance.
Les
altermondialistes souhaitent se servir des flux existants dans le cadre de la mondialisation pour promouvoir davantage d’égalité. En 2001, en opposition au Forum économique mondial de Davos, ils organisent à Porto Alegre (Brésil) un Forum social
mondial. Ils réussissent à réunir près de 80 000 personnes et organisent depuis régulièrement des forums sociaux mondiaux.

II Des flux visibles et invisibles qui structurent l’espace mondial

A. Une multiplication des flux créant des réseaux

La mondialisation repose sur une explosion des flux humains, de marchandises, financiers, et d’informations. Ces flux sont d’abord marchands, et essentiellement maritimes. X2 du trafic maritime en trente ans, tonnage +140% grâce à l’augmentation des porte-conteneurs créant ainsi des routes maritimes dont les zones asiatiques.

Il y a aussi une augmentation du nombre de travailleurs migrants : 1965 = 75 millions et 2012 = 220 millions mais attention il faut  différencier les types de travailleurs:

  •  Brain drain : migration de travailleurs qualifiés /expatriés /chercheurs
  •    Migrations touristiques x2 entre 1990 et 2015
  •  Migration travailleurs peu diplômés   cf travailleurs népalais par exemple construisant les stades pour la coupe du monde de 2022 au Qatar
  • Migrations illégales

Des flux pas forcement S/N ( 31%)mais de plus en plus S/S (60%) ( vers la péninsule arabe , ou au sein du continent africain )

  • Forte augmentation du commerce mondial x 4,5 en trente ans , NPO commerce intracontinental (surtout UE)
    • Les Flux peuvent être matériels : les biens de consommation circulent essentiellement entre les trois pôles de la triade (États-Unis, Union européenne, Japon).
      L’Asie orientale en produit une part de plus en plus croissante : ces échanges constituent près des deux tiers du volume total. Par ailleurs, les échanges de matières premières montrent plutôt des ?ux sud-nord. L’importance stratégique de la région du Moyen-Orient est liée à l’importance de la production de gaz et de pétrole dont elle dispose (50 % des réserves connues)
    • Les Flux peuvent enfin être immatériels, comme les échanges financiers. Les transactions tant boursières que bancaires se font de plus en plus intenses entre
      les différents pôles financiers de la planète, désormais connectés entre eux 24 heures sur 24. Il s’agit des grandes Bourses de Wall Street à New York, de la City à Londres ou encore du Tokyo Stock Exchange.

Ces flux sont possibles grâce aux réseaux qui structurent la mondialisation. Ces réseaux, ce sont les ports, les aéroports, les routes, les câbles sous-marins, organisés en plate-forme multimodale pour réduire les délais et formant des Hub permettant la connexion la plus fluide possible à l’échelle de la planète.

B. Une hiérarchisation des flux

Les Flux d’exportations de marchandises demeurent très concentrés. Les trois pôles
dominants sont l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord et l’Asie orientale avec une très forte polarisation : 80% des Flux, avec une surreprésentation de l’Europe car 70% des Flux sont internes (UE). L’Amérique du Nord est sous-représentée (13%), les flux internes aux États-Unis n’étant pas considérés comme des Flux internationaux. L’Asie,
principalement orientale, représente près d’un tiers des flux, même si cet espace est largement ouvert sur les deux autres pôles, les flux internes restant légèrement majoritaires, révélant les fortes interdépendances asiatiques. L’Asie est largement excédentaire vis-à-vis des deux autres pôles capitalistes, mais déficitaire vis-à-vis du Moyen-Orient, ce qui traduit sa dépendance énergétique.

