Des définitions à la problématisation

19 04 2012

Bien souvent une des difficultés rencontrée lors de la rédaction de l’introduction par

les élèves réside dans l’articulation entre les définitions et la formulation du problème

philosophique. 

 

1 – La définition des termes dans l’introduction consiste le plus souvent à partir d’une

définition générale qui serait celle du sens commun et que l’on va remettre en cause

au cours du développement.

2 – Pour que la définition permette de dégager le problème philosophique, il faut

distinguer la notion centrale du sujet et la partie du sujet qui qualifie de la notion

centrale. Or il s’agit de montrer dans quelle catégorie plus générale se situe cette

qualification de la notion et à quelle autre catégorie générale, elle s’oppose.

3- Il s’agit de montrer comment la définition de la notion centrale lui permettrait

en apparence de rentrer dans l’une ou l’autre de ces deux catégories générales opposées

et que c’est bien là que réside le problème.

4 – Il s’agit alors de formuler le problème sous forme interrogative à partir de

l’opposition entre ces deux catégories générales.

 

Exemple 1: Le bonheur consiste-t-il dans la recherche du plaisir ?

– Le plaisir: sensation physiologique agréable. Le plaisir provient donc des sens.

Or l’être humain ne semble pas être qu’un être doué de sensibilité comme les autres

animaux, il a également la capacité de raisonner.

– Le bonheur est pour sa part un sentiment de plénitude qui constituerait le but idéal

de toute vie humaine.

Par conséquent, le sujet pose le problème suivant:

– Le bonheur  pour un être humain consiste-t-il uniquement dans des sensations

agréables ou implique-t-il également de faire intervenir le raisonnement ?

 

Exemple 2: Les échanges économiques doivent-ils prendre en compte la morale ?

– La morale désigne un ensemble de règles qui rendent possibles la vie sociale

car elles nous conduisent à agir en tenant compte d’autrui. Par conséquent, la morale

semble s’opposer à l’action égoïste orientée uniquement vers l’intérêt individuel.

– L’économie a pour finalité première d’assurer les besoins vitaux des êtres humains,

donc leur intérêt.

– Néanmoins, la notion d’échange implique une relation avec autrui.

– Le sujet pose donc le problème suivant: Les échanges économiques doivent-ils tenir

compte d’impératifs altruistes ou sont-ils uniquement régis par l’intérêt égoïste ?

 

Exemple 3: L’art est-il une illusion ?

– Une illusion est ce qui nous trompe sur la réalité. L’illusion s’oppose donc à la réalité

et semble donc nous éloigner de la vérité.

– Or l’art en tant que représentation peut apparaître comme pouvant à la fois nous

exprimer la réalité, mais également comme n’étant qu’une copie de la réalité.

– Le sujet pose donc le problème suivant: L’art n’est-il qu’une représentation illusoire

de la réalité ou au contraire constitue-t-il un moyen d’accéder à une vérité

sur la réalité ?

 

 




Méthode de dissertation de philosophie (version basique):

3 04 2012

Tentative pour produire une explication de la méthode de dissertation en philosophie la plus simple possible.

I- Analyser le sujet (1 heure)

1. Analyser les relations entre les termes du sujet

Il faut analyser les relations entre les termes du sujet pour être certain de bien comprendre

la question posée.

Un sujet de philosophie en terminale se présente sous la forme d’une question à laquelle il semble immédiatement possible de répondre par “oui” ou par “non”.

Ex 1: Etre libre, est-ce faire tout ce qui me plaît ?

Ex 2:  Doit-on craindre la liberté ?

Le sujet met en relation deux notions entre elles.

Ex: Etre libre, est-ce faire tout ce qui me plaît ?

Le sujet présuppose interroge la thèse présupposée: « Etre libre, c’est faire tout ce 

qui me plaît » . Etre libre est-ce faire tout ce qui me plait ou cela suppose-t-il de limiter

mon plaisir personnel ?  

2. Analyser les différents sens des mots et trouver leurs sens opposés. Donner une première définition des termes:

Ex: Doit-on craindre la liberté ?

Doit: du verbe devoir. Impératif moral.

on: les êtres  humains en général cad aussi bien moi que les autres.

