Le collier de perles raconte sa vie 2/3

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Deuxième épisode d’une vie

Massambalo était un homme assez âgé déjà, mais il était rempli d’une jeunesse inépuisable, d’une volonté puissante à réussir ce qu’il entreprenait. C’était un homme bon, qui dégageait le respect et la sagesse. Durant une longue période de sa vie, lui aussi avait eu des rêves de voyages, des rêves d’autres horizons, des rêves européens. Lui aussi avait souhaité une vie meilleure, une vie plus simple, ou du moins, moins difficile. Il avait souhaité une terre neuve et riche pour son fils, pour qu’il réussisse là où lui avait échoué. Longtemps, Massambalo avait parcouru des kilomètres de sols arides, passé des frontières, emprunté des chemins abrupts, traversé les mers, survécu aux échecs, surmonté la faim, la soif, le manque et l’envie, en quête de jours meilleurs.

Mais un jour, il croisa dans ses périples un homme dont l’ambition dépassait tout, que la rage de réussir hantait, que la force de parvenir à ses rêves dévorait. Cet homme, jeune et fort, fut contraint d’abandonner, faute de moyens pour payer le trajet en car jusqu’à l’étape suivante. Pris de compassion par son désir fou et sa honte de l’échec, il lui céda tout. Tout. Tout, vraiment tout. Jusqu’à la dernière pièce. Jusqu’au dernier sourire. Il ne lui restait rien, rien que lui et son fils, qui attendait le retour glorieux de son père, loin de se douter qu’il se trouvait seul et abandonné au milieu de rien.

Mais ce père était comblé. Auparavant, il se privait pour sa survie, pour arriver à son but, pour parvenir à ses fins. Mais il marchait avec lassitude et sans conviction, sans la rage et le désir de cet homme. Il n’aimait plus rien. Plus la couleur du sable, plus l’odeur du voyage, plus le parfum de l’avenir, plus la chaleur du soleil couchant, plus la beauté des hommes, plus la mélodie du vent. Plus rien. Mais à la vue du visage rayonnant de celui qu’il venait de rencontrer, de celui qu’il venait de sauver, de celui qu’il venait de combler, il se rendit compte que son réel bonheur se trouvait là. C’était la clé de ses questions sans réponses, de ses doutes. Le visage de cet homme. Son bonheur. Oui, il allait changer des vies, changer des visages sales et fermés en visages radieux et confiants.

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