Feb 1 2011

Portraits croisés – Salvatore Piracci 2

Publié par Louise dans Créer, Portraits croisés      

Portrait de Salvatore Piracci

par Angelo

Salvatore Piracci était une homme grand de taille comme d’esprit, fin et large d’épaules, avec des cheveux châtains toujours très courts, tout comme ses prises de parole. Il parlait en effet peu, par phrases toujours courtes et bien articulées, ce qui donnait du poids à chacune de ses interventions. Combien de fois n’ai-je pas senti une défiance durant nos conversations, comme s’il ne pouvait prononcer sa prochaine phrase , de peur de faillir ou de révéler une chose qu’il préférait secrète?
Il était toujours vêtu correctement, d’une chemise toujours propre, ce qui lui conférait une allure formelle. A l’inverse, il n’était absolument pas formel d’esprit, dégoûté des conventions comme on l’est d’une friandise alléchante qui révèle un goût écoeurant. Il s’y pliait pourtant, acceptant les règles et les normes de la vie, et de son métier, comme si elles allaient lui apporter le bonheur. Je crois qu’il n’a jamais connu le bonheur. Le véritable bonheur, qui soulage le coeur, purifie les traits et dissipe les souffrances lui était étranger. A force de ne pas y toucher, il le regardait, prisonnier de son carquois, comme un prédateur qui l’aurait perverti. C’est pourquoi il était passif, sans débordement dans aucune émotion. Il ne riait jamais trop fort et je ne l’ai jamais vu pleurer. Il semblait d’ailleurs ne rien aimer, ne rien haïr. La seule chose qu’il avait l’air d’apprécier vraiment était les arancini, des boulettes de riz fourrées. Il n’éprouvait d’amour pour aucune femme et n’en ressentait apparemment pas le besoin. Il ne fonctionnait en effet pas à l’envie mais seulement au besoin. On ne pouvait jamais déceler sur sa figure un désir, un sentiment, un trouble qui eut perturbé l’harmonie qui paraissait baigner son visage.
Il avait une tête de celles qu’on ne remarque pas vraiment. La figure longue, les joues légèrement creusées. Sa peau était pâle et toujours parfaitement rasée. Son nez suivait une taille régulière et droite, tout comme sa bouche aux lèvres égales. Ses yeux étaient noirs et profonds, en contraste avec son teint. Rarement j’y avais vu passer une lueur, une variation, et la seule fois mémorable était celle où il m’avait annoncé son départ, brusquement, avant de disparaître.
Je crois en fait que la vie de Salvatore était en décalage avec lui, qu’il était fait pour vivre pleinement et pas pour subir, mais qu’une existence si morose le repoussait tant qu’il n’osait pas la vivre. Il était fait pour partir et c’est ce qu’il a fait, il a détruit la prison où sa vie et ses habitudes l’avaient enfermé.


Feb 1 2011

Portraits croisés – Salvatore Piracci 1

Publié par Louise dans Créer, Portraits croisés      

Portrait de Salvatore Piracci

par l’émigrant du bateau

C’est surtout l’allure de cet homme qui m’a dégoûté, plus encore que le fait qu’il ait refusé de m’aider. Je lui tendais mes billets, tout mon argent, et il restait me regarder, de ses yeux vides. Il a dit non. Il s’est énervé. Il m’a dit de partir. Il s’est levé. Et il m’a mis dehors. Je ne l’ai pas vu longtemps mais son visage reste gravé dans mon esprit. Il avait des yeux noirs enfoncés, ravagés par l’absence totale d’épanouissement, noyés dans la monotonie. Des cheveux foncés, bien coupés, mais ternes et repoussants. Une bouche toujours close et sans écart, aux lèvres tremblantes, ce qui trahissait une nervosité certaine. Sa peau, claire, était impure, son teint vicié, comme s’il n’avait jamais vu la lumière. C’était, contrairement à ce que l’on pourrait croire, un assez bel homme. Avec un visage lisse, sans accrocs. Rien qui ne dépassait. Mais sa vie semblait l’avoir enlaidi, comme si le malheur avait une apparence. Son nez long était secoué de petits tics, car il paraissait avoir l’habitude de remuer ses narines. Pendant que je lui parlais, il faisait craquer ses doigts, découvrant des mains grandes, longues et pâles. C’était un homme qui rentrait dans les rangs, toute son apparence traduisait ce type de comportement. Il n’a d’ailleurs même pas eu le courage d’accepter ce que je lui proposais. Pire, il s’est décidé trop tard, me chargeant de regrets supplémentaires. Je revois son visage décomposé en haut du bateau, lorsqu’il est intervenu en criant. J’ai vu qu’il avait accepté. Mais trop tard. Sa figure était incroyablement déçue, à ce moment tout particulièrement. Mais s’il n’avait pas l’air heureux, alors peut-être s’est-il un jour décidé à faire quelque chose pour que cela change.


