Mar 6 2011

Portraits croisés – Salavatore Piracci

Publié par lisabeldorado dans Créer, Portraits croisés      

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Le commandant

J’étais un des hommes de l’équipage de Salvatore Piracci jusqu’au jour où il disparut et plus personne n’eut de nouvelle de lui . Le commandant Salvatore Piracci était un homme bon, au grand cœur, qui pouvait rester des heures sur mer dans le froid et la nuit pour retrouver des immigrés entre la vie et la mort. Il était sûr de lui, honnête et courageux, il n’était pas un de ces commandants qui nous prennent pour des bons à rien, non ! il faisait attention à nous, nous parlait et était à notre écoute et je crois que je le respecterai à jamais . Il était un grand homme à mes yeux et il le restera.

Le vagabond

Dans un camion, je me suis retrouvé en présence d’un homme au regard triste mais également déterminé . Il faisait peur, ses joues étaient creusées par la faim, son corps dégageait une forte odeur d’essence, cet homme était rongé, rongé par la vie, par ce qu’il avait vu et entendu, et pourtant, il était blanc, blanc comme ceux qui venaient de l’autre côté . Cette personne, je crois qu’elle m’a marquée à vie ! La seule chose que je sais c’est son nom, son nom qui n’a été prononcé qu’une seule fois dans ce camion mais il a résonné dans ma tête et il résonnera à jamais : Salvatore Piracci .



Feb 1 2011

Portraits croisés – Salvatore Piracci 2

Publié par Louise dans Créer, Portraits croisés      

Portrait de Salvatore Piracci

par Angelo

Salvatore Piracci était une homme grand de taille comme d’esprit, fin et large d’épaules, avec des cheveux châtains toujours très courts, tout comme ses prises de parole. Il parlait en effet peu, par phrases toujours courtes et bien articulées, ce qui donnait du poids à chacune de ses interventions. Combien de fois n’ai-je pas senti une défiance durant nos conversations, comme s’il ne pouvait prononcer sa prochaine phrase , de peur de faillir ou de révéler une chose qu’il préférait secrète?
Il était toujours vêtu correctement, d’une chemise toujours propre, ce qui lui conférait une allure formelle. A l’inverse, il n’était absolument pas formel d’esprit, dégoûté des conventions comme on l’est d’une friandise alléchante qui révèle un goût écoeurant. Il s’y pliait pourtant, acceptant les règles et les normes de la vie, et de son métier, comme si elles allaient lui apporter le bonheur. Je crois qu’il n’a jamais connu le bonheur. Le véritable bonheur, qui soulage le coeur, purifie les traits et dissipe les souffrances lui était étranger. A force de ne pas y toucher, il le regardait, prisonnier de son carquois, comme un prédateur qui l’aurait perverti. C’est pourquoi il était passif, sans débordement dans aucune émotion. Il ne riait jamais trop fort et je ne l’ai jamais vu pleurer. Il semblait d’ailleurs ne rien aimer, ne rien haïr. La seule chose qu’il avait l’air d’apprécier vraiment était les arancini, des boulettes de riz fourrées. Il n’éprouvait d’amour pour aucune femme et n’en ressentait apparemment pas le besoin. Il ne fonctionnait en effet pas à l’envie mais seulement au besoin. On ne pouvait jamais déceler sur sa figure un désir, un sentiment, un trouble qui eut perturbé l’harmonie qui paraissait baigner son visage.
Il avait une tête de celles qu’on ne remarque pas vraiment. La figure longue, les joues légèrement creusées. Sa peau était pâle et toujours parfaitement rasée. Son nez suivait une taille régulière et droite, tout comme sa bouche aux lèvres égales. Ses yeux étaient noirs et profonds, en contraste avec son teint. Rarement j’y avais vu passer une lueur, une variation, et la seule fois mémorable était celle où il m’avait annoncé son départ, brusquement, avant de disparaître.
Je crois en fait que la vie de Salvatore était en décalage avec lui, qu’il était fait pour vivre pleinement et pas pour subir, mais qu’une existence si morose le repoussait tant qu’il n’osait pas la vivre. Il était fait pour partir et c’est ce qu’il a fait, il a détruit la prison où sa vie et ses habitudes l’avaient enfermé.


Feb 1 2011

Portraits croisés – Salvatore Piracci 1

Publié par Louise dans Créer, Portraits croisés      

Portrait de Salvatore Piracci

par l’émigrant du bateau

C’est surtout l’allure de cet homme qui m’a dégoûté, plus encore que le fait qu’il ait refusé de m’aider. Je lui tendais mes billets, tout mon argent, et il restait me regarder, de ses yeux vides. Il a dit non. Il s’est énervé. Il m’a dit de partir. Il s’est levé. Et il m’a mis dehors. Je ne l’ai pas vu longtemps mais son visage reste gravé dans mon esprit. Il avait des yeux noirs enfoncés, ravagés par l’absence totale d’épanouissement, noyés dans la monotonie. Des cheveux foncés, bien coupés, mais ternes et repoussants. Une bouche toujours close et sans écart, aux lèvres tremblantes, ce qui trahissait une nervosité certaine. Sa peau, claire, était impure, son teint vicié, comme s’il n’avait jamais vu la lumière. C’était, contrairement à ce que l’on pourrait croire, un assez bel homme. Avec un visage lisse, sans accrocs. Rien qui ne dépassait. Mais sa vie semblait l’avoir enlaidi, comme si le malheur avait une apparence. Son nez long était secoué de petits tics, car il paraissait avoir l’habitude de remuer ses narines. Pendant que je lui parlais, il faisait craquer ses doigts, découvrant des mains grandes, longues et pâles. C’était un homme qui rentrait dans les rangs, toute son apparence traduisait ce type de comportement. Il n’a d’ailleurs même pas eu le courage d’accepter ce que je lui proposais. Pire, il s’est décidé trop tard, me chargeant de regrets supplémentaires. Je revois son visage décomposé en haut du bateau, lorsqu’il est intervenu en criant. J’ai vu qu’il avait accepté. Mais trop tard. Sa figure était incroyablement déçue, à ce moment tout particulièrement. Mais s’il n’avait pas l’air heureux, alors peut-être s’est-il un jour décidé à faire quelque chose pour que cela change.


