Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

Elle avait l’impression de se réveiller, comme si les flots l’avaient ballotée durant des jours et des jours. Mais non. Elle n’avait pas dormi. Elle ne se réveillait pas. Pas du tout. Pourtant tout, elle avait tout vécu. Elle avait entendu d’étranges cris, comme si on avait égorgé tous ceux qui la côtoyait, pourtant, encore une fois, ce n’était pas le cas, on peut juste dire qu’ils… Agonisaient? Oui, c’est sûrement cela. Elle avait aussi ressenti la douleur, la tristesse, le désespoir, puis la haine lui marcher dessus, ils l’écrasaient. Un poids bien trop lourd pour son petit corps. Peut-être pas si petit. Fragile sûrement. Oui, très fragile, comme si elle l’avait perdu au fur et à mesure qu’elle avançait, elle ne le sentait plus, il n’était plus là, du moins presque plus, il ne restait plus qu’un peu de son pauvre esprit, muet et aveugle. Puis elle les sentit, elle sentit ces coups, violents. A répétition. Plus ou moins forts. Des coups de douleur. Des coups de tristesse. Des coups de désespoir. Des coups de haine. Ils l’écrasaient, encore et encore. Elle les sentait, leurs pensées. Elle savait qu’elle n’était pas vivante. Elle savait qu’elle n’avait jamais vécu, elle ne sera jamais vivante. Jamais. Elle le savait. Aussi, elle savait que sa douleur n’importait à personne d’autre qu’à elle même, c’est la solitude qu’elle avait toujours connue, celle qu’elle connaîtrait toute sa vie, celle qui la tuerait. Mais ce n’est que plusieurs jours après qu’elle comprit qu’elle était désormais quasiment seule. Elle le sentait, c’est tout. Elle sentait comme des masses, des êtres, ou des âmes, peu importe, la quitter au fur et à mesure, elle allait finir seule. Comme toujours, bien sûr, mais encore plus seule. Et puis, ce fut la fin. Un certain Salvatore Piracci et son équipe arrivèrent, lui enlevèrent tous ceux qui avaient souffert avec elle, tous ceux qui agonisaient avec elle, en silence. Il lui prirent tout. Il lui arrachèrent les membres. Oui, ils la démembrèrent. Ce fut sûrement la première et dernière fois qu’elle put voir quelque chose, une sorte de lumière blanche, une lumière comme ces passagers en parlaient, celle qui vous annonce la fin. Et c’est seulement à ce moment-là qu’elle comprit, elle les avait toujours entendus, elle les avait toujours vus. Elle les avait vu mourir les uns après les autres, mais sans la moindre envie de le savoir. Sauf qu’aujourd’hui c’était son tour. Elle souffrait. Vittoria souffrait.

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