Feb 1 2011

Abécédaire – Soleiman

Publié par Marion I. dans Abécédaire, Relier      

SOLEIMAN

G

A comme attachant

B comme bagarreur

C comme croyant

D comme déterminé

E comme émigré

F comme fraternel

G comme gentil

H comme humain

I comme imprévisible

J comme jeune

K comme K-O

L comme las

M comme masculin

N comme nord-est africain

O comme opiniâtre

P comme pauvre

Q comme quêteur

R comme résigné

S comme soudanais

T comme triste

U comme usé

V comme voyageur

W comme walker

X comme xénophile

Y comme yin et yang

Z comme zoner

Source


Feb 1 2011

Rencontre-Interview- Femme d’Al-Zuwarah 3

Publié par Théo dans Créer, Rencontre - interview Personnage      

T.M– Une autre question… Avait-vous un quelconque rapport avec l’incident de La Vittoria ?

????– Tout ce que je peux vous dire c’est que je n’en suis pas le responsable direct…

T.M-… Et, qu’en est-il de ce mystérieux passeur que vous aviez recruté et que vous n’avez jamais revu ?

????– Ah, ne m’en parlez pas ! Dès que j’ai constaté sa disparition, j’ai aussitôt envoyé une équipe sur ses traces !

T.M– Ah, une équipe de recherche ?

????– Pas vraiment…

T.M– N’en dites pas plus, j’ai compris… Et vous l’avez trouvé ?

????– Non…

T.M– Bizarre, une femme de votre importance qui n’est pas capable de retrouver un homme seul…

????– C’est justement parce qu’il est seul que je n’ai pas pu le retrouver, imbécile !!

T.M– D’accord, d’accord, ne vous énervez pas…

????– Tirez-vous ! Et si je vous revois, vous verrez de quoi sont capables mes équipes de « recherche » !

Comprenant qu’il est temps pour moi de disparaître, je prends mon calepin et je pars en trottinant, heureux de sortir de cette pièce à l’odeur plus que désagréable.





Feb 1 2011

Rencontre-Interview- Femme d’Al-Zuwarah 2

Publié par Théo dans Créer, Rencontre - interview Personnage      

T.M– Euh, c’est bon, je vous crois… Certes, votre « travail » vous rapporte énormément d’argent, mais qu’en est-il du côté moral et éthique de la chose ? Vous envoyez pertinemment des gens à la mort tout de même ! Pourquoi faites-vous cela ?

????– Pour une seule et unique raison : l’argent! Je pense que vous, Européen, ne vous rendez pas bien compte de la valeur de l’argent ici : pour vous un billet c’est un billet, mais pour nous, un billet, c’est de la nourriture, de l’eau, de la vie!

T.M– Excusez-moi, mais vous, vous êtes énormément riche !!

????– Oui, en effet. Mais moi aussi, quand j’ai débuté ce métier, je n’avais rien et je subsistais au jour le jour… En fait, j’ai débuté en tant que passeur, puis, j’ai monté quelques bonnes combines qui m’ont permis de prendre des associés. A partir de là, les affaires sont allées croissantes, et l’argent rentrait vite et…

T.M– Mais pourquoi ne pas avoir arrêté à ce moment ?

????– Parce que il est extrêmement difficile de résister à l’appât du gain ! Qui n’a pas connu l’appât du gain ne peut savoir de quoi je parle !… Il y a une autre raison…

T.M– Laquelle ?

????– Vous vous doutez que ma richesse fait énormément de jaloux, et que mon… « activité » ne m’a pas fait que des amis… Si jamais j’arrêtais, ils prendraient cela comme un signe de faiblesse, et frapperaient aussitôt.

T.M– Je vois… vous vous êtes fait emprisonnée par votre « métier »…

????– Si c’est cela la prison, je veux bien être condamnée à perpétuité !


Feb 1 2011

Rencontre-Interview- Femme d’Al-Zuwarah 1

Publié par Théo dans Créer, Rencontre - interview Personnage      

Moi, Théo Milin, j’ai réussi à retrouver cette grosse femme mystérieuse et riche, grand patron des passeurs. Elle a accepté de répondre à mes questions… mais sans me donner son nom et à condition que je ne prenne pas de photo. « Raison professionnelle », elle m’a dit…

T.M– Bien, pour commencer, pourriez-vous vous présenter rapidement à nos lecteurs ?

????– Mais bien entendu. Je suis la personne la plus influente d’Al-Zuwarah, et pour cause ! En effet, je suis à la tête d’un des plus grands réseaux d’immigration clandestine du monde ! Je suis intelligente, sinon, laissez-moi vous dire qu’il y a un bon bout de temps que je ne serais plus de ce monde…Physiquement, ce n’est pas ça, mais vous seriez étonné de savoir à quel point l’argent peut être un puissant aphrodisiaque !