Jan 22 2011

Portraits croisés – Salvatore Piracci

Publié par Marie F dans Créer, Portraits croisés      

Il est venu un jour acheter son journal et puis les jours suivants aussi. Au début c’était un homme comme le commun des mortels, sûrement marin car il portait parfois un uniforme. Il avait le visage dur des personnes qui ont vécu des choses que d’autres ne peuvent imaginer et pourtant il y avait une certaine dignité dans sa façon de parler, de se tenir. Au fil des mois le dialogue s’est installé entre nous. Il s’appelle Salvatore Piracci et il est commandant de frégate. Je comprends maintenant ses traits marqués, c’est un de ces hommes qui sauvent la misère sur les eaux, qui récupèrent des corps désabusés, vidés de leurs âmes. Salvatore avait de la conversation, il est vite devenu un de mes plus grands amis. Ses visites tardives dans mon petit local ne me dérangeaient en rien et je savais qu’à chaque fois c’était pour me parler de quelque chose qui le tracassait. Une nuit il est parti, il a changé de vie. Je ne sais pas où il est et s’il est encore en vie. Mais je sais au moins qu’il y est plus libre qu’ici.


Il était là. Assis sur le vieux banc du cimetière. Cela m’a surpris de voir une silhouette ici, cela fait bien longtemps que plus personne ne vient. C’est un homme grand qui porte un uniforme. C’est un commandant. Un de ceux qui sauve des vies mais qui les renvoient d’où elles viennent, brisant leur rêve. Je m’approche de lui et lui parle de ce cimetière qu’on appelle L’Eldorado. Je lui raconte ce que les citoyens de cette ville ont fait pour ces corps échoués et qu’ils ont finis pas oublier. Il lève la tête vers moi et je lis sur son visage accablé la culpabilité et les remords. La vie de cette homme allait changer, quelle que soit la manière. Peut-être allait-il prendre sa retraite ou sûrement mettre fin à ses jours d’une façon absurde et inutile. Je le laissais là à ses troubles et je rentrais chez moi. Peut-être que cet homme était plus prisonnier que les immigrants qu’il sauvait.

Témoignage d’Angelo et du gardien de l’Eldorado.

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Jan 18 2011

Portraits croisés de Salvatore Piracci

Publié par Hugo dans Créer, Portraits croisés      

Portrait du Commandant Salvatore Piracci

par son second Mattéo :


hhhhhhLe Commandant Salvatore Piracci était un homme très respectable. Cela faisait 5 ans que je travaillais sous ses ordres. Il m’avait tout appris. C’était un très bon exemple de réussite pour moi. Il y a deux ans je n’étais qu’un simple matelot lors du naufrage du Vittoria. Alors que nous finissions d’évacuer les immigrants, le commandant trouva une femme accrochée à la rambarde du bateau. Il essaya tout d’abord de la raisonner en lui parlant. J’étais surpris car nous savions tous que la femme ne comprenait pas notre langue. Je ne savais pas où il voulait en venir. A sa place, je crois que j’aurais demandé de l’aide, mais lui, le commandant restait calme et semblait sûr de lui. A un moment, les regards du commandant et de la femme se rencontrèrent, je les observais et pour moi c’était comme si le temps s’était arrêté. Après de longues minutes et grâce à la patience du commandant la femme décida de lâcher la rambarde et de monter sur notre bateau. Elle semblait épuisée, à bout de force. J’observais notre commandant, qui lui aussi était touché par la détresse de cette femme. Avant d’être un commandant c’était avant tout un homme généreux. J’espérais, un jour lui ressembler.

Portrait du Commandant Salvatore Piracci

par la femme du Vittoria :


hhhhhhJ’étais à bord du Vittoria lors de son naufrage. Après avoir été abandonnés par l’équipage, nous dérivions depuis plusieurs jours. Il y avait eu de nombreux morts et mon bébé avait péri, mort de soif et d’épuisement. On l’avait jeté par-dessus bord. Lorsque le commandant Salvatore Piracci et son bateau arrivèrent pour nous sauver, j’étais en état de choc. Alors qu’il évacuait les derniers naufragés, je l’observais et je le détestais pour tout ce qu’il représentait.

Il s’approcha de moi et se mit à me parler dans sa langue que je ne comprenais pas. Je le trouvais trop sûr de lui, il était incapable de comprendre ma détresse et je lui en voulais.

En me forçant à quitter le bateau, il m’obligeait à reconnaitre que j’étais seule et que je ne reverrais plus mon enfant. A un moment, il se mit à me dévisager et je soutenais son regard longtemps. Enfin, d’épuisement, je lâchais prise et renonçais à continuer de lutter. Il pensait avoir gagné mais il ignorait que ma vie s’était brisée lors de la mort de mon bébé.

Il accomplissait son devoir sans état d’âme.


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