Craindre: avoir peur. Le contraire de craindre: ne pas en avoir peur

La liberté: à première vue, la liberté c’est faire ce dont on a envie, n’obéir à personne…Le contraire: c’est être contraint, ne pas pouvoir faire ce que l’on veut.

Énoncer le sens du sujet: Le sujet amène à se demander s’il faut avoir peur de la liberté. Cela peut être avoir peur de sa propre liberté ou de la liberté des autres.

3. Problématiser:

a- Un sujet de philosophie interroge une affirmation:

Ex: Etre libre, est-ce faire tout ce qui me plaît ?

Affirmation: Etre libre, c’est faire tout ce qui me plaît.

[ Cette affirmation s’appelle la “thèse présupposée” par le sujet]

Mais cette affirmation est-elle vraie ?

b- Cette affirmation peut paraître évidente ou paradoxale. Mais si on pose une question à son propos, c’est que la réponse pose problème. Il faut tenter de montrer ce qui pose problème.

– Si c’est une affirmation évidente, on peut faire ressortir le problème en montrant que cela n’est peut-être pas si évident que cela:

Ex: Etre libre, est-ce faire tout ce qui me plaît ?


Problème:
Cela semble évident que lorsque je fais ce qui me plaît, je me sens libre. Pourtant, si tout le monde faisait tout ce qui lui plaît, est-ce que cela ne poserait pas problème ? Dans ce cas là, est-ce vraiment cela la liberté ?

– Si c’est une affirmation paradoxale, on peut essayer de montrer en quoi elle est paradoxale, puis pourquoi elle pourrait avoir un sens malgré ce paradoxe:

Ex: Doit-on craindre la liberté ?

– Affirmation présupposée dans le sujet: On doit craindre la liberté

Problème:

On pourrait penser immédiatement que les êtres humains veulent être libres et que donc ils n’ont pas peur de la liberté. Pourtant, le fait d’être libre, est-ce que cela ne pose pas des problèmes qui font qu’on pourrait avoir peur de la liberté ? Si tout le monde fait ce qu’il veut, est-ce que je ne suis pas en danger ? Si je suis libre, cela veut dire que je suis responsable de ce que je fais ? Cela peut être effrayant.

Problématiser, c’est donc montrer pourquoi on pose ce sujet, pourquoi la réponse n’est pas évidente, pourquoi elle fait débat.

 

II- Trouver des arguments, des exemples, des références philosophiques et 

construire un plan détaillé (1 heure)

 

3- Brain Storming: Chercher des arguments, des exemples, des références philosophiques:


4- Construire un plan:

(Exemple de plan possible:)

– Dans la première partie, je commence par la thèse qui me parait la plus évidente. Je donne les arguments qui permettent de la défendre.

– Dans la deuxième partie, j’en montre les limites. Je fais des objections à la première thèse.

– Dans la troisième partie, je donne les arguments qui permettent de défendre une thèse qui me parait plus réfléchie sur le sujet que celle qui me paraissait évidente avant d’y avoir réfléchie.

Attention: ne pas se limiter à un aspect du sujet, mais essayer dans les arguments de prendre en compte toutes les dimensions possible du sujet.

5- Organiser les arguments: 

Classer les arguments dans chaque partie en allant du plus évident et du plus simple au plus complexe

III- Rédiger la dissertation (2 heures)

6- Rédiger l’introduction et la conclusion au brouillon

L’introduction:

1a- J’amène le sujet par une accroche

1b- J’énonce le sujet

2a- Je définis les termes

2b- J’explique le problème que pose le sujet

3- J’annonce le plan

7 – Rédiger directement le développement à partir du plan détaillé:

Entre l’introduction, entre chaque partie et avant la conclusion, je saute des lignes.

Chaque partie, doit défendre une thèse. A l’intérieur de chaque partie, il y a des paragraphes.

Il faut essayer de construire trois paragraphes par partie.

Un paragraphe c’est un argument rédigé en au moins deux phrases qui appuie la thèse.

Cet argument est illustré ensuite par un exemple.

Dans chaque partie, il faut essayer d’utiliser un philosophe dont on explique l’argumentation

dans un paragraphe.

La conclusion résume les différentes étapes du développement.

8 – Relecture (15 minutes)