Réécritures croisées

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Tout serait dur et éprouvant, mais je ne tremblais pas. Le froid m’entourait déjà. L’humidité rendait ma peau collante mais j’avais le sentiment de vivre. La mer était vaste. Je disparaissais dans le monde. J’allais être, à mon tour, une des ces silhouettes qui n’ont ni nom ni d’histoire, dont personne ne sait rien – ni d’où elles viennent ni ce qui les anime. J’allais me fondre dans la vaste foule de ceux qui marchent, avec rage, vers d’autres terres. Ailleurs. Toujours ailleurs. Je pensais à ces heures d’efforts qui m’attendaient, à ces combats qu’il faudrait mener pour atteindre ce que je voulais. J’étais en route. Et j’avais décidé d’aller jusqu’au bout. Je n’étais personne. Je me sentais heureux. Comme il était doux de n’être rien. Rien d’autres qu’un homme de plus, un pauvre homme de plus sur la route de l’Eldorado.

Ce paragraphe est un passage du roman centré sur Salvatore Piracci mais écrit comme s’il était centré sur Soleiman. Dans ce cas là, on ressent plus ce que Piracci vit mais je ne pense pas que ça soit ce que l’auteur recherchait car il aurait très bien pu écrire tout le roman à la première personne. En effet, je pense qu’il a donc choisi cette forme d’écrire pour une tout autre raison, peut-être pour que nous, lecteurs, prenions du recul sur le commandant, qu’on voit sa situation avec un autre point de vue. C’est comme si on était au dessus de lui et non dans la barque. Ainsi, pour qu’on se projète à nous même le chemin que Piracci était en train de prendre, son futur, son destin. Tout ce qui lui attendait à venir. J’aime beaucoup ce passage. Finalement, c’est un très bon choix pour l’auteur que d’avoir employé cette forme d’écriture.


Algérie,  Ghardaia

Soleiman est décidé et sa voix ne tremble pas. Boubakar le sent. Il doit se demander par quel miracle l’homme défait qu’il était lorsqu’il l’a quitté quelques heures plus tôt lui est revenu décidé et plein d’une étrange force. Il ne lui dit rien de sa rencontre au marché. Il lui rirait au nez et lui dirait que tout cela n’est que foutaises et superstitions. Pourtant Soleiman sait que c’est vrai. Il sait qui il a rencontré. Son œil l’a enveloppé avec bienveillance et il se sent maintenant la force de mordre et de courir. Celle de résister à l’usure et au désespoir. Plus rien ne viendra à bout de lui. Il peut bien crever sur le bord de la route, il crèverait en chemin. Parce qu’il veut aller jusqu’au bout. Obstinément.

Celui-ci est un passage du roman centré sur Soleiman mais écrit comme s’il était centré sur Salvatore Piracci. Pour ce paragraphe, je préfère la version de l’auteur car on est plus ancré dans le personnage, Soleiman. Ici, c’est plus un constat de ce qu’il est en train de se passer, on ressent beaucoup moins la conviction de Soleiman, le ressenti de ce qu’il se dit. Par exemple, sa détermination ne ressort pas autant que dans le roman. Malgré tout, c’est très intéressant d’avoir essayé et de faire la comparaison, de voir les différences que l’on peut observer avec le changement. Pour finir, l’utilisation de cette structure du roman, spéciale mais très bien approprié, est tout à fait en accord avec l’histoire.


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