  • Pôles dominants : Asie /Alena/UE =anneau de la globalisation
  • Pôles secondaires :  Moyen-orient /CEI/Amérique latine /Afrique : surtout flux de matières premières
  • Mise en concurrence des territoires /course à la modernisation pour investissement transport cf Madagascar 2011 investissement TIC

C. Une NDIT qui hiérarchise l’espace mondial

Carte manuel

Les puissances industrielles, anciennes ou nouvelles, forment désormais le G20. Si en vingt ans la croissance industrielle s’est poursuivie dans les pays industrialisés d’Amérique du Nord, d’Europe occidentale et au Japon à un rythme inégal, l’émergence de l’Asie de l’Est et du Sud est soulignée par l’augmentation du PIB et les délocalisations, notamment la Chine (PIB industriel multiplié par 8) qui talonne les États-Unis. D’autres puissances industrielles émergent en Amérique latine. La part de l’Afrique reste faible (1,1%), seules les deux extrémités du continent sont présentes. Selon leur puissance, les pays dont la production industrielle a crû sont hiérarchisés en trois situations : puissance (Chine), puissance émergente (les autres BRICS sauf la Russie) et périphéries intégrées du Maghreb, d’Asie orientale et d’Amérique latine.

CROQUIS : Pôles et flux voir article

III Une mondialisation qui suscite des débats

A.    Un monde sans frontières ?

Les exemples de censure étatique d’internet ne manquent pas : le Népal en 2005, la Syrie et la Libye en 2011, ont coupé l’intégralité du réseau. Des pays comme la Corée du Nord, l’Iran et la Chine façonnent la toile à leurs idéologies. Dernière en date, la Turquie a bloqué Twitter jeudi 20 mars 2014, après avoir menacé de fermer au début du mois Youtube et Facebook.

En novembre 2019, l’Iran a coupé internet pour bloquer les manifestants .

Au cours des années 2000, l’Union européenne, tout en ouvrant ses frontières intérieures, a renforcé le contrôle de ses frontières extérieures. Cela n’a fait que multiplier et déplacer les routes migratoires, en favorisant l’émergence de points de fixation (camps de réfugiés, centres de rétention). Pour contenir la vague de réfugiés syriens de l’automne 2015, plusieurs États ont remis en question la libre circulation au sein de l’espace Schengen.

En 2016, le candidat aux élections présidentielles américaines, Donald Trump, s’est appuyé sur le mécontentement des « oubliés de la mondialisation » pour remettre en cause la théorie du libre-échange et construire sa campagne sur America First. Le jour même de son entrée en fonctions, le président Trump a refusé de demander au Congrès de ratifier l’accord transpacifique (TPP) négocié par l’administration Obama. Il a proclamé son intention de renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec le Canada et le Mexique. Et il a affiché son intention de relever de 45 % les droits de douane sur les importations chinoises ainsi que les importations européennes.

B. Un monde financiarisé ?

Croissance des inégalités : 9% de la population concentre 85% des richesses mondiales.

Crise de 2008 : mouvement occupy wall street

La contestation menée par Occupy Wall Street visait avant tout à dénoncer les dérives de la démocratie américaine, qui laisse la richesse aux mains d’une petite élite, au détriment du peuple. Dans les années 2007-2008, en pleine crise financière, l’État a largement renfloué les banques mais n’a rien fait pour venir en aide aux Américains surendettés. L’arrêt Citizens United rendu en 2010 par la Cour suprême a étendu la liberté d’expression aux personnes morales, autorisant ainsi les entreprises à financer sans limites les campagnes électorales.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/15/occupy-wall-street-a-un-an_1760870_3232.html#GGGgpWWBj7qDZpJA.99

Excès du capitalisme : exemple Rana Plaza  et des conséquences de la délocalisation.

2013 : l’immeuble Rana Plaza s’effondrait au Bangladesh faisant 1 138 morts et plus de 2 000 blessés, en majorité des femmes. L’usine confectionnait des vêtements pour de grandes marques internationales.

Le Bangladesh est le deuxième producteur de vêtements au monde, derrière la Chine. 3 500 ateliers textiles ont été recensés dans le pays. La main d’œuvre bon marché reste très attractive pour les entreprises internationales. Mais celles-ci commencent à s’installer en Ethiopie où la main d’œuvre est encore moins chère.

 

C.  Une mondialisation  écologiquement compatible ?

altermondialisme : né en 1999 lors d’un sommet de l’OMC à Seattle, il est composé de nombreuses ONG ( Oxfam, Attac , Greenpeace ..) et de citoyens.

  • Revendications économiques , sociales, politiques.
  • Formes de la contestation : FSM Forum sociaux mondiaux depuis 2001, ou de grandes manifestations des « Indignés »  + forte utilisation des réseaux sociaux.

 

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